Prise de contact du Premier ministre Moctar Ouane avec le cabinet et les services rattachés
Bamako, 28 sept (AMAP) Le Premier ministre de la Transition, Moctar Ouane, a reçu ses collaborateur, lundi, pour sa première journée de travail, moins de 24 h après sa nomination, indique une source officielle. Selon un texte de la Cellule de communication et relations publiques de la Primature (CCRP), “le tout nouveau Premier ministre a salué la grande qualité, la diversité ainsi que les compétences des hommes et des femmes qui, au quotidien, accompagnent le Premier ministre”. Ouane a dit compter sur “l’engagement franc et total” de ses collaborateurs à ses côtés “pour mener à bien la lourde tâche de redresser le pays, en synergie avec tous les autres segments de l’Etat et en conformité avec les règles et les principes qui prevalent”. Il s’est dit heureux de l’accueil chaleureux et convivial qui lui a été réservé. Et a souhaité consolider l’état d’esprit qu’il a trouvé sur place, “fondé sur l’esprit de famille, la solidarité et le don de soi”. Détermination et conviction ont été les maîtres-mots qui sont constamment revenus dans le propos du Premier ministre. “Deux attitudes indispensables pour réussir une mission qui ne sera pas de tout repos”, selon lui. Après un tour de table de presentation des participants à cette séance de prise de contact, la cérémonie s’est achevée sur une note d’espoir et une prière collective pour la paix et la stabilité au Mali. MD (AMAP)
Mali: Le Bureau du vérificateur général découvre près de 900 millions de FCFA d’irrégularités financières à l’Ageroute
Par Cheick Moctar TRAORE Bamako, 28 Sept (AMAP) Le Bureau du vérificateur général (BVG) a décelé des irrégularités financières d’un montant total de 895.512.029 Fcfa dans l’exécution des Fonds d’entretien routier par l’Agence d’exécution des travaux d’entretien routier (Ageroute). L’audit mené, à cet effet, a concerné les dépenses de fonctionnement et d’entretien routier financé sur budget national au titre des exercices 2016, 2017, 2018 et 2019 (1er octobre). En effet, l’Ageroute a, durant cette période, signé avec la direction nationale des routes, sur le Fonds d’entretien routier, 16 conventions de maîtrise d’ouvrage déléguée et trois avenants pour un montant total de 93.451.594.614 Fcfa. Les ressources destinées à l’entretien routier sont mises à sa disposition par l’Autorité routière. Les travaux d’entretien routier exécutés par délégation de maîtrise d’ouvrage à l’Ageroute ne sont possibles qu’à travers des conventions signées avec le maître d’ouvrage, le ministre chargé des routes. Au regard de l’importance des sommes mises à disposition, le BVG a, conformément à sa mission, initié une mission pour s’assurer de la bonne utilisation des dépenses exécutées sur le Fonds d’entretien routier par l’Ageroute. Au terme de ces travaux d’audit, les vérificateurs ont décelé des irrégularités financières s’élevant à 895.512.029 Fcfa. Les faits détaillés ont été dénoncés et transmis par le Vérificateur général au président de la section des comptes de la Cour suprême et au procureur de la République près le tribunal de grande instance de la Commune III chargé du pôle économique et financier. Ils se rapportent à la passation irrégulière de marchés pour un montant de 868.108.970 Fcfa et au paiement d’avantages indus au délégué du contrôle financier pour une somme de 16.300.000 Fcfa. Les anomalies financières constatées ont, également, trait à un contrat de marché irrégulièrement enregistré de 1.948.750 Fcfa et au non reversement au profit de l’Autorité de régulation des marchés publics et des délégations de service public (ARMDS) de la redevance de régulation pour un montant de 325.000 Fcfa. Il a, aussi, été constaté la non retenue de l’impôt sur le revenu foncier, de la taxe foncière et de l’impôt sur les bénéfices. Les vérifications ont été menées, conformément au guide d’audit du secteur public approuvé par l’arrêté n°10-1251/MEF-SG du 11 mai 2010 du ministre chargé des Finances et au manuel de vérification financière du BVG, tous deux inspirés des normes Isa (normes internationales d’audit). Pour y arriver, les vérificateurs ont, comme approche méthodologique, privilégié l’analyse des textes législatifs et réglementaires sur la création et les modalités d’organisation et de fonctionnement de l’Ageroute et des entrevues avec des membres du personnel de la structure. Ils ont, aussi, recoupé des informations et examiné des pièces justificatives des dépenses. « Le principe du contradictoire a été observé », assure le BVG. En la matière, les résultats préliminaires des travaux ont été discutés avec les principaux responsables concernés. La séance de restitution a eu lieu le 1er avril 2020 dans les locaux de l’Ageroute. Le BVG dit avoir transmis le rapport provisoire à l’Ageroute par lettre n°Conf 0220/2020/BVG du 28 mai 2020 pour recueillir ses observations. « Les réponses écrites de l’Ageroute sont parvenues le 09 juillet 2020 par lettre n°1039/MIE/Ageroute », ajoute le BVG. La faiblesse des ressources et l’inadaptation des procédures de mise en place des moyens ont été diagnostiquées comme l’un des handicaps majeurs à l’entretien régulier de nos routes. La création de l’Agence d’exécution des travaux d’entretien routier répond à ce besoin. Plus de quinze ans après sa création et malgré des ressources, de plus en plus importantes, investies dans l’entretien routier, l’Ageroute peine à satisfaire les usagers de la route. CMT/MD (AMAP)
Transition au Mali: Un bon départ
Par Issa DEMBELE Bamako, 28 Sept (AMAP) Le président et le vice-président ont été installés dans leurs fonctions, vendredi, au cours d’une cérémonie solennelle ayant mobilisé de nombreuses personnalités nationales et étrangères. Après avoir prêté serment devant la Cour suprême, le président Bah N’Daw a affiché ses ambitions pour remettre le pays sur la voie de l’ordre constitutionnel normal. Le président Bah N’Daw a pris les rênes de l’État pour aider la patrie à surmonter les graves épreuves du moment. Poignants et rassurants, ces premiers mots sont à la dimension de l’espérance collective et cadrent, parfaitement, avec les échéances qui l’attendent : organisation d’élections crédibles, pacification du pays, lutte contre l’impunité et la Covid-19… À l’heure du bilan, la pertinence de son choix s’appréciera surtout à l’aune de la crédibilité qu’il aura imprimée aux processus électoraux. Le président Bah N’Daw prouve qu’il en a conscience quand il assure que sa plus «grande satisfaction» sera de passer le témoin à un président «élu proprement et indiscutablement». Autrement, le Mali s’exposerait à d’autres grabuges. Nul besoin de rappeler, en effet, que cet officier supérieur à la retraite doit son arrivée impromptue à la tête de l’État à une action militaire, elle-même survenue à la suite de la dégradation du climat sociopolitique suite aux dernières élections législatives. Cette crise a étalé les tares de nos processus électoraux, la vulnérabilité de notre démocratie. Le président Bah N’Daw veut donc revoir toute la procédure afin que le Mali dispose de bons textes, de bonnes pratiques… «Je combattrai sans concession les scrutins aux coûts astronomiques, la fraude électorale, l’achat de voix, l’incursion de l’administration dans le processus électoral, la perversion des résultats par les Cours d’arbitrage», s’est-il engagé. Le cap est ainsi fixé pour qu’in fine, le peuple malien ne soit plus jamais «privé de ses choix». Encore qu’il faille un environnement favorable à l’organisation des élections pour réussir le passage à l’ordre constitutionnel. Les dernières joutes ont été impossibles dans plusieurs circonscriptions. Et depuis 2013, nombre de nos compatriotes vivent dans des pays voisins, chassés de leurs terroirs par l’insécurité. Sans compter les milliers de victimes civiles et militaires de l’insécurité devenue ambiante. D’où l’urgence de pacifier le pays. Sa remise sur pied passera par la guerre contre les forces terroristes qui continuent d’étendre leurs tentacules. Le péril impose plus de réactivité, plus que les «demi-victoires». Ainsi, le nouveau chef suprême des armées est formel : « Nous devons gagner totalement et durablement la guerre. » Il faudra, à cet effet, véritablement renforcer l’outil de défense. Plus concrètement, le président Bah N’Daw veut bâtir une armée aguerrie, « matériellement soutenue et moralement prête ». Il faudra mobiliser les moyens qu’il faut et bien les gérer. Voilà pourquoi il a promis que pas un centime ne devra disparaitre, sans laisser de trace. Il en a pris le serment : « Les moyens de l’Armée iront désormais totalement à l’Armée et seulement à l’armée. Chaque centime investi pour la défense et la sécurité de ce pays surveillé et évalué.» Une mise en garde nécessaire, au moment où des soupçons de corruption entachent les marchés d’achat d’armements. POT-DE-VIN SYSTÉMIQUE – Dans cette guerre qui n’a rien de classique, Bah N’Daw n’exclut pas de composer avec la Force française et la Mission onusienne qui ne sont là que « pour assister le Mali dans sa guerre de libération ». À juste titre, il a eu une pensée pieuse pour les soldats de ces forces amies, tombés au champ d’honneur. Leurs appuis sont toujours précieux, en ces moments où il y a pratiquement un groupe terroriste derrière chaque dune de sable du Nord et du Gourma. Sans oublier le jeu parfois ambigu et trouble de certains groupes armés signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation. Alors qu’il entame un nouveau départ, le Mali doit en finir avec un mal à l’origine de ses difficultés économiques, sociales et même sécuritaires : la corruption. Elle est courante et le pot-de-vin est devenu si systémique que les citoyens s’y sont habitués. La lutte sera implacable contre ce fléau, à travers une gestion rigoureuse de nos maigres ressources. Promesse du président Bah N’Daw qui a été très ferme, n’hésitant pas à parler d’impunité zéro. Elle sera la norme. Mais au-delà des mots, les Maliens attendent surtout des actes. Pragmatique, le nouveau chef de l’État promet que « tous les dossiers d’enquêtes réalisés par nos structures de vérifications seront transférés au juge, au besoin ». « Il peut déjà compter sur l’engagement de la justice », a assuré le procureur de la Cour suprême. Autre chantier, et non des moindres, est la mise en application des conclusions du Dialogue national inclusif. (DNI). Le président Bah N’Daw y met un point d’honneur. Et dès les semaines à venir, les Maliens découvriront le comité qui sera commis à la tâche. Aussi, la transition s’attellera à l’application de l’Accord pour la paix et la réconciliation qui « ne sera révisé que d’accord parties ». Et les efforts seront, également, maintenus en matière de gestion de la pandémie Covid-19, à travers la promotion des mesures barrières. « À aucun moment, nous ne devons baisser la garde », a exhorté le président de la Transition. Dix-huit mois pour exécuter ces tâches paraissent, pour certains, surréalistes. Pourtant, le président Bah N’Daw croit y arriver, pourvu que l’ensemble national rame dans le même sens. Et que les propres enfants de la mère patrie arrêtent de lui asséner des coups. En effet, selon lui, «le Mali est ébranlé, piétiné, humilié par ses propres enfants, par nous-mêmes ». Alors pour le remettre sur pied, chaque main sera utile. Au-dedans, comme au-dehors, les Maliens doivent se mobiliser pour une transition stable et réussie, dans les conditions et les délais. Aux côtés du président de la transition, le chef du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), le colonel Assimi Goïta, jouera le rôle de vice-président. Il jouera sa partition certainement dans le domaine de la défense et de la sécurité. Nul doute que sa présence sera d’un bon apport pour le président de la Transition, eu égard au rôle joué par le
Éditorial: Soulagement
Par Bréhima TOURE Bamako, 28 Sept (AMAP) Ouf ! Le Mali retrouve enfin le chemin de la normalité. Le soulagement de nombre de nos compatriotes n’était pas feint lorsque le président de la transition a prêté serment, vendredi dernier. Un sentiment de satisfaction, mêlé au doute raisonnable, s’est fait jour, à l’écoute du discours d’investiture de celui qui présidera aux destinées de notre pays durant les 18 prochains mois. La première intervention officielle du président Bah N’Daw fut le reflet de l’image de rigueur et de droiture qu’il renvoie dans l’opinion. Gestion vertueuse, lutte contre l’impunité, renforcement des capacités de l’armée, affirmation de l’autorité de l’État, élections transparentes… difficile d’en dire plus sur les préoccupations de l’heure dans notre pays. Et le ton, un brin martial, préfigure un leadership affirmé. À présent, place aux actes car il y a loin entre le projet et sa réalisation, entre le désir et sa satisfaction. Comme on reconnait le maçon au pied du mur, le souhait des Maliens est de voir un véritable leader aux commandes. La gestion vertueuse que le colonel-major à la retraite a annoncée exige des dirigeants de se poser constamment en exemples. Notre sagesse populaire exprime joliment cette exigence de droiture des leaders avec un adage fort imagé : «les pintades fixent la nuque de celle qui ouvre la voie». Quant à la lutte contre l’impunité, le nouveau président l’a évoquée avec un sens de la formule qui laisse penser qu’il en a bien appréhendé la complexité. Le président Bah N’Daw semble avoir intégré que la croisade contre la corruption n’est pas une entreprise gagnée d’avance. Voilà pourquoi il s’est engagé pour «zéro impunité», tout en se gardant de promettre «zéro corruption». En revanche, concernant la gestion des deniers de l’Armée, il s’est libéré de toute forme de réserve, s’engageant résolument sur un terrain qui ne lui est pas étranger. Le militaire à la retraite veut enfiler l’uniforme pour conduire la troupe, sabre au clair, à l’assaut de la citadelle de la gabegie au sein de la Grande muette. En déclarant la guerre contre l’incurie, il a dénoncé, tout haut un phénomène jusque-là évoqué sous forme de murmures dans les rangs de l’Armée et dont les civils n’osent parler qu’après s’être assurés qu’un haut gradé ne traine pas dans les parages. Tout le monde en convient : une armée minée par des suspicions entre la troupe et le commandement et émasculée par la livraison de la camelote comme matériel de guerre, ne saurait «gagner totalement et durablement» une guerre. Le président Bah N’Daw s’est affiché aussi en homme profondément pénétré des vertus de la démocratie. Plutôt rassurant son engagement à renforcer les fondements de notre démocratie, en veillant scrupuleusement à un jeu électoral débarrassé des scories des «coûts astronomiques, de la fraude, de l’achat de voix, de l’incursion de l’administration dans le processus électoral, de la perversion des résultats par les cours d’arbitrage». Le nouveau président est bien conscient qu’il a fort à faire pour remettre le Mali sur les rails de l’ordre constitutionnel normal et l’orienter vers l’horizon d’une démocratie apaisée. Il sait la tâche herculéenne, tant et si bien qu’il est prêt au sacrifice suprême pour la réaliser. Réflexe militaire ! Les qualités martiales, il en aura certainement besoin pour la réussite de sa mission. Le président Bah N’Daw devra faire preuve, non seulement d’autorité, mais aussi de tact pour asseoir une gouvernance éthique, un équilibre des pouvoirs, un pacte social assis sur la volonté commune des acteurs sociopolitiques. La gouvernance éthique renvoie au rôle d’exemple de probité des dirigeants et aussi à l’exigence d’impartialité entre les compétiteurs électoraux. L’équilibre des pouvoirs fait obligation à l’exécutif d’accepter de faire de la place aux contre-pouvoirs. Quant au pacte social, il exige de trouver un modus vivendi contre le corporatisme exacerbé, à l’origine des grèves incessantes. Le dénouement de la grève des enseignants ne manquera pas d’ouvrir un cycle de surenchères dans les revendications catégorielles. Une perspective grosse de remous sociaux. Les écueils ne manqueront pas sur le chemin du pouvoir intérimaire. Le premier porte sur la situation inédite de la désignation d’un vice-président. Les deux personnalités auront très peu de bonnes pratiques à tirer de l’expérience institutionnelle malienne. Il leur faudra en inventer et aussi en importer d’ailleurs tout en les acclimatant. Une parfaite entente, une complicité, une estime mutuelle et des champs de compétence bien balisés, permettent d’éviter de faire naitre un soupçon de bicéphalisme pouvant nuire à la réalisation des gros chantiers. Aussi, les dirigeants de la transition auront dans les oreilles les chants fort tentants des sirènes du populisme et du chauvinisme à la petite semaine. Les déclarations du président Bah N’Daw donnent l’assurance qu’il sera sourd à ces tentations. En témoignent l’annonce de la judiciarisation des dossiers de la lutte contre la corruption et le respect des engagements internationaux du Mali. De quoi mettre dans l’inconfort les tenants de la vaine querelle contre la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao). Le président Bah N’Daw tente de conforter aussi une partie de nos compatriotes, en chassant de leur esprit le sentiment de marginalisation instrumentalisé par les milieux séparatistes. Son invite à chaque citoyen d’apporter sa pierre à l’édifice national sonne comme une exhortation à sortir des postures de singularisation. TOURÉ
Mali: Moctar Ouane, un diplomate de carrière à la tête du gouvernement de la Transition
Bamako, 27 sept (AMAP) Moctar Ouane, un diplomate de carrière, a été nommé par le président de la Transition, Bah N’Daw, dimanche, pour conduire le gouvernement de la Transition. Le nouveau Premier ministre est un habitué du travail gouvernemental puisqu’il fut ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du 2 mai 2004 au 9 avril 2009. Il a derrière lui une longue carrière de diplomate. Intégré à la Fonction publique en 1982, Moctar Ouane devient de 1986 à 1988, conseiller diplomatique du Premier ministre, puis chef de cabinet du ministre secrétaire général de la présidence de la République, puis conseiller diplomatique du président de la République (1990-1991). Pendant cette période, il était chargé de travaux dirigés à l’Ecole nationale d’Administration (ENA) de Bamako. Entre 1991 et 1992, il est conseiller diplomatique du chef de l’Etat, président du Comité transitoire pour le salut du peuple (CTSP). Après un passage à l’Ecole nationale d’administration (ENA) de Paris (1992-1993), M. Ouane est nommé conseiller politique du ministre des Affaires étrangères. De 1995 à 2002, il est ambassadeur, représentant permanent du Mali aux Nations unies. Il a occupé, aussi, le poste de directeur de la coopération internationale. Moctar Ouane est né le 11 octobre 1955 à Bidi, dans le Cercle de Bandiagara, dans la Région de Mopti (Centre). Il termine ses études primaires à Kayes où il est titulaire du Diplôme d’études fondamentales (DEF) en juin 1973. Après les études secondaires au lycée Askia Mohamed, il s’inscrit à l’université de Dakar, où il obtient une licence en droit public et une maîtrise en relations internationales. Ce cursus est complété par un brevet de l’Ecole nationale d’administration de Paris, en France. Jusqu’à sa nomination, il était conseiller chargé des Affaires de paix et de sécurité auprès du président de la Commission de l’Union économique monétaire ouest-africaine (UEMOA) à Ouagadougou, au Burkina Faso. MD (AMAP)
Diéma : Les acteurs sensibilisent sur l’insécurité
Diéma, 27 sept (AMAP) Des journées d’information et de sensibilisation sur l’insécurité, organisées du 20 au 25 août 2020, dans cinq arrondissements de Diéma, ont recommandé de dénoncer aux autorités compétentes, la présence de tout individu ou tout engin suspect, circulant dans leurs localités, a constaté l’AMAP sur place. Ces journées, dans le cadre d’une mission conduite par le préfet de Diéma, Abou Diarra, a Diangounté Camara, Lakamané, Dioumara-Koussata, Béma et Diéma, ont aussi recommandé de « dynamiser les brigades de jeunes pour renforcer les mesures de surveillance et de protection », tout comme « éviter d’héberger des étrangers dans les lieux de culte, mosquées et églises ». Ces rencontres ont permis de partager avec l’ensemble des acteurs clés de quinze communes, les mécanismes à développer et la conduite à tenir face à l’insécurité qui sévit, depuis un certain temps, dans la Région de Kayes, dans l’Ouest du Mali, en général et, en particulier, dans le Cercle de Diéma. Dans chaque arrondissement, la rencontre a regroupé les responsables administratifs, les notabilités et leaders religieux, la société civile et les corporations de chasseurs, d’éleveurs, les ONG et partenaires, pour discuter de la problématique de l’insécurité. Elle a recueilli les avis et suggestions afin d’endiguer le fléau qui sème la terreur et la psychose au sein des populations, les empêchant, souvent, de vaquer correctement à leurs occupations. Les conférenciers, le 2e adjoint au préfet, Bakary Dioman Diakité et le secrétaire général du Conseil de Cercle, Seydou Camara, ont projeté, à tour de rôle, une vue d’ensemble des différentes crises institutionnelles, politiques et sécuritaires au Mali, de 2012 à nos jours, et qui s’intensifient malgré les moyens déployés par l’Etat et ses partenaires. M. Camara, a loué les nombreuses interventions des forces étrangères de Barkhane, de la Mission intégrée multidimensionnelles des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) et du G5 Sahel dans la lutte contre les djihadistes. « Malgré tout, le mal s’est propagé et a fini par gangréner le Centre du Mali, à travers des conflits intercommunautaires meurtriers ]et des attaques récurrentes », a dit le co-conférencier. Dans la Région de Kayes, le Cercle de Diéma a été la porte d’entrée des djihadistes. « Entre janvier et février 2020, ajoute Seydou Camara, la ville de Diéma a été la cible de deux attaques terroristes perpétrées contre le poste de péage et la Brigade territoriale (BT), qui ont fait des morts et des dégâts matériels importants ». A la question de savoir si les chasseurs pourraient disposer d’armes de guerre pour la défense des populations, des réponses claires et précises sur l’interdiction de cette pratique, conformément aux textes et lois en vigueur en matière de port d’arme, ont été apportées. Au cours de ces discussions élargies, un accent particulier a été mis sur l’information, qui, selon du préfet Abou Diarra, « demeure la seule arme efficace contre le djihadisme et le banditisme ». Le chef de peloton de la Garde nationale, major Noumoukou Traoré, du commandant de la Brigade territoriale de gendarmerie, major Abdoulaye Dissa, sont intervenus, à plusieurs reprises, pour apporter des éclaircissements par rapport aux comportements à adopter en période d’insécurité. OB/MD (AMAP)
Discours d’investiture du président de la transition
Son Excellence Umaro Sissoco Embalo, Président de la République de Guinée-Bissau, Son Excellence Goodluck Jonathan, ancien Président de la République Fédérale du Nigeria et médiateur de la CEDEAO, Son Excellence le Professeur Dioncounda Traoré, Président de la Transition malienne de 2012-2013 Madame la Ministre des Affaires étrangères du Ghana, pays qui assure la Présidence de la CEDEAO, Monsieur le Représentant de la MINUSMA, Monsieur le Représentant de MISAHEL, Son Excellence Pierre Buyoya, ancien Président de la République du Burundi, Monsieur le Président de la Commission de la CEDEAO, Anciens Premiers ministres et anciens ministres, Chefs d’institutions en fonction et anciens, Gouverneurs, maires et Conseillers municipaux, Autorités Politiques, morales, religieuses et coutumières, Ambassadeurs et représentants des organismes de coopération, Compatriotes de l’Intérieur et de l’Extérieur, Représentants de la Société civile et de syndicats, En vos rangs, grades et qualités, Tout protocole observé, Qu’il vous plaise qu’avant toute chose, je rende grâce à Allah de nous avoir permis de voir ce jour, de faire en sorte que nous nous rencontrions pour le Mali, pour la grandeur du Mali, pour le confort du Mali ! Puissent ceux d’entre nous qui jouissent d’une bonne santé, continuer à bien se porter ! Puissent celles et ceux d’entre nous qui souffrent de maladie recouvrer la santé ! Puisse l’âme des êtres chers qui nous ont quittés, reposer en paix ! Ayons une pensée pieuse pour les soldats du Mali et des forces amies, tombés sur le champ d’honneur, FAMAs, Barkhane, Minusma qui ne sont là que pour assister le Mali dans sa guerre de libération. Ayons également une pensée pieuse pour tous les morts civils tombés lors de cette guerre et lors des récentes manifestations politiques ! Pour tous ces morts, je vous prie d’observer, avec moi, une minute de silence. Je voudrais ensuite saluer le Conseil National de Salut Public pour son esprit patriotique, son sens du discernement et sa capacité d’écoute. L’investiture de son Président le Colonel Assimi Goita en tant que vice- président de la Transition en porte témoignage. L’action du CNSP du 18août, tout le monde en convient, est la conséquence de la très grave crise sociopolitique qui a paralysé la vie de la nation des mois durant. Au collège qui a porté son choix sur ma modeste personne pour présider cette transition, j’exprime toute ma gratitude. Je suis honoré par son geste et je voudrais lui dire ici que je me battrai de toutes mes forces pour mériter sa confiance. Que l’on me permette également de souhaiter la bienvenue au Président de la Guinée-Bissau, Umaru Sissoco Embalo, en terre africaine du Mali ! Président Embalo, vous êtes chez vous, chez vos frères et chez vos sœurs. Acceptez l’assurance de notre profonde sympathie et de toute notre gratitude pour votre présence ô combien significative parmi nous, en ce moment et en ce lieu ! Ma gratitude va également et bien entendu à la CEDEAO pour sa constante sollicitude envers notre pays et pour les sages conseils que le médiateur Son Excellence Goodlcuk Jonathan n’a cessé de prodiguer à ses frères maliens depuis juin. Il est des nôtres désormais. Je salue sa présence et je voudrais l’assurer de la détermination des Maliens à conduire une transition stable, apaisée et réussie, dans les conditions et l es délais convenus. Plaise à Dieu ! Professeur Dioncounda Traoré, cher aîné, merci de venir rehausser de votre présence l’éclat de cette cérémonie. Que vous soyez à nos côtés ne nous surprend guère car tout ce qui concerne le Mali vous mobilise ! Votre expérience, votre endurance, votre foi en le Mali nous guideront. Mes chers compatriotes, Il me plait, solennellement, de dire à haute et intelligible voix, que je serai toujours disponible pour servir le Mali. Servir le Mali est un privilège et cela doit être un honneur pour chacune de nous, pour chacun de nous. Malgré les poids des ans, malgré le confort de la retraite, je ne pouvais me soustraire à l’appel du devoir. Je ne pouvais hésiter un seul instant à sortir de mon champ pour venir, moi aussi comme beaucoup d’autres avant moi, à la rescousse de ce pays. Le Mali m’a tout donné. Je suis heureux d’être son esclave soumis, prêt à tout pour qu’il renoue avec la pleine légalité constitutionnelle, avec des autorités élues, des représentants légitimes. Je n’ai pas d’autre mission. Je n’ai pas d’autre prétention. Il s’agit pour moi et il doit s’agir pour chacune et chacun, d’apporter sa petite contribution, sa petite pierre à la consolidation de l’édifice national. Car la maison commune est ébranlée, affaiblie, humiliée. Elle tremble dans ses fondements depuis au moins une décennie. Oui, il ne faut pas avoir peur des mots : le Mali est ébranlé, piétiné, humilié. Ebranlé, Affaibli, humilié par ses propres enfants, par nous-mêmes, par personne d’autre que nous-mêmes. Et nous ne pouvons continuer, de manière incantatoire, à garder la tête dans le sable et à répéter sans chercher à empêcher le naufrage, à nous convaincre que le navire pourrait tanguer mais qu’il ne chavirerait jamais. Il peut chavirer et il chavirera si nous continuons à le faire tanguer. Alors, si nous voulons survivre en tant qu’Etat, en tant que nation, nous devrons, sans perdre plus de temps, nous remobiliser. Il faut qu’au cours de cette transition, nous nous donnions la main, que nous réfléchissions profondément ensemble pour reconstruire notre démocratie, laquelle avait été jadis, une vitrine admirée. Nous devons tirer toutes les leçons de notre vécu immédiat, de notre histoire récente. Nous devons pouvoir identifier quelles ont été et quelles sont encore les forces et les faiblesses de notre parcours, quelles sont les opportunités que nous devons tirer de la transition en cours et quelles sont les menaces qu’il nous incombe d’enrayer. Chers compatriotes, Chers partenaires du Mali, Une transition ne saurait tout faire. Elle doit se donner des priorités. Les nôtres ont été débattues, validées et consignées dans la Charte nationale de la Transition issue des journées de concertation des 10, 11 et 12 septembre dernier. C’est cette charte qui
Mali : Les engagements du président de la Transition en six points
Bamako, 25 sept (AMAP) Officiellement installé, vendredi, dans ses fonctions de chef de l’Etat, Bah N’Daw a esquissé ses ambitions en six points qui vont du front sécuritaire à celui de la santé, en passant par l’organisation d’élections propres, la lutte contre la corruption, l’application des conclusions du Dialogue national inclusive (DNI) et le respect des engagements nationaux et internationaux du Mali REVISITER LES TEXTES ÉLECTORAUX – Bah N’Daw sait qu’il doit son accession impromptue à la tête de l’Etat à une action militaire, elle-même dictée par la dégradation du climat sociopolitique, suite aux dernières élections législatives. Ainsi, pendant cette transition, il s’attèlera à corriger « les tares de nos processus électoraux ». En effet, l’organisation d’élections propres figure en tête des priorités. Et pour cela, il a estimé indispensable de « nous doter de bons textes, de bonnes pratiques, de solides contre-pouvoirs… ». Au nom de la vérité des urnes, qui doit être la seule norme en démocratie, Bah N’Daw s’est engagé à combattre, « sans concession, les scrutins aux coûts astronomiques, la fraude électorale, l’achat de voix, l’incursion de l’Administration dans le processus électoral, la perversion des résultats par les Cours d’arbitrage ». LES MOYENS DE L’ARMÉE À L’ARMÉE – Ce combat sera mené concomitamment avec la guerre contre le terrorisme, que « nous devons gagner totalement et durablement ». Pour y arriver, le nouveau chef de l’Etat entend combiner les efforts politiques et l’action militaire. Ainsi, il a jugé indispensable de se « doter de moyens les plus dissuasifs possible à travers une armée aguerrie, matériellement soutenue et moralement prête ». “Désormais, a-t-il insisté, les moyens de l’Armée iront désormais totalement à l’Armée et seulement à l’Armée. Et chaque centime investi pour la défense et la sécurité de ce pays sera surveillé et évalué. IMPUNITÉ ZÉRO – Aussi bien que pour l’Armée, la gestion de toutes les ressources publiques sera de rigueur. « La gestion de nos ressources, de nos maigres ressources est, en effet, une obligation », dit-il. Ce sera là un chantier de la Transition, selon Bah N’Daw qui ne promet pas « zéro corruption », mais fera tout pour que «l’impunité zéro soit la norme». D’ores et déjà, il a annoncé que tous les dossiers d’enquêtes réalisées par nos structures de vérifications seront transférés au juge, au besoin. SUIVRE LES RECOMMANDATIONS DU DNI – Autre engagement fort : la mise en œuvre des conclusions du Dialogue national inclusive (DNI). Il faut s’attendre, dans les semaines à venir, à la mise en place du Comité chargé de la mise en œuvre de ses importantes recommandations. ENGAGEMENTS NATIONAUX ET INTERNATIONAUX – Lui et son équipe veilleront, également, au respect des engagements nationaux et internationaux du Mali. En effet, selon le chef de l’Etat, la transition qui s’ouvre ne remettra en cause aucun engagement international du Mali ni les accords signés par le gouvernement. Autrement dit, l’Accord pour la paix et la réconciliation sera appliqué et ne sera révisé que d’accord partie… COVID – Enfin, les efforts contre la Covid-19 seront maintenus. « Il importe pour ce faire, de capitaliser les réussites, renforcer la prévention par le respect des mesures barrières. A aucun moment, nous ne devons baisser la garde », a-t-il déclaré. Le gouvernement de transition qui sera incessamment formé fera de cette lutte une de ses plus grandes priorités. Ces engagements du chef de l’Etat sont inspirés de la Charte de la Transition. S’il doit “donner (sa) vie pour que cette période Transitoire soit menée à bon port”, Bah N’Daw a assure qu’il n’hésitera “pas une seconde”. “Au terme de cette mission, dit-il, sa plus grande satisfaction résidera dans la passation de témoin au futur président de la République élu, élu proprement et élu”. ID/MD (AMAP)
Mali : Les sanctions de la CEDEAO ne seront levées qu’après la nomination d’un Premier ministre civil (Mission)
Bamako, 25 sept (AMAP) Le Comité de suivi de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sur la situation au Mali, dirigé par le médiateur Goodluck Jonathan, a annoncé lors de son point de presse de fin de mission, vendredi, à Bamako, que les sanctions de l’organisation sous régionale contre le Mali seront levées lorsqu’un Premier ministre civil sera nommé. Le médiateur de la CEDEAO, qui s’exprimait juste après l’investiture du président et du vice président de la Transition, a déclaré que s’agissant des sanctions à l’encontre du Mali, celles-ci ne seront levées que lorsqu’un Premier ministre civil sera nommé. Cela suite à l’investiture du président de la Transition et conformément aux décisions des Chefs d’Etat et de gouvernement. La mission a évoqué « l’importance et l’urgence de la nomination d’un Premier ministre, chef de gouvernement civil qui sera chargé de conduire, sous l’autorité du président de la Transition, les chantiers des réformes du dialogue national inclusif et de préparer les prochaines élections présidentielle et législatives ». Goodluck Jonathan et sa délégation ont, aussi, signalé l’importance d’obtenir la version finale et officielle de la Charte de la transition prenant en compte les décisions issues des sommets des chefs d’Etat et de gouvernements de la CEDEAO, notamment : « la dissolution du CNSP avant ou après l’investiture du président de la Transition, les responsabilités du vice-président qui sera chargé de la sécurité et de la défense, l’impossibilité pour le vice-président de remplacer le président de la Transition et la durée de la transition qui est fixée à 18 mois à compter du 15 septembre 2020 » La mission a rappelé que la CEDEAO est principalement concernée par la préservation de la démocratie constitutionnelle dans la sous-région. Le médiateur Goodluck Jonathan a désigné l’ambassadeur du Nigéria et celui du Ghana au Mali pour assurer une communication effective avec lui et le président du Conseil des ministres de la CEDEAO, Mme Shirley Ayorkor Botchwey, en leur absence à Bamako. Ce comité de suivi travaillera en concertation étroite avec l’ensemble des partenaires bilatéraux et multilatéraux pour accompagner le processus de transition au Mali. « Ainsi, après l’installation des organes de la transition, conformément aux décisions des Chefs d’Etat et de gouvernement, la CEDEAO accompagnera le Mali », a-t-il dit. Par ailleurs, la mission a insisté sur « la libération urgente » des personnalités civiles et militaires de l’ancien régime en détention depuis le 18 août 2020, date du coup d’Etat contre l’ancien président Ibrahim Boubacar Keita. Jonathan a effectué une mission dans la capitale malienne, du mercredi au vendredi, à la tête d’une délégation comprenant de la présidente du Conseil des ministres de la CEDEAO, Mme Shirley Ayorkor Botchwey, et du président de la commission de la CEDEAO, Jean-Claude Kassi Brou. Ont également participé à cette mission, le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU au Mali, chef de la Mission intégrée multidimensionnelle des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), Mahamat Saleh Annadif, et le haut représentant de l’Union africaine (UA) pour le Mali, Pierre Buyoya. La mission a pu évaluer les progrès réalisés dans la mise en œuvre des décisions prises lors des sommets extraordinaires des Chefs d’Etat et de gouvernement du 20 et du 28 août 2020, ainsi que de la réunion d’Accra (Ghana) du 15 septembre 2020 en vue d’un retour à un ordre constitutionnel normal au Mali. La délégation a eu des rencontres avec le président de la Transition, chef de l’Etat, Bah N’Daw, le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) conduit par son président, le colonel Assimi Goita, les ambassadeurs des Etats membres de la CEDEAO accrédités au Mali, les ambassadeurs des Etats membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU accrédités au Mali, le délégué permanent de l’Union européenne (UE) au Mali. OD/MD (AMAP)
Djo Dama de Tata Pound: « Le RAP n’a de sens que s’il est engagé »
Propos recueillis par Youssouf DOUMBIA Bamako, 25 septembre (AMAP) Le célèbre groupe de rap, reconnu pour ses dénonciations fracassantes, et son patriotisme à fleur de peau, sort d’une hibernation prolongée pour célébrer son 20ème anniversaire. Comme par enchantement en cette période marquée par une crise socio-politique sans précédent dans notre pays, Tata Pound écrase du coup l’actualité culturelle. Il a animé le premier de la série de concerts lundi 21 septembre dernier à Bamako. L’un de ses membres Adama Mamadou Diarra dit Djo Dama explique dans cette interview les raisons de ce come-back, les difficultés rencontrées, la révolution qu’ils ont apportée à ce genre musical et surtout leur posture d’alerte et de veille sur la bonne gouvernance, les bonnes moeurs… L’Essor : Après plus de dix ans d’absence de la scène musicale, vous revenez pour célébrer le 20ème anniversaire de la création de Tata Pound. Quelles sont vos motivations ? Adama Mamadou Diarra dit Djo Dama : Les motivations sont connues. Cela fait bientôt une année que de nombreux Maliens et tous ceux qui ont l’esprit Tata Pound réclament notre retour. Beaucoup de fans n’arrêtent pas de nous demander de revenir sur la scène musicale. Donc c’est ainsi qu’une agence de communication dénommée la Comaf, a décidé de financer ce grand show pour le vingtième anniversaire de la création de notre groupe. Le groupe a été créé en 1995. Mais, c’est la date de la sortie de notre premier album qui est l’an 2000 qui est considérée comme le début de la carrière professionnelle. Encore une fois c’est à la demande de la population que nous revenons pour cette célébration. L’Essor : S’agit-il d’un nouveau départ pour relancer le groupe ? Voulez-vous faire juste un coup et repartir dans l’anonymat ? Djo Dama : Je pense que ce sera « Tata Pound 2ème round ». Après ces différents concerts de Bamako et à l’intérieur du pays, car on nous réclame partout. Nous devrons également faire des spectacles à l’extérieur du pays. Tata Pound va continuer, sans doute, la mission qu’il avait commencée. Actuellement notre pays est dans une phase très critique de son existence. L’Essor : Sur les affiches de ce 20ème anniversaire, vous n’êtes que deux à savoir Djo Dama et Ramsès Da Marifa. Entre vous il y a une silhouette marquée par un point d’interrogation qui remplace Dixon votre troisième artiste. Où est-il ? Pourquoi ne joue-t-il pas avec vous à ces célébrations ? Djo Dama : Comme on pouvait le remarquer assez facilement Tata Pound, c’est trois personnes, mais une seule idéologie. Dixon est actuellement aux Etats-Unis. Ramsès et moi assurons ces spectacles. Il ne peut donc pas participer à ces célébrations. Nous avons 20 morceaux pour symboliser ces 20 ans. Sur chaque morceau, un rappeur malien remplace Dixon. Il s’agit de : King Massasy, Yéli Fuso, Master Soumi, Iba Ouane, Gaspi, Yalco, Calibre 27, etc… L’Essor : Vous venez d’annoncer la participation de vingt rappeurs sur autant de titres pour ces célébrations. Quelle est la part de votre créativité ? Djo Dama : Pour les vingt ans de Tata Pound, nous avons décidé de faire cette célébration uniquement avec les anciens morceaux. Après, nous ferons d’autres créations en fonction de l’évolution de la situation socio-politique du pays. Une situation qui bouillonne actuellement. L’Essor : Ramsès Da Marifa s’est engagé au théâtre et dans la production, Djo Dama est devenu un exploitant agricole. Auriez-vous reçu des menaces pour vous contraindre à abandonner la musique ? Djo Dama : Quand nous arrêtions la production en 2012, ce n’était pas à cause de menaces. Il y a eu beaucoup de menaces contre nous. Certains appelaient même nos parents pour les intimider. Pourtant nous n’avons jamais insulté quelqu’un, nous n’avons fait que critiquer leur manière de gérer nos communes, nos départements ministériels ou notre pays. Nous ne faisions jamais référence à la vie privée de quelqu’un. C’est pourquoi on ne pouvait pas nous arrêter directement. Nos textes n’étaient pas écrits à la légère. Nous bénéficions de conseils d’avocats et de juristes bien avisés. Car nous savons qu’en démocratie, on ne peut pas se permettre de dire n’importe quoi. Tout ce que nous disions était des réalités et dans la limite de la loi. Mieux, notre éducation ne nous permet pas d’insulter les gens. Nous n’avons pas plié. Mais, par contre nous avions d’autres problèmes, comme les censures sur les télés et radios affiliées à l’État par rapport aux morceaux qui dénonçaient la mauvaise gouvernance. L’Essor : Quels étaient ces morceaux ? Djo Dama : C’était « Monsieur le maire », c’était « Révolution », c’était « Politicien », c’était « Policikè », bref il y a en beaucoup. Car les gens n’aiment pas la critique. Il y a eu un moment, de nombreux sponsors qui refusaient de nous accompagner. Certains acceptaient même de nous financer, mais ne voudraient pas de la publicité. C’est-à-dire ils ne voudraient pas que leurs noms ou logos figurent sur nos affiches car ils ne voulaient pas avoir de problèmes avec les autorités, disaient-ils. On vous donne ce dont vous avez besoin, mais ne parlez pas de nous ou de notre société, insistait-ils. Certaines sociétés ont été obligées de rompre leur contrat de collaboration avec nous car elles ont eu maille à partir avec des démembrements de l’État. Elles ont, parfois perdu beaucoup d’argents pour cela. L’Essor : Pouvez-vous nous donner des noms de ces sociétés ? Djo Dama : il y en a beaucoup. Il y a une grosse entreprise qui vient d’accepter de nous sponsoriser cette année alors qu’elle ne voulait pas le faire avant. Maintenant, l’entreprise en question se dit libre car il y a eu une rupture, donc elle ne craint plus. Il ne me sied donc pas de divulguer le nom de ce partenaire. À l’époque, Tata Pound a eu trois procès sur le dos. Il n’y avait pas encore les réseaux sociaux. Un promoteur fantôme nous avait invité pour un concert à Gao. À la dernière minute, sur la base de conseils très avisés, nous avions refusé d’y aller. Ce dernier a intenté un procès contre nous et il n’a pas gagné. L’Essor : Dans votre premier album en 2000, vous exhortiez les hommes politiques à s’unir pour éviter que

