Occupation anarchique des routes aux abords des marchés : Entre opportunisme Économique et incivisme

Bamako, 5 mai (AMAP) À Bamako, l’occupation anarchique des routes nationales par certains commerçants aux abords des marchés devient une réalité préoccupante, a constaté l’AMAP.

Motivées par la recherche de clientèle, ces installations entraînent embouteillages, insécurité routière et dégradation du cadre urbain, malgré les interventions répétées des autorités locales.

Il était 11 heures ce lundi matin lorsque nous avons tenté de traverser le marché de Sabalibougou afin de constater de visu la réalité de la situation. Sur place, le spectacle est frappant. La route est presque méconnaissable, transformée en prolongement du marché. Des parasols multicolores couvrent des étals improvisés de légumes et de fruits. Des vendeurs ambulants circulent entre les véhicules avec leurs articles divers. Les motocyclistes se faufilent difficilement, tandis que les automobilistes avancent centimètre par centimètre dans un embouteillage indescriptible. Chacun tente de se frayer un passage pour atteindre sa destination, mais tous se retrouvent coincés sur une seule route largement obstruée par des installations anarchiques.

‎Dans ce brouhaha de klaxons, de cris de vendeurs et de moteurs, un conducteur de moto-taxi, visiblement très pressé, a finalement quitté la voie principale pour emprunter une ruelle étroite dans l’espoir de contourner l’obstacle.

‎Interrogée sur les raisons de cette occupation des abords de la route, Aïchata Sidibé, vendeuse de légumes au marché de Sabalibougou, explique : « Nous nous installons aux abords de la route pour avoir plus de clients. Beaucoup de gens le font. Avant, je restais à l’intérieur du marché où j’occupe une place. Mais quand j’ai vu que ceux qui s’installent dehors prenaient tous les clients, moi aussi j’ai décidé de venir m’installer ici. »

‎Consciente des dangers liés à cette pratique, elle poursuit : « Nous savons que ce n’est pas bon, car nous nous exposons aux accidents. Souvent les camionneurs écrasent nos marchandises. Les agents de la mairie aussi peuvent les confisquer lors de leurs passages. Mais malgré tout, nous n’avons pas le choix. C’est la seule façon d’augmenter nos recettes. »

‎La situation n’est pas différente au marché de Niamakoro, où les commerçants occupent également les abords de la route dans l’espoir d’augmenter leurs revenus, malgré les risques d’accidents et les perturbations importantes de la circulation routière.

‎Selon Adama Konaté, troisième adjoint au maire de la Commune V du District de Bamako, chargé du cadre de vie et de la sécurité, la situation du marché de Sabalibougou constitue une préoccupation majeure d’intérêt public, à l’image de nombreux marchés de la capitale. Il rappelle que la voie traversant ce marché avait été aménagée dans le cadre du Projet urbain d’assainissement. Cependant, moins de quatre ans après sa réalisation, elle s’est fortement dégradée à cause de l’occupation anarchique.

‎Malgré les multiples interventions de la Direction urbaine de bon ordre et de la protection de l’environnement (DUBOP), qui effectue deux passages hebdomadaires pour dégager les commerçants installés anarchiquement aux abords de la route, allant parfois jusqu’à saisir leurs marchandises, ces derniers reviennent seulement quelques minutes après leur départ et réoccupent les lieux, rendant la voie presque impraticable.

‎Pour le cas spécifique de Sabalibougou, plusieurs démarches ont été entreprises par la mairie avec l’implication de la chefferie traditionnelle, de la CAFO, de la société civile, des commissariats de Sabalibougou et de Torokorobougou, ainsi que de la mairie du District. Toutefois, ces actions n’ont pas encore permis d’obtenir des résultats durables.

‎Contrairement à certaines idées reçues, cette occupation anarchique n’est pas liée à un manque de places à l’intérieur du marché. Selon les données de la mairie, plus de 80 % des commerçants installés aux abords de la route disposent déjà d’emplacements à l’intérieur du marché. Le recensement effectué fait état d’environ 5 900 occupants, alors que le plan d’aménagement prévoit plus de 7 000 places.

La principale motivation reste donc la proximité de la route, considérée comme plus favorable pour attirer davantage de clients. Toutefois, cette pratique présente des risques importants pour la circulation routière, la sécurité des usagers ainsi que celle des commerçants eux-mêmes. Face à cette situation, la solution durable envisagée par la mairie repose sur la poursuite de l’aménagement du marché et le renforcement des actions de sensibilisation auprès des acteurs concernés sur les dangers liés à l’occupation des abords de la route.

 MLHD/KM (AMAP)