Bamako, 4 mars (AMAP) Les Moto-Taxis ont apporté une véritable touche au paysage du transport urbain de la capitale à partir de 2018, avec le lancement de la start-up Telimani, a constaté l’AMAP.
Ce type de transport s’est ensuite généralisé au début de l’année 2021 avec l’apparition d’autres acteurs dans le secteur. Depuis, la ville de Bamako est envahie par ces engins, devenus un moyen facile pour la mobilité des personnes.
À Niamana, en ce début de matinée, certains conducteurs de moto-taxi se regroupent en petits groupes au bord des routes. Les uns échangent pelle mêle sur l’activité national ou internationale et d’autres klaxonnent pour attirer des clients. En face d’une station-service de la place, une quinzaine de conducteurs patientent sur leurs motos. Moins de cinq conducteurs ont encore trouvé de clients.
« Depuis 5 h 30, j’ai quitté la maison. J’ai déjà parcouru plus de 20 km sans trouver un seul client », confie Sidiki Doumbia, 29 ans, conducteur depuis plus de cinq ans. Il ajoute qu’aujourd’hui, c’est une activité qu’ils font juste pour ne pas rester les bras croisés.
Commerçant reconverti, Sidiki raconte avoir pu acheter une maison grâce à son ancien métier. Mais le Taxi-Moto, dit-il, est très précaire. « Il m’arrive parfois de ne même pas gagner mes frais d’essence dans la journée », déplore-t-il.
Un autre conducteur s’exprime : « Ce n’est plus rentable. Il y a trop de conducteurs de moto-taxi. En plus, les policiers nous fatiguent beaucoup. On nous demande de prendre de l’assurance que nous jugeons moins intéressant. Parce qu’on n’est pas assisté quand nous faisons un accident», se plaint Diakaria Doumbia, conducteur de moto-taxi.
Daouda Keita, étudiant en Master, conduit sa moto-taxi le matin avant ses cours de 16h à 20h. « C’est très compliqué de mener ces deux activités, mais nous n’avons pas le choix. Ce sont les problèmes financiers qui nous poussent à faire ce métier. Le travail de Taxi-Moto est une question de chance. Parfois, on peut gagner rapidement de l’argent, mais il nous arrive aussi souvent de passer toute une journée sans trouver un rond », explique Daouda.
Au départ des moto-taxis, l’activité était jugée rentable par les usagers. Mais avec le temps, la multiplication des conducteurs a réduit les opportunités. Pour beaucoup, elle n’est plus qu’une activité secondaire. On y retrouve des enseignants du secteur privé, des étudiants et des ouvriers qui mènent une autre activité en parallèle. Ce travail devient de plus en plus un véritable casse-tête, de l’avis de nombreux conducteurs.
Sur la colline du savoir, Drissa Konaté, jeune diplômé sans emploi, complète ses revenus de repassage et de photocopies en menant cette activité. « J’ai débuté en novembre dernier, parce que c’est difficile de vivre avec un seul métier. Depuis, j’ai pu économiser un peu », se réjouit Drissa Konaté qui reconnaît que ce n’est jamais facile de cumuler plusieurs activités. 
Au rond-point de Banankabougou, le constat est similaire. La plupart des conducteurs exercent d’autres métiers. Yalcouyé, ouvrier journalier dans une usine, raconte qu’en 2022, il a commencé ce travail pour subvenir à ses besoins. Il travaille à l’usine le jour et conduit de 17h à 22h. Selon lui, la forte affluence dans le secteur s’explique par le manque d’emploi. « Avant, pour transporter un client de Banankabougou à Sokorodji, on pouvait gagner 500 Fcfa ou plus. Aujourd’hui, le prix varie entre 200 et 300 Fcfa », chiffre Yalcouyé.
Amadou Saye est fabricant de briques. Il se tourne vers la moto-taxi lorsqu’il n’a pas de marché. « Au début, je pouvais gagner entre 10 000 et 25.000 Fcfa par jour. Aujourd’hui, il m’arrive de passer toute une journée sans atteindre 3.000 Fcfa. Les clients discutent et contestent les prix. Si tu refuses, un autre collègue accepte en dessous, ce qui complique notre travail », regrette-t-il.Du côté des clients, certains affirment que la prolifération des moto-taxis a fait baisser les prix de transport de ces engins à deux roues. Avant, Wassa, une cliente, payait 3.000 Fcfa pour ses courses. Aujourd’hui, elle négocie à 1.500 Fcfa. Elle rappelle que la veille, un conducteur a fait un trajet de 3.000 Fcfa (Missabougou-Tiéguena) à 1.500 Fcfa. Telle est aussi la dure réalité liée à l’offre et à la demande.
Abdramane Traoré, enseignant du secteur privé, est également client de Telimani. Il abonde dans le même sens. Il réside à Yirimadio et se rend à Badalabougou pour dispenser des cours dans une école privée. Il reconnaît qu’il arrive à économiser un peu avec la baisse du prix de transport. « Chaque semaine, je pouvais dépenser plus de 15.000 Fcfa dans le transport. Mais aujourd’hui, même 7.000 Fcfa peuvent suffire », précise l’enseignant. 
Contrairement à ses prédécesseurs, Aminata Thera, journaliste, souligne que certains conducteurs de Taxi-Moto ne sont pas raisonnables. En dépit du nombre croissant des conducteurs, il ne voit pas assez d’impact positif sur les frais. Selon elle, il y a toujours des gens qui aiment imposer des difficultés à leurs prochains.
« Ils se cachent derrière la pénurie de carburant pour augmenter le prix du transport », affirme-t-elle avec certitude.
Adama Traoré, Président du Syndicat national des acteurs de moto-taxi du Mali, a affirmé : « Notre objectif est de valoriser le métier de conducteur de moto-taxi et de défendre nos droits auprès des services compétents. Nous menons des actions de sensibilisation afin que les conducteurs se conforment aux règlements en vigueur, dans le but de réduire les risques d’accidents et de garantir la sécurité de tous ».
Il reconnaît que ce n’est pas un travail facile, parce que les conducteurs sont plus nombreux, avec toutes genres de personnes. « Aujourd’hui, ils sont au nombre de moins de 6 millions conducteurs à travers le pays. Mais certains ne sont pas prêts pour une collaboration. Beaucoup ne font pas leur paiement », explique Adama Traoré.
À ce jour, en dehors de la décision de la mairie, l’État n’a pas encore adopté une loi spécifique concernant l’activité des moto-taxis.
« La mairie délivre des vignettes et perçoit des taxes, tandis que l’impôt est également exigé. Les tarifs diffèrent : la vignette municipale coûte 6.000 Fcfa et l’impôt s’élève à 15.000 Fcfa», explique-t-il.
Dans la circulation, les accidents sont souvent provoqués par ces conducteurs de moto-taxi. En tout cas, c’est ce que précise un agent de police de Compagnie de circulation routière. « Des conducteurs de moto-taxi ne respectent pas les codes de route. Ce qui provoque la plupart des temps des accidents. Ils font des surcharges, certains ne prennent jamais de vignette, ni d’assurance. Ils circulent dans la voie des véhicules, avec trois clients », explique un agent de la compagnie. Et d’ajouter : « même ce matin, en voulant arrêter un conducteur de moto-taxi, il a forcé jusqu’à casser mon ongle. Ils ne nous jamais, nous qui sommes sensé d’ordonner la circulation ».
Cette précarité pousse les conducteurs à travailler de longues heures, souvent sans repos. Le Dr Bagayoko Issa Keriba, neurologue de la médecine d’urgence et de catastrophes à l’hôpital du Point-G, alerte sur les risques. « Le sommeil doit varier entre 7 et 9 heures par jour pour permettre au cerveau de se reposer. Travailler 19 heures et dormir seulement 5 heures est insuffisant et peut avoir de lourdes répercussions sur la santé mentale », précise le spécialiste.
La floraison des moto-taxis a certes un impact sur les prix, mais cela a un coût, car de nombreux conducteurs sont de plus en plus contraints de rallonger leurs journées pour joindre les deux bouts. Chose qui n’est pas sans conséquence sur leur santé mentale, selon les spécialistes.
MMD/KM (AMAP)


