28è FESPACO : « Fanga » ou le pouvoir de Fousseyni Maïga entre en lice

Envoyé spécial Youssouf DOUMBIA Ouagadougou, 1er mar (AMAP) Deux films maliens de belle facture ont été projetés, dimanche, à la 28è édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO). Il s’agit de trois épisodes de la série « Fanga » ou pouvoir de Fousseyni Maïga, directeur général du Centre national de la cinématographie du Mali (CNCM) et «365 jours au Mali», un documentaire co-réalisé par les Maliens Ladji Ly et Benkoro Sangaré dit Ben. « Fanga », en compétition dans la catégorie des séries, raconte l’odyssée d’un haut gradé de l’Armée qui entreprend de venger son père dont les efforts n’auraient pas été reconnus par son pays. Il veut tout faire pour que le candidat qu’il soutient à l’élection présidentielle soit élu afin d’assouvir le noir dessein qu’il nourrit pour son peuple. En face, il y a un président qui veut rempiler pour un troisième mandat, interdit par la Constitution. Dans les trois épisodes, qui ont été projetés, quatre femmes restent au cœur du scénario : deux officiers de l’armée qui assistent le haut gradé, une riche femme d’affaires et une journaliste. À la fin de la projection, le réalisateur Fousseyni Maïga a expliqué le dénouement. Les braves dames arriveront à mettre fin au règne sanguinaire et prendront le pouvoir. Comme toute bonne série, « Fanga » se caractérise par la maîtrise de l’écriture du scénario, de l’intrigue qui maintient le spectateur dans le suspens total à la fin de chacun des épisodes. Le jeu des acteurs aussi est intéressant avec des grands comédiens maliens comme Fily Traoré (le colonel), Maïmouna Doumbia (la capitaine Maï), Djénéba Diawara, Garibou Fama et Salif Samaké qui joue le rôle de directeur de la douane. Fousseyni Maïga a tenu à rendre un hommage mérité à ses illustres devanciers dans le cinéma au Mali et, particulièrement, à Boubacar Sidibé dont les nombreuses séries ont représenté le Mali dans la catégorie pendant plus de cinq éditions au FESPACO. Il souhaite que « la jeune de garde de cinéastes s’inspire de ces grands réalisateurs. » Le cinéaste rappelle que les femmes ont toujours joué un grand rôle dans la société malienne, notamment dans la vie politique et la gestion de la Cité. C’est pourquoi, il a voulu leur rendre hommage dans cette fiction. Il a insisté sur le fait que le scénario a été écrit bien avant les récents coups d’Etat dans nos pays. C’est depuis 2018 qu’il a commencé à écrire, avec son collègue Ibrahima Kébé, le texte de cette série qui reste une chance pour le Mali de décrocher un prix. «365 jours au Mali», en lice dans la catégorie des documentaires, a été projeté dans une salle de la Mairie centrale de Ouagadougou. Il retrace une période de crise du Mali qui va de février 2012 à mars 2013. Le premier réalisateur, un franco-malien, est révolté par la manière dont les médias occidentaux traitent les informations concernant le Mali. C’est ainsi qu’il a décidé de promener sa camera dans le Septentrion du Mali en passant par la frontière du Burkina Faso. l se fait accompagné par un ex-membre de la rébellion touareg du Mouvement nationale de libération de l’Azawad (MNLA) qui le conduit à travers des pistes sinueuses jusqu’à Kidal, dans le Nord du Mali. Bencoro Sangaré, son co-réalisateur, suit minutieusement les évènements politiques à Bamako jusqu’à la chute du président Amaamtou Toumani Touré (ATT), les premières décisions des putschistes d’alors. Lui, aussi, trimbale sa caméra de Bamako à Mopti (Centre) avant de regagner Tombouctou (Nord) pendant l’occupation. Il arrive à filmer et à interviewer des habitants et des djihadistes. Ce film montre environ 80% d’images inédites sur l’occupation du Nord du Mali entre 2012 et 2013. Des témoignages poignants sur les différents aspects de la vie à Mopti avec la milice Ganda Iso, les habitants de Gao, de Tombouctou et de Kidal sont très instructifs. Le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga, avant de quitter Ouagadougou, a visité le stand du Mali au Marché international du cinéma d’Afrique (MICA), près du siège du Fespaco. Il était accompagné du ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Andogoly Guindo. Le chef du gouvernement a encouragé les professionnels du cinéma malien, avant d’émettre le vœu de voir nos œuvres cinématographiques primées à cette édition. YD/MD (AMAP)  

Conseil des droits de l’homme : Le ministre Diop porte la voix du Mali à Genève 

Bamako, 1er mar (AMAP) Le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, prend part, du 27 février au 3 mars 2023, à Genève (Suisse) à la 52è session ordinaire du Conseil des droits de l’homme, annonce le Bureau de l’Information et de la Presse du Ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale (MAECI). « La participation de la délégation malienne au segment de haut niveau ainsi qu’à celui consacré au dialogue interactif avec l’Expert indépendant sur la situation des droits de l’homme permettra (…) de mettre en exergue les efforts importants déployés ou en cours par le Mali pour la sécurisation et la protection des populations et de leurs biens, dans le strict respect des droits de l’Homme et du droit international humanitaire », précise la même source. Le Gouvernement malien va y renouveler son engagement « à promouvoir et protéger les droits de l’homme sur toute l’étendue du territoire national.» Bamako, qui qualifie de « tentative d’instrumentalisation et de politisation des droits de l’homme » l’approche de certains acteurs nationaux et internationaux au Mali, compte utiliser ce cadre d’échanges de haut niveau pour porter le message du gouvernement de Transition « en vue de déconstruire les allégations non fondées sur la question des droits de l’homme au Mali. » Lors de son séjour, plusieurs activités importantes sont inscrites dans l’agenda du ministre Diop, notamment des rencontres avec le Haut-commissaire aux droits de l’homme et le groupe des ambassadeurs africains à Genève. Le chef de la diplomatie malienne fera, également, une intervention au segment de haut niveau du Conseil des droits de l’homme. Le Conseil des droits de l’homme est un organe du système des Nations unies dont la mission est d’assurer la promotion et la protection des droits de l’homme dans le monde. Ses sessions servent de cadre pour faire le suivi de la mise en œuvre des obligations des Etats membres en matière de droits de l’homme, avec la participation de l’ensemble des acteurs concernés. MD (AMAP)

6è édition du Festival international du Wassulu (FIWA) : Rendez-vous le 3 mars à Yandolila

Bamako, 1er mar (AMAP) La 6è édition du Festival international du Wassulu (FIWA) se déroulera du 3 au 5 mars à Yanfolila, dans le Sud du Mali, sous le thème : «Le Mali dans toute sa diversité», a annoncé la diva du Wassulu, Oumou Sangaré, lors dune conférence de presse, lundi, à Bamako. « Plus de 400 000 festivaliers sont attendus au Wassulu », a dit la conférencière après avoir fait observer une minute de silence à la mémoire des disparus et salué la population de Wassulu pour son implication dans la réussite des éditions précédentes. Oumou Sangaré a, aussi, en présence de la marraine de l’événement et présidente de l’Association solidarité femmes d’ici et d’ailleurs (ASFIA), Mme Fatoumata Mbarka Mint Hamoudy, et de l’artiste camerounais, Baba Sadou, expliqué les raisons de l’organisation de ce rendez-vous qui s’impose de plus en plus dans l’agenda culturel du Malis. « Ma motivation reste la promotion de la musique malienne, un créneau de développement, en offrant plus d’opportunités aux artistes, tant sur le plan national qu’international », a-t-elle soutenu. Et de poursuivre : « Nous avons apporté plusieurs innovations cette année comme la nuit dédiée à Ali Farka Touré et une autre aux jeunes artistes du Wassulu ». Le FIWA est un rendez-vous culturel né de l’initiative de l’artiste musicienne malienne, Oumou Sangaré, à la demande de la jeunesse du Wassulu. C’est également un événement socioculturel qui offre plusieurs opportunités aux jeunes de se lancer dans des projets de développement. Selon la conférencière, plusieurs personnalités de renommée internationale sont attendues à cette 6è édition du FIWA. Contrairement à beaucoup de festivals, le FIWA est gratuit et permettra aux jeunes artistes d’étoffer leurs carnets d’adresses sur le plan professionnel. Durant 3 jours, les festivaliers auront droit à une foire artisanale et commerciale, à des concerts géants dont les têtes d’affiches seront Oumou Sangaré, elle-même, Prince Diallo et autres. Il est, également, prévu des activités de sensibilisation et de plaidoyer pour la paix. L’initiatrice du FIWA a lancé un appel à tous pour célébrer la musique du Wassulu lors de cette édition. En termes de sécurité des festivaliers, elle a rassuré sur l’accompagnement du département en charge de la Sécurité. Enfin, elle a remercié les partenaires et le gouvernement pour leur soutien. La marraine de l’événement a rendu hommage à l’artiste pour la confiance placée en sa personne et exprimé tout son soutien pour les projets culturels. « En plus de nos interventions, relatives aux projets des femmes, nous soutenons aussi les initiatives culturelles, surtout celles portées par une femme battante », a dit Mme Fatoumata Mbarka Mint Hamoudy. AS/MD (AMAP)

28è édition du FESPACO : Le Malien Cheick Oumar Sissoko immortalisé par une statue géante

Bamako, 1er mar (AMAP) Une statue érigée, en hommage au cinéaste malien, Cheick Oumar Sissoko, dans l’allée des Étalons, avenue Monseigneur Joanny Thevenoud à Ouagadougou, a été inaugurée, mardi, par le ministre burkinabè de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme du Burkina, Jean Emmanuel Ouédraogo. « Cette statue est un hommage mérité à un monstre sacré du cinéma africain, qu’est le réalisateur Cheick Oumar Sissoko », a confié le ministre lors de cette cérémonie en marge des activités de la 28ème édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO). Jean Emmanuel Ouédraogo a appelé la jeunesse africaine à s’inspirer du combat du cinéaste, afin que d’autres Cheick Oumar Sissoko « puissent continuer de faire vivre le cinéma africain. » Le cinéaste malien s’est dit honoré et comblé par cette réalisation, avant d’adresser ses remerciements aux autorités burkinabè et à l’ensemble de ses collaborateurs. La statue a été réalisée par le sculpteur burkinabè Siriki Ky. Elle est érigée aux côtés de grands noms du cinéma africain tels que Ousmane Sembène, Souleymane Cissé, Idrissa Ouédraogo, Gaston Kaboré… Cheick Oumar Sissoko a remporté deux fois l’étalon de Yennenga. La première en 1995 avec son film « Guimba le Tyran » et la seconde en 1998 avec son film « La Genèse ». Cheick Oumar Sissoko a, aussi, remporté plusieurs prix hors du continent. Homme politique, originaire de la Commune rurale de Mahina, dans le Cercle de Faloubabé, Région de Kayes, dans l’Ouest du Mali, Cheick Oumar Sissoko a été ministre de la Culture de 2002 à 2007. AT/MD (AMAP)  

Le Conseil national de Transition adopte la loi électorale retouchée

Bamako, 1er mar (AMAP) Le Conseil national de Transition (CNT) a adopté, mardi, à l’unanimité le projet de loi modifiant la loi n°2022-019 du 24 juin 2022 portant loi électorale, a constaté l’AMAP. Outre l’accéléra à l’unanimité par 129 voix pour, 0 contre et 0 abstention tion de la mise en place des démembrements de l’Autorité indépendante de gestion des élections, les innovations de cette modification concernent l’élargissement des lieux d’implantation des bureaux de vote aux garnisons militaires, l’institution du vote par anticipation des membres des Forces armées et de sécurité, le remplacement de la carte d’électeur biométrique par la carte nationale d’identité biométrique sécurisée comme unique document d’identification admis dans le bureau de vote. Au titre des corrections d’erreurs matérielles, l’article 149 relatif au referendum a été modifié pour préciser que « sauf cas de recours au bulletin unique, deux bulletins de vote sont mis à la disposition de l’électeur. » Et la mention de candidat est supprimée dudit article. Dans son rapport, la Commission des lois constitutionnelles, de la législation, de la justice, des droits de l’Homme et des institutions de la République saisie pour l’étude au fond a rappelé que le CNT, réuni pour la deuxième et dernière séance plénière de la session extraordinaire de février 2023, a adopté cette loi « dans une dynamique d’approfondissement et de démocratisation du système électoral. » La loi modifiée confie l’organisation et la gestion de toutes les opérations électorales et référendaires à l’Autorité indépendante de gestion des élections (AIGE). Selon la commission, « dans la mise en œuvre, des contraintes d’ordre pratique et technique de nature à compromettre l’application correcte de la loi électorale se sont révélées. » Ces contraintes sont relatives au respect du délai de mise en place des coordinations de l’AIGE que la loi fixe à six mois avant l’élection, à l’organisation des élections en tenant compte de la nouvelle réorganisation territoriale ainsi que les corrections d’erreurs matérielles. Pour le président de la commission Lois du CNT Dr Souleymane Dé, avec la loi n°2022-019 du 24 juin 2022 portant loi électorale, il fallait pour les coordinations de l’AIGE, les installer six mois avant les scrutins. « Mais compte tenu des contingences et des délais compressés par rapport au chronogramme, il est impossible d’aller sur cette base. » C’est pourquoi la modification fondamentale en ce sens a été de raccourcir ce délai à trois mois au plus pour l’installation des coordinations de l’AIGE. Selon lui, cela est tributaire de la reforme territoriale car les élections se tiendront sur la base de la nouvelle réorganisation territoriale. Dr Souleymane Dé a dit que pour les nouvelles circonscriptions administratives créées, « il faut aller rapidement à la nomination des représentants de l’Etat pour qu’ils désignent à leur tour les quatre représentants des pouvoirs publics dans les coordinations de l’AIGE. » CONTRAINTES – La ministre déléguée chargée des Reformes politiques et institutionnelles, Mme Fatoumata Sékou Dicko, qui a défendu ce texte devant le CNT, a indiqué que dans la pratique, « il s’est avéré qu’il fallait intervenir sur la loi électorale afin d’apporter des modifications qui permettront de faire en sorte que le chronogramme qui est adossé à cette loi puisse favoriser une application efficiente au bénéfice du processus électoral. » Pour la ministre, il y a des contraintes qui faisaient qu’il fallait d’abord les reformes territoriales et administratives qui ont un impact certain sur le déroulement du processus électoral. Elle a soutenu que toutes ces modifications apportées ont pour objectif de faire en sorte que le processus électoral se déroule de manière transparente, crédible et sécurisée. Le CNT a examiné un second projet de loi sur la création d’un Etablissement public à caractère scientifique et technologique dénommé Centre de formation professionnelle de Sénou (CFP-Sénou). Ce texte était défendu par le ministre de l’Entreprenariat national, de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Bakary Doumbia. Cet etablissement, qui se trouve à Sénou, a été construit et équipé dans le cadre de la coopération sino-malienne pour un montant de 10 milliards de Fcfa. Il a été inauguré par le président Ibrahim Boubacar Keïta le 5 juillet 2018. L’établissement a une capacité de 350 apprenants par session. Et les filières de formation sont la menuiserie (métallique et bois), la peinture-décoration, la plomberie, la chaudronnerie, l’électricité, le bâtiment, le carrelage, le staff, la maçonnerie, le froid/climatisation et la maintenance d’engins lourds. La durée de la formation est comprise entre 6 et 16 mois et varie d’une filière à une autre. L’incidence financière de ce projet de loi, prise en charge par le budget 2023, s’élève à la somme de 327,837 millions de Fcfa, représentant les primes et indemnités des agents ainsi que les charges relatives au fonctionnement dudit service. Ce texte a, également, été adopté à l’unanimité par 128 voix pour, 0 contre et 0 abstention. Après l’adoption de ces deux textes, la session extraordinaire de février 2023 du CNT, qui a examiné et adopté au total 8 projets dont 6 portant sur la réorganisation administrative et territoriale, a été close par le décret n°2023-0138/PT-RM du 28 février 2023. DD/MD (AMAP)

Réouverture de la frontière Mali-Côte d’Ivoire : Voyageurs et transporteurs retrouvent le sourire

Par Amadou GUÉGUÉRÉ Bamako, 1er mar (AMAP) Ouf !!!! La mobilité déplacement des populations entre le Mali et la Côte d’Ivoire est désormais moins pénible. Pour les transporteurs, les bonnes affaires reprennent. La mesure anti-Covid prise par les autorités ivoiriennes avait rendu la vie difficile pour les habitués de l’axe Bamako-Abidjan Face à la propagation de la Covid-19 en 2020, de nombreux pays se sont calfeutrés. La Côte d’Ivoire, qui avait fermé ses frontières depuis le 22 mars 2020, a levé, cette restriction, le 15 février dernier, en raison de «l’évolution favorable» de la situation sanitaire. La décision vise surtout à mettre fin aux passages clandestins et réorienter les voyageurs vers les voies officielles. Car, les voyageurs empruntaient des déviations pour pénétrer sur le territoire ivoirien. Nous avions fait ce constat au niveau de la frontière Mali-Côte d’Ivoire. La police des frontières avait du mal à canaliser les mouvements des populations de part et d’autre. Dans le monde des transporteurs routiers, la réouverture des frontières ivoiriennes a été accueillie avec soulagement. Leurs activités étaient drastiquement réduites à cause de cette restriction qui aura duré près d’une année. «Nous avons perdu 80% de notre chiffre d’affaires», confie le directeur général de la compagnie de transport Sonef, Mohamed Mohamoud Ould Oumar. L’emplacement de cette compagnie à Sogoniko n’a pas encore retrouvé son ambiance d’avant mars 2020, mais l’annonce de la réouverture des frontières fait son effet. Vendredi dernier, l’affluence y était plus importante qu’il y a quinze jours. «La reprise est timide. Il y a des jours où seulement un seul bus quitte ici pour Abidjan. Nous espérons que dans un mois, tout va redevenir comme avant», espère Mohamed Mohamoud. La SONEF avait réajusté son dispositif afin de maintenir le trafic routier vers la Côte d’Ivoire. Tous les jours, un autobus quittait Bamako pour Zégoua, dernière ville malienne avant la Côte d’Ivoire. De là-bas, il fallait trouver des astuces pour passer la frontière et mettre les passagers à la disposition d’une compagnie ivoirienne. Chaque passager devait alors débourser 8 000 Fcfa pour le trajet Bamako-Zégoua. «Avec la réouverture des frontières, Bamako-Abidjan coûte au maximum 30 000 Fcfa », explique le responsable de la Sonef. Il précise que ce tarif plafond a été fixé par les compagnies de transport, en accord avec les syndicats. Le trafic retrouve progressivement son rythme normal. Cependant, une difficulté subsiste : «A partir de 20 heures, les douaniers arrêtent de travailler. C’est ce qui est en train de nous fatiguer, parce que les bus arrivent là-bas tard dans la nuit et ils sont ainsi donc obligés de rester jusqu’à 8 heures du matin», regrette Mohamed Mohamoud. JOIE – Telemsi Transport, situé non loin de l’autogare de Sogoniko, a aussi subi les effets de la fermeture des frontières ivoiriennes. Cette compagnie, qui fait 50% de son chiffre d’affaires sur l’axe Bamako-Abidjan, a dû mettre des travailleurs en chômage pour diminuer les pertes. Et les employés qui ont gardé leurs postes ont renoncé à une partie de leurs droits. «Nous avons accueilli avec beaucoup de joie la réouverture des frontières ivoiriennes», confie le responsable administratif de Telemsi Transport, Malick Boré. Selon lui, sa compagnie a été la première à franchir la frontière Mali-Cote d’Ivoire. «À l’autogare d’Abidjan, tout le monde filmait notre bus. La joie se lisait sur les visages», rapporte-t-il. Lors du passage de notre équipe, une dizaine de passagers attendaient, sous un hangar, l’heure de départ. Coiffé d’une casquette, Moussa salue la sage décision des autorités ivoiriennes. «Entre les pays africains, on doit toujours avoir des solutions et faciliter le transport à tous les passagers africains». Et Salif Coulibaly, un autre passager, d’ajouter que cette décision va surtout amoindrir les tracasseries sur la route. L’heure est aux derniers réglages à Africa Tours où les responsables sont en train de «réaménager le programme». Yahya Diakariya Touré, administrateur de cette compagnie, révèle qu’Africa Tours avait tout simplement décidé de ne pas desservir l’axe Bamako-Abidjan, suite à la fermeture des frontières. « Plusieurs compagnies de transport amenaient les passagers à la frontière, Ces derniers traversaient à moto les villes de Zégoua et Tingrela pour rallier la Côte d’Ivoire. Africa Tours n’a pas fait cette option qui mettait les passagers dans beaucoup de difficultés dont les tracasseries et le transport difficile de leurs bagages. » Pour le vice-président du Syndicat national des transporteurs routiers urbains, interurbain, internationaux du Mali (SYNTRUI-Mali), Chiaka Diakité, cette réouverture des frontières est une bonne nouvelle pour les transporteurs maliens. « Ils ont beaucoup souffert à cause de la Covid-19. Cette réouverture des frontières va nous donner beaucoup d’avantages. On espère cette fois-ci, avec l’ouverture de presque toutes les frontières, que les choses vont rentrer dans l’ordre pour le grand bonheur des passagers et des compagnies de transport», souhaite-t-il. La réalité est que nos frontières sont tellement poreuses qu’une restriction administrative ou politique ne peut empêcher les populations ou les peuples de se déplacer même souvent au péril de leur vie. AG/MD (AMAP)      

Projet de Constitution : Les innovations à retenir

Par Namory KOUYATÉ Bamako, 1er mar (AMAP) Le nouveau projet de Constitution du Mali, qui comprend 191 articles remis, lundi, officiellement au président de la Transition, le colonel Assimi Goïta, contre 195 dans l’avant-projet et a été connaît des modifications, des réajustements de forme comme de fond pour prendre en compte les préoccupations exprimées par des citoyens. Dans le préambule de la nouvelle monture, l’article 9 dispose que le mariage et la famille, qui constituent le fondement naturel de la vie en société, sont protégés et promus par l’État. Il est clairement précisé que le mariage est l’union entre un homme et une femme. Un peu plus loin, l’article 24 explicite que la défense de la patrie est un devoir pour tout citoyen. Cet idéal est renforcé par l’article 93 en ces termes : «l’État veille à ce que les Forces armées et de sécurité disposent, en permanence, de capacités en ressources humaines et en moyens matériels nécessaires pour accomplir leurs missions». Il est indiqué que la planification de ces ressources et moyens s’opère à travers des lois de programmation. LANGUES OFFICIELLES – L’article 30 stipule que la capitale de la République du Mali est Bamako et qu’elle peut être transférée en tout autre lieu du territoire national par une loi. L’article 31 dit ceci : « les langues nationales sont les langues officielles du Mali». Il précise qu’une loi organique détermine les conditions et les modalités de leur emploi. Un fait marquant de ce projet de Constitution est que le français perd son statut de langue officielle au Mali. Il devient la langue de travail. Les membres de la Commission de finalisation ont été prudents en adoptant cette posture d’ouverture et d’intégration. C’est pourquoi, ils ont pris la précaution de clarifier que l’État peut adopter toute autre langue comme langue de travail. En outre, l’article 32 du texte indique que la laïcité ne s’oppose pas à la religion et aux croyances. Il est écrit noir sur blanc que la «laïcité a pour objectif de promouvoir et conforter le vivre-ensemble fondé sur la tolérance, le dialogue et la compréhension mutuelle». Et que l’État garantit le respect de toutes les religions, les croyances, la liberté de conscience et le libre exercice des cultes dans le respect de la loi. Dans le cadre de la lutte contre la corruption, les pouvoirs publics entendent renforcer les mesures de prévention la prévarication. À ce propos, l’article 35 stipule qu’ « aucune autorité publique ne peut, sous peine de sanctions, user des pouvoirs qu’elle tient de la Constitution ou de la loi pour commettre un détournement de ressources ou de biens publics à son profit ou à celui des détenteurs du pouvoir, des membres de leurs familles, d’organismes, ou de toutes autres personnes par favoritisme, corruption, concussion, trafic d’influence ou autres moyens. » NATIONALITÉ D’ORIGINE – Par ailleurs, l’article 45 tranche sans équivoque que le président de la République est élu pour un mandat de cinq ans au suffrage universel direct. Il n’est rééligible qu’une seule fois. L’article d’après dit que tout candidat aux fonctions de président de la République doit être de nationalité malienne d’origine et ne posséder aucune autre nationalité à la date de dépôt de la candidature. Plus loin, la mention est faite que le candidat à la présidentielle doit être âgé de 35 ans au moins et de 75 ans au plus à la date de dépôt de la candidature et être apte à exercer la fonction. Concernant la prestation de serment, l’on constate un rajout de taille au niveau de l’article 55. Il s’agit de cette référence en bas de la formule consacrée : «en cas de violation de ce serment, que le peuple me retire sa confiance et que je subisse la rigueur de la loi». Ce n’est pas tout, le président de la République prête serment devant la Cour constitutionnelle en audience solennelle. Quant à la dissolution de l’Assemblée nationale, elle est encadrée par l’article 69. En effet, le président de la République peut, après consultation des présidents des deux chambres et du président de la Cour constitutionnelle, prononcer la dissolution de l’Assemblée nationale. Toutefois, cet article assure qu’aucune dissolution ne peut être prononcée dans les douze premiers mois de la législature ou lorsqu’une motion de destitution est déclarée recevable. De ce fait, les élections générales ont lieu soixante jours au moins et cent-vingt jours au plus après la dissolution. « Il ne peut être procédé à une nouvelle dissolution dans l’année qui suit ces élections. » À l’expiration du délai fixé au troisième alinéa de cet article, « si les élections législatives ne sont pas organisées, l’Assemblée nationale dissoute est rétablie dans ses fonctions », énonce le projet de texte. L’innovation touche également l’article 101 qui dit que les députés et les sénateurs ne bénéficient de l’immunité parlementaire que dans le cadre de l’exercice de leurs fonctions. Enfin, l’article 137 du projet de Constitution précise que le Conseil supérieur de la magistrature est constitué pour moitié de personnalités choisies en dehors du corps des magistrats. NK/MD (AMAP)

Incendies : La part de responsabilité de l’homme

Par Tamba CAMARA Bamako, 28 fév (AMAP) L’année dernière s’est achevée sur des incendies. Ils ont causé des morts, des blessés et des dégâts matériels importants. Les cas qui ont marqué les esprits sont ceux du marché de bois de la zone Ex-Imacy à Hamdallaye, d’un entrepôt de la zone industrielle, de l’usine de Diago à Kati, près de Bamako et de la rue marchande à l’ACI 2000, dans la capitale malienne. Selon les statistiques de la Protection civile, durant la même année, il y a eu 1 429 cas d’incendies dans tout le Mali qui ont fait 29 blessés et 4 décès. Sans compter les nombreux dégâts matériels. En trois ans, il y a eu au total 16 morts dans les incendies. Le 19 novembre 2022, débutait ce qu’on pourrait appeler une série d’incendies à Bamako et ses environs. Ce jour là, très top le matin, un énorme incendie est parti d’un magasin du marché de bois de la zone Ex-Imacy à Hamdallaye, un quartier de Bamako. Le feu a tout ravagé sur son passage. Il ne restait que des cendres de bois, des carcasses de véhicules et des kiosques métalliques abîmés. Il n’y a pas eu de perte en vies humaines mais les dégâts matériels ont été importants. Au passage de notre équipe de reportage, nous avons appris que les soldats du feu ont mis 4 heures pour circonscrire cet énième incendie au marché du bois. D’après nos informations, les branchements illicites d’électricité seraient à l’origine de cet incendie. Quatre jours après, le téléphone sonne encore dans la caserne des pompiers de Bamako-coura. Le feu a pris dans un vaste entrepôt de barils d’huile et de pneus dans la zone industrielle en Commune II du District de Bamako. Encore une fois, ni les alertes ni la promptitude des pompiers n’ont empêché les flammes de consumer trois magasins. Ce n’est qu’après 8 heures de lutte que les agents de la protection civile sont parvenus à freiner la propagation du feu avant de le maitriser totalement. Le 6 décembre dernier, c’était le tour de l’usine de production de l’eau minérale «Diago» à Kati. Le feu a ravagé des conteneurs de cartons d’emballage entreposés dans l’enceinte de l’usine. Puis vient l’incendie du 26 décembre qui a consumé une centaine de stands de la rue marchande dans la zone ACI-2000. LA FAUTE À L’HOMME – À en croire les uns et les autres, tous ces cas d’incendies sont dus à l’activité humaine. Y-a-t-il des pyromanes qui opèrent en toute impunité? Faut-il remettre en cause les installations ? Pour en savoir davantage, notre équipe de reportage s’est entretenue avec le sous-directeur des Opérations de secours et d’assistance (SDOSA) de la Direction de la protection civile, le lieutenant-colonel sapeur-pompier Bakary Dao. De l’avis du colonel, l’incendie est souvent lié à l’activité humaine. « De façon générale, explique-t-il, les feux ont des fréquences liées à la périodicité saisonnière. » Cependant, il admet que ces dernières années, cette périodicité des incendies en ville ou en campagne n’est pas toujours respectée. Le phénomène est presque devenu notre quotidien. «Nous avons une période d’éclosion d’incendies au Mali mais c’est perturbé ces derniers temps. La preuve est qu’en novembre et décembre 2022, on a eu trois grands incendies dont deux à Bamako et un à Kati. Donc, le phénomène n’est pas dû seulement à la période. Il est dû aussi à la cause humaine dont la malveillance», détaille le lieutenant-colonel sapeur-pompier Bakary Dao. En outre, notre interlocuteur explique la nuance entre un grand feu et un incendie. L’incendie, définit-il, est un feu violent non maitrisable dans le temps et dans l’espace. Cet incendie, dit-il, est causé soit par l’homme, la nature et la technologie. «Le développement est lié à la technologie qui est le plus souvent source d’incendie», dit-il. « Par contre, un grand feu est un incendie qui a un pouvoir de propagation très rapide et pouvant occasionner des dégâts importants », explique le lieutenant-colonel Dao. D’après lui, il existe quatre classes de feu à savoir, les classes A en rapport au papier, les B pour les hydrocarbures, les C pour le gaz et les D (rare) pour les métaux. Sur la périodicité saisonnière des incendies ou des grands feux, l’officier de la Protection civile cite les mois de février à mai pour la fréquence des incendies d’origine électrique (usines, marchés, voitures, stations-services, citernes). Et pour les mois de juin à décembre, ce sont des incendies mineurs comme les feux domestiques. Les causes, selon le spécialiste, sont naturelles (foudre, tornade, intempérie), humaines (accident, imprudence, négligence, malveillance, sabotage, crime) et technologiques. Le responsable de la SDOSA précise que la saison chaude est favorable aux grands incendies à cause de la forte chaleur (surchauffage, court-circuit, installations vétustes etc.) Cependant, le colonel Dao précise que les incendies les plus fréquents à Bamako sont dus, en grande partie, à l’activité humaine. « La mort par asphyxie ou par brûlure, la blessure par brûlure, les destructions des biens, de l’écosystème et la pollution de l’air, des sols, de l’eau sont quelques conséquences des incendies », fait savoir le chef sapeur-pompier.   GESTES PRÉVENTIFS – « Nous devons prendre des précautions, respecter les mesures règlementaires pour nous protéger et sauver nos biens », conseille le lieutenant-colonel Dao. Il explique que le témoin de l’éclosion d’un incendie doit évacuer les personnes susceptibles d’être victimes (enfants, personnes à mobilité réduite, vieillards) par les issues de secours tout en utilisant l’extincteur à disposition en visant la base du feu. Les personnes à secourir doivent sortir en rampant. Cela, sans oublier de disjoncter le compteur électrique et appeler les services de secours au 80 00 12 01. Pour le lieutenant-colonel Dao, la Direction générale de la Protection civile dispose de moyens, avec la récente réception de 20 véhicules d’intervention dédiés, pour mieux lutter contre les incendies. Mais pour soutenir ces investissements de l’Etat, il invite la population, singulièrement les investisseurs, au respect strict de la prévention. «On ne doit pas installer des usines, entrepôts, dépôts, entreprises, rue marchande sans tenir compte des mesures de prévention. Dans

Le projet de Constitution du Mali de 191 articles remis au président de la Transition

Bamako, 28 fév (AMAP) Le projet de Constitution dont le nombre d’articles a légèrement diminué de 195 dans l’avant-projet à 191, a été remis, lundi, à Koulouba, au président de la Transition, le colonel Assimi Goïta, par le coordonnateur de la Commission chargée de la finalisation du texte, Pr Fousséyni Samaké. Sur le fond, les changements concernent la reformulation des articles qui traitent des langues et de la laïcité, la clarification de la notion de démission entrainant la déchéance d’un parlementaire de son mandat. S’y ajoutent le principe de la représentation des Maliens établis à l’extérieur à l’Assemblée nationale et le relèvement des majorités requises dans la mise en œuvre de la procédure de destitution de certaines hautes autorités. Mais aussi l’introduction de la possibilité de dissolution de l’Assemblée nationale (toutefois, ce levier de régulation institutionnelle est fortement encadré dans sa mise en œuvre) et la seconde chambre du Parlement qui devient le Sénat en lieu et place de Haut Conseil de la Nation. Le Coordonnateur de la Commission a fait savoir que « cet examen a abouti à l’adoption d’un certain nombre d’amendements qui sont autant d’enrichissements apportés au texte. » Il a indiqué qu’ « au regard des réactions suscitées, des avis éclairés et des propositions pertinentes, les amendements ont consisté en des suppressions, des reformulations, des ajouts ou des fusions de certaines dispositions de l’avant-projet. » Pr Fousséyni Samaké a ajouté que le projet de Constitution est le fruit d’un travail collectif auquel ont été associés tous les acteurs de la société malienne. « Leur engagement s’est exprimé par une participation active aux travaux et la production de contributions de qualité aux débats dans un climat empreint d’écoute, de tolérance et de respect mutuel», a-t-il fait remarquer, souhaitant qu’il soit l’acte fondateur d’un Mali nouveau. LARGE CONSENSUS – Le colonel Assimi Goïta a noté que l’avant-projet de la loi fondamentale a suscité des interrogations et des appréhensions. Afin de recueillir le consensus le plus large possible, le chef de l’Etat a décidé de créer une Commission de finalisation pour prendre en compte les aspirations profondes exprimées lors des Assisses nationales de la Refondation (ANR). L’objectif, a indiqué le président de la Transition, « est de maximiser les chances de rédiger définitivement un texte, avec les équilibres nécessaires. » S’adressant aux membres de la Commission, le colonel Goïta s’est exprimé en ces termes : «Vous avez eu la lourde tâche de parachever un premier travail qui était certes de qualité, mais avait besoin d’être porté à un niveau de perfection». Selon lui, « les enjeux d’un tel projet sont de taille dans les moments de rupture politique comme celle que le Mali vit actuellement. » En outre, le chef de l’État a fait savoir que la Loi fondamentale « est surtout et avant tout l’habillage juridique qui est donné à la vision politique du peuple à un moment déterminé de son histoire. » «La base juridique du Malikoura se raffermit progressivement, mais l’édifice national ne tiendra définitivement qu’avec l’engagement de tous et de chacun», a souligné le président Goïta tout en assurant que le développement socioéconomique du Mali sur la base des libres choix est à ce prix. La Commission de finalisation de projet de Constitution que préside le Pr Fousséyni Samaké, comprend les représentants des institutions de l’État, des partis politiques, des confessions religieuses, des organisations de la société civile, des Forces armées et de sécurité ainsi que les représentants de la diaspora. Après sa séance inaugurale et une journée d’information et d’échanges sur le concept de Constitution et les grandes lignes de l’avant-projet, la Commission a travaillé, conformément a son décret de création du 19 décembre 2022, à l’examen des dispositions du préambule et de chacun des articles de la première mouture. La cérémonie s’est déroulée en présence du Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, des présidents des institutions de la République et de plusieurs membres du gouvernement dont le ministre de la Refondation de l’État, chargé des Relations avec les Institutions Ibrahim Ikassa Maïga. NK/MD (AMAP)

Interdiction de la chicha : La phase de la répression a commencé

Par Abdramane DIOMA Bamako, 27 fév (AMAP) L’interdiction de la vente et la consommation de chicha sur toute l’étendue du territoire malien est entrée en vigueur, depuis mi-février 2023, et les services techniques compétents appliquent rigoureusement l’arrêté. Tous appareils et accessoires de chicha saisis seront détruits. Et les contrevenants s’exposent aussi à des sanctions. L’annonce de la décision avait été unanimement saluée ou presque par nos compatriotes qui s’indignaient de voir des jeunes (garçons et filles) se livrer à une consommation outrancière de la pipe à eau. Certains s’interrogeant sur les capacités des autorités à appliquer la mesure, après le délai accordé aux importateurs, distributeurs et consommateurs de la chicha pour se conformer à la décision. L’Office central des stupéfiants (OCS) a sonné la fin de la recréation. Une unité de cette structure, en collaboration avec d’autres services techniques compétents, a réalisé une descente dans des clubs de chicha. Cette une patrouille a été menée par le lieutenant-colonel Siliman Sangaré, chef de renseignements et des opérations par intérim à l’OCS et ses éléments. Au total, une cinquantaine de personnes ont été appréhendées et un important lot de matériels saisi. Depuis la publication du communiqué interministériel du 15 août 2022, les commentaires et les avis sur la mesure d’interdiction divergeaient sur les réseaux sociaux. Les puritains, qui ont en aversion la chicha, ont bien accueilli la décision. Ils estiment qu’un relâchement dans cette lutte représenterait une victoire pour les acteurs frappés par la mesure. Ceux pour qui la chicha reste un gagne-pain s’accommodent mal de l’interdiction et n’apprécient guère de vivre une telle situation. En tout cas, le sujet fait le buzz sur les réseaux sociaux, particulièrement sur Tik-tok. Il est admis par tous que la consommation de chicha a pris de l’ampleur dans notre société, il y a une dizaine d’années. Le produit, qui nuit gravement à la santé, est surtout consommé par la frange juvénile. La chicha, elle-même, est fabriquée à base de tabac : nicotine et goudron mélangés aux fruits avec de l’arôme parfumé. Une autre préoccupation reste l’utilisation faite par les drogués qui s’exhibent dans la rue avec la chicha et prennent leurs doses. Dans les « grins », bars, restaurants et night-clubs, on fume la chicha. Les jeunes filles ont développé une addiction au phénomène. Ce qui justifie, en partie, leur engouement pour les boites de nuit, resto ou chicha-clubs. Beaucoup d’entre elles pensent que le club ou le restaurant qui ne dispose de chicha est démodé. Dans la lutte contre le phénomène, les unités de répression de l’OCS ont repéré de nombreux lieux de consommation à Bamako et dans les capitales régionales. Le phénomène de la chicha est une toxicomanie presque banalisée qui entraine une consommation précoce d’autres drogues par les jeunes. Pourquoi ? Parce qu’en plus du tabagisme lié à sa consommation, la chicha permet de dissimuler la consommation de divers produits dérivés du cannabis tels que le haschich, le Kusch et des médicaments détournés de leur usage qui sont utilisés à la place du tabamel des chicha. Dorénavant, toute personne détenue pour cause de consommation de ce produit sera punie d’une peine d’un à dix jours et payera une amende allant de 300 à 10 000 Fcfa. Les sentinelles pour le respect de la mesure d’interdiction sont les ministères chargés de la Sécurité, de la Justice, de la Santé, de l’Industrie et du Commerce, de l’Economie et de la Jeunesse. TOXICOMANIE DÉGUISÉE ET BANALISÉE – Le ministère de la Sécurité et de la Protection civile, en collaboration avec l’OCS en sa qualité de service central de lutte contre les stupéfiants sur toute l’étendue du territoire national, a pris l’initiative de l’interdiction de la chicha, qui à l’origine était du tabac. « Aujourd’hui, c’est un moyen de consommation de drogues et de médicaments détournés de leur usage pharmaceutique », a expliqué le chargé de communication de l’OCS, Ousmane Diakité. «En effet, par réquisition, nous avons saisi le Laboratoire national de santé pour analyser quelques échantillons de produits de tabac utilisés dans la chicha. Les résultats ont prouvé la présence de produits stupéfiants dans tous les échantillons examinés. Face à ce phénomène de toxicomanie déguisée et banalisée, nous avons saisi le ministre de la Sécurité et de la Protection civile en vue d’interdire l’usage de la chicha au Mali», ajoute-t-il. Et de souligner qu’à partir de mi- février 2023, les services de répression et ceux de l’OCS procéderont à l’application rigoureuse des dispositions de l’arrêté, en saisissant tout appareil et accessoire de chicha découvert et tout appareil saisi sera détruit par les moyens appropriés. La chicha est devenue un gagne-pain pour certains jeunes propriétaires de boutiques de vente de chicha et accessoires ainsi que les chicha-clubs, notamment à Bamako. Grâce à la mesure, certains se sont reconvertis. M.S, âgé de 24 ans, titulaire d’une licence en finance et comptabilité, était propriétaire d’une boutique de chicha dans un quartier de la Commune III à Bamako. Selon lui, la mesure a impacté son business. Mais il admet qu’elle va surtout protéger les enfants. «Je soutiens l’Etat dans la lutte contre la délinquance financière et la consommation des mauvais produits, même si je gagnais beaucoup d’argent dans la vente d’accessoires de la chicha surtout pendant le week-end. J’avais de nombreux clients, particulièrement les filles », dit M.S. Il attire l’attention sur le fait que le charbon utilisé pour la chicha a une autre utilité. «Au Mali, il était utilisé, bien avant la chicha, par les femmes pour brûler l’encens dans les chambres », dit-il. « En tant que jeune entrepreneur, j’ai reconverti ma boutique en alimentation et elle marche bien pour le moment. Cette reconversion n’a pas été difficile», affirme M.S. Il s’est réjoui de la mesure qui renforce l’éducation et la surveillance des jeunes filles, incriminées comme étant de grandes fumeuses de chicha. «Les filles sont devenues très accro à la chicha. Cela peut provoquer des problèmes sur leur santé reproductive. Les enfants aussi doivent être surveillés à tout moment», fait-il savoir. PAS DE BRAS DE FER- Beaucoup pensent que l’interdiction peut pousser à mettre au