Nioro: Hamadi Kouyaté dit « Mari », un patrimoine vivant au service de l’éducation et de la culture

Nioro, 21 juin (AMAP) À Nioro du Sahel, rares sont ceux qui ne connaissent pas Monsieur Hamadi Kouyaté, affectueusement appelé « Mari ». Enseignant de profession et artiste de passion, cet homme au parcours exceptionnel a consacré sa vie à l’éducation des jeunes générations, tout en portant haut les couleurs de la culture malienne.

Né d’une famille de griots

Né le 27 mai 1952 à Nioro du Sahel, Hamadi Kouyaté est issu d’une famille de griots où la musique et la transmission des traditions occupent une place centrale. Il effectue ses études primaires à l’École des garçons de Nioro, où il est inscrit dès 1959. Brillant élève, il poursuit son cursus avec succès jusqu’à l’obtention du Diplôme d’Études Fondamentales (DEF) en 1971. Cette réussite lui ouvre les portes de l’Institut Pédagogique d’Enseignement Général (IPEG) de Sikasso, où il suit quatre années de formation.

Maître de musique au second cycle à partir des années 74-75

Sa carrière dans l’enseignement débute au cours de l’année scolaire 1974-1975 en qualité de maître de musique au second cycle. Un choix qui correspond parfaitement à son histoire familiale. Dès l’âge de sept ou huit ans, il s’initie à la guitare, inspiré par son oncle musicien. Dans son entourage familial, le n’goni, le tama et d’autres instruments traditionnels rythment le quotidien, forgeant ainsi sa vocation artistique.

Durant son séjour à Sikasso, ses talents musicaux se révèlent davantage. À l’IPEG, où la pratique artistique occupe une place importante dans l’animation du foyer scolaire. Il se fait très vite distinguer  par sa maîtrise de plusieurs instruments. Cette réputation lui vaut, à la fin de sa formation, d’être sollicité par l’orchestre Télé Star de Sikasso, alors à la recherche d’un guitariste soliste.  Prévu pour trois mois, son passage est finalement prolongé grâce à l’appui des autorités régionales, notamment du gouverneur et du directeur régional de la Jeunesse de Sikasso de   l’époque.

Une riche carrière artistique

Cette expérience marque le début d’une riche carrière artistique. À Sikasso, Hamadi Kouyaté se marie avec une secrétaire Fadima Diabaté, elle aussi issue d’une famille griotte de la localité.

Notre artiste collabore avec plusieurs figures de la musique malienne, parmi lesquelles Baba Barry, Mamadou Sangarédit « Madou Guitare » de Ségou, Mah Kouyaté N°1, ainsi que la célèbre Nahawa Doumbia. Entre 1976 et 1977, aux côtés d’Abdoulaye Diabaté, Cheick Sadibou Diabaté, Mamadou Diakité et François Ballo, il participe à la composition de l’œuvre « Lala et Binèfou » cette chanson du Kéné star qui a fait le tour du monde.

Son talent est également récompensé lors de plusieurs compétitions artistiques. En 1974, il décroche la deuxième place en solo de chant avec le titre ‘Djigui Tigné » un chant qui a fait feu à l’époque

Deux ans plus tard, il se classe troisième avec la chanson « Né té nin don, né té djougou don ».

Pour Hamadi Kouyaté, son passage à Sikasso constitue une étape déterminante. Il garde une profonde reconnaissance envers ses formateurs, notamment Mahamane Baby et un enseignant européen surnommé « le Lion », reconnu pour son engagement culturel et sa rigueur.

De retour à Nioro du Sahel en 1982, il rejoint l’orchestre local et poursuit son engagement culturel. Il participe à trois éditions de la Biennale artistique et culturelle à Kayes, où il collabore avec plusieurs grandes figures de la culture régionale, notamment Harouna Barry, Cheicnè Diagouraga dit Diagous et Mamadou Laye Sisoko, chargé des compositions de solo de chant, qui sollicitait régulièrement ses avis et observations.

Plusieurs distinctions obtenues

Tout au long de sa carrière, l’artiste accumule les distinctions. Parmi elles figure le troisième prix national « Écho Sida ». Entre 2000 et 2002, il réalise également une composition consacrée à la Francophonie et publie deux albums, Démé et La Faga Wela, témoignant de sa créativité et de son attachement aux valeurs culturelles.

Son parcours artistique l’amène aussi à franchir les frontières du Mali. Il effectue plusieurs tournées en Europe comme artiste de la Francophonie notamment en France, en Belgique et en Allemagne, où il participe à de nombreux spectacles destinés à promouvoir la culture malienne.

Aujourd’hui, Hamadi Kouyaté regarde son parcours avec fierté mais aussi avec une certaine nostalgie.

Beaucoup de ses compagnons de route ont disparu, tandis que d’autres ont été rattrapés par le poids des années. Cependant, il ne nourrit aucun regret.

« Je suis fier d’avoir servi mon pays à la fois comme enseignant et comme artiste », confie-t-il.

Cette double contribution lui a valu de nombreuses attestations de reconnaissance aux niveaux régional,  national et même ninternational et en Europe. La plus récente lui a été décernée lors de la Biennale artistique et culturelle de Tombouctou en 2025.

Très attaché aux valeurs de respect et de fraternité, Hamadi Kouyaté entretient également des relations privilégiées avec la famille chérifienne. Une proximité qu’il explique notamment par les liens générationnels existant entre le guide des Hamallistes et son frère aîné Aguibou dit Baba Kouyaté.

 

Incarnation d’une génération d’hommes

À 74 ans, l’homme reste animé par la même passion qui l’habite depuis son enfance. Malgré le poids de l’âge, il se dit toujours prêt à accompagner la troupe régionale de Nioro partout où besoin sera, afin de continuer à promouvoir l’image de sa ville natale et de contribuer au rayonnement de la culture malienne.

Hamadi Kouyaté dit « Mari » demeure ainsi l’incarnation d’une génération d’hommes qui ont su conjuguer avec talent l’éducation, l’art et l’engagement au service de leur communauté et de leur pays.

Beaucoup de jeunes doivent s’inspirer de ses œuvres pour faire du Mali un véritable pays des Arts et de la Culture.

 MD/KM (AMAP)