Pratiques coloniales : l’Office du Niger, une longue histoire d’argent public

Par Dr Ibrahim MAIGA Bamako 27 fév (AMAP) L’entreprise, constituée sur la base de capitaux civils, a été, d’un bout à l’autre, en réalité un service militaire affublé d’une énorme bureaucratie parasitaire. La non prise en compte du facteur humain explique en partie les déboires de ce géant de notre système agricole. Est-on seulement sûr que les décideurs actuels ont tiré profit des leçons d’hier ? Pourtant, différentes et successives études ont très rapidement mis le doigt sur les graves insuffisances d’une entreprise qui ne va jamais pouvoir se passer de l’argent public : le budget de l’Afrique occidentale française, les fonds publics métropolitains, le budget du Soudan, les réparations allemandes et l’aide du plan Marshal. à l’indépendance, l’état malien va aussi y injecter des ressources. Dans ce financement, il ne faut jamais oublier la part inestimable du travail forcé imposé aux populations locales. Vittorio Morabito a posé le diagnostic très précis de ce gouffre financier. Dans « L’Office du Niger au Mali, d’hier à aujourd’hui », paru dans le « Journal des africanistes », (1977, pp. 53-82) il écrit que « … pour comprendre l’Office du Niger, il faut le considérer comme la dernière création bureaucratique de l’administration dans la catégorie des compagnies de concessions territoriales pour l’exploitation économique des colonies. Ce côté public explique les pressions politiques et les renseignements, filtrés, qu’on trouve dans les cinq cents publications sur l’Office. » Alors, pourquoi soutenir à bout de bras, une création moribonde devenue monstrueuse ? Contre tous les critères de rationalité, l’état français a, jusqu’en 1960, malgré tout, toujours gardé un œil condescendant sur cette structure. Les évaluateurs ont constamment attiré l’attention sur la gestion de l’Office. En 1975, Morabito a mis le doigt sur l’existence de deux comptabilités, une commerciale et une administrative. «Nonobstant les conseils de six commissions comptables spéciales en trente ans (1937, 1948, 1955, 1964, 1969, 1974), elle n’a pas bien démarré et également ne réussit pas à donner une vision des situations financières complexes des activités de l’Office», a-t-il observé. Il est encore plus incisif quand il soutient que « …depuis 1964, l’Office fonctionne sans bilan, ce qui conduit certains à dire qu’il est géré comme une « boutique libanaise »… de 2 milliards de francs de chiffre d’affaires par an [8 : 84]. (L’Office du Niger, d’hier à aujourd’hui). Vincent Joly (Schreyger (Emil) : L’Office du Niger au Mali. 1932 à 1982. La problématique d’une grande entreprise agricole dans la zone du Sahel, Année 1988) rapporte d’après Robequain (Problèmes de l’économie rurale en A.O.F. », Annales de Géographie, 1937, p. 159) que Bélime lui-même demandait un pas de temps de 50 ans pour juger de son entreprise. Le constat est la grande disproportion entre les efforts consentis et les résultats obtenus. Et, Joly ajoute : « …. quels que soient les temps et les régimes, les mêmes problèmes persistent, entre autres : le statut foncier des colons, leur endettement, leur accès au marché, la lourdeur de la bureaucratie, etc ». Quelques chiffres tirés du rapport de Amselle (1985) renseignent sur l’ampleur du trou béant. Les effectifs pléthoriques font partie du tableau. En 1955, l’Office comptait un total de 7 000 employés ; ce qui équivalait au ratio d’un employé pour quatre colons. Cette tendance ne va pas s’inverser. En 1984, l’entreprise comptait 4 000 employés fixes et 5 000 saisonniers pour 5 500 colons. En 1942, soit dix ans après son démarrage, l’entreprise n’avait pu emblaver que 5 000 hectares de coton, exploités par 6 000 paysans. En 1943, il a été produit 2 000 tonnes de coton et 10 000 tonnes de riz. De 1936 à 1960, les rendements ont oscillé entre 1,3 tonne et 1,9 tonne à l’hectare, toujours d’après l’évaluation de Amselle. Ce n’est donc pas une surprise, si en 1955, l’état français a réduit de moitié les subventions allouées. Un an après, l’Office connaissait ses premières initiatives de réajustement. En 1959, les pertes ont été maîtrisées mais non les dettes, les avances et les découverts bancaires. Résultats médiocres, gestion opaque – Plusieurs facteurs expliquent ces résultats médiocres. Paul Viguier, l’un des six Directeurs Généraux, a essayé de comprendre cette problématique. En plus de sa casquette d’administrateur, Viguier était surtout un Ingénieur d’une grande capacité. Dans « Situation des terres irriguées de l’Office du Niger », un article paru dans le «Journal d’agriculture traditionnelle et de botanique appliquée » (1947). Il constate, pour ce qui est de l’exploitation des terres aménagées que « les résultats obtenus jusqu’ici n’ont pas atteint le niveau que l’on était en droit d’espérer ». « Alors qu’il est techniquement prouvé que les rendements peuvent atteindre pour le cotonnier facilement 10 quintaux de coton-graine et pour le riz 20 quintaux de paddy à l’hectare les moyennes obtenues dans l’ensemble des centres de colonisation ne s’élèvent qu’à 6 à 7 quintaux pour le coton et 14 à 16 quintaux pour le paddy », rien de consistant n’a pu être fait. Ces résultats sont juste supérieurs à ce que les populations locales obtenaient sur leurs parcelles. En réalité, a compris Viguier, c’est la défaillance de « l’élément humain » qui est en cause. Les concepteurs, dans leur optimisme avaient parié sur les « facultés d’adaptation du paysan noir aux techniques nouvelles. ». Ce qui n’a pas été le cas, car « on ne passe pas ainsi brusquement d’une agriculture traditionnelle largement extensive à des méthodes d’agriculture intensive. » « En réalité, retient-il, le colon installé sur les terres irriguées conserve instinctivement ses conceptions agricoles primitives et ne se plie que difficilement aux méthodes d’agriculture rationnelle ». Cependant, tempère Viguier, les paysans ne sont pas seuls responsables de cet échec. Ils n’ont pas reçu les moyens nécessaires à l’exercice d’une « agriculture rationnelle ». Le colon indigène, fait-il constater, n’était pas outillé pour résoudre des problèmes réels comme la « préparation correcte du sol en temps voulu pour effectuer les semis à la date convenable ; le maintien de la fertilité du sol ; la production vivrière suffisante,

Office du Niger : Dégrèvement spécial pour les producteurs affectés par la crise sécuritaire

Ségou, 22 fév (AMAP) Le président directeur général de l’Office du Niger (ON), Abdel Karim Konaté, a informé des exploitants agricoles qu’un dégrèvement spécial sera fait pour soulager les producteurs affectés par la dégradation de la situation sécuritaire. Lors d’une rencontre avec les responsables ces zones, jeudi dernier, à Niono (Centre), M. Konaté a informé les producteurs des zones de Kouroumari, N’Débougou, Molodo et Niono, qui n’ont pas pu procéder à la récolte de leur parcelle en raison de la crise sécuritaire, de l’annulation du paiement de la redevance eau de la précédente campagne agricole, d’un montant de 300 millions de Fcfa. Cette annulation, un manque à gagner pour l’Office du Niger qui doit ajourner certains travaux d’entretien, vise, surtout, à permettre aux producteurs de surmonter cette difficile période. L’article 27 du décret portant organisation de la gérance des terres affectées à l’Office du Niger indique que : « lorsque les récoltes s’avèrent insuffisantes pour des circonstances échappant à la responsabilité de l’exploitant, celui-ci peut solliciter et bénéficier d’un dégrèvement partiel ou total, dont le taux est fonction de l’importance des dégâts subis par ses cultures. Le dégrèvement est accordé par le président directeur général de l’Office du Niger, sur proposition du Comité paritaire ». Selon le directeur de l’appui au monde rural, Bamoye Keita, cette disposition permet d’exempter du paiement de la redevance tout producteur, dont les récoltes ont été affectées. Le premier dégrèvement normal, qui a eu lieu pour cause d’inondations, de sécheresses et de maladies du riz, a concerné 3.221 hectares. Par ailleurs, l’insécurité grandissante dans les zones de N’Débougou, Kouroumari, Molodo et Niono a empêché certains producteurs de procéder à la récolte et d’autres de réaliser le battage de riz. « C’est pourquoi, l’Office du Niger a décidé de faire un dégrèvement spécial qui porte sur 2.040 hectares afin de soulager 2.025 familles. C’est une première au niveau de l’Office du Niger », a indiqué le directeur de l’appui au monde rural. L’ON ambitionne de faire de la culture de contre-saison à grande échelle. Pour ce faire, Bamoye Keïta a dit que l’entité a approché la direction nationale de l’hydraulique qui a favorablement répondu à sa demande. Elle compte accompagner l’Office du Niger pour favoriser la disponibilité de l’eau pendant la contre-saison. L’exonération du paiement de la redevance eau suscite beaucoup d’espoir. Pour le délégué général de l’Office du Niger, Abdoulaye Daou, cette annulation est une bouffée d’oxygène pour les agriculteurs qui n’ont pas pu effectuer la moisson du riz du fait des récoltes incendiées. Le représentant du chef de village de Farabougou, Abdoul Karim Coulibaly, a salué ce geste exceptionnel de l’ON. Cependant, il a sollicité le renforcement de la sécurité pour permettre aux producteurs de travailler en toute quiétude. Le Pdg de l’Office du Niger a affirmé qu’il s’agissait pour sa structure de concrétiser une recommandation forte du forum de la paix qui s’est tenu au mois de novembre 2020 à Niono. À cette rencontre, il a été demandé à toutes les structures, dans la mesure du possible, de tout mettre en œuvre pour soulager les exploitants agricoles durement frappés par l’insécurité. « Nous avons fait un premier dégrèvement, mais compte tenu de la persistance de l’insécurité, il fallait faire un second dégrèvement qu’on a appelé dans notre jargon, le dégrèvement spécial. Il s’agit de venir en aide aux exploitants qui ont été sérieusement atteints par les conséquences de l’insécurité en les exonérant du paiement de la redevance eau », a précisé Abdel Karim Konaté. Le Pdg de l’Office du Niger a assuré que des investigations sont en cours pour recenser les zones sinistrées. Le département de tutelle accorde une plus grande priorité au développement du secteur agricole et à l’amélioration de la sécurité alimentaire. C’est pourquoi, il est aussi à pied d’œuvre pour soutenir les producteurs. Abdel Karim Konaté les a félicités, avant de les encourager « à toujours positiver malgré les multiples contraintes qu’ils rencontrent ». MS/MD (AMAP)  

Mali : La campagne agricole 2021-2022 se prépare

Bamako, 18 fév (AMAP) Le ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche, Mohamed Ould Mahmoud, a visité, mardi, des services techniques pour s’imprégner de leurs conditions de fonctionnement et leurs difficultés, dans le cadre de la préparation de la campagne 2021-2022. Au Centre d’apprentissage agricole de Samanko (CAA), le ministre a visité les installations pédagogiques et le périmètre maraicher. Après avoir présenté sa structure, le directeur du CAA, Yaya Coulibaly, a déploré les effectifs pléthoriques dans les classes et l’insuffisance de matériels pédagogiques et de la connexion Internet. Mohamed Ould Mahmoud a, ensuite mis le cap sur l’Institut international de recherche sur les cultures des zones tropicales semi-arides (Icrisat), où il a suivi une présentation sur les activités de cette structure qui fait de la recherche agricole pour le développement, en faveur des zones en Asie et en Afrique subsaharienne. A ce titre, l’Institut aide les populations à surmonter la pauvreté, la faim, la malnutrition et la dégradation de l’environnement, grâce à une agriculture meilleure et plus résiliente. L’Icrisat mène des activités de recherche pour mettre au point des technologies améliorées en vue d’accroître la productivité agricole du sorgho, du mil et de l’arachide. Son directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Dr Ramadjita Tabo, a sollicité l’appui financier du gouvernement malien pour la réalisation de ces projets. «Ma présence témoigne la solidarité du gouvernement avec l’Icrisat, pour les efforts que vous fournissez en termes de recherche et son applicabilité, sa pertinence et la valeur ajoutée de cette recherche au niveau national, sous régional et mondial», a dit le ministre Mohamed Ould Mahmoud. Au périmètre maraîcher de Samanko, le ministre a été témoin des difficultés auxquelles sont confrontées les sociétés coopératives des exploitants des parcelles aménagées. «Le bras du fleuve qui reçoit la station de pompage est au dessus du niveau du lit du fleuve. A partir de janvier déjà, il est difficile d’avoir de l’eau. Les producteurs ont pu développer des techniques de résilience pour pouvoir maintenir l’activité», a souligné leur porte-parole. «Nous avons un cahier de charges avec ces maraîchers. Nous allons forcement leur apporter de l’eau», a promis le ministre Mohamed Ould Mahmoud, en réponse aux doléances exprimées par ses interlocuteurs. A la Société d’assemblage de tracteurs S.A (Mali-Tracteurs, ndlr), fruit de la coopération entre le Mali et l’Inde à travers le partenariat stratégique Angélique international Ltd, la délégation ministérielle a été reçue par le directeur général, Anil Kumar Bansal, et son personnel. Le ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche a visité les installations de cette usine qui produit 8 à 12 tracteurs par jour et dont la mission est de piloter la mécanisation agricole au Mali et fournir des agroéquipements à des prix abordables. Au Centre d’études et d’expérimentation du machinisme agricole (CEEMA), dernière étape, la délégation ministérielle a visité l’atelier de prototype pour la fabrication des outils agricoles, des infrastructures pour la formation et de stockage. AG/MD (AMAP)

Pratiques coloniales : Les affres du travail forcé à l’Office du Niger

Par Dr Ibrahim MAÏGA Bamako, 12 fév (AMAP) Dans l’accumulation du capital qui a servi à la mise en valeur de l’Office du Niger, le « prix » de la force du travail des populations locales n’a jamais été évalué. Ici, comme ailleurs, la richesse s’est bâtie sur le sang et la sueur d’abord, et la vie des Africains, ensuite. Il importe de faire connaître l’histoire de l’Office du Niger. L’ingénieur Bélime avait tout conçu. Son idée avait une double détente. La première portait sur la culture du coton, pour les besoins de la métropole. La deuxième portait sur la riziculture, pour que les Noirs n’aient plus faim. Sur ses propositions techniques et celles de plusieurs autres experts, le coût, pour l’ensemble des aménagements (le pont-barrage de Markala, les canaux d’irrigation, les digues, les casiers…) a été estimé à 262 millions de francs. Ce chiffre représentait, pour l’époque, une somme colossale qui va être mobilisée par l’état français par le bief d’une loi d’emprunt votée en février 1931. Par un jeu subtil, l’Office du Niger passera dans les livres des grands investissements de l’état en tant que projet du Programme d’investissement des colonies. Bélime et ses soutiens vont alors faire vite. En 1932, l’Office du Niger voit sa création « régularisée » en tant que fait accompli. CONSECRATION DE L’ARBITRAIRE – Dans les faits, la mobilisation de la main d’œuvre locale sera une œuvre d’une grande brutalité, sous l’œil des commis et des sergents recruteurs. Dans son livre monumental, « Papa-Commandant a jeté un grand filet devant nous. L’Office du Niger 1902-1962 » (Maspéro, 1978), Amidou Magassa a rendu compte de cette inhumanité. Magassa a fait le terrain. Il a eu le mérite de faire parler les derniers témoins de l’installation de l’Office du Niger. à ce titre, il reste une source unique de documentation sur le travail forcé, ce travail qui était accompli en dehors de tout consentement du travailleur. Tant que c’était sous les tropiques, l’opinion publique française ne s’en offusquait pas beaucoup. Elle découvre la réalité quand les nazis ont implémenté le même système dans l’Hexagone, sous l’étiquette du Service du Travail Obligatoire, le « STO ». Cheibane Coulibaly consacrera également une grande partie de son travail de recherche à l’analyse des politiques à l’Office du Niger en mettant le doigt sur les pesanteurs et les inadéquations qui ont fait de l’Office du Niger une officine de mythes. Pour l’implantation du barrage de Markala, les administrateurs coloniaux vont faire comme si les ouvriers à mobiliser étaient des soldats. Dans les faits, ils l’étaient. Le phénomène est suffisamment documenté dans la littérature écrite et orale. Les hommes valides, après avoir été mis en file indienne, étaient classés en deux catégories, « deux portions du contingent », pour être plus précis. Dans la première portion, se retrouvaient tous ceux qui pouvaient porter les armes. Ils seront des « tirailleurs ». Dans la deuxième portion, se trouvaient les hommes de faible condition ou de faible constitution physique. Elle sera la main d’œuvre sur tous les grands chantiers coloniaux comme les routes, les ports, les chemins de fer, les lignes téléphoniques, les ponts, les bâtiments… Un de nos grands-pères, décédé dans les années 80, n’a retenu, au terme de son séjour à Markala, rien d’autre de la langue bambara que « I Biri », « courbe-toi » ou « baisse-toi » sous les coups de cravache, au départ et à l’arrivée d’une prestation. Dans « La migration vers les pays de la Côte » (école Nationale de la FOM, 72p, 1956-1957), Yemdaogo Dominique Kaboré, donne une description de la conscription en ces termes : « Les contingents de manœuvres étaient fixés chaque année pour chaque cercle qui assurait la répartition par provinces, cantons et villages », indique-t-il. Il ajoute que « l’organisation sociale du village, la soumission de ses habitants aux chefs traditionnels, la densité relative de la population, étaient des facteurs favorables à la levée des hommes que l’on envoyait par milliers cheminant à pied ou entassés dans des camions en direction du sud », ferait le reste. L’Office du Niger entrait dans cette expression des besoins à satisfaire. SELON LA QUALIFICATION – Mais il ne s’agit pas d’une mobilisation à la belle étoile. L’alliance entre le capital financier et le pouvoir politique fut d’un tel cynisme que pour simplifier les procédures et avoir la main facile sur la marchandise, la colonie de la Haute Volta a tout simplement été rattachée au Soudan en 1932 ! Ce n’était qu’une des facettes de la déstructuration de cette colonie, tantôt reliée au Soudan, tantôt au Niger et tantôt à la Côte d’Ivoire. Dans les « Actes du troisième congrès international des historiens africains », tenu à Bamako, en 2001, Samuel Salo, de l’Université de Ouagadougou, pense que les colonisateurs étaient informés sur les capacités intellectuelles et le savoir des hommes. Dans sa communication intitulée « Les Voltaïques sur les chantiers coloniaux (1895-1960) », il soutient que le colonisateur a procédé par un tri rigoureux. Il écrit : « ….ainsi, les Mossis du Yatenga avaient été sélectionnés pour leur génie d’agriculteurs. C’est en qualité d’experts qu’ils étaient, obligatoirement certes, transportés sur les chantiers de l’Office du Niger. » Il dira que c’était le même cas pour les Minianka et les dogons du Soudan. Cette explication dans la mobilisation des hommes est un angle sur lequel il faut encore travailler. Il trouve déjà une justification dans la prise en compte de la dimension du « savoir local » des populations autochtones, des populations qui, contrairement à la pensée des premiers colons, ont leur maîtrise et leur technicité. C’est bien, un point sur lequel insiste Pierre Viguier, le quatrième des six directeurs généraux français de l’Office du Niger. Il s’est particulièrement intéressé aux connaissances en pédologie des bambaras. (1947). Auguste Chevalier (agronome et botaniste) revient sur le même sujet et met en lumière tout « le trésor de savoir à découvrir lorsqu’il conseille à l’encadrement d’aller à l’école du paysan (1900, 1911, 1921). » « C’est donc

Le ministre Mahmoud Ould en charge de l’Agriculture à l’écoute des acteurs de la Région de Tombouctou (Nord)

Envoyés spéciaux Aminata Dindi SISSOKO Bounama MAGASSA Bamako, 9 fév (AMAP Le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, Mahmoud Ould Mohamed, s’est rendu, jeudi dernier, dans les localités de Tintelout et Niafunké où il s’est imprégné des préoccupations des paysans, éleveurs et pêcheurs, après l’étape de Tombouctou. Il était accompagné de son collègue commissaire à la Sécurité alimentaire, Redouwane Ag Mohamed Mali et du gouverneur de région, le commissaire divisionnaire de police, Bakoum Kanté. La première étape de cette immersion a ete le périmètre dénommé Inalkari de Tintelout, à 35 km à l’Ouest de Tombouctou, dans la Commune rurale d’Alafia. La délégation, qui a constaté l’impact des inondations sur l’ensemble du périmètre, a visité le magasin de stockage de la localité d’une capacité de 500 tonnes. Les producteurs ont jugé nécessaires la réhabilitation de la digue de ceinture, des équipements, l’appui en intrants et l’accompagnement des victimes en vivres. De ce champ, le ministre Mahmoud Ould Mohamed a mis le cap sur Niafunké où il a visité le Centre de traitement et de conditionnement de poisson. Réalisée dans le cadre du Projet d’appui au développement de la pêche continentale (Padepeche), l’infrastructure est la propriété de l’Office de développement de la pêche et de l’aquaculture dans le Delta intérieur du Niger (ODPA-Din). Elle est bâtie en remblai, partiellement dans le lit du fleuve, sur un hectare. En phase d’achèvement, les travaux ont été stoppés en 2012 suite à l’insécurité. Elle a été occupée par les terroristes, avant d’être pillée. Le talus a été dégradé par le courant d’eau. Sa réhabilitation, est évaluée à 238.449.525 Fcfa. De cette infrastructure, le visiteur s’est rendu sur le chantier de construction du magasin de stockage de Ousmane Macinanké et ses stocks à l’Opam. Au terme de ce périple, le ministre a rencontré les paysans et autres acteurs du Cercle de Niafunké. Prenant la parole, le maire de la Commune de Soboundou, Samba Bah, a déploré le manque d’infrastructures et de surfaces aménagées. L’édile a sollicité l’aménagement de certaines mares, l’installation d’étangs piscicoles et des appuis en équipements pour faciliter le développement de la circonscription. Le préfet Namakan Touré, quant à lui, a établi un bilan sommaire de la campagne agricole marquée, selon lui, par une pluviométrie jugée assez satisfaisante mais mal répartie dans l’espace et dans le temps. «181 ménages soit 1.086 personnes touchées par les inondations provoquées par la pluie. 55,5 hectares ont été infectés durant la campagne», a révélé l’administrateur civil. Le porte-parole des agriculteurs, Boubacar Tangara, a insisté sur les pertes dues aux inondations, au niveau notamment des périmètres en maîtrise totale d’eau. « D’où la nécessité de la poursuite des aménagements hydro agricoles pour sécuriser les productions agricoles, de la consolidation des digues de ceinture, de la réalisation d’infrastructures, l’équipement des organisations paysannes, de l’exécution des actions de résilience, du développement de l’irrigation d’appoint pour minimiser les effets de la sécheresse, a préconisé M. Tangara. Le représentant de l’Union des éleveurs, Moustaphe Ouane, a sollicité la construction d’un abattoir semi-moderne, d’une unité de lait à Niafunké et à Léré ainsi que la réhabilitation des pâturages dunaires (cram-cram). En réponse, le ministre a assuré avoir pris bonne note des doléances soumises. Il a ajouté qu’il faut trouver des solutions, dans la mesure du possible, à certains problèmes pour accroître dans l’immédiat la production et la productivité. Cela dans toutes les régions du pays où le potentiel existe. ADS/MD (AMAP)

Office Riz Mopti : 13.720 tonnes de riz supplémentaires pour la consommation

Mopti, 9 fév (AMAP) La production a dégagé un excédent de 13.720 tonnes dans la zone de l’Office Riz Mopti (ORM), au regard de la population encadrée, estimée à 747.410 habitants et de leurs besoins de consommation en riz évalués à 56.055 tonnes, a appris l’AMAP, en marge de la 31è session ordinaire du Conseil d’administration (CA) de l’Office Riz Mopti (ORM) tenue, vendredi. La production obtenue a été de 130.781 tonnes, soit 69% des prévisions. Pour le riz paddy, la production est de 99.678 tonnes, soit 69,82% des prévisions. Pour les cultures sèches, il ressort un déficit de 77.452 tonnes dans la zone ORM qui sera couvert par la production en zone exondée. le secrétaire général du ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche, Lassine Dembélé, qui a présidé cette session, dans la salle de conférence de la direction régionale de l’agriculture de Mopti, a cependant souligné que l’ORM a réalisé ces performances dans un contexte très difficile marqué, entre autres, par l’installation tardive des pluies, la montée rapide de la crue au niveau des fleuves Niger et Bani, la persistance de l’insécurité, la pandémie de la Covid-19. La dégradation des infrastructures et des réseaux hydrauliques, la vétusté des moyens de déplacement de l’encadrement, le sous-équipement des producteurs et le faible niveau de la subvention des intrants agricoles par l’état sont aussi des facteurs qui ont limitant les performances de l’ORM. La 31è session ordinaire du CA de l’ORM, en présence du directeur général de l’ORM, Yaya Amadou Téssougué, a arrêté, le budget prévisionnel de 2021 à environ 1,849 milliard contre 1,599 milliard Fcfa l’exercice précédent, soit un taux d’accroissement de 15,62%. Les administrateurs ont, également, planché sur le programme d’activités. Ils ont examiné le procès-verbal de la 30è session, l’état d’exécution des recommandations et des tâches de la précédente et adopté le rapport d’activités, le niveau d’exécution du budget de l’exercice 2020. Les administrateurs ont apprécié le soutien de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA), du Commissariat à la sécurité alimentaire et de la coopération allemande (GIZ) aux producteurs, à travers la mise à leur disposition de 100,3 tonnes de semences certifiées de riz, 6 tonnes d’engrais organique (Fertinova), 500 g de semence de tomate et 5 kg de gombo. L’objectif recherché au titre de la campagne agricole 2020/2021 est de produire, à terme, 188.355 tonnes de céréales toutes spéculations confondues, dont 143.013 tonnes de riz paddy. Pour l’atteinte de cet objectif, les mesures envisagées sont la recherche de financement pour les travaux d’urgence, la mise en œuvre des bonnes pratiques agricoles notamment le SRI et le PPU et le renforcement de la collaboration avec l’ensemble des acteurs impliqués dans la mise en œuvre du plan de campagne agricole. « Pour ce faire, l’Office aura besoin d’un budget prévisionnel de 1,849 milliard Fcfa contre 1,599 milliard pendant l’exercice précédent, soit un taux d’accroissement de 15,62% », a indiqué le président du CA, Lassine Dembélé. Le directeur général de l’ORM, Yaya Amadou Téssougué, a expliqué cette augmentation par le financement des travaux d’aménagement de 250 hectares en maîtrise totale d’eau de la plaine de Togobéré, dans le casier de Sofara, Cercle de Djenné. DC/MD (AMAP)  

Fin des Assises nationales sur le coton : De fortes recommandations

Bamako, 9 fév (AMAP) Les Assises nationales sur le coton, qui ont pris fin, lundi, à Bamako, ont recommandé de valoriser la production nationale par le renforcement des capacités des unités de production existantes. Réunis au Centre international de conférences de Bamako (CICB), les acteurs de la filière coton, ont également proposé de construire de nouvelles unités de transformation et d’accompagner les tisserands traditionnels. Les Assises nationales sur le coton ont pour objectif de contribuer à la relance de la culture du coton au Mali, en vue de la rendre plus résiliente, compétitive et durable. Les travaux ont, également, retenu, pour la gouvernance des organisations, de séparer les fonctions des syndicats de celles des unions de coopératives, d’accorder une importance particulière aux activités de soutien à la filière cotonnière, de prendre en compte l’Office de la haute vallée du fleuve Niger (OHVN) au niveau de l’Inter Profession Coton (IPC), d’adopter une nouvelle clé de répartition du supplément de rémunération et des frais de fonctionnement du coton graine des structures coopératives au bénéfice des producteurs à la base. Concernant le mécanisme d’approvisionnement et de financement des intrants et la subvention de l’Etat aux producteurs de coton, les participants ont recommandé, notamment, le maintien de la subvention sur les engrais sous sa forme actuelle (subvention sur le prix des engrais) pour relancer la production cotonnière dès la campagne agricole 2021/2022. Ils ont retenu le transfert de la subvention sur le prix à la production, à partir de la campagne agricole 2022/2023, le transfert à la CMDT, de la fonction d’approvisionnement en intrants de qualité sur une période de deux ou cinq ans, au regard des insuffisances actuelles du GIE et de l’ampleur des questions de gouvernance qui ont contribué à détériorer le climat de confiance entre les producteurs. Désormais, les organisations de producteurs seront impliquées dans le processus d’acquisition et veilleront à la transparence des opérations, ont recommencé les participants. Ils ont exhorté le gouvernement à s’impliquer, davantage, dans le contrôle de la subvention des intrants agricoles. Pour la relance de la culture du coton les participants ont proposé, entre autres, de fixer un prix incitatif au kilogramme de coton graine et diminuer, autant que possible, le prix des intrants et des matériels agricoles, rendre gratuites les semences de coton aux producteurs, promouvoir la culture du coton bio pour répondre aux exigences de l’évolution du marché mondial, mobiliser des ressources nécessaires au financement des mesures d’adaptation et d’atténuation auprès du fonds climat, du fonds vert climat et d’autres partenaires techniques et financiers pour renforcer la résilience des producteurs de coton aux effets néfastes des changements climatiques. Au regard de leur pertinence, les participants ont, aussi, exhorté le gouvernement à la mise en place d’une commission de suivi des recommandations des assises régionales. Le ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche, Mohamed Ag Mahamoud, a souligné que l’originalité de ces assises réside surtout dans l’inclusivité de la démarche « qui a consisté à faire remonter les propositions de solutions de sorties de crises de la base au sommet ». Le Ministre, qui avait à ses côtés le Président directeur général de la CMDT, Dr Nango Dembélé, a dit l’engagement de son département à mettre en œuvre les recommandations, en rapport avec l’ensemble des acteurs de la filière et avec l’accompagnement politique des autorités du pays. « Le coton malien peut et doit reconquérir sa place de leader au niveau sous régional et en Afrique. Le secteur coton doit se surpasser et aider le Mali à briser le cercle vicieux de la pauvreté et de la précarité », a dit le chef du département de l’Agriculture. Et d’affirmer que l’investissement dans la promotion d’un secteur de coton résilient, compétitif et durable est un levier fort pour l’atteinte des objectifs de développement durable (ODD-1 et 2) à l’horizon 2030. Dans son allocution, le Chef du gouvernement, Moctar Ouane représentant du Président de la transition, Bah N’Daw, a salué la bonne organisation des travaux et la qualité des contributions des uns et des autres. Il s’est surtout réjoui de l’esprit constructif qui a présidé tout au long de l’exercice. « Les présentes assises ont révélé, de nouveau, la centralité de la filière coton dans l’Economie malienne, à travers son apport dans la création et la redistribution de revenus sûrs et importants aux producteurs de coton, la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations, le financement d’infrastructures sociales de base dans les zones d’intervention de la CMDT et de l’OHVN ainsi que dans la dynamisation de multiples branches de l’économie nationale » a-t-il dit. Moctar Ouane a salué l’engagement des partenaires techniques et financiers dans la mise en œuvre de projets et programmes. Il a donné l’assurance que le gouvernement continue d’accorder un ordre de priorité élevé à la filière coton, dans le cadre de la réalisation « de nos politiques et stratégies définies dans la Loi d’orientation agricole, le Cadre stratégique pour la relance et le développement durable (CREDD 2019-2023) et la Politique nationale de sécurité alimentaire et nutritionnelle (POLNSAN) ». ADS/MD (AMAP)    

Crise cotonnière au Mali : Le ministre en charge de l’Agriculture à la recherche d’un dénouement heureux 

Bamako, 30 Janv (AMAP) Le ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche, Mohamed Ould Mahmoud, a appelé les producteurs de coton des Régions de Sikasso et Koutiala, les 27 et 28 janvier dernier, à faire des propositions concrètes pour régler définitivement la crise qui secoue le secteur, a constaté l’AMAP. Dans le cadre des assises nationales sur le coton, le ministre Mohamed Ould Mahmoud, à la tête d’une forte délégation d’acteurs du coton, a effectué une mission de supervision des ateliers régionaux des assises sur le coton, dans les filiales Sud et Nord-Est de la Compagnie malienne pour le développement textile (CMDT), à Sikasso et Koutiala. Mohamed Ould Mahmoud a demandé aux paysans de travailler, pour relever, ensemble, le défi et, surtout, de dépasser les petites incompréhensions. « Nous allons travailler, main dans la main, pour que les choses soient transparentes, claires, que nous fixions les prix ensemble, que nous décidions, ensemble. Mais, le plus important est le produit du coton », a-t-il promis. Le ministre a, aussi, instruit les producteurs à faire de meilleures propositions « pour résoudre, une bonne fois pour toute », la crise cotonnière. Selon lui, il y va de l’intérêt de tous les acteurs du coton. « Nous n’allons pas accepter que la CMDT tombe dans les défaillances qui sont liées à de petites questions de détail pendant que nous avons beaucoup plus intérêt à être ensemble, à avoir plus de cohésion, à voir et regarder l’avenir, en faisant des propositions qui peuvent mieux apporter à l’Economie du Mali, au bien-être du monde rural et, même, à nos familles à Koutiala, à Sikasso ou ailleurs », a-t-il déclaré. Le président de la Confédération des producteurs de coton de Koutiala, N’Fa Coulibaly, a abondé dans le même sens. Selon lui, c’est la troisième fois, en moins deux mois, qu’un ministre vient chez eux pour parler du coton. Il a invité les paysans à s’engager réellement pour trouver une solution définitive à la crise cotonnière qui n’arrange aucunement les acteurs du secteur. Le ministre de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche a présenté et confié le nouveau PDG de la CMDT, Dr Nango Dembélé, aux producteurs de coton. Les assises sur le coton ont été officiellement lancées le 18 janvier dernier. Elles doivent contribuer à la relance de la culture cotonnière en vue de la rendre compétitive, rentable, stable et durable. OD/MD (AMAP)    

L’Office du Niger : La douloureuse histoire d’un projet démesuré

Dr Ibrahim MAIGA Fruit d’une grande conspiration bureaucratique et capitaliste, dans le fond, un mensonge génialement astiqué, l’Office du Niger, cet immense projet de colonisation des terres agricoles du Soudan français, à partir des eaux du fleuve Niger, n’a jamais pu atteindre ses objectifs. Et pour cause. Dans cette série, nous faisons un recours à l’histoire agricole pour tenter d’apporter un éclairage sur les facteurs qui hypothèquent aujourd’hui cette entreprise, legs de la colonisation française. De nos jours, le projet gargantuesque se résume principalement à la Région de Ségou, alors que l’idée originelle, outre, les terres de Sotuba et de Baguineda, atteignait l’actuel Cercle de Diré, dans la Région de Tombouctou. C’était même la plus grande des entreprises de toute l’Afrique occidental française. Qu’en est-il véritablement de nos jours ? Le recours à l’histoire s’impose. D’abord, parce que la mise en place de cette infrastructure a généré des connaissances, mis en contact des personnes d’origines diverses. Ensuite, parce que plusieurs des mythes qui continuent de plomber l’essor de l’Office du Niger, ne trouvent leur compréhension que dans ce processus historique. Au-delà des chiffres, plusieurs spécialistes des politiques agricoles qui ont travaillé sur le sujet ont conclu que l’Office du Niger reste le « cas » symptomatique d’un échec patent. À la base, Emile Bélime, l’ingénieur français des Travaux Publics qui pouvait revendiquer une certaine expérience dans la capitalisation des principes d’irrigation éprouvés par les Britanniques en Inde et en Egypte. Bélime n’était pas loin d’un « illuminé ». Mis en mission en 1919, afin d’étudier la faisabilité de l’irrigation dans le delta central du Niger, Emile Bélime écrivit un rapport plein d’enthousiasme et d’approximation. Jean-Loup Amselle et son équipe ont compulsé, plusieurs décennies après, les conclusions de l’ingénieur considéré alors comme le plus grand spécialiste français de l’irrigation. Il faut reconnaître que dans le monde de l’après-première guerre mondiale, Bélime savait vendre l’espoir. Le « Soudan français pourrait être l’un des plus grands champs de coton du monde… pour le plus grand bénéfice de nos industries textiles », rapporte (Jean-Loup Amselle et son équipe dans l’étude intitulée « l’évaluation de l’Office du Niger au Mali, 1985). Bélime proposait à l’Etat français de réaliser un « vaste programme d’aménagement » qui dans le long terme devait permettre à la France d’avoir « progressivement » les moyens de se passer du coton américain et anglais. Dans le principe, Bélime a compris qu’il était possible de redonner vie au delta mort du Niger par une domestication du niveau d’écoulement des eaux de surface. Il lui faut un levier qu’il va situer à Markala. Mais déjà Jean Loup Amselle et son équipe ont fait un terrible constat qui est que la création de l’Office du Niger relevait d’un cas caractéristique d’une économie dominée par la puissance coloniale. Ils précisent que les intérêts des populations locales n’ont pas été pris en compte. « Tout au plus s’est-on préoccupé d’éviter aux populations (main d’œuvre ou clientèle potentielle) de mourir de faim », rappelle Amselle. (P. 8). Le rapport ajoute : « Justifiée par les besoins en coton de la puissance coloniale, soutenue par les visées nationalistes françaises, la création de l’Office du Niger fut ainsi décidée en l’absence de toute justification concernant son intérêt économique et social pour le Soudan lui-même. » (P.9). Mais, il fallait, dans le contexte de l’époque, plus pour arrêter l’élan de Bélime. Il avait des soutiens de taille parmi les nationalistes, les milieux politiques pétainistes qui visaient des objectifs loin de la politique. Les rapports de Bélime ont été produits en 1929. Ils ont été approuvés par le ministère des colonies en 1931, nonobstant des insuffisances apparentes. Rapidement, l’Office du Niger a été mis sur les fonts baptismaux en 1932 sous la forme juridique d’un « établissement public ». Il aura la personnalité civile et l’autonomie financière ». Presque naturellement, c’est Bélime qui été placé à la tête de l’entreprise pour une période qui va durer dix ans, jusqu’en 1942. Le mandat initial confié à l’Office du Niger tenait en deux points : mener l’étude de l’aménagement et mettre en valeur la vallée du Niger. La substance de ce mandat devait trouver sa réalisation dans la mise en valeur du Delta central à partir de l’irrigation et la mise en culture de 510.000 hectares en coton et 450.000 hectares en riz, soit 960.000 hectares au total. Ce n’est pas tout, car après avoir redonné vie à un delta mort depuis des millénaires, il faut des hommes. Bélime et ses amis vont chercher ces hommes dans tout le Soudan et même en Haute-Volta, soit initialement 300.000 colons et leurs familles. Il faut aussi de l’argent. Dans un dépliant de communication du Comité du Niger de 1921 on pouvait lire ceci : « si l’œuvre est géante, l’heure commande l’initiative et, quant aux moyens d’exécution, le génie de la France y pourvoira ». Les 262 millions de francs nécessaires à l’opération seront mobilisés par l’Etat, à travers des emprunts. LA CONTESTATION – De son concept initial à nos jours, l’Office du Niger a toujours eu ses détracteurs. En 1939, déjà, soit sept ans seulement après sa création, Pierre Herbart, aux termes d’une visite de terrain rigoureuse, a parlé, à la place de l’Office du Niger, de « Chancre du Niger ». (Collection Tracts (1934-1939), Gallimard ). Herbart est sans concession quand il indexe et dénonce « la malfaisance […] d’un système », « son pouvoir de multiplication, ruinant l’ensemble d’une contrée ». Son document est une propédeutique. Sur la venue même de Bélime au Soudan, il faut lire « l’Historique des Essais cotonniers dans la vallée du Niger de 1903 à 1923 » de J. Vuillet (Journal d’agriculture traditionnelle et de botanique appliquée, 1939), pour bien se situer. « Lors de l’arrivée de M. Béltme au Niger, en 1920, les possibilités d’irrigation offertes par la vallée de ce fleuve avaient été déjà l’objet d’études successives d’agents du service d’agriculture de la colonie et de différents chargés de mission. Parmi les premiers, je citerai M. Vitalis,

Assises nationales sur le coton : Pour donner un second souffle à la filière

Bamako, 19 Janv (AMAP Le Premier ministre, Moctar Ouane, a lancé, lundi, les Assises nationales sur le coton qui visent à contribuer à la relance de la culture cotonnière en vue de la rendre résiliente, compétitive, rentable et durable. Ces Assises représentent un rendez-vous important en ce qu’elles doivent permettre l’analyse des voies et moyens susceptibles de favoriser une véritable relance de la culture du coton à partir de la campagne 2021/2022, caractérisée par la rentabilité et la compétitivité de la filière cotonnière du Mali, a déclaré le chef du gouvernement. Le chef du gouvernement a souligné l’importance particulière que son équipe accorde à la tenue de ces assises nationales sur le coton, initiées par le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche. Moctar Ouane a indiqué que nul n’ignore la place centrale qu’occupe la filière coton dans l’économie malienne. Outre la création et la redistribution de revenus sûrs et importants aux producteurs de coton, elle contribue à la sécurité et à l’autosuffisance alimentaire, au financement d’infrastructures sociales de base dans les zones d’intervention de la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT) et de l’Office de la Haute vallée du Niger (OHVN), à la dynamisation de multiples branches de l’économie nationale, a soutenu le Premier ministre. Il a rappelé que la filière coton contribue substantiellement aux recettes fiscales et douanières, aux bilans des banques, à la stimulation de l’activité hôtelière, du petit commerce ambulant et à la création d’emplois. Au total, plus de 4 millions de personnes bénéficient de la culture du coton comme source de moyens d’existence. Le secteur contribue à hauteur de 15% à la formation du Produit intérieur brut (PIB) et occupe la seconde place, après l’or, au plan des recettes d’exportation. « L’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a retenu la culture du coton comme l’une des cinq filières prioritaires devant bénéficier d’un développement soutenu », a rappelé le chef du gouvernement. « En dépit de cette position hautement stratégique dans l’économie nationale, la filière coton reste très fragile face aux fluctuations du cours mondial de la fibre et du prix des intrants agricoles », a relevé M. Ouane. De même, le faible niveau de productivité et de transformation au niveau national ainsi que les nombreux dysfonctionnements dans la gouvernance du secteur obèrent les efforts de développement de la filière. À titre d’exemple, la filière coton a, de 2000 à nos jours, connu quatre crises majeures. « Celle de 2020 aura été la plus emblématique en raison de ses graves conséquences négatives sur l’économie et la sécurisation des moyens d’existence des populations vulnérables. Le tout dans un contexte de changement climatique et de Covid-19 », a illustré Moctar Ouane. Saluant les producteurs de coton pour leurs efforts inlassables visant à hisser haut le pays et préserver son rang de leader dans une filière hautement concurrentielle, il a remercié les Partenaires techniques et financiers pour leur soutien. De son côté, le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, Mahmoud Ould Mohamed, a expliqué que l’organisation de ces Assises nationales s’inscrit dans l’axe 2 du Programme d’actions du gouvernement de Transition (PAG), à savoir la promotion de la bonne gouvernance. « Car la filière coton est la colonne vertébrale de notre économie, mais confrontée à des crises récurrentes », a insisté Mahmoud Ould Mohamed. « Tout se passe au rythme des fréquentes contreperformances, comme si nous étions dans la fameuse spirale de la pauvreté tant décrite par les économistes. Briser ce cycle infernal est indispensable », a dit le chef du département de l’Agriculture. Cela, conformément aux instructions fermes données par le chef de l’État, Bah N’Daw. Par ailleurs, suite aux différentes crises qui ont ébranlé le secteur du coton, des réflexions stratégiques impliquant les différents acteurs ont été faites, donnant lieu à de nombreuses recommandations, a dit le ministre en charge de l’Agriculture. Les présentes assises doivent, selon lui, répondre à plusieurs questions : quelles sont les leçons apprises des différentes crises et pourquoi les solutions envisagées n’ont-elles pas fonctionné ? Quelles sont les actions de relance de la culture du coton recommandées à partir de la campagne 2021/2022 ? Pour ce faire, le ministre Mahmoud Ould Mohamed s’est engagé à travailler, sans relâche, pour sortir la filière de ce cercle vicieux afin de l’inscrire, dans le plus bref délai, dans un cercle vertueux. À cet effet, il a invité les acteurs de la filière à renforcer la cohésion en leur sein. Le but est de promouvoir la bonne gouvernance et d’en faire une réalité tangible. La rencontre a eu lieu en présence du président directeur général de la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT), Dr Nango Dembélé et des acteurs du secteur du coton. ADS/MD (AMAP)