Biennale artistique et culturelle à Mopti : Les sites déjà prêts 

Bamako, 04 juil (AMAP) C’est ce jeudi que le président de la Transition, le colonel Assimi Goïta, ouvrira officiellement la Biennale artistique et culturelle 2023 au stade Baréma Bocoum de Mopti, dans le Centre du Mali. Les autorités de la ville de Mopti et le ministère en charge de la Culture sont en train de mettre les petits plats dans les grands pour la réussite de ce grand évènement national. C’est dans ce cadre que le président de la Commission nationale d’organisation et secrétaire général du ministère en charge de la Culture, Hamane Demba Cissé, a visité les différents sites d’hébergement la semaine dernière. Le constat est que les travaux de nettoyage, de mise à niveau et d’embellissement sont presque terminés. Le maire de Mopti, Issa Kansaye, a assuré que sa ville est prête à recevoir les délégations des 19 régions et du District de Bamako. «Tout est en train d’être fait pour que les invités, les troupes de la diaspora, les journalistes et les spectateurs puissent vivre une édition inoubliable de la Biennale artistique et culturelle à Mopti», a-t-il dit. En effet, les salles de classe, les toilettes, l’éclairage, les robinets et châteaux d’eau, la ventilation des écoles retenues ont été refaits. Certaines écoles disposent d’une infirmerie et même d’une pharmacie afin de prendre en charge les cas d’urgence. La sécurité des sites sera assurée par des policiers. L’Armée effectuera régulièrement des patrouilles pour surveiller tous les mouvements. Le gouvernorat dispose d’une trentaine de bus afin d’assurer l’accueil des troupes qui arriveront à Mopti par voie aérienne. En effet, le ministère de la Défense et des Anciens Combattants se charge d’acheminer par avion militaire les troupes des différentes régions dans le Nord du Mali (Tombouctou, Gao, Kidal, Taoudénit et Ménaka). Les troupes des autres régions et du District viendront à Mopti par voie terrestre. La salle Sory Bamba est prévue pour abriter les compétitions. Tandis que les cérémonies d’ouverture et de clôture vont se dérouler au stade Baréma Bocoum. Selon Hamane Demba Cissé, aucun aspect de l’organisation ne sera négligé. «Le président de la Transition et le Premier ministre suivent de près le déroulement des préparatifs. Pour preuve, un groupe électrogène d’une grande capacité est en route pour Mopti sur instruction personnel du président Assimi Goïta. Ce qui permettra de résoudre définitivement le problème d’électricité. Ce groupe électrogène sera installé et fonctionnel avant le début de la Biennale prévu pour le 6 juillet prochain», a dit le président de la commission nationale d’organisation. Au cours de son séjour à Mopti, Hamane Demba Cissé a eu deux séances de travail avec les présidents des différentes sous commissions au cours desquelles les tâches des uns et des autres ont été clairement définies. Le maître de ballet Karim Togola, les encadreurs et les 250 danseurs ont pris leur marque sur la pelouse du stade Baréma Bocoum. L’équipe a été étoffée de 50 danseurs de Mopti. Le thème de cette chorégraphie est celui de la présente édition de la Biennale : «Le Mali : une histoire commune, une seule nation, un même destin». Les chorégraphes vont retracer l’histoire du Mali depuis les différents empires et royaumes qui se sont succédé jusqu’à l’indépendance en 1960. Puis, les différents régimes qui ont dirigé le Mali pour terminer par la Transition et le Mali Kura en construction. Une histoire faite de conquêtes, d’alliances et de vivre ensemble. YD/MD (AMAP)    

Journées nationales du patrimoine culturel : Rendez-vous avec le Mali dans sa diversité

Bamako, 23 juin (AMAP) Les Journées nationales du patrimoine culturel se tiendront, en juillet prochain dans la cité du Méguétan (Koulikoro, près de Bamako), sous le thème : «Patrimoine culturel et citoyenneté : rôle et place des valeurs culturelles identitaires dans l’éducation civique et morale et la construction citoyenne», a annoncé, mercredi dernier, le directeur national du patrimoine culturel, Moulaye Coulibaly. Au cours d’un entretien, M. Coulibaly a indique que ces Journées représentent un espace privilégié de transmission d’éléments du patrimoine culturel national. « Elles contribuent à la promotion du dialogue des cultures, de la paix, de la cohésion sociale, mais aussi des activités touristiques. » Leur organisation matérielle et les prestations artistiques et culturelles génèrent des revenus pour les populations locales. Ainsi, ces journées constituent un facteur de développement économique et social des collectivités territoriales. En vue d’amener les populations à s’approprier leur patrimoine culturel et à veiller à sa protection, le ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme organise depuis 2000 les Journées nationales du patrimoine culturel. Celles-ci durent trois à six jours, selon les éditions. Mais sont, surtout, destinées à informer, sensibiliser et assurer le plaidoyer auprès des populations, autorités politiques, administratives et coutumières pour la prise en compte des grandes préoccupations, en matière de protection et de promotion du patrimoine culturel national. Chaque édition est placée sous un thème central qui se décline ensuite en plusieurs sous-thèmes, traités par des experts nationaux et internationaux. MOSAIQUE ETHNIQUE ET RACIALE – Le Mali dispose d’un immense patrimoine culturel, riche et varié. Chaque partie du territoire est chargée d’histoire, mais renferme des vestiges, témoins des temps anciens. Chaque entité socioculturelle-ethnique représente un creuset de savoir et de savoir-faire. Ce patrimoine culturel, très riche de sa diversité, comporte des sites archéologiques d’importance majeure, d’innombrables ressources archéologiques couvrant une vaste séquence chronologique allant du paléolithique à la période historique, d’impressionnants sites historiques et lieux de mémoire, une architecture illustrée par des constructions monumentales en banco, tels que les mosquées, mausolées et formidables bâtiments qui remontent à la période coloniale. Sans oublier les inestimables productions d’objets d’art, les sites naturels pittoresques, les paysages, routes et itinéraires culturels témoignant de son passé prestigieux et des traits physiques extrêmement variés. Le Mali présente un relief très varié, avec des montagnes, plateaux, plaines, désert saharien, savane mais aussi les forêts. A cet impressionnant patrimoine culturel matériel s’ajoute une composante immatérielle, d’une dimension exceptionnelle, regroupant les pratiques sociales, les connaissances sur la nature et l’univers, les traditions orales, la musique, les arts du spectacle, les rites et cultes, fruit du génie créateur des communautés maliennes. Ce patrimoine culturel immatériel résulte d’une production intense, caractérisée par une diversité d’expressions culturelles à l’image de la population malienne qui est une mosaïque ethnique et raciale. Dans cette fabuleuse diversité, cet héritage commun constitue le socle d’une unité nationale fondée sur le sentiment d’identité commune. Le patrimoine culturel est donc un témoignage de la créativité humaine et une ressource pour la construction des identités des personnes et des communautés qui en sont à la fois, productrices et détentrices. La protection du patrimoine culturel incombe à l’Etat. Le préambule de la Constitution du 25 février 1992 stipule l’engagement de l’Etat «à assurer l’amélioration de la qualité de la vie, la protection de l’environnement et du patrimoine culturel». Aussi, les communautés doivent-elles y contribuer individuellement et collectivement. Plusieurs textes législatifs et règlementaires ont été adoptés dans ce cadre. En plus, le Mali est partie prenante de toutes les conventions de l’Unesco relatives à la protection du patrimoine culturel et naturel. Il faut aussi dire que depuis l’indépendance, les gouvernements successifs ont mis en œuvre des stratégies, programmes et accompli des actions visant à assurer la protection du patrimoine culturel dans une approche inclusive impliquant les populations. Au nombre de ces actions, on peut citer les Semaines nationales de la jeunesse (1962 à 1968), la Semaine nationale du patrimoine culturel (1976), la Biennale artistique et culturelle (1970 à 1988, puis 2003, 2005, 2017), la mise en œuvre de plusieurs programmes de formation en protection et gestion du patrimoine culturel. Au-delà de cette politique volontariste, le patrimoine culturel malien reste exposé à des risques de dégradation, d’abandon ou même de disparition du fait de facteurs naturels et anthropiques. Dans le cadre du processus de refondation de l’Etat en cours et conformément aux recommandations des Assises nationales de la refondation (ANR), les Journées nationales du patrimoine culturel ont été instituées par décret n°2022- 0471 /PT-RM du 11 août 2022. YD/MD (AMAP)  

Sanké mon : La mythique pêche collective

Bamako, 9 juin (AMAP) La 623è édition du «Sanké mon», la pêche collective de San, dans le Centre du Mali, a commencé, jeudi. Les manifestations se poursuivront jusqu’à dimanche prochain. Ce rituel de pêche se tient le deuxième jeudi du septième mois lunaire pour commémorer la fondation de la ville. Il commence par le sacrifice de coqs et de chèvres et par des offrandes d’habitants du village aux esprits qui habitent la mare Sanké. Une pêche collective a lieu ensuite pendant quinze heures à l’aide de filets à larges et à petites mailles. Elle est immédiatement suivie d’une danse masquée sur la place publique au cours de laquelle se produisent des danseurs bwa de San et des villages voisins portant le costume traditionnel et un chapeau décoré de cauris et de plumes. Ils esquissent une chorégraphie particulière au rythme de divers tambours. Le rite du Sanké mon marque traditionnellement le début de la saison des pluies. C’est aussi une expression de la culture locale à travers l’art et l’artisanat, les connaissances et le savoir-faire attachés à la pêche et aux ressources en eau. Il renforce les valeurs collectives de cohésion sociale, de solidarité et de paix entre les communautés locales. La culture de la paix, véhiculée par le Sanké mon, constitue son identité essentielle. C’est ce qui lui a valu d’être classé dans le patrimoine culturel national. Mais, depuis quelques années, il connaît une baisse de popularité qui menace de mettre son existence en péril. L’ignorance de l’histoire et de l’importance de la tradition, la diminution progressive de la participation au rite, les accidents occasionnels pendant son déroulement et la dégradation de la mare Sanké du fait de l’insuffisance des pluies et le développement urbain sont incriminés comme des facteurs ayant conduit à cette situation. «Il est reconnu par la communauté internationale du fait de son inscription sur la prestigieuse liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en péril en 2009», explique le directeur national du patrimoine culturel, Moulaye Coulibaly. Le rite de pêche collective de la mare Sanké est un espace symbolique de rencontre qui prône des valeurs de tolérance, la cohésion sociale, la solidarité, la paix et le vivre ensemble entre les différentes communautés qui cohabitent harmonieusement depuis la nuit des temps. Le Sanké mon est loin d’être seulement une fête de réjouissance populaire et une simple occasion de divertissement pour les communautés locales. C’est d’abord des moments de rencontres fécondes, un cadre d’échanges et de transmission de savoirs et savoir-faire ancestraux qui fondent les valeurs sociétales. L’événement est aussi un espace de promotion et de valorisation de la diversité des expressions culturelles des différentes communautés et groupes ethniques qui le partagent. Quelle est l’origine de Sanké mon ? Feu le professeur Bakari Kamian que nous avions rencontré avant son décès racontait : «L’origine de cette pêche collective demeure entourée de mystères. L’histoire de la pêche collective se confond avec celle de la ville de San. » « Au 14è siècle, un chasseur du nom de Bakôrè Traoré découvrit le site de l’actuel San. Un jour, accompagné de son chien de chasse, il s’égara en brousse. Bâkôrè erra pendant un bon moment en rase campagne, avant de se retrouver sur les berges d’une mare. L’endroit était reposant et l’eau de la mare grouillait de poissons. Le chasseur décida de s’y installer ne serait-ce que momentanément », a poursuivi le chercheur. «Môgô bè sé ka san kè yan !» (traduction en bambara : on peut passer toute une année ici sans se soucier de la nourriture)», se serait exclamé le chasseur. L’historien ajoute que le «chef de la brousse» finira par s’installer définitivement au bord de la mare. La ville de San venait d’être fondée. Non loin de la mare, Bakôrè Traoré a découvert également une forêt de figuiers (toro en bambara) et le puits sacré qu’il nomma «Karantéla» ou «Karatèna» (pas de souci à se faire, en bambara) qui lui servit de source pour étancher sa soif. Santoro (figuiers de San, en bambara), le puits sacré de Karantéla et Sanké sont les trois symboles de San. C’est pourquoi les griots magnifient la ville en évoquant Sanké mon, Santoro et Karantéla. Aujourd’hui, le mystère entoure toujours Sanké. Si la propriété de la mare revient à la famille Traoré, la garde des lieux est confiée aux Dao suite à un pacte signé entre les deux familles. C’est ce qui explique que c’est aux Dao qu’il revient de donner l’ordre de pêcher dans la mare. YD/MD (AMAP)

Djenné et Bandiagara : Le textile traditionnel pour promouvoir la paix et la cohésion sociale

Bamako, 9 juin (AMAP) Le Projet de «Conservation, revitalisation et valorisation des textiles traditionnels dans le Centre du Mali : cas des localités de Bandiagara et Djenné», utilise les traditions de conception et de production textiles. Mais, aussi, les nombreuses pratiques culturelles qui y sont associées pour promouvoir la cohésion sociale au Centre du Mali. Financé par le gouvernement américain, le projet dans sa phase 2 s’est bien déroulé. Malgré les défis, les objectifs ont été atteints grâce à la sensibilisation, à la formation des collecteurs de données pour l’inventaire et au renforcement des capacités des artisans en matière de production de qualité et d’accès au marché. Les activités menées ont permis au Projet d’impliquer directement plus de 1 000 personnes et environ 30 000 autres individuellement dont la majorité sont des femmes et des jeunes. «Ce programme, selon certains, changera positivement la cohabitation et la façon dont nous faisons des affaires entre nous, en référence aux liens entre dogons et peuls. Pour renforcer les capacités de résilience des communautés face au conflit et jeter les bases du processus de paix entre les communautés peules et dogons dans le Centre du Mali, deux missions culturelles (Bandiagara et Djenné) ont reçu un prix de l’ambassade des États-Unis au Mali à travers le Fonds des ambassadeurs pour la préservation culturelle (AFCP). Ceci pour mettre en œuvre un projet intitulé : «Conservation, revitalisation et mise en valeur des textiles dans le Centre du Mali : cas de Bandiagara et Djenné». Ce programme s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord bilatéral sur les restrictions à l’importation de matériel archéologique de la vallée du Niger et des falaises de Bandiagara, signé le 19 septembre 1993, et renouvelé le 22 août 2022, entre les gouvernements américain et malien. Il vise à renforcer la cohésion sociale, sensibiliser les communautés affectées sur le rôle de la culture et des tissus traditionnels pour maintenir la paix et créer une résilience communautaire, soutenir l’économie locale et contribuer à la réconciliation entre les communautés peules et dogons. Il s’agit, aussi, de rétablir la collaboration inter ethnique. À terme, il doit permettre d’éduquer les jeunes sur les diverses traditions culturelles sur l’identité malienne partagée, préserver les preuves visuelles et fournir un soutien pour transmettre les traditions à la prochaine génération. Dans le même temps, il a le droit de faire progresser la mise en œuvre de l’Accord sur les biens culturels entre les États-Unis et le Mali et un plan d’action à travers la sensibilisation éducative et les expositions culturelles de textiles maliens et d’objets connexes dans les contextes culturels des deux communautés au centre du Mali. Selon Moriba Moussa Diakité, chef de la mission culturelle de Djenné et responsable du Projet, il y a des missions sur le terrain et la diffusion de messages radiophoniques pour sensibiliser les communautés sur le rôle des tissus culturels et autres objets dans l’effort de réconciliation et le vivre ensemble. Il y a aussi l’inventaire et la documentation du patrimoine culturel lié aux textiles pour enregistrer, organiser le patrimoine culturel matériel lié au textile et le renforcement des compétences de production et de commercialisation des artisans pour faciliter l’accès au marché avec des produits de qualité. Au cours de cette phase du Projet, les Missions culturelles de Bandiagara et de Djenné ont poursuivi les missions de terrain qui ciblaient ses bénéficiaires directs dans les communautés peule et dogon, en particulier ceux qui son du secteur de l’artisanat et peuvent jouer un rôle dans la mise en œuvre du Projet. Huit sites étaient concernés à Djenné (Kéké, Welingara, Djenné, Diabolo, Madiama, Promani, Bougoula et Bangassi). Au total, 200 objets ont été inventoriés à Djenné et dans les villages voisins, répartis comme suit : Kéké (32 ans), Welingara (16 ans), Djenné ville (45 ans), Diabolo (26 ans), Madiama (20 ans), Promani (45ans), Bougoula (20 ans), Bangassi (40 ans). Et à Bandiagara, les activités d’inventaire ont réuni 20 jeunes, y compris trois filles, et 16 d’entre eux ont été formés par 4 personnes ressources travaillant en étroite collaboration avec la Mission culturelle de Bandiagara. Répartis en cinq équipes de quatre personnes, ils ont été envoyés sur le terrain pour trouver des objets liés aux textiles traditionnels dogon et peul dans les villages et hameaux des Cercles de Bandiagara, Bankass et Koro. Au-delà des trois cercles, l’inventaire a concerné 9 communes, 23 villages et porté sur 158 objets à Bandiagara, Dandoli, Sangha, Dourou, Ondougou, Ségué-Iré, Diamnati, Kani-Bonzon et Youdiou. Quelque 11 objets indisponibles ont été reproduits en dessin à Bandiagara. YD/MD (AMAP)

Biennale artistique et culturelle Mopti 2023 : Les organisateurs à pied d’œuvre, selon le ministre en charge de la Culture

Bamako, 31 mai (AMAP) Des dispositions sont prises sur les plans sécuritaire, technique et financier pour faire de cette manifestation biennale une vraie réussite, avec la participation effective des 19 régions du Mali et du District de Bamako, a annoncé, lundi, le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme Andogoly Guindo. Au cours d’une conférence de presse au Centre international de conférences de Bamako (CICB), pour faire le point des préparatifs de ce grand rendez-vous culturel prévu à Mopti (Centre), M. Guindo a indiqué que c’est un défi organisationnel que doit relever la Commission nationale d’organisation mise en place, en avril dernier, et présidée par le secrétaire général du ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme. Le ministre a rappelé que c’est la ville de Mopti (Centre) qui accueillera l’événement du 06 au 16 juillet placé, cette année 2023, sous le leadership du président de la Transition, le colonel Assimi Goïta. La Biennale est un héritage de la première République (1960-1968) et des gouvernements qui se sont succédés. Elle a toujours eu pour fil conducteur la promotion et le développement d’une culture ancrée dans les valeurs endogènes. en restant ouverte aux autres, en vue de construire une identité commune. Elle a pour objectif de faire de la Culture le levier de l’unité nationale, de la paix, de la cohésion sociale, du vivre ensemble et du développement socio-économique et culturel du Mali. Selon le ministre Guindo, la reprise de la Biennale artistique et culturelle est une volonté du président de la Transition Assimi Goïta, « qui entend faire de la culture un puissant levier d’interpénétration, de cohésion sociale et de vivre-ensemble, un espace de dialogue des cultures, mais aussi d’éclosion des talents. » Elle s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, des recommandations des Assises nationales de la refondation et elle s’inscrit dans le cadre stratégique de la refondation. L’édition 2023 de la Biennale artistique et culturelle aura pour thème : «Le Mali : une histoire commune, une seule nation, un même destin». Mopti 2023 aura la particularité de réunir pour la première fois les 19 régions du Mali et le District de Bamako. Plusieurs disciplines sont au programme, à la fois en compétition officielle et dans les espaces off. Les compétitions officielles porteront sur l’ensemble instrumental traditionnel, le solo de chant, la pièce de théâtre, la musique d’orchestre, la danse traditionnelle, le chœur, le ballet à thème. Et plusieurs autres espaces seront animés dans la ville pour promouvoir les expressions artistiques et culturelles. Le ministre Guindo a tenue à situer l’événement dans son contexte en rappelant l’enjeu que représente la reprise de la Biennale dans un Mali dont les autorités travaillent nuit et jour pour recoudre le tissu social entamé et fragilisé par une décennie de crise sécuritaire. La place de la culture, dans un tel contexte, est très importante. YD/MD (AMAP)  

Biennale artistique et culturelle : La Commission nationale d’organisation à pied d’oeuvre

Bamako, 26 mai (AMAP) La Commission nationale d’organisation de la Biennale artistique et culturelle  du Mali travaille d’arrache-pied pour la réussite de cet important rendez-vous culturel dans notre pays qui enregistrera la participation des 19 régions et du District de Bamako. Après une interruption de plus de sept ans, les artistes maliens se retrouveront, bientôt, dans la Venise malienne, Mopti (Centre) pour montrer leur savoir-faire. Ce sera un grand moment de communion avec l’ensemble des créateurs des 19 régions et du District de Bamako. Cette édition enregistre une participation record avec l’arrivée de nouvelles régions. En effet, si le Mali a compté six régions administratives de 1960 à 1978, puis sept régions et un District à partir de 1979, elle en a neuf en 1991. Ainsi à l’issue du lancement, le tirage a donné un ordre de passage suivant devant le jury : Sikasso, Ménaka, Bandiagara, Koutiala, Nioro, Tombouctou, Koulikoro Dioïla, Kidal, Ségou Mopti, Bamako, Sans Gao, Nara, Kayes Douentza, Kital Bougouni et enfin Taoudénit. Pour ce faire, le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme a créé une Commission nationale d’organisation (CNO) qui est à pied d’œuvre depuis plus d’un mois. Une autre commission locale a été mise en place à Mopti sous l’égide du gouverneur de cette région qui accueillera l’évènement. Après les phases locales organisées par chacune des régions dans le but de sélectionner les meilleurs numéros ou créations artistiques et les artistes et instrumentistes. « Chacune d’entre elles a déjà constitué sa troupe et les répétitions battent leur plein », a dit le directeur national de l’action culturelle, Alamouta Dagnoko. La Biennale artistique et culturelle 2023 se tiendra sous le thème : «Le Mali : une histoire commune, une seule nation, un même destin». Les troupes doivent concourir dans les disciplines suivantes : Ensemble instrumental, solo de chant, pièce de théâtre, musique d’orchestre, danse traditionnelle, chœur et ballet à thème. Au menu de la Biennale artistique, cette année, il y aura, aussi, des innovations dans l’exposition d’objets d’art, des conférences-débats, des colloques et un symposium. L’audio visuel et multimédia, les jeux concours, les marionnettes et contes, l’exposition artisanale, la cuisine des communautés et les visites guidées sont, aussi, des nouveautés. L’objectif de ces innovations est de maximiser l’apport de ces nouvelles disciplines à la promotion et à l’enrichissement du patrimoine culturel. Une mission de la CNO s’est rendue, le week-end dernier, à Mopti, sous la conduite de son président et secrétaire général du ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Hamane Demba Cissé. Cette délégation a rencontré la commission régionale, en présence du directeur de cabinet du gouverneur de Mopti, Kantara Diawara. La séance de travail a essentiellement porté sur comment réussir ensemble le challenge. À la suite de débats, la joie se lisait «sur presque tous les visages » et Le sentiment d’avoir compris l’orientation de Bamako était réel, a assuré le haut fonctionnaire de défense et président de la sous-commission défense et sécurité, le colonel Sibiri Konaté. Le lendemain samedi, sous un soleil de plomb, la délégation a visité les dix sites d’hébergement proposés par la commission régionale. Il s’agit de mettre les troupes dans les conditions idoines de compétition. Toutes les commodités requises, en termes d’approvisionnement en eau, d’alimentation en électricité et de ventilation des sites d’hébergement, ont été scrutées à la loupe. Les dix sites à retenir seront repartis, à parts égales, entre Mopti et Sévaré. Il ressort des explications des organisateurs qu’à l’issue du débriefing, il a été retenu que la CNO siégera pour le choix des sites, une proposition qui n’a fait l’objet d’aucune objection au niveau régional. YD/MD (AMAP)    

Marché de l’art : Les œuvres africaines flambent

Bamako, 14 avr (AMAP)L’art contemporain africain est devenu incontournable sur le Marché de l’art global : tandis que les sociétés de ventes Piasa, Artcurial, Bonhams ou Sotheby’s lui consacrent des sessions dédiées, Christie’s et Phillips recherchent, constamment, des œuvres d’artistes africains pour alimenter leurs ventes généralistes d’art contemporain dont les coups de marteau retentissent à travers toute la planète, selon Artprice. L’enjeu devient conséquent pour ces acteurs du marché qui, en plus de constater un élargissement considérable de leur clientèle, voient s’accélérer les transactions haut de gamme. Les adjudications à plus de 100 000 dollars, environ 55 milliards de Fcfa, voire supérieure au million de dollars, ne sont plus si rares. Cette dynamique des prix incite l’ouverture du marché à de nouveaux artistes africains. L’offre ne cesse donc de s’élargir, avec un record de plus de 2 700 œuvres d’artistes africains vendues aux enchères en 2022 : presque deux fois plus qu’avant la pandémie de la Covid-19. En outre, les collectionneurs du continent africain et les Français fidèles et actifs depuis longtemps, les acheteurs se manifestent de plus en plus fermement depuis le Royaume-Uni, les Etats-Unis et l’Asie. Rappelons à ce propos qu’en mars 2022, le fameux artiste ghanéen de 38 ans, Amoako Boafo, vendait à Shanghai, sous la direction de Christie’s, sa toile « Orange shirt » (2019) à plus de 1,3 million de dollars, environ 650 millions de Fcfa. La réussite de cette première vente réalisée en Chine continentale illustre combien les artistes africains célèbres sont désormais attendus de ce côté du globe. Cet élargissement géographique de l’offre et la croissance perpétuelle du nombre de collectionneurs consolident la place de l’art contemporain africain sur le Marché de l’art global. Les acteurs anglo-saxons exploitent, quant à eux, de plus en plus, la demande en art contemporain africain. Phillips, qui a initié la flambée des prix de Amoako Boafa (1984), en présentant sa première toile aux enchère en 2020 (The Lemon Bathing Suit vendue 881 000$), a fait découvrir à son réseau de collectionneurs de nouveaux artistes ghanéens à travers une exposition-vente dédiée tenue à Londres, en février 2022. Christie’s et Sotheby’s se livrent à une véritable course aux records en termes de prix. Citons les 2,19m$ obtenus pour Toyin Ojih Odutola chez Sotheby’s, en novembre 2021 ou les 4,47m$ pour une toile de Njideka Akunyili Crosby chez Christie’s, en novembre 2022. Les adjudications les plus puissantes ne proviennent donc ni de Paris, ni de Marrakech mais de New York, tandis que le marché commence à battre son plein à Hong Kong où la maison de ventes chinoise, Holly International, remporte deux nouveaux records d’artistes : celui de l’artiste ghanéen Isshaq Ismail avec 341 000$ pour « Epoch 1 » décrochés fin juillet 202, et celui du peintre ivoirien, Aboudia Diarrassouba, avec 614 000$ enregistrés, fin novembre, pour une toile de quatre mètres intitulée « Jeux d’enfants ». Ces records hongkongais ont bousculé le classement des 500 artistes des plus performants de l’année 2022, dans lequel se distinguent quatre artistes contemporains africains. En premier lieu, Aboudia se hisse à la 128e position grâce à un saisissant produit de ventes dépassant les 15,6m$ aux enchères puis, arrive Isshaq Ismail avec la 352e performance mondiale établie à 5 millions de dollars annuel (un succès fulgurant qui le propulse devant William Kentridge et Njideka Akunyili Crosby dont les produits de ventes annuels se hissent à 4,7 millions chacun). YD/MD (AMAP)

Salif Keïta : En route pour une tournée internationale

Par Youssouf DOUMBIA Bamako, 14 avr (AMAP)C’est ce dimanche 16 avril que l’artiste musicien malien, Salif Keïta, commence sa tournée printemps/été 2023 par une prestation à Kyoto, au Japon. Il prestera encore, le dimanche 23 avril, au même endroit, dans le pays du Soleil levant, apprend-on auprès de son entourage. Après cette étape initiale, la voix d’or de l’Afrique reviendra à Bamako, au Mali, pour jouer sa partition lors de Bama’Art, le 6 mai prochain, avant de s’envoler pour l’Amérique Latine où, il prendra part au «Black Festival» de Rio de Janerio, au Brésil. Il enchaînera ensuite avec l’étape européenne qui prendra fin en septembre prochain. En Europe, Salif Keïta doit jouer, notamment en France, Espagne, Belgique, au Danemark mais, aussi, en Finlande et Norvège. C’est une reprise des activités professionnelles de cet énorme artiste malien après une longue pause. En effet, l’artiste de plus de 70 ans dont 55 ans de carrière musicale n’a pu résister à l’appel de la scène. Les sollicitations sont encore nombreuses pour celui qui voulait observer un break. Chanteur virtuose et compositeur, il doit lutter contre sa condition d’albinos, dans une société qui accepte mal cette anomalie, notamment l’absence de mélanine dans la peau. Très jeune pourtant, il a transgressé la loi ancestrale du noble qui ne chante et partira pousser la chansonnette et jouer de la guitare, de bar en bar, à regagner Bamako où, en 1970, il deviendra le chanteur du célèbre «Rail band» du buffet de la Gare de capitale malienne, avant de rejoindre, en 1973, en compagnie du célèbre guitariste, Kanté Manfila, les Ambassadeurs du Motel, une autre formation légendaire de la ville. Au sein des groupes comme les «Ambassadeurs internationaux» ou en solo, il est aujourd’hui considéré, en Europe et aux Etats-Unis comme un artiste majeur du continent africain. «La Différence » album phare sorti en 2009. perpétue son combat humaniste en chansons et lui vaudra, en 2010, la victoire et le sacre de «Meilleur album de musiques du monde». Salif Keïta s’essaye à la world fusion sous la direction de Philippe Cohen-Solal de Gotan Project avec « Talé »en 2012. Après avoir créé en 1978 sa propre formation : Les Ambassadeurs internationaux, mélange de musiques traditionnelles et d’orchestrations modernes, Salif Keïta décide de s’installer à Paris, en 1984. Celui que le journal Libération présente comme «Le plus grand bluesman mandingue» sortira, en 1987, un premier album, « Soro », réalisé par Jean-Philippe Rykiel et François Bréant. « Ko-yan » sera, en 1989, son premier enregistrement pour Island mais, c’est en 1991, avec « Amen » que la carrière de Salif prend un véritable essor international. La production et les arrangements de cet album seront confiés à Joe Zawinul (Weather Report) et l’on y retrouve de nombreux invités de marque : et le pianiste Joe Zawinul, Carlos Santana, Wayne Shorter, Bill Summers, Cheick Tidiane, Paco Sery… En 1995, il sort « Folon », dont la réalisation a été confiée au Béninois Wally Badarou et dans lequel, l’on retrouve sur deux titres (Mandela et Folon) l’empreinte magique de Jean-Philippe Rykiel. En 1980, c’est aux Etats-Unis (ses frais de voyage et de séjour ont été réglés par un homme d’affaires malien) qu’il enregistre deux disques : «Primpin», chanson scandaleuse où sont évoqués alcool et drogue, et « Tounkan ». Désireux de conforter sa carrière en solo, Salif s’installe alors, dès 1984 et après une visite à son père malade, à Montreuil, dans la banlieue parisienne. Il devient instantanément le Prince des nuits de l’immigration malienne et le public français le découvre au gré de sa participation au Festival des Musiques Métisses d’Angoulême. Trois ans plus tard et suite à sa participation (initiée par Manu Dibango) à une opération humanitaire en faveur d’une Ethiopie ravagée par la famine, il met dans les bacs son premier album international, en son nom propre « Soro ». Il y chante en Malinké (langue parlée au Mali, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, en Gambie et en Guinée) et recueille un succès mérité. Produit par Ibrahim Sylla (pape de la diaspora musicale africaine), le disque combine, en effet, talentueusement racines africaines, jazz, funk, et pop. La même année, il participe à l’anniversaire londonien de Nelson Mandela, en compagnie de Youssou N’Dour et Ray Lema. En 1989, son deuxième album « Ko-Yan » – édité par le label Island de Chris Blackwell – s’attaque frontalement aux problèmes d’immigration et est appuyé d’une tournée au Japon, en Europe, en Afrique et dans les Caraïbes. En 1992, Keïta compose la musique du film L’Enfant Lion de Patrick Grandperret. Deux nouvelles éditions s’ajoutent à son catalogue : la compilation « The Mansa of Mali… A Retrospective » (1994) et « Folon » (1995), dédié aux enfants albinos de l’association qu’il a créée et grand retour à la tradition. C’est en 1996 qu’il crée un studio à Bamako dans lequel il accueille des artistes comme Rokya Traoré. En 1997, son album Sosie est élaboré autours de reprises du répertoire de la chanson française (de Maxime Le Forestier à Serge Gainsbourg, en passant par Michel Berger et Jacques Higelin), simplement interprétés au balafon et à la kora. Son album Papa (1999), produit par le guitariste de Living Colour Vernon Reid, évoque son père, décédé deux années auparavant. Il inclut également un duo ravageur avec la chanteuse Grace Jones. Son album « Moffou » (2002), disque d’or dans l’Hexagone, porte le même nom qu’un studio d’enregistrement et un club, dont il est nouvellement propriétaire. Le moffou est en fait une sorte de flûte. Deux années plus tard, le disque « Remixes From Moffou » accueille les prestations de producteurs comme Frédéric Galliano. Toujours en 2004, son engagement militant et ses convictions le font nommer par les Nations unies ambassadeur itinérant pour le sport et la musique. Le musicien retourne, par la suite, à Bamako en vue de l’enregistrement de l’acoustique « M’Bemba » (l’ancêtre) en 2006. Salif Keïta est candidat aux élections législatives maliennes de 2007. La même année, il crée son propre label, Wanda record. YD/MD (AMAP)  

Préparation de la bouille : Casse-tête de nouvelles mariées

Par Fadi CISSE Bamako, 12 avr (AMAP)Pendant le ramadan, la femme est très sollicitée tant pour la préparation du «suhour» (le repas pris avant le jeûne) que pour les mets de rupture, comme la bouillie. Certaines nouvelles mariées n’arrivent pas faire les granulés de mil pour faire la bouillie. Elles ne représentent pas la majorité, mais ne peuvent pas non plus contenir dans un train de voyageurs. La problématique s’est invitée sur les réseaux sociaux, notamment sur Tik tok et Facebook. Les internautes, à travers des vidéos, exposent les difficultés que beaucoup de nouvelles mariées rencontrent dans leurs belles familles. La préparation de ce repas liquide semble causer des soucis à certains d’entre elles. Une vidéo aimée par plus de 200.000 personnes, en un seul jour, présente une nouvelle mariée tenant une calebasse dans ses mains et qui demande à sa maman au téléphone comment vite faire les granules de la bouillie, avant l’heure de la rupture. Dans les commentaires, des femmes ont aussi reconnu être confrontées à cette situation. Mariam Diarra, l’une des commentatrices explique en substance qu’elle ne savait rien faire de ses dix doigts. Elle pleurait, constamment, en incriminant sa mère parce qui lui avait fait du tord en ne lui apprenant pas à cuisiner. Malheureusement, elle finit par divorcer et retourner chez son père où elle semble désormais mettre à profit toutes les occasions pour apprendre et mieux s’exercer dans l’art culinaire. Aujourd’hui, elle invite avec suffisamment de recul à suivre les conseils de la tik-tokeuse pour échapper au déshonneur. Selon Mariam Diarra, savoir cuisiner participe de l’équilibre du foyer, autrement dit de la vie du couple. PRÉVENANCE DES MÈRES –Ces conseils ne sont pas tombés dans des oreilles d’un sourd puisque de nombreuses jeunes filles, sur les réseaux sociaux, ont exprimé leur volonté d’apprendre à cuisiner, afin de ne pas se retrouver dans la même situation que Mariam. Les différentes vidéos mettent l’accent sur la situation délicate de nouvelles mariées qui ne sont pas des cordons bleus et qui ne savent même pas préparer une simple bouillie. À en croire Anna Touré, une sexagénaire, « ce sont des réalités actuelles de notre société qui interpellent. » La vieille femme n’a pu s’empêcher de faire une comparaison des époques. Jadis, c’était une saine émulation pour les mamans d’apprendre à leur progéniture la cuisine, notamment des spécialités maliennes comme des plats à base de céréales, la bouillie et autres. « Malheureusement, il y a une négligence coupable des mères de famille qui, par prévenance, développent une mansuétude à l’endroit de leurs filles, tout en sachant bien qu’elles sont appelées à se marier », déplore-t-elle. En termes clairs, notre interlocutrice accuse les mères de ne plus s’occuper de l’éducation culinaire de leurs filles avant le mariage. Celle qui est de la vieille génération exprime son amertume de voir certains repères se perdre. Seyba Diabaté, un chef de famille, met un bémol. Il trouve que le fait de ne pas pouvoir bien préparer ne doit pas être un motif de divorce ou de répudiation de la conjointe. Il estime simplement que dans le cas d’espèce, il y a nécessité d’accorder un temps d’apprentissage à la nouvelle mariée, par exemple à faire les granulés et préparer la bouillie. Yahaya Camara, chauffeur, évoque l’incapacité des jeunes filles à faire ce repas. Dans la famille Kanté à Djicoroni para, en Commune IV de Bamako, les belles-filles font la cuisine à tour de rôle. Celles qui ne savent pas faire la bouillie ont une solution toute simple. Elles achètent les «monicourou» (granulés) emballés dans des sachets et s’exercent auprès de celles qui passent pour des expertes en la matière. Aïché Traoré est formatrice au Centre Aoua Keïta. La quinquagénaire met de l’énergie et la pédagogie à partager son art de la cuisine avec les jeunes filles, notamment dans la préparation des mets traditionnels. Elle qui vend le «monicourou». Elle dit que pendant le ramadan, elle reçoit beaucoup plus de commandes. Sa clientèle vient de l’intérieur comme de l’extérieur du Mali. Aux détaillants, elle cède le sachet à 1.500 Fcfa l’unité contre 1.250 Fcfa pour les grossistes. FC/MD (AMAP)

Ramadan : Le Printemps des hijabs

Par Fadi CISSE Bamako, 12 avr (AMAP)Aïdatou Touré est du genre à épouser la tendance du moment. Depuis le début de ce mois, la jeune fille a abandonné ses vêtements habituels et ne paraît plus qu’en hidjab. C’est le ramadan ! Pendant ce mois béni, tout change. L’être, en premier lieu, avec la piété, l’humilité et la solidarité mais, aussi le paraitre, avec un impératif de pudeur dans l’espace public auquel les filles et les femmes se plient avec zèle. Les mini-jupes, les robes moulantes et les jeans sont rangés au fond des armoires. Place aux amples hijabs, aux foulards et aux voiles qui trustent momentanément les placards féminins. A Bamako, le marché est extrêmement réactif et saisit au bond les tendances, les accompagne au plus près et même les précède, dans le cas du Ramadan. Ainsi, bien avant le 23 mars et le début du jeûne, les boutiques de vêtements féminins avaient déjà déballé des monceaux de hidjabs et d’accessoires qui constituent la garde-robe recommandée aux femmes musulmanes. L’offre est abondante et visible pour répondre à la demande mais, aussi, la susciter par la diversité des articles et de leurs prix. Les rayons des boutiques, les étals au marché, les vendeurs ambulants, les vendeuses occasionnelles, qui écoulent la marchandise de grossistes, proposent une gamme variée de prêt-à-porter spécifique à cette période et même de la friperie de premier choix. Petites bourses, élégantes, étudiantes ou lycéennes, chacune y trouve son compte pour sacrifier aux impératifs de «décence» de l’heure. On sort donc « couvert » pour se rendre dans les services publics comme privés, les établissements financiers, les universités, les marchés et dans les rues, comme notre équipe de reportage a pu le vérifier, ce mardi matin, du mois de mars. Beaucoup sont voilées, arborant des hijabs à la mode maghrébine. D’autres, désignées un peu ironiquement par le pseudo «Adja», ont enfilé en plus des chaussettes, des gants et une voilette noire pour cacher leur visage. C’est le cas d’Aminata Diallo, une juriste en herbe venue faire ses achats dans une boutique de hijabs du Grand marché de Bamako. La cliente du jour trouve les prix élevés et marchande systématiquement, en prenant soin de dissimuler son intérêt pour tel ou tel produit. Car, il lui faut nécessairement renouveler sa garde-robe : «c’est le mois de ramadan, je ne peux me permettre de porter mes vêtements habituels». Par respect pour ce mois béni, explique-t-elle, il lui faut s’habiller « décemment comme de nombreuses femmes. » «En plus, ce n’est qu’un seul mois dans l’année, donc, je ferai l’effort de me conformer au respect des préceptes de la religion », argue-t-elle, tout en pressant le vendeur de baisser ses prix. Djénéba Sacko est dans un état d’esprit similaire. D’habitude, le pantalon est de rigueur pour ses journées de stage. Mais ce matin, elle décide de se vêtir autrement. Ainsi, elle prend le chemin du bureau, enveloppée dans une grande robe noire, les pieds chaussés de ballerines assorties à son foulard de tête. C’est dans les établissements financiers que la métamorphose est la plus totale. En effet, le dress code dans les banques serait plutôt celui de l’Executive woman : tailleur chic, jupe et chemisier, coiffure soignée. En ce moment dans les open-spaces et les bureaux, les employées sont toutes voilées. Elles ne laissent entrevoir aucune partie de leur corps et « ce sera ainsi durant ce mois », constate un jeune client venu faire un retrait. Lui, se satisfait de cette attitude et souhaite même qu’elle perdure après le mois de ramadan pour devenir la norme et non l’exception. Mais, il ne se fait guère d’illusions : «Attendons l’approche de la fête, on les verra à nouveau porter des mèches et des habits non décents en violant les dires de Dieu». A l’heure de la rupture du jeûne, dans une université privée de la place, les étudiantes qui font leurs ablutions en uniforme scolaire sont toutes couvertes de la tête au pied et ne se différencient que par la couleur de leur hijab. Cette uniformité qui peut désorienter, prête facilement à plaisanterie amicale. Ainsi la jeune Oumou Dolo est interpellée par son camarade de classe Hassane Maïga. Celui-ci s’écrie, la bouche grande ouverte en signe d’étonnement : « C’est toi petite dogon ? Je jure que j’ai failli ne pas te reconnaitre. Comme tu es bien habillée aujourd’hui par rapport aux autres jours». Hassane Maïga apprécie le look ramadan de Oumou. C’est le style qu’il lui conseille pour le quotidien. A quelques mètres de là, la tenancière de la cantine de l’école milite pour la même cause. Elle entreprend de convaincre un groupe de jeunes clientes de se convertir durablement à un style vestimentaire exemplaire pour la femme musulmane. Sans surprise, l’imam Abdoulaye Maïga abonde dans le même sens. Professeur des matières religieuses au lycée Madina de Bamako et encadreur des membres du bureau du Centre islamique de formation et de documentation (CIFOD), il rappelle qu’une fois que la femme atteint la puberté, l’islam lui recommande de se voiler quand elle sort de chez elle. «C’est une recommandation divine et un ordre qui vient d’Allah, ramadan ou pas. Même chez elle, la femme doit couvrir son corps du regard des hommes», précise l’imam. » « Mais l’idéal, tempère-t-il, est de continuer le port du hidjab même après ce mois car c’est le signe de sa sincérité durant le ramadan, donc du respect des recommandations divines. » « Le Ramadan débute et s’achève, pas la foi. ». professe-t-il FC/MD (AMAP)