Mali: Une semaine pour célébrer la mémoire du grand artiste Balla Moussa Keita
Bamako, 4 mars (AMAP) Le ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme organise une semaine culturelle de commémoration de la disparition de Balla Moussa Keita, décédé le 6 avril 2001, a annoncé, mercredi, le secrétaire général du département, Aman Demba Cissé, président de la commission d’organisation. Pendant cette semaine dont l’ouverture officielle est prévue pour le vendredi prochain, dans la salle qui porte le nom de Balla Moussa Keita au Centre international de conférences de Bamako (CICB), « nous allons parler de l’homme, en passant partout où il a laissé ses empreintes, à travers son talent d’homme de radio, de cinéma et de culture », a dit M. Cissé, lors d’une conférence de presse. Expliquant les raisons de la commémoration, il a indiqué que cette semaine culturelle a pour objectif de rappeler aux bons souvenirs des Maliens les œuvres et le talent du grand artiste, Balla Moussa Keita, qui est « un modèle et une référence dans le monde de la culture malienne ». Ce sera l’occasion d’une découverte pour la jeune génération « car Balla Moussa mérite d’être connu et sa vie enseignée dans les écoles », a ajouté. En plus de la célébration de cette année, le département en charge de la culture entend retenir le 6 mars, chaque année, comme date de la commémoration de la disparition de Balla Moussa Keita. « L’événement est organisé par le ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme à travers le Centre national de la cinématographie du Mali (CNCM). Il sera co-présidé par la ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme Mme Kadiatou Konaré et son collègue de la Communication et de l’Economie numérique Dr Hamadoun Touré », a expliqué Aman Demba Cissé. Selon les conférenciers, l’organisation de cette semaine se justifie par la grandeur de l’homme, son humilité et son savoir-faire. « Désormais une Rue portera le nom de Balla Moussa Keita pour immortaliser l’homme », a annoncé le président de la commission d’organisation. Durant la semaine, plusieurs activités sont au programme, a dévoilé le directeur général du CNCM et point focal de l’événement, Modibo Souaré. Il est prévu des projections de films dans les quartiers de Lafiabougou et Bagadadji. Des débats seront organisés, aussi, à la télévision nationale pour parler de l’homme ainsi que de son parcours dans le cinéma, le théâtre et à la radio. Le programme prévoit, également, deux masters classes à l’Institut national des arts de Bamako (INA) et au Conservatoire des arts et métiers multimédia Balla Fasséké Kouyaté. Ces cours seront animés par d’imminents cinéastes maliens, notamment, Souleymane Cissé et Cheick Oumar Sissoko qui ont beaucoup travaillé avec Balla Moussa. Le fils de l’illustre disparu, Bouba Keita, a salué l’initiative du gouvernement de célébrer la mémoire de son père. Il a dit que la relève sera assurée. Pour le cinéaste Salif Traoré, Balla Moussa Keita est une référence et cette semaine d’hommage, a-t-il ajouté, « permettra aux jeunes de découvrir l’homme de radio inimitable, le comédien hors pair ». AS/MD (AMAP)
Danse de masque: Faraba conserve jalousement « Le Chinto »
Par Mohamed D. DIAWARA Bamako, 27 fév (AMAP) Sous le rythme du tam-tam, des créatures masquées se trémoussent tenant dans les deux mains des fines branches d’arbre. Ils font des petits sauts vifs et secouent les tiges. A Faraba, l’un des 25 villages de la Commune rurale du Mandé, toutes les pratiques ancestrales n’ont pas disparu. Les jeunes perpétuent la tradition du « Chinto » qui, selon les croyances locales, protège contre les sorciers et les esprits maléfiques. Les habitants de cette bourgade, les jeunes, gardent jalousement cette danse de masque. Les danseurs coiffés de masques en bois sont habillés d’une combinaison de tissu traditionnel aux couleurs ocres. Chacun tient deux longues et fines branches d’arbre débarrassées de leurs feuilles. Selon les initiés au Chinto, ces fines branches ne doivent pas toucher les gens. «Si ça te touche tu dois donner une chèvre ou un bœuf. C’est une tradition de nos ancêtres et nous continuons à la respecter», estime Modibo Diakité âgé de 35 ans accompagnant les danseurs masqués. Il nous livre quelques informations, mais ne rentre jamais en profondeur car il est interdit de parler aux personnes non initiées lorsqu’il porte le masque et la tenue du Chinto. Pour ce qui est des vêtements, il indique : «Le tissu traditionnel est régulièrement teinté dans une substance liquide à base d’écorces pour le colorer», puis il ajoute que le masque que portent les danseurs est appelé «Chinto guéré». Ces masques ont la forme de têtes d’animaux sauvages, notamment le buffle. Modibo Diakité révèle, aussi, que les danseurs portent sous leur combinaison des gris-gris de protection. Le Chinto est une danse très effrayante. À l’en croire, la sortie du Chinto protège le village contre les sorciers et les esprits maléfiques. Modibo Diakité indique, par ailleurs, que cette sortie se fait lors d’événements festifs comme les fêtes de Tabaski, de Ramadan et autres grandes cérémonies. Et de poursuivre que la jeunesse est en charge de l’organisation du Chinto. Quand il y a un événement, 4 à 5 personnes déléguées par la jeunesse se rendent dans la forêt pour commencer la partie mystique de la préparation. Modibo Diakité précise que ces initiés sont les gardiens des masques, des combinaisons et autres parures. Mais il n’en dira pas plus sur leur sanctuaire. Après leur prestation, les hommes ayant pris la forme de ces créatures rejoignent la brousse pour se débarrasser de leur accoutrement et ne retournent au village que la nuit. N’Goye Mamou Diakité, un quadragénaire, se souvient. «J’ai joué avec ce masque sur plusieurs scènes notamment au Palais de la culture Amadou Hampâte Ba de Bamako et à Yorobougoula, dans le Cercle de Yanfolila», s’enorgueillit-il. « Le Chinto nous a été légué par nos aînés et nos pères’, ajout-t-il. « À un certain âge, il faut céder la place à la jeune génération», explique-t-il. D’après lui, c’est une fierté de savoir que leur descendance conserve cette pratique de la danse du Chinto. Il ajoute que si un spectateur voit son camarade d’âge en train de suivre les danseurs du Chinto, il est obligatoire pour le spectateur d’applaudir la créature, faute de quoi son camarade d’âge le fouette rigoureusement. «Ni la victime ni ses parents n’ont le droit de s’opposer à la sanction. Si c’est le cas, ils payeront une amende», poursuit N’Goye Mamou Diakité avant de dire qu’une personne initiée au Chinto ne doit rien révéler des mystères de cette danse ni à sa femme, ni à son camarade d’âge, qui n’a pas été initié, encore moins à ses enfants. « Le manquement à ce devoir, avertit notre homme, peut lui valoir le payement d’une chèvre, une poule et des colas ». « Cependant, cette pratique traditionnelle n’est pas du goût de tous les jeunes hommes. C’est pourquoi, certaines personnes refusent de la faire », regrette le quadragénaire. « Pour le moment, se réjouit-il, il y a des jeunes qui s’intéressent à la pratique et avec eux, on fait beaucoup de prestations notamment à Bamako». Et d’ajouter que les ressortissants de leur village les invitent, souvent, dans la capitale pour célébrer les mariages. Le chef du village de Faraba, N’Goye Diakité, explique que le Chinto est également appelé «Toumbo ». Cette tradition, selon le quinquagénaire, est un divertissement phare du village. « Il est impensable d’organiser un événement festif chez nous sans cette danse. Moi-même, je l’ai pratiquée quand j’étais jeune. Je ne pense pas que ça disparaîtra un jour», affirme le chef coutumier. La plupart de nos villages ne gardent que les souvenirs de certaines de leurs traditions. Ces pratiques ancestrales se sont volatilisées, souvent, sans laisser de trace. Il est important de préserver, de protéger et de valoriser ce patrimoine qui est une partie de nos connaissances. MDD (AMAP)
SOS pour le Tata de Sikasso
Par Fousseyni DIABATE Sikasso, 26 fév (AMAP) Le Tata de Sikasso (Sud), une fortification d’antan destinée à protéger la ville contre les envahisseurs, est aujourd’hui en ruines. Plus grave, le site est sérieusement menacé par l’occupation anarchique. Champs de culture, kiosques des petits commerçants, marchés à bétail, panneaux publicitaires, dépôts d’ordures, ateliers de menuiserie… rien n’est épargné au célèbre mur d’enceinte. Pourtant, il s’agit d’une représentation matérielle de l’organisation militaire et du savoir-faire du royaume du Kénédougou. Le Tata renvoie au souvenir du temps de Tièba et de Babemba Traoré. Ces indomptables rois qui ont vécu à Sikasso entre 1877 et 1898. Le Tata ou encore « tarakoko » pour la population locale constitue un mur qui servait à protéger la ville contre les envahisseurs. La fortification, faite en banco, pierres et en gravions, était parsemée de petits trous par lesquels les sofas surveillaient ou tiraient sur l’ennemi. Juste après les tirs, les guerriers s’accroupissaient derrière le tata pour se protéger contre les tirs adverses. Certains historiens soulignent que le Tata comptait trois enceintes concentriques : l’enceinte intérieure qui entourait le « dionfoutou » ou encore la famille royale, le Tata intermédiaire qui était destiné à isoler les marchands, les soldats et les nobles et le Tata extérieur qui entourait toute la ville. De manière générale, l’ouvrage est reconnu comme une des plus célèbres fortifications militaires du Mali. En plus de son aspect défensif, la fortification était un moyen de contrôler les routes commerciales de la ville. Elle tire sa renommée du siège sans succès de Samory Touré, quinze mois durant, de mars 1887 à juin 1888, les guerriers de Samory Touré étaient bloqués sur les hauteurs du Nankafali « kuru » et du Samory « kuru », deux collines encore observables dans le paysage urbain de Sikasso. La forteresse est aujourd’hui matérialisée par des vestiges importants situés dans les quartiers de Mancourani, Médine, Wayerma, Bougoula ville et Foulasso. À ceux-ci, s’ajoutent les sept portes construites en matériaux modernes sur l’emplacement des passages d’antan par l’État à partir de 1995. De nos jours, ce patrimoine culturel est en train de fondre au fil du temps et se trouve gravement agresser par la population. Il suffit d’y faire un tour pour se rendre compte de la réalité. L’occupation anarchique, notamment les champs de culture, les passages forcés, les kiosques des petits commerçants, les toilettes et les marchés à bétail sont installés sur le Tata. Les plaques d’indication ou publicitaires, les ateliers de menuiserie, les vendeurs de bois de chauffe, les dépôts d’ordures s’y trouvent également. Zoumana Bamba est le chef de la mission culturelle de Sikasso qui assure la mise en œuvre de la politique nationale en matière de préservation du patrimoine culturel de la région. Il soutient que sur un total de neufs kilomètres de longueur que mesurait la forteresse, de nos jours, il en reste moins de quatre kilomètres. À l’en croire, la dégradation du patrimoine remonte à l’époque coloniale suivie par la construction des édifices publics, les particuliers et la pression urbaine. Se prononçant sur les valeurs de la fortification, Bamba dira qu’elle constitue un témoin matériel de l’organisation militaire et d’un savoir-faire séculaire du royaume du Kénédougou. En plus d’être porteur de nombreuses valeurs, ce mur constitue un véritable pan de l’histoire de notre pays. Il est aussi un symbole de grandeur et de courage des vaillants guerriers de l’époque. Évoquant les réalisations effectuées en matière de sauvegarde du Tata, le responsable de la mission culturelle affirme qu’en 2019, un financement de l’État a permis d’entamer les travaux de restauration et d’aménager l’espace tampon (les garde-fous métalliques, les parterres, les fleurs, les lampadaires solaires, les paillottes, le jet d’eau et les dalles en béton. En outre, Zoumana Bamba souhaite déguerpir les occupants illicites de la forteresse. Ce, avec la collaboration de la mairie afin de faire du patrimoine, un titre foncier. Il entend également procéder à la délimitation, au bornage et à l’immatriculation dudit mur. Il souhaite aussi élaborer un plan de conservation et de gestion du patrimoine. Ces actions sont d’autant plus nécessaires que les ruines du Tata sont inscrites à l’inventaire dans le cadre national et il figure aussi sur la liste indicative de l’UNESCO. De son côté, le directeur régional de la culture, Adama Niang réaffirme que c’est la population qui est à la base de la destruction de ce mur emblématique. « Elle s’approvisionnait en banco à partir de l’ouvrage pour construire leurs maisons », révèle-t-il, ajoutant que la population ne semble saisir à sa juste valeur l’importance à cette merveille culturelle façonnée par ses ancêtres. FD (AMAP)
Musique traditionnelle : Comme si l’histoire du ‘Gnioko’ ou ‘Gnogo’ nous était contée
Par Moussa OUERE Bla, 22 fév (AMAP) Au Mali, le ‘Gnioko’ ou ‘Gnogo’ pour d’autres, est un ensemble de trois instruments de musique traditionnelle et culturelle en milieu Minianka. Cependant, pour plus d’harmonie musicale, on peut y associer d’autres instruments, lors des cérémonies, pour un peu moderniser. Présent dans le Cercle de Bla (Centre), depuis plus de 70 ans, l’ensemble instrumental est basé à Diaramana, situé à 45 km du chef-lieu de cercle, d’où son nom de ‘Diaramana Gnioko’. Il y a beaucoup d’instruments de musique traditionnelle dans le Cercle de Bla, mais le plus sollicité est le ‘Gnioko’. Cet orchestre musical de Diaramana a parcouru le Mali pour se produire lors des fêtes nationales, traditionnelles et culturelles. Gworo Sogoba, connu sous le nom de « Golo Face », cultivateur domicilié à Diaramana, est âgé de quarante-quatre ans, marié à deux épouses et père de neuf enfants. Il est, aujourd’hui, le chef de cet orchestre traditionnel. « Bien avant le ‘Gnioko’, dans le cercle de Bla, précisément à Diaramana, c’était le ‘Gwouaga’ et d’autres instruments de musique, en milieu Minianka, comme le ‘bolon’, ‘kounguéré’ et le ‘baradeni’. Ces instruments étaient utilisés pour accompagner l’effort des cultivateurs au champ », nous explique Gworo Sogoba. « On dit, ici chez nous, que le ‘Gwouaga’ est le père du ‘Gnioko’. En ces moments, des ‘Tons’ de cultivateurs (groupements d’hommes ou de femmes) s’organisaient, pendant l’hivernage, pour cultiver, à tour de rôle, soit leur propre champ soit des parcelles d’autrui, pour avoir de l’argent, afin de subvenir à leurs besoins personnels ou financer les activités du Ton », poursuit notre interlocuteur. Après les récoltes, la fête traditionnelle de ‘Gwouaga’ était organisée à Diaramana, chaque année. A l’arrivée du ‘Gnioko’, les gens ont plus apprécié celui-ci que le ‘Gwouaga’. « Quand nos vieilles personnes faisaient leur tournée, de village en village, lors des fêtes traditionnelles, c’est dans le village de Woula, Cercle de Koutiala (Sud) qu’ils ont vu le ‘Gnioko’. A leur retour à Diaramana, ils ont tenu une réunion afin de créer cet ensemble d’instruments de musique chez nous aussi », raconte Sogoba. Ainsi, le forgeron Batra de Diaramana a été envoyé à Woula pour voir le modèle de ‘Gnioko’ afin de reproduire ce qu’il aurait vu. Il est allé chercher l’arbre qui correspond à la moule du ‘Gnioko’. « Une fois monté, le ‘Gnioko’ animait quelques fêtes traditionnelles locales comme le ‘Nougoli’, le ‘Diassadjeni’ et le ‘Nampou’. En dehors de Diaramana, les gens nous invitent dans toutes les localités du Cercle de Bla et, maintenant, hors du cercle et même hors de la Région de Ségou (Centre) », dit Golo Face. Et, à travers le pays, l’ensemble joue dans beaucoup de bourgades lors des fêtes nationales, traditionnelles et culturelles ainsi que des festivals. « Nous sommes sollicités pour des cérémonies sociales telles que mariages, baptêmes ou inaugurations », nous dit Gworo Sogoba. Quand un batteur de ‘Gnioko’ est atteint par l’âge ou après son décès, il est remplacé par un initié auprès des anciens qui exprime la volonté d’intégrer le groupe musical. « Quand Bla a été érigé en Cercle, accompagné d’une autre personne, nous avons représenté le cercle à la Biennale en 1984. C’est en cette occasion que j’ai reçu, des mains du Président, feu Moussa Traoré, pour la première fois, une attestation. Lors des cérémonies du Cinquantenaire de l’indépendance du Mali, à Sikasso, j’ai eu ma première Médaille qui m’a été remise par feu Amadou Toumani Touré, chef de l’Etat. », se souvient avec fierté l’artiste. Pour faire monter l’ambiance lors de grandes cérémonies, dans le Cercle de Bla, on fait appel à l’ensemble instrumental ‘Gnioko’ de Diaramana. Comme le dit le chef d’orchestre, le chanteur de ‘Gnioko’ ne fait d’éloges des gens, Il chante des compositions traditionnelles locales et nationales. Des chansons qui encouragent, poussent au labeur, appellent à la paix, soulagent et conseillent les gens. Gworo Sogoba est connu à travers la Région de Ségou et même à Bamako, la capitale, pour son talent de comédien dans des pièces de théâtre et de danseur. Il a joué dans plusieurs pièces lors des Biennales, des Semaines culturelles locales et régionales de Ségou. En milieu Minianka, beaucoup de cultures et de traditions sont toujours respectées et gardées. Il en est ainsi du ‘Gnioko’, le plus emblématique de la société Minianka et le plus sollicité lors des cérémonies culturelles et traditionnelles, contrairement au balafon qui est un peu plus partagé par d’autres cultures. Dans le temps, les générations de Minianka se formaient, dès le bas âge (après la circoncision) auprès des sages pour ne pas oublier ou perdre les valeurs de sa société (la culture, les traditions et coutumes, les totems et interdits etc.) Mais avec l’arrivée de nouvelles religions (musulmane et chrétienne) cette à tendance à disparaître MO/MD (AMAP)
Culture : La 2ème édition du Festival Ag’na aura lieu du 25 au 28 février 2021 à Koulikoro
Bamako, 16 février (AMAP) La 2ème édition du Festival Ag’na (signifiant Culture en Touareg), fusion du festival Ados ciné et le festival au désert, aura lieu du 25 au 28 février prochain à Koulikoro, a appris l’AMAP de source proche de ses organisateurs. L’annonce a été faite samedi dernier au siège du groupe Walaha à Magambougou par les organisateurs au cours d’une conférence de presse animée par Fousseyni Diakité du groupe Walaha et Manny Ansar, directeur du Festival au Désert. L’évènement qui se déroulera dans une crise sanitaire de la Covid-19, sera marqué par des remises des prix du concours de cinéma, des projections, des caravanes pour la paix, des concerts géants avec des artistes de talents dont Abdoulaye Diabaté et Kader Tarhanine, des conférences vidéoconférence, des rencontres professionnelles. Les organisateurs qui ont insisté sur le respect des gestes barrières contre la Covid-19. Ils ont tenu à remercier les partenariats pour leur accompagnement. AS/KM (AMAP)
Journée internationale de la radio : Au service du développement économique local de Diéma (Ouest)
Par Ouka BA Diéma, 13 fév (AMAP) De nos jours, la radio, dont c’est la Journée internationale aujourd’hui, constitue l’un des canaux de communication le plus fiable, le plus sollicité, surtout en milieu rural, dans une zone comme Diéma, dans l’Oest du Mali. Ici, on entend souvent : « C’est la radio qui a dit…».Tout ce qui est diffusé par la radio devient crédible. Si certains apprécient ce médium, d’autres, par contre, n’y sont pas favorables. Pour eux, « parole de radio n’est pas argent comptant » (Radio la kouma don… ) Informer et inviter vos parents, vos proches, vos amis, à un évènement social, par la radio, certains conservateurs y verront un manque de respect à leur égard. Ceux-ci exigent de vous, de vous déplacer, pour transmettre l’information. Quoi qu’on en dise, la radio contribue au développement économique local, à travers des messages d’information, de sensibilisation, d’éducation et par la promotion des loisirs. Si bien qu’aujourd’hui, on a tendance à délaisser les crieurs publics, dont la portée des informations, semble-t-il, n’atteint pas une plus large cible. En toutes circonstances, on fait recours à la radio : cérémonies de baptême, de mariage, de décès ou autres évènements sociaux. Les radios sont à l’œuvre, lors des journées nationales de vaccination. Elles diffusent constamment des spots, organisent des tables-rondes. Il en est de même dans le cadre de la prévention et la lutte contre le Coronavirus ou toute autre calamité affectant les communautés. Pour certaines rencontres officielles, on passe souvent par les radios pour informer les acteurs. Il en va ainsi des avis de perte, des cas de vol de bétails qui sont relayés par les antennes. Aux dires de plusieurs personnes, les radios participent véritablement au changement de comportements. Dans le Cercle de Diéma, on dénombre près d’une dizaine de radios dont Jamana implantée depuis 1999, émettant sur un rayon de 100 km, première radio du cercle, la radio Lalama de Farambouné, la radio Kingui de Béma, les radios Kaarta FM et rurale de Lambidou, la radio Benkande Diangounté Camara, la radio de Dioumara, Raboua FM de Diéma qui diffuse, principalement, des émissions religieuses, la radio Sangha de Lakamané. Ces différentes radios, disposent de programmes constitués, principalement, de messages d’information et de sensibilisation. Les radios du Cercle de Diéma volent de leurs propres ailes. Elles ne reçoivent de la part de l’Etat, ni de partenaires, aucun fonds pour fonctionner correctement. La plupart d’entre elles, ont des difficultés pour assurer le paiement correct des salaires de leurs agents. Le directeur de la Radio Jamana de Diéma, Souleymane Diarra, également représentant de l’Union des radios et télévisions libres (URTEL), évoque quelques difficultés majeures des radios, notamment l’arrêt de la formation du personnel et l’insuffisance d’équipements pour produire les missions. Sa radio entretient depuis des années un partenariat avec les ONG de la place. Le Conseil de Cercle et plusieurs services techniques la sollicitent. Joint par téléphone, le maire de la Commune rurale de Lambidou, Mamadou Coulibaly, apprécie le concours de radios. « Dès qu’une station donne l’information sur un vol d’animaux, tout le monde se mobilise », se réjouit le maire qui se dit prêt à accompagner les sataions pour un meilleur développement de sa commune. Dianguina Diawara, notable à Kassé-kara signale que la radio Jamana de Diéma et la radio Kingui de Béma, sont beaucoup écoutées par les populations de la localité. Par contre, il signale les auditeurs reçoivent « faiblement la radio de Troungoumbé, dans le Cercle de Nioro du Sahel, à cause de la distance ». Souleymane Konaté est 1er adjoint au maire de la Commune urbaine de Fatao. L’élu a laissé entendre que la mairie compte, avec le soutien de l’Agence nationale d’investissement des collectivités territoriales (ANICT), créer une radio à Fatao. La radio Lalama de Farambouné est dirigée par Abdoul Salam Boune, qui explique que les maigres recettes générées par la diffusion des avis et communiqués permettent à sa statio de ne pas sombrer. « Notre radio vit, au jour le jour. Nous ne disposons pas d’assez de moyens », dit-il, un peu déçu. Diédi Macoulmack, vendeur de foin, explique qu’un jour, lorsque le seul âne qui transportait sa marchandise s’est s’échappé, c’est grâce à la radio, qu’il a pu retrouver sa bête. « Sinon, affirme-t-il, mon commerce allait s’effriter ». « Notre père n’aime pas regarder la télé. Il a toujours son petit transistor collé à l’oreille. Il dort souvent laissant l’appareil ronronner. Il connaît, sur le bout des doigts, les émissions qui passent à la radio Jamana », déclare Bourama Konaté, le bourrelier. Diatourou Kébé, domicilié à Madiga Sacko. « On capte la radio Jamana de Diéma pour nos besoins d’information et de communication, pour le moment », dit-il. L’homme regrette l’absence de réseaux de teléphonie mobile dans la Commune de Madiga Sacko. Et Kébé de poursuivre : « Actuellement, les travaux d’implantation du réseau d’un opérateur sont en cours. Une fois installé, tous les villages de notre commune seront connectés ». Il explique que l’an passé, lorsque ses bœufs de labour ont disparu, il a envoyé immédiatement le communiqué à la radio. « Dieu faisant bien les choses, le même jour, ils ont été retrouvés et ramenés sains et saufs », a dit Kébé. Modibo Sissoko, 1er adjoint au maire de Gomitra, affirme que sa commune reçoit à peine des informations de la radio de Dioumara dont la portée est faible. « La mairie de Gomitra, déclare-t-il, est à la recherche de financement pour l’implantation d’une radio dans la commune ». Selon lui, l’absence de radios dans certaines localités a contribué à aggraver, ces derniers temps, l’insécurité dans le Cercle de Diéma. L’année dernière, plusieurs bœufs de Samba Diagouraga, fils du chef de village de Souranguédou Santié, se sont égarés en brousse. Aussitôt après la diffusion de l’avis de perte à la radio Jamana, il a reçu les nouvelles de ses animaux. Selon Mamadou Mah Sissoko, chef sous-secteur Agriculture de Dioumara, en matière d’information, aucun réseau ne peut remplacer la radio. La radio profite plus aux producteurs agricoles qu’à n’importe qui. « C’est, poursuit le technicien, à travers la radio que les paysans s’informent sur le
Nahawa Doumbia : L’indétrônable reine du Didadi
Par Moussa BOLLY Bamako, 12 fév (AMAP) Le nouvel album « Kanawa » (Ne partez pas !) de Nahawa Doumbia est un cri de cœur à l’adresse de la jeunesse malienne. Ce 14è album de sa brillante carrière est sorti, officiellement, au Mali, le 13 décembre 2020. Un somptueux opus de 8 titres qui aborde divers thèmes (immigration, cohésion sociale, pitié, tolérance, indulgence, mariage et un hommage aux défunts artistes maliens) véhiculés par des rythmes très entraînants. La reine du « Didadi » signe donc un retour remarquable dans les bacs avec sa singulière voix à la beauté inoxydable. Si la silhouette commence à être marquée par le poids de l’âge (n’empêche qu’elle est toujours une bête de scène), sa voix reste inoxydable. Cette voix d’une beauté exceptionnelle fait encore merveille sur «Kanawa» (Ne partez pas), le nouvel album de Nahawa Doumbia. Un véritable chef d’œuvre de huit titres (Yirini, Ntamayon, Ndiagneko, Djougoh, Hinè, Kanawa, Adjorobena et Foliwilen) dont un (Adjorobena ; autrement ça nous inquiète) interprété en duo avec son héritière, Doussou Bagayoko. Des titres superbement arrangés par l’inépuisable Ngou Bagayoko. Dans cette œuvre, la fille des regrettés Moussa Doumbia et Térénan Coulibaly parle de l’immigration, de la cohésion sociale, de la tolérance, de l’indulgence, du mariage… Elle n’oublie pas non plus ceux et celles qui ont quitté la scène pour l’autre monde ces dernières années. « Kanawa » (Ne partez pas), le titre générique de l’album, est une sensibilisation contre la migration irrégulière aux drames multiples. « Beaucoup de nos enfants meurent dans l’océan et certains d’entre eux pendant la traversée du Sahara. Certains grimpent sur les barbelés qui traversent les frontières et ils se font tirer dessus. Je demande donc à nos enfants de ne plus partir et de rester à la maison», explique le prodige de Mafélé. «Au lieu d’aller mourir dans le Sahara ou dans la Méditerranée pour fuir les difficultés ici, nos jeunes doivent se battre dans leur pays pour changer les choses et réaliser leurs rêves», confie-t-elle à propos de ce titre. Mais, ajoute-t-elle, «il est aussi crucial que le gouvernement et ses partenaires prennent réellement à bras le corps le problème du chômage des jeunes. Cela peut prévenir les drames humains auxquels nous assistons depuis des décennies». « Que les jeunes diplômés comprennent aussi qu’ils ne peuvent pas tous travailler dans un bureau. Nous devons tous œuvrer à aider notre jeunesse, à lui faire comprendre que l’avenir c’est ici en Afrique, notamment au Mali », conseille l’indétrônable Reine du didadi. Le souhait de Nahawa est que la jeunesse malienne, voire africaine renonce à ses « rêves macabres » et se battre pour contraindre les décideurs à créer les conditions de leur épanouissement dans le pays. «Nahawa veut que la jeunesse malienne prenne en main le destin de son pays avant qu’il ne finisse à jamais entre des mains armées. Sous un ton un peu dur, son discours est un message d’espoir et d’amour unificateur », commente un critique. Pour cet autre critique, «Kanawa est un album qui capture de manière concise les réalités maliennes du moment». La star exhorte aussi les décideurs à s’inspirer des initiatives comme celles de Mme Aminata Dramane Traoré qui s’est investie non seulement dans la sensibilisation des jeunes contre les risques de la migration clandestine, mais aussi dans l’accueil et la réinsertion des rapatriés de gré ou de force. Evocateurs, si les thèmes exhortent à la réflexion, les rythmes sont souvent une véritable invitation à la danse. Difficile par exemple de se retenir de bouger en écoutant « Foliwilen », une très mélodieuse «Doson fôly» dédiée aux forces armées et de sécurité ainsi qu’à des personnalités qui se sont illustrées par leur courage, leur bravoure, leur générosité et leur sens de la fraternité. Difficile aussi de ne pas frissonner en écoutant la très acoustique « Yirini » qui permet à Nahawa de bercer les mélomanes avec sa superbe voix mélodieuse qui continue à défier le temps par sa beauté. Une voix magique et inimitable On sent l’expérience et le talent de Ngou Bagayoko dans cet arrangement magnifique. Une savante symbiose entre le ngoni et le kamalen ngoni, une variété de percussions, de programmation de batterie, de karignan (grattoir métallique) et de guitares acoustiques et électriques. Née à Mafélé avec une enfance passée à Manankoro dans la famille maternelle, Nahawa est cette révélation des Semaines et des Biennales artistiques et culturelles qui continue d’imposer son univers authentique entre tradition et modernité, en gardant toujours l’essence du rythme didadi. Et cela lui réussit merveilleusement bien. Ainsi, « Kanawa » sort après des rééditions de ses premiers albums et une longue tournée européenne. Elle reconnaît d’ailleurs qu’elle a fait 1.700 concerts avec « Kabako », le précédent opus sorti le 24 mai 2011 chez « Camara Production ». La soixantaine assumée avec charme et prestance, la Première lauréate du Prix découverte RFI en 1981 prouve non seulement qu’elle reste l’incomparable « Reine du didadi », mais aussi qu’elle reste l’un des plus grands artistes du Mali, une véritable ambassadrice de la culture malienne très sollicitée dans le monde. MB (AMAP)
Bamako : Exposition d’art plastique sur la beauté noire
Bamako, 3 Fév (AMAP) L’exposition, « The Crow », (la couronne en anglais), des œuvres d’Eolia, artiste à la double nationalité nigérienne et béninoise, se tient, depuis la semaine dernière, à la Galerie Médina, à Bamako, la capitale malienne. Une dizaine de tableaux, conçus dans un style original et dans des formats divers, restituent à travers une série de visages et de portraits géants, la coiffure afro des années 60. Les tableaux d’Eolia, une riposte à la ségrégation raciale, sont vendus entre 500.000 et 2 millions de Fcfa. Ainsi, à travers le mode de coiffure ou l’expression des visages, elle fait ressortir l’engagement et la résistance des hommes et femmes contre l’injustice et le racisme. Elle tire ses inspirations de la lutte pour la sauvegarde de l’identité africaine, de la lutte contre le racisme. Elle prend, aussi, en compte les lois contre les actes de violence et l’injustice à l’égard de la race noire. Le vernissage de l’exposition s’est déroulé, jeudi dernier, en présence du chef de cabinet du ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, Yamoussa Fané, du directeur de la Galerie Médina, Igo Diarra, de l’artiste elle-même et du consul du Bénin au Mali. Selon l’artiste « c’est une responsabilité mais aussi un devoir de travailler sur la beauté noire ». « C’est dans l’authenticité que je travaille pour faire sortir les caractéristiques de la femme noire et le combat contre la race noire. L’exposition est une célébration de la beauté noire », a-t-elle dit. A travers ses tableaux, l’artiste Eolia célèbre le choix d’être nous-mêmes sans concession. Pour elle, l’histoire des cheveux noirs est importante. Longtemps rejeté par les normes de beauté euro centriques, le cheveu afro a été souvent considéré comme un symbole de défi politique. Son exposition fait suite à plusieurs actions contre la discrimination des cheveux naturels le 3 juillet 2019, en Californie (Etats-Unis), l’interdiction faites aux employeurs et aux écoles de discriminer les coiffures telles que les afros, les tresses, les twists et les dreadlocks. Yamoussa Fané a exprimé l’engagement du département en charge de laCulure à soutenir la démarche de l’artiste. « Après la reprise des activités culturelles, nous sommes très ravis de magnifier les œuvres d’une jeune artiste très engagée », a déclaré le chef de cabinet. Il a aussi salué la Galerie Médina pour ses actions en faveur des artistes. Lassana Igo Diarra a exprimé sa « réelle satisfaction » d’accueillir cette belle exposition. « C’est un privilège de recevoir ces belles factures de la création artistique », a-t-il commenté. Pour sa part, le collectionneur Mamadou Kanda Keïta a estimé que c’est un travail bien fourni avec une technique ancienne. « L’artiste utilise le charbon et le bois pour faire sortir la beauté de la femme africaine dans la lutte contre l’apartheid et l’identité culturelle. C’est un travail de qualité, car il y’a une harmonie entre la technique, les matériaux et la thématique », a ajouté M. Keita. L’artiste Eolia a un parcours atypique dans le domaine de la création artistique. Elle est diplômée en marketing et a décidé, après sa formation, de faire carrière dans la création contemporaine. Son exposition reste accrochée jusqu’au 15 février prochain, avant de s’envoler pour Los Angeles (États-Unis). AS (AMAP)
Société : Korodugaw ou les bouffons de chez nous
Par Moussa OUERE Bla, 26 Janvier 2021 (AMAP) Les Kordugaw ou Korodugaw pour d’autres, est un mouvement culturel composé d’hommes et de femmes très répandu au Mali. Ils sont organisés en société secrète très fermée. Cette société a ses règles, ses lois et sa philosophie. Madou Mallé dit Madou Bâ, président du Mouvement culturel des Korodugaw du Cercle de Bla, cultivateur à Dakoumani, village situé 2 km à l’Ouest de la ville de Bla (Centre) est âgé de 94 ans. Il est marié et père de 9 enfants. Sous un eucalyptus, il nous narre l’histoire des Korodugaw au Mali, en général et à Bla, en particulier. « Jusqu’à aujourd’hui, personne n’a pu me dire, avec certitude, d’où sont originaires les Korodugaw, quelle localité du monde, viennent-ils. Selon nos anciens, le mouvement des Korodugaw n’a pas un fondateur précis. Nous sommes, un peu partout, dans le monde selon les coutumes, les réalités et les traditions du milieu », dit Madou Bâ. Le mouvement des Korodugaw a été créé pour mener des actions de paix et de réconciliation, selon notre interlocuteur. « Bien avant notre existence, les Korodugaw existaient, nos anciens nous ont appris que c’est de quelques personnes (hommes et femmes) qu’est venue l’idée de créer un groupe qui intervient entre des parties qui se sont brouillées ou deux villages en conflit, afin de ramener l’entente entre les communautés voisines », se souvient le doyen de 94 ans. Dans le cercle de Bla, le siège du mouvement se trouve à Dakoumani. Il y a deux groupes de Korodugaw à Bla. Un groupe uniquement composé de femmes, dans la ville de Bla, dirigé par Tata Mallé et le second, qui est le vrai groupe des Korodugaw, composé d’hommes et de femmes. Le premier groupe se retrouve dans le deuxième. « Pour la bonne organisation du mouvement et sa reconnaissance officielle, nous avons obtenu un récépissé auprès des autorités du Cercle de Bla », explique Madou Ba. Parmi les rôles importants qu’ils jouent, dans notre société, les Korodugaw sont de bons herboristes et guérisseurs traditionnels « car ils connaissent très bien les secrets des plantes pour soigner beaucoup de maladies. Ils conjurent les mauvais sorts, traitent les femmes infertiles qui n’ont pas eu d’enfant dans leur foyer après plusieurs années de mariage ». Selon Bakoro Mallé dit Bâ Djan, vice président des Korodugaw de Bla, « les femmes qui n’ont pas d’enfants dans leur couple, viennent nous consulter, accompagnées de leur époux. Nous leur faisons des bénédictions et leur prescrivons des médicaments et des attitudes à adopter ou des interdits à respecter ». Au nombre de ceux-ci, par exemple, l’absence de rapport sexuel pendant treize mois « ni en couple encore moins avec d’autres personnes ». « Après ce délai, si nos vœux et prières sont exaucés, la plupart de nos patientes tombe en état de grossesse », assure Bakoro Mallé. Ce que les gens appellent Dagaba (la grande marmite), les Korodugaw, eux, l’appellent ‘’Daasigui’’. « C’est une cérémonie qui se tient, généralement, à l’approche de l’hivernage, dans un village, pour résoudre un problème ou prévoir une menace contre quelqu’un ou contre un village », explique Mallé. « Ce jour là, je lance un appel à tous les initiés de notre zone d’intervention car nous sommes organisés par zone, selon les coutumes. Tous les initiés et membres du mouvement du Cercle de Bla et ceux d’ailleurs y prennent part », explique Bâ Djan qui signale que les Korodugaw ont beaucoup de descendants, dans le cercle de Bla et en dehors. Les gens arrivent le jeudi soir. Les festivités commencent la nuit jusqu’à l’aube. La personne à qui la cérémonie est dédiée prend toute la journée du vendredi, sans travailler. Sous un hangar fait de tôles ondulées, non loin de sa demeure, Tata Bâ une ancienne de 62 mariée et mère de 5 enfants dit avoir été initiée dans le mouvement des Korodugaw par sa lignée maternelle. « Ma mère et ma grand-mère étaient des Korodugaw. Après avoir passé quelques années dans mon foyer, j’ai décidé de suivre mes parents maternels », indique-t-elle. Les Korodugaw sont reconnaissables par leur habillement, En général, ils sont en haillons, ornés de colliers de fèves rouges et blancs, de cornes de certains animaux et portent des fatras et divers objets et de parures faites de bric et de broc. Sur le ton de la plaisanterie, de l’amusement et de façon théâtrale, les Korodugaw assènent des vérités qui, autrement, passeraient mal. De la même façon qu’ils édictent des sentences, des leçons et des conseils de la vie en société. « Riez, amusez-vous de nos propos mais appliquez les dans vos comportements, vos rapports » semble être leur leitmotiv. « A Bla ville, je représente le groupe des Korodugaw. Beaucoup de femmes se regroupent chez moi pour d’autres activités comme le filage. Je parlais du mouvement, chaque fois que nous nous retrouvons dans notre atelier de filage », nous a dit Tata Bâ. Elle a, aujourd’hui, dans son association, plus de cinquante femmes qui sont à 60% initiées dans le mouvement des Korodugaw. Ces femmes mènent, aussi, des activités de Korodugaw, non seulement dans la ville de Bla mais aussi en dehors et sur convocation du président des Korodugaw du Cercle de Bla. Kodouba Dao est un jeune enseignant de 38 ans. C’est un ‘’Taden’’ des Korodugaw (Enfant pris par les Korodugaw) « Ma mère a fait dix maternités et aucun de ses enfants n’a survécu. Après avoir parcouru plusieurs localités à la recherche de médicaments, en vain, elle a été orientée vers les Korodugaw. Je suis l’enfant, qui est né après sa rencontre avec les Korodugaw. On m’a ainsi donné le nom Kodouba, qui a une signification chez nous, en milieu Minianka et Bamanan », explique le jeune homme. Si une femme perd ses enfants, on la confie aux Korodugaw. En général, elle arrive à concevoir après. Et ce premier enfant, fille ou garçon, est « remis » aux « Korodugaw. « C’est le sens de mon nom Kodouba. J’évolue dans le groupe. Je suis initié et je participe à tous les mouvements des Korodugaw. Donc je suis Koroduga », a dit Kodouba. Les Korodugaw, qu’on qualifierait de
« Nomades » de Flem : L’amour du Mali comme source d’inspiration
Par Moussa BOLLY Bamako, 23 Janv (AMAP) Ça y est ! Le rappeur français Flem (Olivier de son vrai nom) et son compère Vieux Farka Touré sont de retour sur des routes «Nomades» (album) pour célébrer l’amitié et manifester leur impuissance face à la détresse croissante d’un Mali qui a du mal à voir le bout du tunnel de la terreur terroriste et des drames des conflits intercommunautaires. Fruit d’une amitié à toute épreuve, le nouvel album du rappeur français est entièrement composé par Vieux Farka Touré et interprété en duo avec Aminata Doumbia dite Amy D. Produit entre Bamako et Paris, cet opus est très séduisant avec ses chants mandingues, ses textes poétiquement engagés et des mélodies qui font un fascinant clin d’œil au terroir touareg. «Nomades», l’album de Flem (Olivier), composé par Vieux Farka Touré accompagné de la chanteuse Amy D, est disponible depuis le 18 septembre 2020 sur toutes les plateformes de streaming. Il célèbre une amitié de dix ans. Une décennie franchit au rythme des performances artistiques partagées, des festivals de Paris à Tombouctou. Une amitié à l’épreuve même de l’insécurité qui règne dans le nord du Mali où le jeune rappeur aime pourtant aller se ressourcer. Au lendemain d’un concert à Niafunké, le rappeur engagé et d’autres Occidentaux sont évacués vers Bamako par le fleuve Niger, échappant de peu à une attaque armée de l’Al Qaeda au Maghreb islamique (AQMI). Cet événement, selon Vieux et Flem, a renforcé les liens humains et inspiré leur connivence artistique au point de se lancer dans un nouveau projet encore plus militant et conscient : Nomades ! Un opus de six titres (Le bonheur c’est les autres, Mali, Nomades, Conscience, BK Night et Amour) bien accueilli par les mélomanes et la critique. Né à Boulogne-Billancourt, Flem navigue depuis toujours entre différents courants musicaux. à 18 ans, il fait le trajet Bamako-Tombouctou en bus. Un voyage à l’allure d’une vraie aventure dans le Sahara qu’il considère comme «un déclic» dans sa carrière. En 2009, il revint au Mali où il rencontre Boureima dit Vieux Farka Touré (fils du légendaire bluesman Ali Farka Touré) et la harpiste Katell Boisneau. Vieux l’invite sur scène lors de son concert au «Festival du Désert» à Essakane (Tombouctou). Et c’est de là qu’est née la solide amitié qui lie les deux artistes. Ainsi, après des enregistrements à Paris, Flem est revenu dans notre pays en 2012 pour finaliser les arrangements de son 1er album, et participer à un concert de Vieux à Niafunké. Le Nord du Mali était déjà en zone rouge et interdit aux Français par l’ambassade de France. Mais, rien ne pouvait dissuader le jeune rappeur à faire ce voyage. RICHESSE FASCINANTE – «Passeport», le premier opus de Flem est un mélange de world music, avec des rythmiques hip-hop et électro, produit par le pianiste et DJ Mattias Mimoun. Un concert exceptionnel à la Boule Noire avec Vieux Farka Touré dévoile le projet au public en 2015. Après quelques prestations en France, au Maroc et au Mali à l’invitation de l’Institut français pour la rentrée littéraire à Bamako en 2017, Flem reprend le chemin du studio. La mixtape «Avec Le Cœur» (ALC), sortira en 2018. Cet opus 100% rap, plus tendu et impulsif, révèle une autre facette de l’artiste. En juin 2019, Flem participe au festival Paris New-York Heritage en partenariat avec la mairie de Paris et donne un avant-goût de «Nomades» au Centre Barbara-Fleury Goutte d’Or. «Un flow fluide, une musique instinctive, des thèmes conscients. Inspirés par des artistes contemporains comme Oxmo Puccino ou Abd Al Malik, mais également du patrimoine de la chanson comme Brassens et Brel, Flem affirme sa signature avec l’union entre des textes de rap engagés et des sonorités traditionnelles d’Afrique de l’Ouest», commente un critique fasciné par la richesse de l’album. «École de la vie et du voyage, sagesse de la route…», selon de nombreux chroniqueurs culturels, le rap de Flem est profondément marqué par ses voyages récurrents au Mali. Et, commente un confrère, «étant natif de Boulogne Billancourt, il n’avait pas vraiment le choix. Soit il puisait son inspiration dans ses voyages, dans la poussière du désert, sur les goudrons de Bamako, dans l’ombre mortifère du jihadisme qui plane aussi sur le Mali, soit… il allait retrouver son compatriote Booba dans des successions de clash sans têtes ni queues» ! Le talent engagé a préféré, sur «Nomades», laisser ses textes et ses mots le guider sur les routes du Mali. Celles qui l’y ont mené, comme «celles qui conduisent aujourd’hui encore des milliers de personnes sur les routes de l’exil, mais aussi celles que les ancêtres de Vieux Farka Touré ou de Amy Doumbia ont pu emprunter en leurs temps». Des routes et des pistes qui, hélas, laissent passer de moins en moins de nomades à cause du terrorisme et des trafics de tous genres. «Quoi qu’il se passe par la suite, j’aurais été au bout de mon idée, j’aurais conserver ma liberté et commencer à toucher certains de mes objectifs», avait déclaré Flem sur sa page Facebook le jour de la sortie de son œuvre, le 18 septembre 2020. Et d’ajouter, «j’espère que vous aurez plaisir à écouter et à vivre ce projet comme on a eu plaisir à le composer et à le créer. Je veux croire qu’on aura le bonheur de partager tous ça ensemble» ! Et naturellement qu’il a remercié «tous ceux sans qui ce projet n’aurait pas vu le jour, particulièrement à mon grand frère de son et de cœur, Vieux Farka Touré, et sa famille…» ! «Nomades» Composé par Vieux Farka Touré Écrit et interprété par Flem et Amy D Claviers : Mattias Mimoun Guitare : Vieux Farka Touré Basse : Valess Assouan Batterie : Madou Koné

