Ami Koïta fêtera à Abidjan ses 45 années de carrière

Bamako, 18 mar (AMAP) L’artiste malienne, Ami Koïta donnera une série de concerts géants à Abidjan, la capitale ivoirienne, les 6 et 7 mai prochains pour célébrer ses 45 années de carrière, a-t-elle annoncé, mercredi, à Bamako, lors d’une conférence de presse. Deux concerts sont prévus à Abidjan, le premier à l’hôtel Azalai le 6 mai pour les personnalités importantes (VIP) et le second au Palais de la culture pour le grand public. «Cette célébration est une opportunité de retrouver mes fans et de faire revivre mes talents», a déclaré l’icône de la musique mandingue, entourée du président de la commission d’organisation, Hervé Ouattara, et du directeur associé de l’événement, Blé Zadi Sheval Gaguen,   Après avoir exprimé sa satisfaction de célébrer ses 45 années de carrière « avec ses fans », Ami Koïta a, aussi, salué l’initiative de ce grand-rendez vous culturel. . Pour sa part, Hervé Ouattara a expliqué que tous les dispositifs techniques et communicationnels sont mis en place pour la réussite de l’événement. Il a, aussi, souligné le partenariat entre les structures organisationnelles qui se sont données la main pour célébrer les 45 ans de succès de la star mandingue. « Parce que cette réussite mérite d’être fêtée pour rendre hommage à celle qui a consacré toute sa vie au service de la communauté ». Le directeur associé, Blé Zadi Sheval Gaguen, a expliqué les motivations qui sous-tendent la célébration des 45 années de succès.  «On est venu pour célébrer une légende. Généralement. en Afrique, on célèbre les légendes après leur mort, mais nous avons voulu magnifier notre maman de son vivant», a-t-il. Pour les initiateurs, l’événement est un signe d’intégration, de paix et de solidarité, car l’icône de la musique mandingue a, aussi, le sens de la solidarité. Selon Blé Zadi, la musique mandingue est la base de toutes les musiques africaines et mérite d’être célébrée à travers la native de Djoliba.  Ami Koïta est née en 1952 à Djoliba, près de Bamako, dans le Mandé profond. Elle intègre très vite le milieu de la musique par le biais de ses parents et apprend ainsi la technique vocale et les règles de conduite d’une femme d’honneur. À 12 ans, elle faisait déjà la fierté de sa communauté. Quelques années plus tard, la chanteuse fut révélée lors d’un concours de chant pour intégrer l’Ensemble instrumental national en 1966. Depuis cette période, elle n’a plus arrêté de monter sur les grands podiums, micro en main. Après 45 longues années de pratique de la scène, l’artiste décide de faire revivre les moments forts de sa musique à travers cette série de concerts en Côte d’Ivoire.  Elle jouera aussi dans d’autres pays comme le Burkina Faso. Et, naturellement, à Bamako.  AS/MD (AMAP)

Métaux et plastiques : Le filon du recyclage

Par Fatoumata M. SIDIBÉ Bamako, 15 mar (AMAP) Badalabougou, sur la rive droite du fleuve Djoliba, à Bamako, la capitale malienne, à proximité de la pâtisserie Amandine. Installées à l’ombre d’un arbre, des figurines : cheval, coq, éléphant faites de fer de récupération et autres représentations de petites bêtes, comme le crapaud, séduisent passants et visiteurs. Au milieu de ces petits objets inanimés, Abdoulaye Lampa est assis sur une chaise en forme de guitare faite à partir d’amortisseurs et de chaines usagés de motos. Le quadragénaire est l’artisan de ces «sculptures» métalliques.  Artiste/créateur, ses œuvres séduisent le public depuis 2009. Emerveillés, les passants les contemplent avant de s’avancer pour les toucher. « C’est ainsi tous les jours », lâche, sourire en coin, celui qui dit s’être amouraché de cet art depuis sa tendre enfance. «Je fabriquais des chaises. L’idée de recycler ces déchets métalliques pour en faire des objets d’art m’est venue à la suite d’une épreuve de la vie», se souvient-il. L’artiste en devenir avait acheté des pièces détachées (trois) pour la réparation de sa moto, en panne depuis quelques temps. Le jour où il devait l’amener à l’atelier du mécanicien, l’engin à deux roues a été volé.  Dépité, Abdoulaye Yampa décide d’utiliser ces pièces neuves pour faire des statues en métal. «Auparavant, je fabriquais les petits objets avec les métaux», relate notre homme aux dreadlocks. Cette expérience aidant, l’artisan fabriquera un éléphant à partir des pièces qu’il a achetées pour réparer son engin. Le coup d’essai fut un coup de maître. Le chef-œuvre sera acheté par un hôtel de la place à 350.000 Fcfa (l’équivalent du prix d’une Djakarta neuve à l’époque). Trois autres commandes suivront. À l’autre bout de Bamako, à Yirimadio, en Commune VI, Adama Bamba et Ousmane Koné mettent en commun leur intelligence pour fabriquer paniers, bassines… en plastique. Cette union débouche sur la création de «Kouraya Company», une entreprise spécialisée dans le recyclage de déchets plastiques. «Kouraya», un mot bambara, qui signifie renouvellement ou recyclage. Rencontrés lundi, peu après la prière de 14 heures, ils portent des bavettes sur le nez pour «éviter d’inhaler» les débris de plastiques que dégagent les machines. À HAUTE TEMPERATURE – Des machines dédiées au recyclage de déchets plastiques grondent à l’intérieur de l’atelier laissant échapper une légère fumée. Ces plastiques, Adama Bamba les achètent auprès de personnes qui récupèrent les anciens bidons en caoutchouc, les bouteilles de boisson, d’huile alimentaire, de sachets plastiques. Ils sont réutilisés pour fabriquer des paniers, des chaises et autres objets de décorations.  « Chaque type de plastique ou de caoutchouc est utilisé en tenant compte des produits à fabriquer », explique Modibo Sidibé, un des cofondateurs. «Nous les découpons et les mettons dans les broyeuses pour obtenir des paillettes de plastiques. Compressées et chauffées, les paillettes sont fondues à 140°C dans une extrudeuse qui confère aux plastiques la forme désirée», précise notre interlocuteur. Il ajoute que le filament, ainsi obtenu, est moulé afin de créer de multiples objets.  Selon lui, l’aventure a commencé il y a trois ans. «Nous avons fait des tests sur les plastiques parce que nous avons constaté qu’il y a beaucoup de pollution à Bamako», rappelle-t-il. La raison d’être de leur entreprise est de faire face à cette situation en récupérant les déchets plastiques. Pour y arriver, ils ont mené des recherches sur Google, YouTube, etc. sur les techniques de fabrication de ces différents objets.  «C’était devenu une urgence pour nous à cause de la pollution de l’air et du sol à Bamako», révèle Modibo Sidibé. Ainsi, à défaut de pouvoir importer une broyeuse à cause des restrictions de voyage liées à la Covid-19, les jeunes entrepreneurs décident de fabriquer sur place, avec l’appui technique d’un soudeur, leur première broyeuse.  Cet investissement a coûté plus d’un million de Fcfa. «Maintenant, nous fabriquons des machines de recyclage, des extrudeuses, des paniers, des chaises, des tables, des luminaires, des pavés écologiques, des portes stylo, des saladiers et des tabourets. Nous avons des machines pour la fabrication de tous ces objets», explique notre interlocuteur avant de préciser qu’un kilo de plastiques coûte 200 Fcfa. MÉVENTE – . La même quantité de fer usagé vaut 200 à 250 Fcfa. «Avant, les personnes de bonne volonté me ravitaillaient gratuitement. Depuis plus de deux ans, ce n’est plus gratuit. Je les achète, notamment chez les mécaniciens et auprès des mendiants», révèle-t-il.  À la différence des «recycleurs» qui sélectionnent les types de plastiques à transformer, Abdoulaye Yampa utilise toutes sortes de métaux, même usagés, pour fabriquer ses œuvres. Il dessine d’abord ses représentations sur une feuille pour se faire une idée des types de fer à utiliser et voir comment les agencer. «Je découpe les fers avec la scie ou autres matériels pour leur donner la forme que je désire», précise-t-il. Ses œuvres peinent, de plus en plus, à trouver des preneurs depuis quelques années, déplore Abdoulaye Yampa. La faute, selon lui, à la rareté des foires expositions et à l’accès au financement. Ses clients sont essentiellement des expatriés, notamment occidentaux. « Il y a aussi les personnes qui s’intéressent à l’environnement et aux problèmes de pollution, les restaurateurs et les hôteliers qui s’intéressent à nos produits », ajoute-t-il. Autant de difficultés qui font que les apprentis sont moins attirés par le travail d’Abdoulaye Yampa. «J’avais un apprenti qui a abandonné. Ce métier est un peu difficile. Il demande beaucoup de courage et de passion», fait-il savoir.  Malgré ces difficultés, les activités de «Kouraya» Company semblent attirer les jeunes. Demba Traoré, étudiant à la Faculté des sciences et techniques (FST), y est stagiaire depuis avril dernier. Il dit faire ce travail par passion. Pendant les vacances, confie Adama Bamba, sa compagnie forme également des jeunes étudiants sur les techniques de recyclage des plastiques. « Des vendeurs de plastiques aux recycleurs, estime Adama Bamba, toute la chaine de production et d’approvisionnement se frotte les mains ». «Les gens s’y intéressent parce que nous arrivons à écouler ce que nous produisons. C’est rentable», note-t-il. Les produits finis sont vendus entre 1.000 et 7.500 Fcfa, selon les

Art et culture : Restitution de la troupe culturelle SO-Dew

La Troupe culturelle «so-dew » de l’ONG Instrument 4 Africa, qui a bénéficié d’un financement de l’Ambassade des Etats Unis au Mali, a fait une restitution culturelle lors d‘une soirée organisée, vendredi dernier à la Maison des jeunes de Bamako, après six mois de formation de 25 jeunes de 7 à 20 ans au Centre Karim Togola de Sabalibougou. C’était en présence de l’attaché culturel de l’ambassade des états-Unis au Mali, Mme Erin Sutherland, des responsables de l’ONG Instrument 4 Africa, initiatrice du projet, et de plusieurs invités de marque.  Au cours de la soirée, il y a eu des messages de sensibilisation. La Maison des jeunes était devenue le temps de la soirée un véritable théâtre des arts et de la culture. Le public n’a pu résister au génie des jeunes qui se sont montrés à la hauteur à travers les chants, l’occupation de la scène, l’utilisation des instruments comme le tam-tam et le balafon. à travers des séquences de théâtre, de danse, conte et chants, les enfants ont revisité le répertoire musical de notre  terroir. Ils ont aussi mis en évidence leur savoir-faire et leur détermination à jouer leur partition dans la refondation d’un Mali nouveau. La formatrice en conte et théâtre, Mme Aïssata Tangara, présidente de l’Association aw djigui a félicité l’engagement des enfants et l’appui constant de l’ONG instrument 4 Africa à travers l’ambassade des états-Unis. «Nous avons beaucoup travaillé en casting avec les enfants. Pendant six mois, ils se sont montrés très intéressés par cette belle aventure artistique et ont pris goût au théâtre et au conte», a-t-elle expliqué. Il faut aussi rappeler que  l’individualisme est en train de ruiner notre société et c’est pourquoi nous avons travaillé sur la cohésion, le vivre ensemble pour stopper l’individualisme qui gagne du terrain. Mme Erin Sutherland a exprimé l’engagement de l’ambassade américaine à soutenir les projets culturels. Elle a rappelé l’appui constant de son pays au développement des activités des arts et de la culture.  «C’est à travers des ateliers de ce genre que nous pouvons faire la promotion des arts et de la culture. L’art et la culture contribuent à maintenir la cohésion sociale, mais participe aussi au développement et à l’autonomisation des jeunes. Ensemble, nous pouvons faire avancer les choses», a-t-elle expliqué. Et de dire que l’ambassade des états-Unis réitère son engagement à œuvrer à la promotion de la culture, à l’amélioration des capacités des jeunes vers plus de citoyenneté. «à travers l’ONG Instrument 4 Africa, nous avons travaillé pendant plusieurs années dans le domaine des arts pour développer une bonne collaboration entre des universités et collèges créés à l’origine pour les Afro-américains aux états-Unis et des musiciennes maliennes», a déclaré Mme Erin Sutherland. Pour le représentant de l’ONG Instrument 4 Africa, l’objectif de cette activité culturelle est de dresser le tableau des résultats obtenus dans les différentes formations en chant, danse, théâtre, conte, percussion et plus spécifiquement de la masterclass dédiée à la danse contemporaine. Auparavant, le représentant de la mairie de Bamako avait exprimé sa satisfaction de voir réaliser un projet de sensibilisation dans le domaine des arts et de la culture. Il a retiré son engagement à soutenir ce genre d’évènement. AS (AMAP)

Le sculpteur Lassinèba Traoré : L’art du bois taillé

Par Moussa OUERE Bla, 01 mar (AMAP) Cet artiste excelle dans ce métier secondaire qu’il exerce. Ses œuvres d’art sculptées sont appréciées par les connaisseurs, La sculpture, activité artistique qui consiste à concevoir et réaliser des œuvres en forme, en volume, en relief, soit en ronde-bosse (statuaire), en haut-relief, en bas-relief, par modelage, par taille directe, par soudure ou assemblage, est peu connue, surtout, dans le Cercle de Bla, Région de Ségou (Lire suite : http://lessor.ml)

Journée et nuit du Mali à Dubaï : Le premier ministre rend hommage aux opérateurs économiques et aux artistes

Envoyé spécial Dieudonné DIAMA Dubai, 25 fév (AMAP) La Journée et la Nuit du Mali à l’Exposition universelle 2020 de Dubaï ont mobilisé, mercredi dernier, autour du Premier ministre, plusieurs membres du gouvernement, des opérateurs économiques, des artistes et nos compatriotes établis aux émirats arabes unis.  Dr Choguel Kokalla Maïga a, à l’issue de cette nuit, rendu un vibrant hommage aux opérateurs économiques et aux artistes pour le rôle éminent qu’ils jouent dans le contexte difficile que traverse le Mali. Plusieurs artistes maliens se sont succédé sur la scène où ils ont tenu en haleine les nombreux visiteurs. Il s’agit, entre autres, de Cheick Tidiane Seck, Oumou Sangaré, Safi Diabaté, Bassékou Kouyaté, Ami Sacko, Sidiki Diabaté. Après le concert auquel il a assisté avec sa délégation, le Premier ministre a fait savoir que les chansons que les artistes ont chantées en hommage à nos braves soldats engagés dans une lutte sans merci contre le terrorisme lui ont fait couler des larmes. Il a salué les artistes et leur ministre de tutelle, Andogoly Guindo qui était sur place. Pour lui, les chansons de bravoure et de patriotisme ont un grand rôle dans la galvanisation et le réarmement moral des militaires sur le front. Dr Choguel Kokalla Maïga a ajouté que les militaires sont en train de défendre notre patrie dans toutes les Régions du pays nuit et jour. « Et au moment où ils se battent, dira-t-il, nos artistes sont en train de composer et chanter des chansons qui leur procurent du courage et de la bravoure. Mais, aussi, pour le réarmement moral des autorités et même des populations dans les conditions difficiles que le pays traverse ».  Le chef du gouvernement a salué les hommes et les femmes de culture ainsi que leur ministre en tête pour leur engagement. Avant de promettre d’être désormais leur porte-parole auprès des plus hautes autorités du pays. Selon Dr Choguel Kokalla Maïga, le président de la Transition a l’habitude de dire en Conseil des ministres que le Mali nouveau doit d’abord se construire dans les esprits des uns et des autres. Et pour ce faire, les hommes de culture ont un grand rôle à jouer.  Pour lui, les soldats sont sur les théâtres d’opérations et doivent être ravitaillés en nourriture, médicaments, munitions et en carburant. Et ce sont les opérateurs économiques qui font ce travail. Dans la situation de guerre que le Mali traverse, il estime que ceux-ci sont en train de jouer leur rôle.  Par ailleurs, le Premier ministre a souligné qu’avec l’embargo illégal décidé contre le Mali, l’objectif était d’asphyxier économiquement notre pays et faire tomber le gouvernement de Transition. En réponse, il a indiqué que les opérateurs économiques ont promis que le Mali ne manquera de rien et ils sont en train de tout faire pour que les populations maliennes ne manquent de rien. Le chef du gouvernement a qualifié, ces opérateurs économiques de « soldats ». « Et même s’ils n’ont pas les armes à feu comme les militaires, ils ont l’arme économique au même moment où les artistes ont l’arme culturelle », a-t-il dit.  Dr Choguel Kokalla Maïga a souhaité que dans un futur proche, un grand concert accompagné de défilé de mode soit organisé dans toutes les régions et localités du Mali avec les artistes et artisans pour magnifier le retour de la paix et de la securité sur l’ensemble du territoire national. DD (AMAP) 

Le bari : Un symbole de l’identité du Bambara

Par Youssouf Doumbia Bamako, 25 fév (AMAP) C’est un instrument de musique traditionnelle des Bambaras des Régions de Dioïla ou «Banico» et de Bougouni (Sud). On le retrouve, aussi, chez leurs voisins des Communes de Koumantou et de Kolondièba. Leurs frères de Kolokani (Ouest)  et de toute la partie nord de la Région de Koulikoro s’identifient également à cette musique  C’est, sans doute, l’un des instruments les plus utilisés par cette ethnie. On le retrouve, également, dans la Région de Ségou (Centre) avec quelques nuances. Ces derniers appellent cette variante le Bara. Le « Bari» est un ensemble de quatre instruments de musique traditionnelle du Banico : le « doundounba » (le grand tambour), le « nèkè » (la moitié d’une grande barrique), le « djembé » (tam-tam) et le « djembédeni » (le petit tam-tam). Ils sont tous joués par les hommes à l’aide d’une baguette en bois dont l’extrémité est recouverte de caoutchouc. Le «Bari» renvoie aussi à la troupe tout entière qui joue. A l’origine, le « Bari» était joué lors de grands travaux champêtres. Il servait alors à galvaniser les braves cultivateurs. Car à l’époque, les hommes valides du village se regroupaient pour travailler dans les champs des familles, à tour de rôle. Ainsi, la famille qui recevait le groupe s’occupait en même temps de la troupe de «Bari». Leur présence permettait aux cultivateurs de labourer en temps record un champ de plusieurs hectares. De nos jours, puisque les champs collectifs se font rares, et la mécanisation de l’agriculture aidant, les troupes de « Bari » sont très peu sollicitées.   « Etant donné que la troupe appartient à tout le village, nous attendons les grandes fêtes populaires pour la mobiliser », expliquait récemment Bou Koné de Koumantou. C’est ainsi qu’il devient l’instrument privilégié lors des cérémonies de réjouissance comme la célébration de la fête de l’indépendance, le 22 septembre et l’accueil de personnalités. Il sert à animer aussi les baptêmes, les circoncisions, les mariages et bien d’autres.  Il se joue sur la place publique, dans un ou plusieurs cercles. Il arrive que des groupes d’âge organisent la fête et s’habillent en uniforme. Dans ce cas, ils forment le premier cercle. Au fur et à mesure que la mayonnaise monte, un second cercle est formé par la foule. Le cercle constitue la scène où dansent énergiquement les hommes et les femmes, dans une file indienne exclusive à chacun. En tête de file, se trouve un homme appelé « Bari nièmogo ». Il donne le ton et les rythmes de danse à adopter. Un seul morceau de « Bari» peut durer jusqu’à 40 minutes. Ainsi, comme partout ailleurs, la danse commence de la même manière par des prières, des actes de grâce aux divinités, des actes d’adoration à leur égard, à l’écart. La danse étant est une expression, elle représente d’ordinaire le phénomène que l’on souhaite. Elle se développe ensuite en figuration de toute une légende d’un épisode mythologique qui donne une place importante à l’expression narrative. Nous recourons généralement à la danse chaque fois qu’un évènement arrive, qu’il soit heureux comme lors du « bari » ou malheureux.  Cette danse, sans rompre avec les attaches religieuses, est un spectacle, c’est-à-dire stylisée afin de présenter une certaine beauté qui n’entache en rien sa signification. Un penseur n’a-t-il pas dit que « la danse est toujours, au moins en partie, et en dépit parfois des apparences, plaisir de danser, plaisir de jouer avec le corps. En ce sens, elle est libération, catharsis. » A la mimique des danseurs s’ajoute, dans certaines situations, une partie dialoguée qui change la danse en véritable représentation dramatique. Le geste précède, accompagne ou suit la parole car elle vaut par lui, tout comme il vaut par elle. Mais les gestes peuvent aussi constituer un langage par eux–mêmes et il était fatal, ce langage se passe du concours de la parole, pour acquérir une beauté indépendante s’appuyant sur des techniques. Les chants sont interprétés par les femmes. La chanteuse principale, appelée parfois «soroké kono» (un oiseau) fait les éloges des vaillants hommes, des grands producteurs de céréales, propriétaires de champs, de bétails ou d’or. Les spectateurs donnent des sommes significatives à la chanteuse pour l’encourager. Les thèmes abordés dans les chansons portent en général sur le succès, l’amour, la mort, la bravoure, la méchanceté. Le principal instrument est fabriqué à partir du tiers d’une barrique dont les deux côtés sont recouverts de peaux de vache. On l’appelle le « doundounba » qui signifie en français le grand tambour. Le « bari »  désigne aussi la troupe traditionnelle musicale.   Les deux derniers instruments sont le « djembe » et le « kete ou djembedeni » qui signifie respectivement le « tam-tam » et le « petit tam-tam ». Tous les instruments du « bari » sont joués à l’aide d’une baguette en bois dont l’extrémité est recouverte de caoutchouc. L’équipe du « bari » est accompagnée d’une chanteuse. Pour les joueurs que nous avons rencontrés, la place de la femme est importante dans la troupe, parce qu’à l’origine le « bari » est destiné aux cultivateurs. Et qui parle de cultivateur parle aussi de la femme parce que ce sont les femmes qui apportent à manger aux hommes.  Le « bari » est joué lors des cérémonies de circoncisions, mariages, baptême, funérailles… Toutes ces occasions sont importantes pour magnifier et faire les éloges des familles concernées. C’est pourquoi, la chanteuse Mamou Koné ne rate pas une occasion de magnifier les hommes braves de la société. « Nos chansons traitent de tout ce qui touche la société comme la jalousie, la méchanceté, le succès, la reconnaissance et bien d’autres », explique-t-elle. Dans la Commune de Massigui, le « bari » a une variante appelée « boyi ». C’est un groupe de plusieurs femmes munies d’une petite calebasse appelée le « Ya » et d’un  djembe joué par une femme. Pour elles, le « boyi » est une danse traditionnelle réservée exclusivement à la femme. « Les hommes peuvent seulement danser mais ne jouent pas des instruments », précise Alima Fomba, lead vocal de la troupe.  Le « boyi » est célébré grâce à la composition d’un ensemble d’instruments de musique traditionnelle. Une grosse calebasse est plongée dans un grand récipient rempli d’eau. L’ensemble

Les Manuscrits anciens et culture de la paix pour éclairer le chemin de la paix au Mali

Bamako, 23 fév (AMAP) Le Projet «Inspiration des manuscrits anciens pour la réconciliation et la paix» a été lancé, lundi, au Mémorial Modibo Keïta.  Ce programme est initié et piloté par l’ONG Sauvegarde des manuscrits anciens du Mali pour la défense de la culture islamique (SAVAMA-DCI) sur financement du Royaume de la Grande-Bretagne à hauteur de 50.000 euros, soit environ 30 millions de Fcfa pour une durée de trois ans. Il couvrira Bamako, Kayes, Ségou et Tombouctou.  «Depuis 2012, le Mali est le théâtre d’une crise sans précédent, marquée par des évènements tragiques et funestes ayant répandu la terreur et semé la psychose partout. Malgré la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, force est de constater que les attaques et conflits meurtriers n’ont cessé d’endeuiller notre peuple, mettant en mal le vivre ensemble millénaire d’un pays universellement reconnu pour son humanisme et sa riche diversité culturelle», a rappelé le secrétaire général du ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Hamane Demba Cissé,  Il a remercié « particulièrement le gouvernement et le peuple britanniques pour leur accompagnement ».  Selon lui, ce projet participe de la mise en œuvre du Plan d’action gouvernemental à travers les engagements du département en charge de la Culture pour un Mali réconcilié et en paix. Selon lui ces crises sécuritaires et institutionnelles ont provoqué une déchirure profonde du tissu social, entraîné la méfiance, voire la haine, le repli identitaire, communautaire, des conflits armés entre communautés ayant vécu en parfaite harmonie depuis des siècles, un effritement des valeurs sociétales comme, la tolérance, le pardon, la solidarité, l’entraide, valeurs qui constituent le socle sur lequel s’est bâtie l’unité de la Nation malienne.  La perte de ces valeurs laisse progressivement place à l’intolérance et à la violence qui réduisent considérablement les effets des actions mises en œuvre pour promouvoir la paix et le développement.  Il a relevé aussi que face à cette situation, de nombreuses voies ont été explorées, notamment politique et diplomatique. Malgré l’appui de la communauté internationale, la crise paraît inextricable et persistante.  Hamane Demba Cissé a souligné, aussi, que le Mali est un pays de traditions et de culture millénaires, creuset de vertus et de valeurs qui ont toujours permis de réguler les rapports individuels et collectifs de sorte à assurer en permanence l’unité, la paix et la concorde. Pour lui, il est clair que notre pays doit faire recours à la culture comme alternative à la violence et pour préparer les esprits à cultiver durablement la paix.  La culture malienne renferme tous les ingrédients et les ressorts sur lesquels notre peuple devrait s’appuyer pour rebâtir le havre de paix qu’a toujours été notre pays. «Nos lettrés, nos érudits et nos jurisconsultes ont légué à la postérité des mécanismes traditionnels de gestion des conflits et du vivre ensemble», a-t-il souligné.  Toutes ces bonnes pratiques ont été consignées dans les manuscrits anciens. Les manuscrits constituent une source d’inspiration pour l’éclosion d’un Mali tolérant, pluriel et ouvert au monde, ajoutera-t-il.  A titre d’exemple, on peut citer : Ar-rissalah algal-lawilla de Cheikh Sidi Alkounti Alkabir, Ousmane Fodio. Les manuscrits anciens sont le support de réalités africaines les plus diverses (sociales, économiques et culturelles), de valeurs sur lesquelles, il faut s’appuyer pour définir notre identité, construire le vivre ensemble, la paix et le développement.  Le secrétaire général du département en charge de la Culture s’accorde avec d’autres bons esprits sur une évidence. L’avenir de l’Afrique doit se bâtir sur la compréhension de son passé dont les manuscrits rendent compte. La stabilité et le développement du Mali et de l’Afrique doivent s’enraciner dans la culture et le passé. Cette mission passe nécessairement par la préservation et la valorisation du patrimoine documentaire.  Le président exécutif de l’ONG Savama-DCI, Dr Abdel Kader Haïdara, a surtout remercié tous les partenaires qui ont aidé sa structure, depuis l’ex-filtration des manuscrits anciens de Tombouctou à Bamako en 2012. Il a expliqué que tous ces manuscrits ont été sauvegardés avec l’appui de nombreux partenaires.  Le présent projet vise à démocratiser le contenu des manuscrits anciens à travers des conférences-débats, des émissions radiophoniques et télévisées et permettra de cultiver dans l’esprit des jeunes des valeurs de paix, d’amour, de vivre ensemble et de réconciliation. Quant à l’ambassadeur de la Grande-Bretagne et de l’Irlande du Nord au Mali, Barry Lowen, il a apprécié particulièrement les valeurs humanistes de la culture de notre pays. Il s’est dit impressionné par la Charte du Mandé ou «Kurukan Fuga», avant d’expliquer que le Royaume Uni accompagnera notre pays dans la recherche de la paix et de la réconciliation sur la base de valeurs endogènes. Enfin, il dit avoir du respect pour le contenu des manuscrits anciens du Mali qui ne méritent de rester entre les quatre murs des bibliothèques. YD/MD (AMAP)

Le Bolon : L’UNESCO tend une perche

Par Moussa BOLLY Bamako, 15 fév (AMAP) Inventé au 13è siècle pour accompagner les guerriers et les cultivateurs, le bolon  (ou m’bolon) est un instrument traditionnel de musique menacé de disparition. Et cela, en partie, parce que peu d’artistes y ont recours pour leurs arrangements et les joueurs de l’instrument se font de plus en plus rares. Mais, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) vient de lui lancer une véritable bouée de sauvetage en l’inscrivant, depuis le 15 décembre 2021, au patrimoine immatériel de l’humanité. «Une merveilleuse nouvelle qui nous vient de l’UNESCO. Nous nous en réjouissons !» a réagi le ministre malien de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, M. Andogoly Guindo, à la décision de l’UNESCO.  «Cette inscription est le résultat d’un long processus qui a abouti aujourd’hui grâce au soutien de nos partenaires, notamment la République du Togo qui a accepté de porter le projet», a confié à la presse le chargé d’affaires du Mali auprès de l’UNESCO, Moussa Cissé, . Cette décision peut s’avérer salutaire pour sauver un instrument mythique dont l’inventeur serait le Mansa Mandé Boukary au 13e siècle. «Cette inscription au patrimoine universel immatériel est un grand soulagement. Je pense que c’est une étape décisive pour la protection de cet instrument menacé de disparition», nous a confié Habib Sangaré alias Dia Bolon, un virtuose de l’instrument.  «La sauvegarde de l’instrument passe par sa revalorisation. C’est un combat que je mène depuis des années. Cette décision de l’Unesco est donc un soutien inespéré», a-t-il ajouté. Et de poursuivre en promettant que, dans les jours à venir, «j’espère pouvoir rencontrer le ministre de la Culture pour voir ce qui est envisageable au niveau national pour la sauvegarde de cet instrument mythique et ce que nous pouvons apporter comme contribution en tant que joueurs de bolon». Selon M. Cissé, le bolon est «menacé par des facteurs tels que l’urbanisation, l’introduction des religions qui interdisent les rites et pratiques initiatiques traditionnels et la baisse d’intérêt des jeunes».  Mais, les facteurs artistiques ne sont pas non plus négligeables parmi les menaces qui planent sur cet instrument. «Le bolon est sans doute le premier instrument traditionnel menacé de disparition aujourd’hui au Mali», avertissait Habib Sangaré dans un précédent article. Le bolon a longtemps été confronté à un problème d’accord avec d’autres instruments de musique. Ce qui fait que ses joueurs n’étaient pas assez sollicités par les artistes pour les studios ou les concerts. «La différence entre le bolon et les autres instruments à cordes comme le ngoni et la kora se situe au niveau de la modulation. Il était difficile à accorder parce que ne s’adaptant pas facilement au changement de gamme… Cela a été un handicap difficile à surmonter», reconnaît Dia Bolon.  «Le bolon n’ayant pas assez de cordes (quatre au maximum), il faut souvent les tirer ou les redescendre selon la tonalité du titre. Comment faire pour que les titres qui se suivent et qui n’ont pas la même tonalité ne subissent pas des problèmes de désaccord avec le bolon ou qu’on ne se retrouve pas à accorder l’instrument pendant le spectacle, donc devant le public… Ce sont des équations que nous avons eues à résoudre en faisant par exemple de sorte qu’il y ait des morceaux sur lesquels Dia Bolon (Habib Sangaré) ne joue pas pour lui donner le temps de s’accorder…», nous a expliqué la jeune star Rokia Traoré. Mais, ce handicap est aujourd’hui surmonté. «Je lui ai trouvé (à Dia Bolon) un accordeur car pour la Fondation Passerelle, en dehors de la collaboration artistique, il y avait un acte militant puisque le bolon est un instrument en voie de disparition», a assuré Rokia dont le projet musical, «Dream Mandé», vise à promouvoir les classiques et les instruments traditionnels. «Aujourd’hui, le bolon peut s’accorder avec n’importe quel instrument. Il peut s’adapter à tous les genres musicaux. La preuve est que, en dehors des artistes maliens, j’ai collaboré avec des Américains, des Allemands, des Danois…», se réjouit le virtuose Habib Sangaré. «Mon souhait a toujours été d’ouvrir une école d’apprentissage de l’instrument parce que l’une des meilleures façons de le préserver, c’est de susciter l’intérêt de nouvelles générations pour cet instrument. Je suis en train de démarcher d’éventuels partenaires pour cela. Mais, l’Etat peut aussi énormément contribuer à la création de cette école ou de ce centre d’apprentissage du bolon», a-t-il conclu. Pour le ministre Andogoly Guindo, cette inscription est «une bonne opportunité de réhabilitation du bolon». Et de rappeler (joint par un média français) que «le bolon est un instrument de musique traditionnelle qui symbolise très fortement la croyance populaire. C’est un instrument mythique autour duquel sont rattachées différentes pratiques comme le rituel autour des funérailles de certaines personnalités». Le bolon est en effet un instrument de musique plus utilisé aujourd’hui dans le Sud du Mali, même si c’est au Mandé qu’il a été créé. Il est composé d’une grande caisse de résonance en calebasse recouverte de cuir de vache et d’un manche en bois en forme d’arc muni de cordes. Le nombre de cordes du bolon détermine la façon dont il est utilisé.   L’instrument  d’une à deux cordes est utilisé lors des manifestations populaires, les rituels et les cérémonies religieuses. Et celui qui a trois à quatre cordes est utilisé pour accompagner les louanges des chefs traditionnels, célébrer les actes héroïques des rois et accompagner les agriculteurs dans les champs. Pour amplifier les vibrations sonores, le musicien porte souvent un dispositif en forme de cloche fait de plaques métalliques auxquelles sont fixés de petits lobes de forme ovale. Cet appareil, doté de petits anneaux en fer, est attaché à la main du joueur au moyen d’un coussinet garni de cordons ou d’un élastique. MB (AMAP)

Résistance anti-coloniale : Sarraounia, la fée du Niger

Par Dr Ibrahim MAIGA Dans l’histoire de la résistance anti-coloniale, il n’y a pas eu que la bravoure des hommes. Les femmes aussi y ont pris une part active, en tant qu’épouses, intendantes mais, aussi et surtout, en tant que spécialistes dans la fabrication et la distribution de la poudre. Sur l’espace qui correspond aujourd’hui au territoire du Niger, la reine Sarraouinia Mangou, en véritable cheffe d’état-major, a conquis ses lettres de noblesse en confrontant, à la tête de ses troupes, la marche infernale de la mission conduite par les capitaines Voulet et Chanoine. Nous sommes en 1899. Pourtant, cette résistante, dont le destin sera contrarié par la barbarie coloniale, n’était pas suffisamment reconnue. Dans son pays même, elle a été, pendant très longtemps, absente des manuels d’histoire. Le sujet n’a, également, pas  attiré l’attention des historiens nigériens. La documentation coloniale, elle, est pourtant foisonnante avec des « journaux » et des romans où apparait la figure de la dame emblématique. Il y a d’abord le journal de bord de l’intrépide capitaine Voulet qui, régulièrement, informe sa hiérarchie de sa progression. Il y a aussi, le roman de Jacques-Francis Rolland intitulé « Le Grand Capitaine, un aventurier inconnu de l’épopée coloniale » (Grasset, 1976). L’auteur évoque Sarraouinia qui « s’est faite forte de nous barrer la route, ses gens ont une réputation de guerriers invincibles… ». Inutile de dire que ses sources ne présentent pas Sarraouinia sous ses beaux traits. Elle est décrite comme une « sorcière malfaisante ». En face, le capitaine Voulet est présenté comme un grand soldat de la grande armée française ; l’aventure coloniale était bien une épopée ! Cette fresque coloniale est compréhensible – Elle a été progressivement déconstruite par les intellectuels africains qui ont mis en perspective la figure de la résistance, figure érigée au rang de chantres du panafricanisme. Le Nigérien  Abdoulaye Mamani appartient à cette génération. Il s’est emparé d’une façon originale du sujet en publiant  « Sarraouinia » en 1980. Depuis, les lignes ont commencé à bouger. Abdoulaye Mamani a laissé voguer son imagination à partir d’un fait historique réel. Il s’est appuyé sur les témoignages retenus par la mémoire des hommes, la tradition orale, cette véritable source d’information sur l’Afrique. Ainsi, a-t-il pu faire émerger cette « reine » oubliée, cette reine dont le combat pour l’indépendance et la survie de son territoire retiennent l’attention. Aujourd’hui, des écoles ont pris le nom de Sarraouinia ; des stations de radio et de télévision, des créations artistiques aussi. Dans le fond, le travail de pionnier a été combattu. Il lui a été reproché d’avoir fait de la sublimation, de n’avoir évoquer qu’une « Sarraouinia », là où il y en avait plusieurs. Certains vont même jusqu’à dire que le « personnage »brandi par Abdoulaye Mamani n’a pas son reflet dans la tradition locale. Mais comment interdire à un auteur le droit à la création, le droit de réhabiliter une figure historique tournée en dérision par des adversaires dont la cruauté reste une marque de civilisation ? Sur les prolongements du roman d’Abdoulaye Mamani, et à partir des archives coloniales, l’immense cinéaste mauritanien, le défunt Med Hondo, a porté Sarraouinia à l’écran avec verve et subtilité. Son film a fait l’unanimité en 1987 au Festival du cinéma de Ouagadougou. Le jury lui a décerné le premier prix, « l’étalon d’or de Yennenga ». Le fait historique – En 1898, le ministère de la Guerre ordonne la création de la « mission Voulet-Chanoine ». Voulet et Chanoine ont pour mission de partir de Ouagadougou pour le Tchad, afin de doter la France d’un grand espace en faisant jonction avec deux autres missions ; celle de Fourreau-Lamy (à partir de l’Algérie) et celle de Gentil (à partir du Congo). Il s’agissait donc d’une affaire d’Etat, parce que cette mission était hors hiérarchie locale ; elle ne traitait qu’avec Paris, méprisant du coup les « braves » officiers basés au Soudan, dont le futur Général Trentinian. Il faut dire que les deux officiers étaient « bien nés », car appartenant à de « grandes et bonnes familles ». Paul Joalland a fait partie de la cruelle équipée, en sa qualité d’artilleur. Il a publié « Le drame de Dankori : Mission Voulet-Chanoine. Mission Joalland-Meynier » (Nouvelles éditions Argo, Paris, 1930). Il nous donne la composition française exacte de la mission conduite par le capitaine Voulet, le lieutenant de cavalerie Chanoine, les lieutenants d’infanterie de marine Peteau, Joalland, Pallier, le Docteur Henric, le sergent-major Laury, le sergent Bouthel. Pour cette mission, la dotation financière n’était que de cent mille francs. La troupe devait donc trouver sur place les moyens de sa subsistance. L’arsenal de combat comptait 450 fusils, 50 mousquetons, 180.000 cartouches, un canon de montagne. Les tirailleurs ont été recrutés au Soudan. C’est à Niort que Chanoine est allé faire son recrutement en promettant aux conscrits un salaire mensuel de15 francs et la nourriture. Cela a suffi pour recruter de « beaux noirs Soudanais, bien bâtis et tous enchantés de partir « faire grande colonne », lit-on. Joalland précise que la taille moyenne de ses artilleurs était de 1 m 80. Il s’attarde sur les mensurations de son « pointeur », Souleymane Sidibé, un Ouassoulounké de 1 m 87. Joalland pousse le détail. Il donne le nombre exact des personnes qui font la colonne : 600 tirailleurs et domestiques, 800 porteurs, 200 femmes et 100 divers, soit 1.700 personnes en mouvement. Les chevaux, les ânes, les chameaux, les bœufs étaient au nombre de 800. Dans cette énumération, on est surpris par la présence massive des femmes. Elles préparaient à manger. Elles agrémentaient aussi le repos des guerriers, une porte ouverte à la prolifération des maladies sexuelles et à la prostitution. L’utilisation des femmes dans les contingents coloniaux est documentée. Qui n’a entendu parler des bordels militaires de campagne ? Joalland donne aussi le but assigné à la mission : arriver à Ouaddai, au Tchad, étudier la nouvelle ligne de séparation des zones d’influence française et anglaise entre le Niger et le Tchad, passer des traités avec le Kanem, Ouaddai et revenir par le Congo. Les documents les plus complets sur le trajet de cette expédition sont ceux produits par le capitaine Voulet qui a régulièrement informé sa

Ibrahim Ballo : L’art en héritage

Par Youssouf DOUMBIA Bamako, 11 fév (AMAP) Passionné des arts depuis le bas âge, Ibrahim Ballo, après ses études primaires, intègre l’Institut national des Arts (INA) d’où il sort avec un diplôme en arts plastiques, en 2012. Ensuite, il poursuit ses études au Conservatoire des arts et métiers multimédia Balla Fasséké Kouyaté où il obtient un Master en arts plastiques, en 2017.  Aujourd’hui, Ballo est un artiste jouissant d’une notoriété internationale. Il expose en solo, duo et en collectif au Mali, en Afrique et dans le monde. Il est également membre des collectifs de jeunes artistes réunis au sein de Sanou’Art et Tim’arts, tous deux basés à Bamako au Mali. Issu d’une famille d’artistes, Ibrahim n’a fait que suivre son destin qui l’avait naturellement guidé dans le métier des arts. Un papa musicien-instrumentiste et une grand-mère chanteuse ont suffi à donner l’amour des arts au jeune Ibrahim qui depuis à l’école primaire dessinait pour ses amis contre quelques pièces d’argent. Malgré sa jeunesse, Ibrahim Ballo n’est plus à présenter car ayant participé à de nombreuses expositions sur le continent et au-delà de la Méditerranée. D’abord, sur le plan national, Ibrahim a participé à l’exposition collective de peinture à la Galerie Médina Bamako organisée par le collectif Tim’arts en 2015, sans oublier ses 4 participations successives (de 2014 à 2017) au Festival international des arts visuels (Faiva) organisé par le Centre Soleil du Mali. Un centre culturel qui contribue beaucoup à la promotion des jeunes artistes.  En 2015, Ballo prend part à l’exposition collective d’Angers Jumelage (AAJ) et Amnesty international au 31ème Salon des artistes pour la liberté en France (Angers). En 2016, il participe à une exposition duo à la galerie Tim’arts au Musée du district de Bamako.  Fort de ces expositions, Ballo est invité à participer au Festival Murmures au Burkina Faso en 2016, avant de remporter en 2017 le prix des ateliers Sahm en Arts Visuels lors de la 6ème édition du Festival international des arts visuels au Congo Brazzaville, en 2017.  Ballo était également à la Biennale de Dakar, en 2018. Il participa en 2019 à la Villa Soudan de Bamako et à la Villa Yirisuma du Burkina Faso. à noter que ses œuvres ont été exposées à Akka à Paris (France). Il était également dans la sélection officielle de Ségou’Art cette année (2020). C’est dire combien Ibrahim est sollicité aujourd’hui. YD (AMAP)