Bamako, 21 juin (AMAP)Dans notre société, les personnes différentes par leurs couleurs, formes physiques (obèse, handicaps physiques etc) font l’objet de stigmatisations, de rejets et de railleries à cause simplement de leur singularité. Sur ce tableau, les personnes obèses, notamment la gent féminine, ne font pas exception.
AT, depuis l’âge de 17 ans, vit sous le poids de cette maladie. À l’époque, elle pesait 95 kilogrammes. «Je ne pouvais pas aller du rez-de-chaussée à l’étage sans m’essouffler», confie AT qui a énormément souffert des moqueries de son entourage. Cette pression sociale va la pousser à s’investir pour positiver le regard de la société sur sa rondeur.
Elle décide ainsi d’adopter un régime sportif et alimentaire pour obtenir une baisse de poids. «J’ai perdu 20 kg. Je ne suis pas encore mince, mais je respire mieux et surtout, j’ai appris à positiver le regard sur moi. J’ai compris que le changement commence dans la tête. Il ne faut pas maigrir pour plaire aux autres, mais pour se sentir bien dans sa peau», avoue AT.
«L’obésité m’a enfermée dans un état psychologique. Je ne sors presque plus, je n’ai pas d’amis proches. À l’université, je me sens mise à l’écart. Les gens parlent de mode, d’amour, de voyages, et moi je reste silencieuse. J’ai déjà failli faire une dépression. J’ai l’impression que tout le monde me juge, et parfois je me dis que je n’ai rien à faire dans ce monde», se lamente l’étudiante de 22 ans.
L’Obésité, un Cauchemar
Une femme de 32 ans confie que depuis son adolescence, elle a toujours eu des rondeurs. «Mais, mon poids augmentait au fur et à mesure que je prenais de l’âge. Chaque jour, j’affronte les regards et les moqueries. Dans ma famille, on me répète sans cesse que je dois maigrir, comme si je ne le savais pas déjà…», se lamente la pauvre avant d’indiquer que même dans les sotramas, les apprentis lui en veulent sous prétexte qu’elle occupe plus de place que les autres passagers.
Selon elle, ces paroles la détruisent à petit feu. Cette pression sociale l’a poussée à s’isoler. «J’ai longtemps évité les relations amoureuses par peur d’être rejetée. L’obésité n’est pas seulement un poids sur mon corps, mais aussi une charge émotionnelle très forte sur mon cœur», résume la trentenaire.
Quant à Mariam Sissoko commerçante de 45 ans, elle vit une autre facette de ce combat : celle de la douleur physique et de la résilience. «Mes genoux me font mal en permanence. Je ferme souvent ma boutique de vente de pagnes plus tôt que prévu parce que je me sens trop fatiguée. Pendant ma dernière grossesse, les médecins m’ont dit que mon obésité mettait ma santé et celle de mon bébé en danger», se souvient celle qui pèse 118 kg. Pire. Elle souffre d’un mal de dos horrible et du diabète. Malgré ces maux, elle se dit obliger de continuer à travailler pour nourrir ses enfants et payer leurs études. Malgré la fatigue et la peur, Aminata garde la tête haute. «Maigrir est devenu un cauchemar et une hantise pour moi au quotidien», soutient la marchande.
Le courage des femmes obèses est salué par de nombreuses personnes. Matou Cissé Sangaré, vendeuse au marché de Daoudabougou en Commune V du District de Bamako dénonce les critiques discriminatoires à l’égard des femmes obèses. «Chez nous, en Afrique, dans certaines sociétés traditionnelles avoir des rondeurs était bien coté et a longtemps été vu comme un signe de beauté et de bien-être. Mais, les mentalités ont changé avec la modernité», dit-elle.
La marchande affirme que les personnes qui se moquent d’elles devraient chercher à comprendre leur situation. «Pourtant, j’en connais beaucoup qui sont très actives et courageuses. Ce n’est pas parce qu’une femme est grosse qu’elle est malade ou paresseuse», témoigne-t-elle.
Pour sa part, le couturier Tidiane Sangaré, déplore le regard négatif de la société sur les femmes obèses. «On les stigmatise, surtout les jeunes filles, comme si elles ne pouvaient pas être belles ou élégantes. Mais à mon avis, tout dépend de la confiance en soi», assure-t-il avant d’ajouter qu’une femme obèse qui s’accepte et s’habille bien attire le respect.
Les régimes miracles sont dangereux
Le couturier admet volontiers que la société doit apprendre à voir au-delà du physique et à valoriser la personnalité et le courage de ces femmes. De son côté, Amadou Kamissoko, chauffeur de taxi à Bamako, soutient que les femmes victimes de surpoids ont l’air de ne pas prendre soin d’elles notamment en termes d’hygiène. «Moi, franchement, je n’aime pas les femmes trop grosses. Souvent, elles disent que c’est naturel, mais en réalité c’est juste qu’elles mangent trop et ne bougent pas assez», argumente le transporteur.
Au septentrion du pays, l’obésité est perçue comme un symbole de beauté et de richesse. Hadéïja Maïga, originaire de Tombouctou, explique que dans sa localité, on dit qu’une vraie femme, c’est celle qui a des formes généreuses. Elle explique que l’obésité n’est pas perçue comme une maladie, mais plutôt comme une fierté pour la famille. «Et puis, on se marie entre nous, donc personne ne s’inquiète pour ça», signale-t-elle.
Cette perception culturelle retarde la prise de conscience des dangers liés au surpoids. Le diététicien-nutritionniste, Abdoulaye Konaté, affirme que l’obésité est une maladie complexe. «Elle n’est pas simplement liée à la gourmandise. Elle peut être due à des troubles hormonaux, au stress ou à un mode de vie trop sédentaire», indique-t-il avant de regretter le changement de nos habitudes alimentaires marqué par la consommation abondante de plats gras, de boissons sucrées et la faible consommation d’aliments naturels.
La prise en charge doit être spécialisée
Le spécialiste de la nutrition assure que toute prise en charge doit être personnalisée. «Il faut d’abord faire un bilan médical complet avant de commencer un régime. Et surtout se méfier des régimes miracles qui n’apportent aucune solution au problème», prévient-il. Et de souligner l’importance d’adopter une hygiène de vie durable, réduire les portions, privilégier le fonio, le mil, les légumes, boire beaucoup d’eau et bouger tous les jours. Son message est clair : «Il ne s’agit pas de se priver, mais d’apprendre à manger mieux. Le changement commence dans l’assiette, dans la tête et dans le cœur ».
Pour le docteur Fousseyni Keïta, d’une clinique privée, l’obésité est une maladie dangereuse qui ronge petit à petit ceux ou celles qui en sont victimes et qui peuvent contracter un arrête cardiaque vasculaire. Pour éviter cela, il est utile de contrôler son alimentation et diminuer son poids.
L’obésité, une maladie chronique caractérisée par une accumulation anormale et excessive de graisse pouvant nuire à la santé
La nutrithérapeute Dr Samaké Alimata Sacko explique que l’obésité est une maladie chronique caractérisée par une accumulation anormale et excessive de graisse pouvant nuire à la santé. Elle poursuit qu’une personne est considérée comme obèse, lorsque son indice de masse corporelle appelée (IMC) est supérieure ou égale à 30 kg/m².
u nombre des conséquences liées à cette pathologie, la nutrithérapeute cite notamment le risque accru de maladies cardiovasculaires, l’hypertension artérielle, l’infarctus du myocarde, l’angine de poitrine, les accidents vasculaires cérébraux et le cancer. S’y ajoutent l’arthrose, les douleurs dorsales, le développement du diabète de type 2 et les troubles respiratoires.
Conseil pratique, éviter de sauter des repas et le grignotage entre les repas
Dr Samaké Alimata Sacko affirme que l’obésité est souvent associée à la dépression, l’anxiété et une faible estime de soi. «Ces effets sont souvent aggravés par la stigmatisation sociale, la discrimination, et l’isolement que peuvent subir les personnes obèses», déplore-t-elle. La spécialité en nutrithérapie conseille d’éviter de sauter des repas et le grignotage entre les repas. Elle préconise de manger lentement pour mieux ressentir la satiété et de pratiquer des activités physiques régulières. Dr Samaké Alimata Sacko insiste sur le fait qu’il est crucial de maintenir un IMC normal (inférieur à 26Kg/m²) pour rester en bonne santé.
Mais, les railleries et stigmatisations renferment et désorientent les femmes obèses et décuplent leur stress. Ces comportements négatifs de la société loin d’être une solution, compliquent davantage la volonté de ces femmes rondes à trouver une solution idoine à leur surcharge pondérale pour réussir leur « remodelage ». Sans se rendre compte, la société les pousse à se renfermer sur elles-mêmes en adoptant un mutisme presque total. De ce fait elles plongent dans une souffrance silencieuse et insidieuse, car elles sont victimes de plusieurs types de souffrances à la fois (physique, psychologique, émotionnelle, relationnelle etc).
Après tout, d’après le chanteur Salif Kéita, c’est la différence qui est jolie, sinon l’uniformité des tailles, des couleurs et des corpulences serait ennuyeuse ! C’est la diversité de la nature qui fait sa beauté.
HL/KM/AD


