Nioro du Sahel, 5 mai (AMAP) Le phénomène de la mendicité des enfants devient, aujourd’hui, un véritable problème de société, surtout à Nioro du Sahel, localité située à l’ouest de la Capitale, Bamako, constate l’AMAP.
Par groupe ou de façon isolée, on les voit à longueur de journée parcourir toutes les rues et artères de la ville. Ainsi, qu’il pleuve ou qu’il neige ces petits mendiants munis de boites de conserve ou de récipients de toute sorte, sillonnent tous les coins et recoins de la ville.
La mendicité, une pratique ancestrale
Beaucoup de maitres coraniques et de notabilités pensent que la mendicité chez les enfants est une pratique ancestrale, un passage obligatoire pour tout enfant ou adolescent des école coraniques.
D’ailleurs ici à Nioro même ceux qui sont à l’école passent les matins de bonheur et les jours non ouvrables à apprendre des versets du saint coran. Certains maitres coraniques trouvent que les parents des enfants qu’ils encadrent ne font aucun appui par rapport aux prises en charge. Alors, ils sont obligés, comme la tradition l’enseigne d’aller chercher en ville de la nourriture aux heures de repas.
Le constat est qu’on rencontre ces jeunes mendiants un peu partout : dans le marché, aux abords des routes, devant les bâtiments administratifs, dans les maisons abandonnées, partout.
Aujourd’hui, beaucoup de jeunes gens qui ne sont pas des élèves coraniques pratiquent cette activité pour pouvoir survivre ou pour aider des parents malades ou en difficulté.
L’avis des maîtres coraniques sur le phénomène
Maitre B Badiaga est maître coranique habitant le quartier Dianwely Counda de Nioro. Pour lui, la pratique date de très longtemps et est, selon lui, une manière d’éduquer les enfants et de les apprendre le contenu du saint coran.
Assis dans son vestibule en boubou blanc, au milieu d’une cinquantaine de disciples, Maitre Baliaga racle deux fois la gorge et dit : mon père avait plus de cent talibés dans ce même vestibule. Après son décès, j’ai pris la relève. Il y a plus de dix ans que j’exerce ce travail. Chaque année j’ai plus d’une vingtaine d’enfants dont les âges varient entre cinq à vingt-cinq ans. Aucun maître coranique ne peut nourrir plus d’une dizaine de têtes sans que ceux-ci ne t’aident. C’est pourquoi aux heures de repas, ils sortent pour aller chercher de quoi manger. Cela, de façon coutumière rentre aussi dans leur éducation.
A la question pourquoi les maîtres coraniques obligent les talibés à leur amener de l’argent, M. Badiaga avec un ton fâché répond : moi je ne fais pas ça. Seulement, pendant l’hivernage les plus grands m’aident à travailler au champ. Le soir à leur retour, ils amènent du bois de chauffe pour apprendre à la lueur de la flamme la nuit.
Thierno Amadou Bassir DIALLO est un autre maître coranique qui habite une petite maison à proximité du village de Madonga à seulement trois kilomètres au nord de Nioro. Il est exactement 17 heures quand je me rends chez lui pour ne rien rater. La tête turbannée dans un tissu blanc en coton il reçoit son visiteur avec une mine serrée. Mes disciples viennent d’horizons différents. Certains sont du cercle, d’autres viennent de Diéma, de Ségou, de Macina, de Koulikoro, de Kayes et même de la Côte d’ivoire ou même du Burkina Faso ; ils apprennent le coran comme vous le constatez. Aller mendier en ville est une tradition ancestrale. Je les nourris par les dons que les villageois m’offrent et les aides venant de certains parents du pays et de l’étranger. Le phénomène de mendicité s’il dérange pourra finir si le gouvernement pouvait aider les maitres coraniques par un appui et par la construction de structures d’accueil. Regardes, dans ce gros village où on peut avoir plus de cent enfants scolarisables par an, il n’y a qu’une école de 3 classes et aucune medersa au sens du mot.
Mme Korè Diallo est une pauvre veuve aveugle d’une quarantaine d’années qui habite le quartier Malicounda. Chaque matin elle parcourt toute la ville à la recherche de quoi manger. La main à l’épaule de son garçon d’une quinzaine d’années elle se promène de famille en famille pour mendier.
Contrairement aux petits enfants qui mendient pour satisfaire leur maître, Mme Diallo le fait parce qu’elle a perdu son mari très tôt et aussi à cause de son handicap.
L’attitude des jeunes mendiants
Moussa Sow est un jeune mendiant bien connu par les Niorois à cause de sa belle voix quand il quémande. Il a seulement 13 ans. Il dit avoir quitté ses parents à Kayes depuis à l’âge de 7ans pour être confié à son maître ici à Nioro. En dehors de ses heures d’apprentissage du Saint coran, Moussa comme beaucoup de ses camarades ont la tâche d’aller chercher du bois de chauffe en brousse, revenir vers 11 heures pour aider la femme du maître aux travaux domestiques, se rendre en ville vers 12 heures pour quémander le repas de midi.
Et si c’est Vendredi, il faut rester en ville pour ne pas rater l’arrivée et le retour, des fidèles musulmans. Occasion pour amener au maître beaucoup d’argent.
Le petit Moussa dit : « si tu enlèves 5F de l’argent reçu, une malédiction t’arrivera » en souriant. Sidi Bah, âgé de 12 ans et 7 autres de ses camarades venus du cercle de Macina et du cercle de Banamba sont obligés d’apporter au maître en plus du repas une somme de 100F chaque jour pour ne pas être victime de sanction.
Souvent, devant des services publics, devant des maisons abandonnées ou sous des hangars du marché, on voit ces jeunes gens couchés à même le sol dans des conditions souvent très difficiles.
D’ailleurs plusieurs d’entre eux se promènent les pieds nus, donc prédisposés à des dangers de toutes sortes.
D’autres dont l’âge est compris entre 6 et 17 ans sans domiciles fixes passent la nuit par groupes. Cela se passe à tout moment quelque soit les intempéries sur l’esplanade de la tribune située au plein cœur de la ville de Nioro.
Au marché, on les aperçoit partout. Gare à toit si tu mets la main dans la poche ou si tu te rends à la station pour payer du carburant. Tu les vois partout à côté tendre leurs boîtes pour des gitons.
Le Vendredi, jour de la grande prière est le moment à ne jamais manquer et la fête chez les petits mendiants qui surgissent par groupes de dix, trente ou plus de tous les côtés de la ville pour prendre d’assaut les devantures de la grande mosquée. Ils envahissent toutes les rues de la ville. Tout le monde, même les infirmes et les handicapés répondent présents à ce rendez- vous hebdomadaire. Il faut à tout prix être devant la mosquée pour attendre la sortie des fidèles musulmans. Certains donnent des pièces de 100f, d’autres plus ou même des billets comme affirmé par le jeune mendiant Abderrahmane Sylla, mendiant venant de Diéoura dans le cercle de Diéma et habitant avec 10 de ses camarades et leur maître dans une maison inachevée au quartier Koulouba depuis plusieurs mois.
Certains parents comme M. Nimaga un notable de la ville, pense qu’un enfant qui subit toutes ces épreuves de la part de son maître est bien éduqué et aura sans doute la bénédiction des ancêtres.
El Hadj Diallo est aussi un maître coranique dans un petit village situé à seulement 5Km à l’ouest de Nioro. Lui aussi possède plus de cent jeunes gens à éduquer et à initier au Saint coran. Il a hérité ce travail de son père qui pouvait héberger deux cents talibés. Les enfants que M. Diallo dispose sont âgés de 8 à 22 ans. Le matin de 6 heures à 9 heures, ils apprennent dans un brouhaha le coran et se rendent ensuite dans les champs du maître pour travailler. Certains vont à la recherche du bois de chauffe ou encore à la recherche de la paille pour les animaux. Maître Diallo contrairement aux autres ne frappe pas ses élèves et s’arrange à protéger les tous petits qui restent à la maison pour quémander du repas. Les plus âgés marchent 5 Kilomètres chaque midi et chaque petit soir pour chercher de l’argent ou de la nourriture à Nioro. Cela après les travaux quotidiens.
Qu’il fasse chaud, qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige, ces petits mendiants sillonnent tous les coins et recoins de la ville. Les parents n’ont-ils pas conscience de la réalité des choses ? Que font les autorités locales face à cette situation ? En tout cas pour les populations, c’est vraiment genant.
MD/KM (AMAP)


