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Campagne agricole 2022/2023 : La CMDT revoit ses ambitions à la baisse

La baisse, qui pourrait dépasser 20%, par rapport au niveau de production de 2021/2022, est consécutive à l’abandon par les paysans de 158.090 ha sur les 743.824 ha semés

Par Cheick M. TRAORÉ

Bamako, 16 nov (AMAP) La direction générale de la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT) a revu ses ambitions à la baisse, en prévoyant une production cotonnière inferieure à celle annoncée au titre de la campagne agricole 2022/2023, a annoncé la compagnie étatique, dans une note consultée, samedi dernier, par l’AMAP.

«La production de coton graine attendue sera en deçà des prévisions fixées au début de la campagne agricole et inférieure à la production de la campagne 2021/2022», précise la Holding CMDT dans sa note. Cette source précise que la baisse pourrait dépasser 20%, par rapport au niveau de production de 2021/2022.

Cette contreperformance attendue est, selon le document de deux pages, due à l’abondance de pluies, aux inondations, au lessivage des sols, aux attaques des jassides. La conjonction de «ces facteurs défavorables» a entrainé l’abandon par les paysans d’une superficie totale de 158.090 ha sur un total 743.824 ha semés.

En effet, analyse la CMDT, les hauteurs de pluies enregistrées jusqu’en fin septembre 2022 ont été excédentaires au niveau de plusieurs postes pluviométriques. De fortes pluies ont été enregistrées dans toutes les zones de production. Elles ont entrainé des inondations dans les parcelles situées au bord des cours d’eau et dans les bas-fonds. L’encadrement dit avoir, en la matière, dénombré en début du mois d’octobre 34.596 ha de coton inondés. Or «le cotonnier n’aime pas les fortes pluies et les fréquences élevées de pluies», expliquent les experts de la Compagnie. En conséquence, des cas de lessivage sont visibles dans plusieurs parcelles. « Les plants sur ces parcelles sont rabougris. La pourriture des capsules de base est constatée sur plusieurs parcelles de coton . »

Les excès de pluies ont toujours été contreproductifs pour le rendement du coton, font remarquer les spécialistes. Ils illustrent leur analyse par les contreperformances de la campagne 1999/2000 au cours de laquelle la pluviométrie «très excédentaire» a occasionné des inondations. La production du coton graine est ainsi passée de 518.364 tonnes en 1998/1999 à 459.123 tonnes en 1999/2000, soit une baisse de 11%. Il en a été de même pour la «campagne 2018/2019 où la pluviométrie a été également très excédentaire, occasionnant des submersions. «La production du coton graine est ainsi passée de 728.606 tonnes en 2017/2018 à 656.531 tonnes en 2018/2019, soit une baisse de 10%», rappelle la CMDT. Elle ajoute : «Le seul fait de la forte pluviosité entrainant les inondations, favorisant l’enherbement des parcelles et le lessivage peut occasionner une baisse de production de plus de 10% par rapport à une campagne normale.»

PULLULATION DE JASSIDES– Des superficies d’environ 32.523 ha n’ont pas pu être entretenues. Il s’agit des parcelles très enherbées à cause de la fréquence élevée des pluies, celles endommagées par les animaux et quelques cas de reconversion en d’autres cultures.

À ces phénomènes est venue se greffer la forte pullulation des jassides, depuis fin juillet 2022. L’espèce de jassides habituellement connue dans la sous-région est Jacobiella fascialis. Les produits insecticides disponibles permettent de la maîtriser. Mais la capture et l’analyse des individus de jassides de cette campagne dans les pays infestés a abouti à l’identification de deux espèces dominantes : Jacobiasca lybica et Amrasca biguttula.

Ces deux espèces font leur apparition pour la première fois au Mali. C’est surtout l’espèce Amrasca biguttula qui était beaucoup plus dominante. Cette espèce se multiplie très rapidement et fait plus de dégâts que la Jacobiella fascialis. Les attaques sévères de l’Amrasca ont amené les producteurs à abandonner 90.971 ha.

La mission conjointe traditionnelle CMDT-Institut d’économie rurale (IER) relative au suivi phytosanitaire des cultures du système coton s’est rendue sur le terrain pour faire le constat. Le PDG de la CMDT, Dr Nango Dembélé, et ses techniciens ont pris des mesures urgentes pour limiter les dégâts. Il a ainsi été demandé à l’encadrement et aux producteurs un changement immédiat de stratégie de protection phytosanitaire du cotonnier en réduisant l’intervalle de traitement de 14 à 07 jours et l’utilisation des produits indiqués contre les jassides.

Le GIE C-SCPC/CMDT/OHVN a commandé et mis à disposition des quantités d’insecticides contre les jassides recommandés par le Programme coton de l’IER. Des campagnes de sensibilisation ont été diffusées dans ce sens sur les radios pour informer les producteurs des mesures à prendre pour maîtriser les jassides.

Ce phénomène de pullulation de jassides est un problème sous régional. Les pays touchés sont le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Sénégal et le Togo. Le Bénin, le Cameroun et le Tchad sont moins touchés. Ainsi, la production de coton de l’Afrique de l’Ouest et du Centre devrait sensiblement diminuer lors de la campagne 2022/2023 pour se situer à environ un million de tonnes de coton-graine, selon des chercheurs. D’après les estimations de plusieurs négociants, comparativement au niveau de production de 2021/2022, la baisse pourrait même dépasser 20%.

SOUTIEN DES AUTORITES – Le mauvais signal avait commencé dès le début de la campagne agricole 2022/2023 qui a démarré dans un contexte difficile marqué par deux principales situations défavorables. La flambée des prix des intrants agricoles sur le marché mondial (suite de l’impact de la pandémie de Covid-19 et du conflit entre la Russie et l’Ukraine). L’embargo imposé au Mali par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) de janvier à juillet 2022, privant le Mali de l’accès aux principaux ports d’approvisionnement du pays. Ce qui a entrainé une hausse des prix des engrais du système coton (coton, maïs, mil et sorgho).

À titre d’exemple, le prix fournisseur du complexe coton est passé de 383.000 Fcfa en 2021/2022 à 620.000 Fcfa/tonne. Celui du complexe céréales est passé de 380.000 Fcfa/tonne à 615.000 Fcfa/tonne. Et celui de l’urée est passé de 370.000 Fcfa à 640.000 Fcfa/tonne. Il faut, aussi, noter l’insuffisance de cet engrais sur le marché mondial.

Pour y faire face, le président de la Transition, lors de la 12ème session du Conseil supérieur de l’Agriculture en mars 2022, a pris des décisions qui ont encouragé les producteurs. Le prix d’achat du coton graine a été fixé à 285 Fcfa/kg le premier choix (une première au Mali). Le prix de cession du sac de 50 kg d’engrais chimiques (complexe coton, complexe céréales et urée) a été fixé à 12.500 Fcfa contre un prix fournisseur moyen de 32.000 Fcfa/sac. Le prix de cession du sac de 50 kg d’engrais organiques a été fixé à 2.500 Fcfa contre un prix fournisseur moyen de 5.750 Fcfa.

Pour motiver davantage les producteurs de coton, l’Interprofession du Coton (IPC-Mali) a subventionné le prix de cession des pesticides, de la chaux agricole et du PNT granulé. Grâce à ses «mesures incitatrices» les producteurs ont pu semer au total 743.824 ha.

RETARD DE LIVRAISON – Les contrats de fourniture des engrais devraient être exécutés avant la fin du mois de mai 2022. Avec l’embargo, le rythme de livraison des intrants (engrais et pesticides) s’est fortement ralenti. Ces intrants sont acheminés au Mali à partir des ports de la sous-région notamment Abidjan, San Pédro et Dakar. La livraison s’est poursuivie jusqu’en fin août 2022 pour les engrais et jusqu’en mi-septembre pour les insecticides.

Ce retard accusé dans la livraison des intrants dans certaines zones cotonnières a entrainé le non-respect de la période optimale de la fertilisation des cultures du système coton. Les producteurs ont été encouragés à utiliser des intrants d’amendement (PNT granulé, chaux agricole, engrais organiques) pour limiter l’impact négatif du retard dans la livraison des engrais chimiques sur les rendements. Toutefois, «toutes les coopératives de producteurs de coton ont reçu les engrais et les pesticides », insiste la CMDT.

Face à l’envergure de la pullulation, les Programmes coton des instituts de recherche agronomique des huit pays membres du Programme régional de production intégrée du coton en Afrique (PR-PICA) ont tenu des réunions. Le but était de proposer des stratégies et des produits appropriés pour maîtriser les nouvelles espèces de jassides méconnues dans nos pays, dès la campagne prochaine. CMT (AMAP)