Bamako, 6 juillet (AMAP) Au Mali, il existe des édifices religieux dont le prestige va bien au-delà d’une seule appartenance communautaire pour devenir la propriété mémorielle de toute une ville, a constaté l’AMAP.
La cathédrale sacré-cœur de Bamako est l’exemple parfait de cette affirmation. Cet édifice catholique peut, en effet s’enorgueillir, d’être à la fois, depuis plus d’un siècle, témoin et acteur des transformations que Bamako a connues.
L’histoire de ce fleuron du catholicisme malien commence un jour de l’an 1907
L’histoire de ce fleuron du catholicisme malien commence un jour de l’an 1907. Bamako, depuis dix ans c’est-à-dire depuis 1897, avait cessé d’être un village et devenue le siège du gouvernement colonial. Ce nouveau statut valut à la place-forte des Niaré et des Touré un rayonnement qui attira du beau monde. Cela entraîna un développement urbain très rapide et attira de nombreux fonctionnaires, commerçants et travailleurs. Les Pères blancs de Kati virent là l’occasion de prêcher la bonne parole auprès de cette population grandissante et cosmopolite.
Ces missionnaires chevronnés s’invitèrent ainsi à Bamako, et ils y bâtirent une première chapelle en 1907. Mais très vite, face à la hausse rapide du nombre de fidèles chrétiens, la petite chapelle étant devenue étroite, les missionnaires nourrirent un projet ambitieux de cathédrale.
Il était écrit que l’initiative serait une réussite… La vaste collecte de fonds lancée en Afrique (notamment auprès de la mairie de Bamako, de la chambre de commerce du Soudan français, des entreprises de l’AOF-Afrique occidentale française-, ainsi que des fidèles dans l’AOF) et en Europe, a permis de mobiliser jusqu’à 500 000 F cfa de l’époque.
Qui mieux qu’un homme d’église pour donner plus de précisions sur la cathédrale renfermant dans son carillon une partie de l’âme de Bamako…
L’Agence Malienne de Presse du Mali a rencontré le directeur diocésain de l’enseignement catholique de Bamako, Abbé Moïse Coulibaly, afin d’avoir d’amples informations la Cathédrale Sacré Cœur de Bamako, l’épicentre du Catholicisme au Mali.
La première pierre de cet édifice religieux, officiellement posée le 21 février 1925 par Monseigneur Emil-Fernand, en présence du Maréchal Pétain
Notre interlocuteur nous a livré d’amples détails. « La première pierre de cet édifice religieux fut officiellement posée le 21 février 1925 par Monseigneur Emil-Fernand, en présence du Maréchal Pétain, en visite dans notre pays », a-t-il raconté.
une première messe dès le 10 avril 1927 dans la nef encore inachevée
L’abbé Moïse Coulibaly a expliqué que la construction de l’édifice a été menée par l’entreprise Sampoix et le Père Brun. « Le chantier a permis de célébrer une première messe dès le 10 avril 1927 dans la nef encore inachevée », a-t-il précisé.
« Les travaux furent achevés en 1937 et la cathédrale fut solennellement bénie le 13 mars 1938 par Monseigneur Joseph Birraux », a fait savoir M. Coulibaly.
Le directeur diocésain Coulibaly nous a même fourni certaines précisions architecturales : « La cathédrale est bâtie en pierres taillées sur 48 mètres de long et 12 mètres de large et offre plus de 800 places assises».
Certes, les Maliens, toutes confessions confondues, connaissent majoritairement deux noms glorieux (Monseigneur Luc Sangaré et le Cardinal Jean Zerbo) comme les plus célèbres porte-drapeaux de la cathédrale. Pourtant, l’Abbé nous apprend que d’autres archevêques ont tenu avec mérite le saint gouvernail de la pieuse maison. « De sa construction à nos jours, l’édifice religieux a connu six archevêques qui sont : Emile-Fernand (1921 – 1928), Paul Marie Molin (1928 – 1949), Pierre-Louis Leclerc (1949 – 1962) premier archevêque français à Bamako, Luc Sangaré (1962 – 1998) premier archevêque malien, Jean Zerbo (1998 – 2024), archevêque émérite et cardinal, Robert Cissé (depuis 2024) », a-t-il énuméré.
L’abbé ne s’est pas limité à ces explications. Il nous a également communiqué les noms des 17 curés qui se sont succédés dans la sainte gestion de la paroisse bamakoise. Il s’agit, a-t-il complété, « des pères : René Bazin (1923), premier curé de la paroisse ; Paulin Brun (1931), Camille Cormerais (1932), George Bouvier (1938), Etienne Courtois (1946), Hérver Descours (1955), Louis Landon (1961), Hérver Descours (1971), Gérard Tempère (1976), Joseph Vanrentergherm (1985), André Monnier (1989), Henri Cavrois (1990), Antoine Paulin (1993), Abbé David Traoré ( ?), Abbé Sylvain Camara ( 1995-2008), Abbé Timothé Diallo ( 2002 à 2018) et Abbé Noël Samaké (depuis 2028). »
A l’intérieur de ce lieu de prière que les corps des archevêques Leclerc et Luc Sangaré reposent
Abbé Coulibaly nous précise ceci : «C’est à l’intérieur de ce lieu de prière que les corps des archevêques Leclerc et Luc Sangaré reposent. » Puis notre interlocuteur d’ajouter que c’est à l’âge de 80 ans que les détenteurs du titre de Cardinal renoncent à leur charge.
Son clocher est équipé de trois cloches initiales, dont Notre-dame du Liban
Continuant à parler de la cathédrale avec une évidente émotion, le directeur diocésain a tenu à insister sur un détail architectural qui, selon lui, donne à ce lieu de culte un aspect si solennel. « La cathédrale a la forme architecturale romano-byzantine unique associée à des voûtes en plein cintre romanes et des colonnes byzantines aux chapiteaux sculptés de motifs végétaux et géométriques », a-t-il décrit avec fierté. Et de poursuivre : « Son clocher est équipé de trois cloches initiales, dont Notre-dame du Liban offerte par la communauté libanaise, ainsi que d’une horloge à quatre cadrans et d’une quatrième cloche de 200 kg offerte par la mairie de Bamako. »
Doucement mais sereinement, lentement mais sûrement, la cathédrale a donc su, au fil des décennies, devenir un des symboles qui incarnent l’histoire et le prestige de la ville de Bamako au-delà des considérations religieuses. Oui, aujourd’hui, la cathédrale de Bamako représente bien plus qu’un édifice catholique… Elle est, avec son style d’architecture marqué d’histoire, un repère mémoriel pour les Bamakois dans leur ensemble lorsqu’ils parlent des lieux emblématiques de leur ville centenaire.
Le voisinage des SOTRAMA provoque un désordre désormais incompatible avec ce lieu de culte
Cependant les bouleversements urbains entraînent toujours des désagréments. La cathédrale, aux dires de l’abbé, subit une cohabitation indésirable qui perturbe en permanence sa tranquillité. Cette cohabitation a pour nom : « L’aménagement des parcs de la société des transports du Mali (SOTRAMA) ». Pour l’abbé, cette mainmise des SOTRAMA sur un espace contigu à la cathédrale, et qui plus est devant son portail principal, pose de sérieux problèmes aux ouailles. Ce voisinage des SOTRAMA provoque un désordre désormais incompatible avec ce lieu de culte. Et l’homme d’église de s’émouvoir encore plus de l’intense et permanent dérangement dont souffre la cathédrale suite aux mutations de la ville : « L’évolution rapide de l’environnement immédiat de la cathédrale provoque trois dégradations majeures : il s’agit des nuisances sonores continuelles qui perturbent gravement les célébrations, l’obstruction régulière de l’entrée principale due à l’incivilité, mais aussi les atteintes à la salubrité de la clôture de l’édifice religieux. »
L’abbé Coulibaly accompagne ce constat en lançant un cri du cœur à l’endroit des pouvoirs publics, notamment les pouvoirs locaux. Une sorte d’interpellation des autorités communales à trouver une solution possible à cette situation.
Cent ans (1923 à 2023) après sa création, la mission Sacré-Cœur de Bamako est passée d’une simple chapelle de terre à un majestueux sanctuaire en pierre taillée
Mettant volontiers l’accent sur le lien intime entre l’évolution de la cathédrale et la transformation de Bamako en tant que grande ville, depuis un siècle, l’abbé a rappelé ceci : « Cent ans (1923 à 2023) après sa création, la mission Sacré-Cœur de Bamako est passée d’une simple chapelle de terre à un majestueux sanctuaire en pierre taillée. Son essor a accompagné la croissance de la capitale, donnant naissance à trois paroisses sur les deux rives du fleuve Niger. Classée au Patrimoine culturel national en 2O12, cet édifice romano-byzantin dépasse le cadre religieux pour rester un symbole de paix, d’unité et de fraternité pour tous les Maliens. »
La cathédrale de Bamako, un bâtiment religieux devenu un trait d’union entre les communautés maliennes dans leur diversité.
ST/KM (AMAP)

