Pratiques coloniales : l’Office du Niger, une longue histoire d’argent public
Par Dr Ibrahim MAIGA Bamako 27 fév (AMAP) L’entreprise, constituée sur la base de capitaux civils, a été, d’un bout à l’autre, en réalité un service militaire affublé d’une énorme bureaucratie parasitaire. La non prise en compte du facteur humain explique en partie les déboires de ce géant de notre système agricole. Est-on seulement sûr que les décideurs actuels ont tiré profit des leçons d’hier ? Pourtant, différentes et successives études ont très rapidement mis le doigt sur les graves insuffisances d’une entreprise qui ne va jamais pouvoir se passer de l’argent public : le budget de l’Afrique occidentale française, les fonds publics métropolitains, le budget du Soudan, les réparations allemandes et l’aide du plan Marshal. à l’indépendance, l’état malien va aussi y injecter des ressources. Dans ce financement, il ne faut jamais oublier la part inestimable du travail forcé imposé aux populations locales. Vittorio Morabito a posé le diagnostic très précis de ce gouffre financier. Dans « L’Office du Niger au Mali, d’hier à aujourd’hui », paru dans le « Journal des africanistes », (1977, pp. 53-82) il écrit que « … pour comprendre l’Office du Niger, il faut le considérer comme la dernière création bureaucratique de l’administration dans la catégorie des compagnies de concessions territoriales pour l’exploitation économique des colonies. Ce côté public explique les pressions politiques et les renseignements, filtrés, qu’on trouve dans les cinq cents publications sur l’Office. » Alors, pourquoi soutenir à bout de bras, une création moribonde devenue monstrueuse ? Contre tous les critères de rationalité, l’état français a, jusqu’en 1960, malgré tout, toujours gardé un œil condescendant sur cette structure. Les évaluateurs ont constamment attiré l’attention sur la gestion de l’Office. En 1975, Morabito a mis le doigt sur l’existence de deux comptabilités, une commerciale et une administrative. «Nonobstant les conseils de six commissions comptables spéciales en trente ans (1937, 1948, 1955, 1964, 1969, 1974), elle n’a pas bien démarré et également ne réussit pas à donner une vision des situations financières complexes des activités de l’Office», a-t-il observé. Il est encore plus incisif quand il soutient que « …depuis 1964, l’Office fonctionne sans bilan, ce qui conduit certains à dire qu’il est géré comme une « boutique libanaise »… de 2 milliards de francs de chiffre d’affaires par an [8 : 84]. (L’Office du Niger, d’hier à aujourd’hui). Vincent Joly (Schreyger (Emil) : L’Office du Niger au Mali. 1932 à 1982. La problématique d’une grande entreprise agricole dans la zone du Sahel, Année 1988) rapporte d’après Robequain (Problèmes de l’économie rurale en A.O.F. », Annales de Géographie, 1937, p. 159) que Bélime lui-même demandait un pas de temps de 50 ans pour juger de son entreprise. Le constat est la grande disproportion entre les efforts consentis et les résultats obtenus. Et, Joly ajoute : « …. quels que soient les temps et les régimes, les mêmes problèmes persistent, entre autres : le statut foncier des colons, leur endettement, leur accès au marché, la lourdeur de la bureaucratie, etc ». Quelques chiffres tirés du rapport de Amselle (1985) renseignent sur l’ampleur du trou béant. Les effectifs pléthoriques font partie du tableau. En 1955, l’Office comptait un total de 7 000 employés ; ce qui équivalait au ratio d’un employé pour quatre colons. Cette tendance ne va pas s’inverser. En 1984, l’entreprise comptait 4 000 employés fixes et 5 000 saisonniers pour 5 500 colons. En 1942, soit dix ans après son démarrage, l’entreprise n’avait pu emblaver que 5 000 hectares de coton, exploités par 6 000 paysans. En 1943, il a été produit 2 000 tonnes de coton et 10 000 tonnes de riz. De 1936 à 1960, les rendements ont oscillé entre 1,3 tonne et 1,9 tonne à l’hectare, toujours d’après l’évaluation de Amselle. Ce n’est donc pas une surprise, si en 1955, l’état français a réduit de moitié les subventions allouées. Un an après, l’Office connaissait ses premières initiatives de réajustement. En 1959, les pertes ont été maîtrisées mais non les dettes, les avances et les découverts bancaires. Résultats médiocres, gestion opaque – Plusieurs facteurs expliquent ces résultats médiocres. Paul Viguier, l’un des six Directeurs Généraux, a essayé de comprendre cette problématique. En plus de sa casquette d’administrateur, Viguier était surtout un Ingénieur d’une grande capacité. Dans « Situation des terres irriguées de l’Office du Niger », un article paru dans le «Journal d’agriculture traditionnelle et de botanique appliquée » (1947). Il constate, pour ce qui est de l’exploitation des terres aménagées que « les résultats obtenus jusqu’ici n’ont pas atteint le niveau que l’on était en droit d’espérer ». « Alors qu’il est techniquement prouvé que les rendements peuvent atteindre pour le cotonnier facilement 10 quintaux de coton-graine et pour le riz 20 quintaux de paddy à l’hectare les moyennes obtenues dans l’ensemble des centres de colonisation ne s’élèvent qu’à 6 à 7 quintaux pour le coton et 14 à 16 quintaux pour le paddy », rien de consistant n’a pu être fait. Ces résultats sont juste supérieurs à ce que les populations locales obtenaient sur leurs parcelles. En réalité, a compris Viguier, c’est la défaillance de « l’élément humain » qui est en cause. Les concepteurs, dans leur optimisme avaient parié sur les « facultés d’adaptation du paysan noir aux techniques nouvelles. ». Ce qui n’a pas été le cas, car « on ne passe pas ainsi brusquement d’une agriculture traditionnelle largement extensive à des méthodes d’agriculture intensive. » « En réalité, retient-il, le colon installé sur les terres irriguées conserve instinctivement ses conceptions agricoles primitives et ne se plie que difficilement aux méthodes d’agriculture rationnelle ». Cependant, tempère Viguier, les paysans ne sont pas seuls responsables de cet échec. Ils n’ont pas reçu les moyens nécessaires à l’exercice d’une « agriculture rationnelle ». Le colon indigène, fait-il constater, n’était pas outillé pour résoudre des problèmes réels comme la « préparation correcte du sol en temps voulu pour effectuer les semis à la date convenable ; le maintien de la fertilité du sol ; la production vivrière suffisante,
Danse de masque: Faraba conserve jalousement « Le Chinto »
Par Mohamed D. DIAWARA Bamako, 27 fév (AMAP) Sous le rythme du tam-tam, des créatures masquées se trémoussent tenant dans les deux mains des fines branches d’arbre. Ils font des petits sauts vifs et secouent les tiges. A Faraba, l’un des 25 villages de la Commune rurale du Mandé, toutes les pratiques ancestrales n’ont pas disparu. Les jeunes perpétuent la tradition du « Chinto » qui, selon les croyances locales, protège contre les sorciers et les esprits maléfiques. Les habitants de cette bourgade, les jeunes, gardent jalousement cette danse de masque. Les danseurs coiffés de masques en bois sont habillés d’une combinaison de tissu traditionnel aux couleurs ocres. Chacun tient deux longues et fines branches d’arbre débarrassées de leurs feuilles. Selon les initiés au Chinto, ces fines branches ne doivent pas toucher les gens. «Si ça te touche tu dois donner une chèvre ou un bœuf. C’est une tradition de nos ancêtres et nous continuons à la respecter», estime Modibo Diakité âgé de 35 ans accompagnant les danseurs masqués. Il nous livre quelques informations, mais ne rentre jamais en profondeur car il est interdit de parler aux personnes non initiées lorsqu’il porte le masque et la tenue du Chinto. Pour ce qui est des vêtements, il indique : «Le tissu traditionnel est régulièrement teinté dans une substance liquide à base d’écorces pour le colorer», puis il ajoute que le masque que portent les danseurs est appelé «Chinto guéré». Ces masques ont la forme de têtes d’animaux sauvages, notamment le buffle. Modibo Diakité révèle, aussi, que les danseurs portent sous leur combinaison des gris-gris de protection. Le Chinto est une danse très effrayante. À l’en croire, la sortie du Chinto protège le village contre les sorciers et les esprits maléfiques. Modibo Diakité indique, par ailleurs, que cette sortie se fait lors d’événements festifs comme les fêtes de Tabaski, de Ramadan et autres grandes cérémonies. Et de poursuivre que la jeunesse est en charge de l’organisation du Chinto. Quand il y a un événement, 4 à 5 personnes déléguées par la jeunesse se rendent dans la forêt pour commencer la partie mystique de la préparation. Modibo Diakité précise que ces initiés sont les gardiens des masques, des combinaisons et autres parures. Mais il n’en dira pas plus sur leur sanctuaire. Après leur prestation, les hommes ayant pris la forme de ces créatures rejoignent la brousse pour se débarrasser de leur accoutrement et ne retournent au village que la nuit. N’Goye Mamou Diakité, un quadragénaire, se souvient. «J’ai joué avec ce masque sur plusieurs scènes notamment au Palais de la culture Amadou Hampâte Ba de Bamako et à Yorobougoula, dans le Cercle de Yanfolila», s’enorgueillit-il. « Le Chinto nous a été légué par nos aînés et nos pères’, ajout-t-il. « À un certain âge, il faut céder la place à la jeune génération», explique-t-il. D’après lui, c’est une fierté de savoir que leur descendance conserve cette pratique de la danse du Chinto. Il ajoute que si un spectateur voit son camarade d’âge en train de suivre les danseurs du Chinto, il est obligatoire pour le spectateur d’applaudir la créature, faute de quoi son camarade d’âge le fouette rigoureusement. «Ni la victime ni ses parents n’ont le droit de s’opposer à la sanction. Si c’est le cas, ils payeront une amende», poursuit N’Goye Mamou Diakité avant de dire qu’une personne initiée au Chinto ne doit rien révéler des mystères de cette danse ni à sa femme, ni à son camarade d’âge, qui n’a pas été initié, encore moins à ses enfants. « Le manquement à ce devoir, avertit notre homme, peut lui valoir le payement d’une chèvre, une poule et des colas ». « Cependant, cette pratique traditionnelle n’est pas du goût de tous les jeunes hommes. C’est pourquoi, certaines personnes refusent de la faire », regrette le quadragénaire. « Pour le moment, se réjouit-il, il y a des jeunes qui s’intéressent à la pratique et avec eux, on fait beaucoup de prestations notamment à Bamako». Et d’ajouter que les ressortissants de leur village les invitent, souvent, dans la capitale pour célébrer les mariages. Le chef du village de Faraba, N’Goye Diakité, explique que le Chinto est également appelé «Toumbo ». Cette tradition, selon le quinquagénaire, est un divertissement phare du village. « Il est impensable d’organiser un événement festif chez nous sans cette danse. Moi-même, je l’ai pratiquée quand j’étais jeune. Je ne pense pas que ça disparaîtra un jour», affirme le chef coutumier. La plupart de nos villages ne gardent que les souvenirs de certaines de leurs traditions. Ces pratiques ancestrales se sont volatilisées, souvent, sans laisser de trace. Il est important de préserver, de protéger et de valoriser ce patrimoine qui est une partie de nos connaissances. MDD (AMAP)
SOS pour le Tata de Sikasso
Par Fousseyni DIABATE Sikasso, 26 fév (AMAP) Le Tata de Sikasso (Sud), une fortification d’antan destinée à protéger la ville contre les envahisseurs, est aujourd’hui en ruines. Plus grave, le site est sérieusement menacé par l’occupation anarchique. Champs de culture, kiosques des petits commerçants, marchés à bétail, panneaux publicitaires, dépôts d’ordures, ateliers de menuiserie… rien n’est épargné au célèbre mur d’enceinte. Pourtant, il s’agit d’une représentation matérielle de l’organisation militaire et du savoir-faire du royaume du Kénédougou. Le Tata renvoie au souvenir du temps de Tièba et de Babemba Traoré. Ces indomptables rois qui ont vécu à Sikasso entre 1877 et 1898. Le Tata ou encore « tarakoko » pour la population locale constitue un mur qui servait à protéger la ville contre les envahisseurs. La fortification, faite en banco, pierres et en gravions, était parsemée de petits trous par lesquels les sofas surveillaient ou tiraient sur l’ennemi. Juste après les tirs, les guerriers s’accroupissaient derrière le tata pour se protéger contre les tirs adverses. Certains historiens soulignent que le Tata comptait trois enceintes concentriques : l’enceinte intérieure qui entourait le « dionfoutou » ou encore la famille royale, le Tata intermédiaire qui était destiné à isoler les marchands, les soldats et les nobles et le Tata extérieur qui entourait toute la ville. De manière générale, l’ouvrage est reconnu comme une des plus célèbres fortifications militaires du Mali. En plus de son aspect défensif, la fortification était un moyen de contrôler les routes commerciales de la ville. Elle tire sa renommée du siège sans succès de Samory Touré, quinze mois durant, de mars 1887 à juin 1888, les guerriers de Samory Touré étaient bloqués sur les hauteurs du Nankafali « kuru » et du Samory « kuru », deux collines encore observables dans le paysage urbain de Sikasso. La forteresse est aujourd’hui matérialisée par des vestiges importants situés dans les quartiers de Mancourani, Médine, Wayerma, Bougoula ville et Foulasso. À ceux-ci, s’ajoutent les sept portes construites en matériaux modernes sur l’emplacement des passages d’antan par l’État à partir de 1995. De nos jours, ce patrimoine culturel est en train de fondre au fil du temps et se trouve gravement agresser par la population. Il suffit d’y faire un tour pour se rendre compte de la réalité. L’occupation anarchique, notamment les champs de culture, les passages forcés, les kiosques des petits commerçants, les toilettes et les marchés à bétail sont installés sur le Tata. Les plaques d’indication ou publicitaires, les ateliers de menuiserie, les vendeurs de bois de chauffe, les dépôts d’ordures s’y trouvent également. Zoumana Bamba est le chef de la mission culturelle de Sikasso qui assure la mise en œuvre de la politique nationale en matière de préservation du patrimoine culturel de la région. Il soutient que sur un total de neufs kilomètres de longueur que mesurait la forteresse, de nos jours, il en reste moins de quatre kilomètres. À l’en croire, la dégradation du patrimoine remonte à l’époque coloniale suivie par la construction des édifices publics, les particuliers et la pression urbaine. Se prononçant sur les valeurs de la fortification, Bamba dira qu’elle constitue un témoin matériel de l’organisation militaire et d’un savoir-faire séculaire du royaume du Kénédougou. En plus d’être porteur de nombreuses valeurs, ce mur constitue un véritable pan de l’histoire de notre pays. Il est aussi un symbole de grandeur et de courage des vaillants guerriers de l’époque. Évoquant les réalisations effectuées en matière de sauvegarde du Tata, le responsable de la mission culturelle affirme qu’en 2019, un financement de l’État a permis d’entamer les travaux de restauration et d’aménager l’espace tampon (les garde-fous métalliques, les parterres, les fleurs, les lampadaires solaires, les paillottes, le jet d’eau et les dalles en béton. En outre, Zoumana Bamba souhaite déguerpir les occupants illicites de la forteresse. Ce, avec la collaboration de la mairie afin de faire du patrimoine, un titre foncier. Il entend également procéder à la délimitation, au bornage et à l’immatriculation dudit mur. Il souhaite aussi élaborer un plan de conservation et de gestion du patrimoine. Ces actions sont d’autant plus nécessaires que les ruines du Tata sont inscrites à l’inventaire dans le cadre national et il figure aussi sur la liste indicative de l’UNESCO. De son côté, le directeur régional de la culture, Adama Niang réaffirme que c’est la population qui est à la base de la destruction de ce mur emblématique. « Elle s’approvisionnait en banco à partir de l’ouvrage pour construire leurs maisons », révèle-t-il, ajoutant que la population ne semble saisir à sa juste valeur l’importance à cette merveille culturelle façonnée par ses ancêtres. FD (AMAP)
Mali: 17 nouveaux cas de Covid-19 et un décès jeudi
Bamako, 26 fév (AMAP) Les services de santé maliens ont enregistré, jeudi, quelque 17 nouveaux cas positifs de Covid-19, sur 1.181 échantillons testés et un décès, indique le communiqué du ministère de la Santé et du Développement social. Par ailleurs, les médecins ont déclaré six malades guéris du coronavirus au cours des dernières 24 heures, selon la même source. D’après le communiqué, les nouvelles infections du jour ont été identifiées dans les Régions de Kayes (Ouest) et Koulikoro (près de la capitale). Mais également, dans plusieurs Communes du District de Bamako, la capitale malienne. Avec ces nouvelles données, le Mali enregistre, à ce jour 8.349 cas positifs de Covid-19, au sur lesquels 6.352 patients guéris contre 349 décès. AT/MD (AMAP)
Lutte contre les sachets plastiques : Le combat original d’un artiste malien
Par Aminata Dindi SISSOKO Bamako, 26 fév (AMAP) Alou Cissé dit Zol a fait de la lutte contre les sachets plastiques non biodégradables et la préservation de l’environnement son cheval de bataille. Objectif : Zéro plastique au Mali. Le trentenaire est connu par nombre de Bamakois pour sa couverture faite exclusivement de sachets plastiques noirs qu’il porte sur lui et qui enveloppe entièrement sa moto. Danseur chorégraphe de son état, Zol estime que les artistes doivent contribuer à l’éducation des populations pour aider les citoyens à comprendre, intégrer le besoin et l’urgence de changer nos modes de consommation des plastiques. « Les artistes, pense-t-il, peuvent inspirer les populations. Celles-ci peuvent, à leur tour, inspirer les gouvernements ou les gouvernants ». Comment est l’idée lui est venue de se couvrir de sachets plastiques de couleur noire ? «C’était en 2004. J’accompagnais des étrangers à l’Aéroport. Tout au long du chemin, nous voyions des sachets plastiques dans la nature. Ces étrangers ont commencé à se moquer de mon pays. A partir de cet instant, j’ai décidé de faire de la protection de la nature contre ces sachets plastiques non biodégradables une lutte personnelle. A mon retour, j’ai réfléchi à ce que je peux faire, concrètement, en tant qu’artiste pour sensibiliser mes concitoyens sur l’utilisation de ces sachets», explique-t-il. Pour joindre l’acte à la parole, Zol crée des pièces de sensibilisation qu’il présente dans les salles de spectacles. «Le message élaboré à cet effet n’atteignait pas un grand nombre de personnes comme je le voulais. Beaucoup de gens n’ont pas accès aux salles. Alors, cette idée m’est venue de porter des sachets malgré tous les dangers qu’ils représentent pour mon corps et d’orner ma moto afin d’attirer l’attention sur le fait que ces matériaux constituent un danger pour la nature. Pour ce faire, j’ai acheté des sachets neufs que j’ai pris soin de raccommoder comme parure», dit-il. Dans son habit en sachet noir, Zol fait des performances aux mariages, festivals et autres rencontres. «Mon objectif est de mettre fin à l’essor de ces plastiques qui ont un impact considérable sur les animaux, les êtres aquatiques et ralentissent la croissance normale des cultures’, dit-il. « Depuis 2012, le Mali s’est engagé à supprimer les plastiques non biodégradables. Cet engagement de l’Etat ne modifie en rien le paysage bamakois où les rues sont jonchés de plastiques en tous genres. Je compte aller partout au Mali pour sensibiliser les populations sur les dangers et les méfaits des sachets plastiques», ajoute notre interlocuteur. Pour ce faire, Alou Cissé dit avoir élaboré un projet dénommé : «Sauvons la nature» qui attend d’être financé. Il s’agit d’un appel à un réveil citoyen sur la question des déchets plastiques. Avec des activités artistiques, à travers son Association «Graines de danseur», il voudrait sensibiliser la population afin de mettre en place des alternatives à l’utilisation des plastiques à usage unique. «Nous voulons lancer une opération de ramassage des plastiques qui envahissent nos rues pour les valoriser, aller à la rencontre des habitants afin de leur exposer des solutions écologiques comme alternative à l’utilisation des sachets plastiques », indique Zol. « Nous ne voulons pas que nos animaux meurent davantage à cause de l’ingestion de sacs en plastique. Nous voudrions que nos pêcheurs continuent à pêcher du poisson, pas du plastique. Nous espérons que nos enfants pourront continuer à vivre correctement sur cette Terre», ajoute l’artiste. En attendant le financement de ce projet, Alou Cissé continue de faire tourner les regards sur son passage, alimentant la curiosité de nombreuses personnes. Comprennent-elles, seulement, le sens de son combat et le message qu’il véhicule ? Difficile de répondre par l’affirmative. Par contre, des initiatives de transformation ou de recyclage des sachets plastiques non biodégradables se multiplient à Bamako, la capitale malienne. Ces initiatives visent, globalement, à transformer le plastique, connu comme une source de dégradation de l’environnement en milieu urbain, en «opportunité économique sous la forme d’une entreprise sociale avec une stimulation de l’esprit entrepreneurial» chez les jeunes et les femmes. Il s’agit de fabriquer des pavés avec des sachets en plastique collectés dans nos quartiers par les femmes et les jeunes. La technique est moins coûteuse. Les déchets plastiques sont fondus dans un récipient. «La pâte obtenue est, ensuite, passée à travers un moule pour produire les pavés. Les mêmes déchets plastiques étant utilisés comme combustible, les coûts de production sont considérablement réduits», expliquent les experts. Des projets similaires ont commencé à pousser un peu partout à Bamako. L’ambassade de France au Mali a annoncé une enveloppe financière estimée à 350 millions de Fcfa pour financer 19 associations œuvrant pour la protection et la préservation de l’environnement. Des usines de transformation de déchets plastiques se sont implantées et font vivre des milliers de femmes et jeunes qui récupèrent la matière sur les dépôts et décharges d’ordures pour, ensuite, les revendre aux industriels. La gestion des déchets, notamment plastiques est l’un des défis majeurs auxquels sont confrontées les villes dans les pays en voie de développement comme Bamako, la capitale malienne. La croissance démographique et la diversité des activités socio-économiques ont conduit à cette situation. Conséquences : des tas d’immondices poussent au cœur de nos villes, des caniveaux sont transformés en dépotoirs d’ordures et des déchets brûlés dans les rues. Les eaux emportent ces déchets indestructibles dans les rivières, qui se déversent ensuite dans les fleuves Niger et Sénégal, souillant ainsi la source principale des eaux de consommation. Au Mali, une loi de 2014 interdit la production, l’importation et la commercialisation des sachets plastiques non biodégradables dans le pays. Malgré l’existence de cette disposition, ces matériaux indestructibles, nuisibles pour l’homme et à son environnement continuent de circuler à travers le pays. Ils sont utilisés à des fins multiples. ADS/MD (AMAP)
Bandiagara (Centre) : Huit gendarmes tués et plusieurs autres blessés dans une attaque par des hommes armés non identifiés
Bandiagara, 26 février (AMAP) Huit (8) gendarmes ont été tués et plusieurs autres blessés, jeudi, dans une attaque perpétrée par des hommes armés non identifiés, contre leur poste à la sortie de la ville de Bandiagara, dans le Centre du Mali, sur la Route nationale (RN 15) en direction de Bankass, a appris l’AMAP de source locale. Des individus lourdement armés ont attaqué, vers 21 H, le poste de Gendarmerie, tuant 8 gendarmes et blessant plusieurs autres, avant de disparaître dans la nature, précise notre source qui déclare que les assaillants ont emporté 3 véhicules. Les assaillants ont commis d’énormes dégâts matériels, selon la même source qui ajoute que malgré les échanges de tirs et la poursuite engagée par l’escadron et les membres du groupe d’autodéfense Dan Ambassagou, les agresseurs ont disparu. Notre source, qui ne précise pas si des assaillants ont été tués ou blessés au cours des échanges de tirs avec les forces armées nationales, déclare que les blessés ont été transportés au Centre de santé de référence (CSRéf) de Bandiagara pour des soins appropriés. OG/KM (AMAP)
Le CNT interpelle sur le retard des salaires des enseignants des collectivités territoriales
Bamako, 26 fév (AMAP) Le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, le lieutenant-colonel Abdoulaye Maïga, a donné, jeudi, l’assurance de prendre à bras le corps le problème du retard des salaires des enseignants des collectivités territoriales. S’adressant aux conseillers, en séance plénière, au Centre international des conférences de Bamako (CICB), dans le cadre de questions orales, le ministre a reconnu le problème, indiquant que percevoir son salaire à temps est un droit. Cependant, aux yeux du lieutenant-colonel Abdoulaye Maïga, ce retard dans le paiement des salaires des enseignants concernés « n’est pas chronique ». « Ce problème n’est pas permanent encore moins général, mais relatif », a-t-il insisté. Même s’il reconnaît l’existence d’une lourdeur dans le circuit de traitement. Il ressort des explications du ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation que l’État met à la disposition des régions les salaires de ces enseignants. Il incombe, ensuite, à chaque gouverneur de prendre les décisions pour mettre ces ressources nécessaires à la disposition des différentes collectivités, à travers le Trésor. « Les différentes collectivités, elles-mêmes, font les mandats pour accéder aux fonds au niveau du trésor, après visa du contrôle financier’, a-t-il expliqué. C’est après toutes ces étapes que les collectivités territoriales procèdent effectivement au paiement. « « Cette lourdeur a été aggravée par les mouvements sociaux auxquels le gouvernement a été confronté depuis sa mise en place », a déploré le ministre Maïga. Afin de juguler le problème, le ministre a évoqué essentiellement deux grandes mesures. La première, c’est la lettre de rappel que le ministre de l’Économie et des Finances a envoyée aux représentants de l’État et aux chefs des organes exécutifs de ces collectivités territoriales de rendre compte aux autorités, à temps, de l’exécution de son instruction. La deuxième mesure est une réflexion, en cours, pour voir avec le Bureau central des soldes (BCS) la faisabilité de ramener les salaires des enseignants des collectivités territoriales à ce niveau. « Ce qui permettrait de faire face à ce retard de paiement observé ici et là », selon le ministre. En conclusion, le lieutenant-colonel Abdoulaye Maïga a promis de prendre des dispositions, avec l’appui de ses collègues du gouvernement pour résoudre ce problème. Après cette interpellation, l’organe législatif de la Transition a approuvé le collectif budgétaire 2020 avec 103 voix pour, une contre et zéro abstention.. Les prévisions rectifiées des recettes et des dépenses sont désormais arrêtées à 2 107, 627 milliards de Fcfa et 2 826,976 milliards de Fcfa. Il se dégage un déficit prévisionnel révisé de 719,349 milliards de Fcfa. Ce projet de loi, initié par le ministre de l’Économie et des Finances, a été adopté par le Conseil des ministres en sa séance du 13 mai 2020. Compte tenu de l’incidence de la Covid-19 sur les dépenses et les recettes, l’équilibre budgétaire et financier pour l’exercice 2020 sera modifié par l’ajustement des prévisions des ressources et des charges de l’État, ainsi que le déficit Le ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, s’est réjoui de la confiance des membres du CNT avant de promettre de prendre en compte les recommandations et amendements. «Je partage les amendements et recommandations et nous veillerons à leur application », a assuré M. Sanou. Par ailleurs, les questions orales adressées au ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux ont été reportées à la prochaine séance plénière. OD/MD (AMAP)
Abdoulaye dit Allaye : Les Confessions d’un jeune « djihadiste » repenti (2e et dernière partie)
Gao, 25 fév (AMAP) L’opération Barkhane a rencontré, en novembre dernier, au Mali, Abdoulaye dit Allaye, un jeune « djihadiste » repenti qui avait rejoint les groupes armés, dans l’espoir de gagner beaucoup d’argent. Les militaires français, qui ont rencontré le jeune « combattant », par l’intermédiaire des habitants d’un village, ont recueilli son histoire qu’il raconte, volontiers mais non sans remords, afin d’éviter à d’autres de tomber dans le même piège. L’AMAP avait publié la première partie de cette interview dont voici la deuxième et dernière partie. Barkhane : Que font les « djihadistes » de l’argent qu’ils extorquent aux populations comme « zakat » ? Vous le donnent-ils comme frais de transport pour vous rendre dans les villages ? Comment font ils? Abdoulaye dit Allaye : Malgré tout ce temps que j’ai passé avec eux, je n’ai jamais su ce qu’ils font de l’argent collecté. L’argent est pour nos chefs. Nous ne savons pas comment ils l’utilisent. Les chefs sont les seuls à savoir à quelle fin l’argent est utilisé. Nous, nous sommes des enfants. Mais, je sais aussi qu’ils ne donnent pas de l’argent aux gens parce que j’ai parlé avec un ancien. Il y a beaucoup d’enfants, comme moi, que j’ai côtoyés là-bas. De nouvelles recrues m’ont dit que les chefs ne donnent pas de l’argent aux enfants et que même pour manger à faim, c’est compliqué. Les chefs, eux, savent la destination de tout ce que nous collectons et comment il est utilisé. Vraiment, je ne sais pas. Par contre, je sais que ce travail n’est pas bon. Barkhane : Avec cet argent collecté comme « zakat », les « djihadistes » achètent-ils du matériel, des équipements (véhicules, armement et motos) ? A.A : Quand on est nouvellement enrôlé, on ne peut pas avoir d’informations. Parce que les chefs ne nous font pas confiance au début. En outre, ils estiment que nous sommes des enfants. Il y a des personnes qui ont des armes et des motos neuves. A moi-même, ils ont dit que j’aurai une arme. J’ai déserté avant d’obtenir cette arme. Chaque fois, les motos faisaient des allers et retours, de jour comme de nuit. Souvent, il y a de l’animation mais, je n’ai jamais vu de véhicules. Barkhane : Toi et les nouvelles recrues, ils (djihadistes) vous ont-ils donné de nouvelles affaires ou pas ? A.A : De notre arrivée jusqu’à ma fuite, nous n’avions que nos vieilles affaires (habits et objets) qu’on avait apportées avec nous. Nous n’avons jamais changé d’habit. Même pour manger, c’était un problème. Quand aux chefs, ils portent toujours de nouveaux et de beaux habits. Ils roulent sur des motos neuves et ont de nouvelles armes. Ils mangent bien et copieusement. Même s’ils veulent manger de la viande, c’est facile pour eux. Barkhane : Est-ce qu’ils prenaient soin de toi et de tes compagnons ? A.A: Mes compagnons et moi souffrons parce que nous ne mangions pas à notre faim. Pour boire de l’eau, ce n’était pas facile tandis que nos chefs ont de gros bidons d’eau, des téléphones portables pour appeler. Nous, les enfants, nous ne trouvions même pas de l’eau pour faire nos ablutions pour al prière. Nous sommes totalement différents des chefs parce qu’ils ont beaucoup de privilèges. Ils nous ont menti en nous disant que leur lutte a pour but de restaurer l’Islam et le travail pour Dieu. Barkhane : Regrettes-tu d’avoir rejoint leur groupe ? A.A: Aujourd’hui, c’est mon plus grand regret d’avoir intégré leur mouvement. Vous savez, ils ne m’ont pas dit la vérité, parce que le vieux qu’ils ont tué devant mes yeux est un musulman qui vit simplement avec ses troupeaux. Je le connais. Nous sommes du même village. Si je ne fais pas attention, ils vont s’attaquer, un jour, à toute ma famille. Barkhane : Toi qui avais pris les armes pour suivre ces gens-là et, après avoir compris maintenant que c’est un mauvais chemin, que penses-tu, aujourd’hui, dans ta tête ? A.A: Comme je vous le disais dans la première partie de l’interview, je pensais que c’était des pratiquants de l’islam. Lorsqu’ils m’ont donné l’arme, je me sentais fort comme un homme, prêt à aller sur le front pour la cause de l’Islam, dans la voie de Dieu. Mais, au fil du temps, j’ai compris que ces gens-là n’étaient pas de fidèles pratiquants de la religion musulmane. C’est pourquoi, un jour, comme je vous l’ai déjà raconté, au crépuscule, pendant que tout le groupe était profondément dans la prière, je me suis éclipsé. Je suis arrivé dans un village et j’ai demandé mon chemin aux habitants. C’est ainsi que j’ai pu retrouver ma famille. N’empêche, j’ai tué beaucoup de personnes. J’ai fait beaucoup de mal. Je remercie Dieu de m’avoir aidé à quitter ce groupe. Si j’ai un seul conseil à donner aux enfants et même aux autres, tentés par cette aventure, c’est de leur dire de ne pas suivre ces gens-là qui ne sont musulmans que de nom, parce qu’ils ne pratiquent pas l’Islam. Ce sont des mécréants. Interview réalisée par Barkhane
Affaire des bérets rouges : Le procès renvoyé au 11 mars
Bamako, 25 fév (AMAP) La Cour d’assisses pour l’année 2021 ouverte, jeudi, à la Cour d’appel de Bamako, a renvoyé au jeudi 11 mars l’affaire dite des bérets rouges, mettant en cause le général Amadou Aya Sanogo et coaccusés. Ce premier dossier inscrit au rôle de cette première session ordinaire a été renvoyé pour «composition régulière de la Cour». Sur les motivations de ce report, l’avocat général, Idrissa Arizo Maïga, a expliqué que le président de la Cour a indiqué que le renvoi a été décidé pour composition régulière de la Cour. Il a ajouté que cela voudrait dire qu’il y a un empêchement d’un des juges qui ne peut siéger et qu’il faut remplacer. Selon lui, cela fait que la composition n’est pas régulière. Raison pour laquelle, l’affaire a été renvoyée. « On avait prévu le 8 mars mais les avocats des accusés disent que cette date correspond à la Journée internationale de la femme et il y a des dames parmi eux. Et donc, il faut reporter à une autre date. On a donc retenu le jeudi 11 mars », a précisé l’avocat Idrissa Arizo Maïga. Sur ce renvoi, l’un des avocats des accusés, Me Tiéssolo Konaré, a indiqué que la plupart des magistrats présents sont empêchés parce qu’ils ont reçu l’ordre de leur mutation. C’est la raison pour laquelle l’affaire a été renvoyée pour une nouvelle composition de la Cour. Vu la sensibilité et la complexité de cette affaire, la salle d’audience a refusé du monde car nombreux sont ceux qui voulaient être témoins du dénouement très attendu de ce procès. C’est ce qui expliquait, aussi, le dispositif impressionnant des forces de sécurité dans l’enceinte de la Cour d’appel et ses alentours. Après l’ouverture officielle de la session par le premier président de la Cour d’appel, Hamadoun Souleymane Sidibé, et une suspension de quelques minutes, l’affaire dite des bérets rouges a été renvoyée au jeudi 11 mars prochain. Le général Amadou Aya Sanogo et ses co-inculpés, sont accusés «d’enlèvement et de complicité d’enlèvement, d’assassinat et de complicité d’assassinat» dans l’affaire dite des «bérets rouges». Le 30 avril 2012, des «bérets rouges» ont tenté un contre-putsch, qui a été sévèrement réprimé par le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNDRE), dirigé par le capitaine Amadou Aya Sanogo. Quelque 21 soldats et officiers du 33è régiment des commandos parachutistes ont été enlevés et assassinés. Leurs corps ont été déterrés à Diago, dans le Cercle de Kati, preès de Bamako, dans la cadre d’une enquête ouverte à cet effet. DD/MD (AMAP)
Ténenkou (Centre) frappé de plein fouet par la crise sécuritaire au Mali
Ténenkou, 25 fév (AMAP) Le cercle de Ténenkou (Centre) où des travailleurs humanitaires de l’ONG Médecins sans frontières (MSF-France) ont été enlevés, mardi, par des hommes armés non identifiés, est frappé de plein fouet par la crise sécuritaire qui touche le Mali depuis plusieurs années. Cette insécurité grandissante a eu comme grave conséquence l’absence de l’État sur la majeure partie du territoire du Cercle. Exceptés quelques endroits tenus par des positions des forces de défense et de sécurité, notamment à Ténenkou, Diafarabé, Diondiori et Dioura qui sont des chefs-lieux de commune. Les populations connaissent des fortunes diverses selon qu’elles vivent dans les zones qui échappent au contrôle de l’État ou pas. Dans les zones où les forces de défense et de sécurité ne sont pas présentes, les groupes armés règnent en maîtres. La vie quotidienne de ces populations est réglementée par ces groupes radicaux. Ils tranchent les litiges courants. Plusieurs décisions de justice rendues par les tribunaux antérieurement sont remises en question et rejugées, entraînant des frustrations de part et d’autres. Par ailleurs, les populations qui ne payaient plus d’impôt, notamment la Taxe de développement régional et local (TDRL), depuis le début de la crise, sont assujetties maintenant à la « Zakat ». Pour certains, ce sont les animaux et pour d’autres, c’est du riz et du mil qui leur sont prélevés. L’assujettissement de cette « Zakat » par les populations a même provoqué des remous dans la Commune de Diaka, il ya un mois, entraînant des représailles de la part des chasseurs traditionnels dozo qui avaient interdit aux populations d’obtempérer aux injonctions des groupes armés. En représailles au paiement, plusieurs chefs de villages, dans la Commune de Diaka, notamment de Thial, de Diakolo ont été enlevés par les dozos qui avaient demandé une rançon de plusieurs millions contre leur libération. Cet épisode illustre bien l’écartèlement et l’inconfort des populations qui se trouvent entre le marteau et l’enclume. Le voile noir est obligatoire pour toutes les femmes dans tous les villages du cercle. Le jour de foires à Ténenkou, on peut apercevoir dans tous les véhicules de transport de nombreuses femmes voilées. Ces femmes se débarrassent de leur voile, une fois à l’intérieur de la ville de Ténenkou. Les évènements sociaux comme les Mariages, les baptêmes et les décès sont très encadrés dans les villages. Plus de tapage, de beau monde pendant ces événements. Tout est limité au strict minimum. Trop peu d’invités sont admis à ces regroupements humains. En cette période traditionnelle de mariage, dans plusieurs localités, beaucoup de gens ne peuvent pas se déplacer pour participer aux cérémonies avec leurs parents. Par contre, les populations qui vivent dans les zones où se trouvent les Forces armées maliennes (FAMa) connaissent un certain répit. Les libertés individuelles sont respectées. Malgré tout, beaucoup connaissent des difficultés. Dans les zones où les FAMa sont présentes, les services sociaux de base comme l’école, la santé, l’hydraulique par exemple fonctionnement. Mais, il faut rappeler que les agents de l’État sur place souffrent énormément. Les déplacements sur le terrain ne sont pas possibles à l’intérieur des villages. Pour les agents publics, voyager relève du parcours du combattant et est synonyme, aussi, de risque de se faire enlever. Plusieurs d’entre eux en ont fait les frais depuis 2018, On est sans nouvelles d’eux, depuis lors. Les transporteurs refusent les documents administratifs par peur de représailles. Il faut user de ruses pour les acheminer à la capitale régionale. Le trajet Mopti-Ténenkou, qui fait 125 km, est délaissé par les agents de l’État et et les travailleurs des ONG. Il faut faire le grand tour par Ségou via Mopti. Ce qui fait près de 600km. Conséquence : aujourd’hui, il n’y a qu’un seul véhicule de transport sur la voie Ténenkou-Mopti, alors qu’il y en avait deux auparavant. Pour ceux qui ne sont pas fonctionnaires, les déplacements restent faciles. Par contre, les populations qui, font le sens inverse, pour se rendre dans les zones où les forces de défense sont en poste, connaissent aussi des soucis. Les jours de foires, les entrées des localités sont quadrillées et des fouilles sont opérées sur beaucoup de gens, des vérifications d’identité aussi qui peuvent souvent mal tourner. Des cas de suspicion, à tort ou à raison, sur certaines personnes sont fréquents. Des incidents qui ne favorisent pas la cohésion au sein des populations et n’instaurent pas un climat de confiance entre tous les acteurs sur le terrain. Les populations souffrent énormément de l’absence de l’État. La crise actuelle, qui sévit dans le Cercle risque tout simplement de plomber tous les efforts de développement de la zone qui regorge d’énormes potentialités mais qui est très en retard par rapport au reste du pays. AMAP

