Souveraineté numérique en Afrique : martin faye plaide pour des solutions adaptées aux réalités locales

Bamako, 3 juin (AMAP)– Le journaliste Martin Faye a appelé, mercredi dans sa leçon inaugurale du FOPAME au CICB de Bamako, à une transformation profonde du modèle économique et éditorial des médias africains, en insistant sur la nécessité de renforcer leur souveraineté numérique, a constaté l’AMAP.

Selon lui, l’enjeu central réside dans la capacité des médias africains à «rapatrier leur audience» et à construire des plateformes qu’ils contrôlent entièrement. «L’indépendance, c’est ramener le lecteur à la maison», a-t-il affirmé, estimant que les réseaux sociaux ne doivent rester que des vitrines d’audience.

Martin Faye a plaidé pour la création de bases de données locales et de centres de données africains afin de réduire la dépendance aux infrastructures étrangères. «Si l’information malienne est stockée au Mali, elle est protégée par les lois maliennes et non par celles d’un pays tiers», a-t-il expliqué, appelant les États à investir dans des data centers régionaux.

Sur le plan économique, il a alerté sur la fragilité des médias locaux face aux plateformes numériques mondiales. «Les revenus publicitaires traditionnels sont captés à plus de 70% par les géants du web[Les GAFAM, ndlr]», a-t-il souligné, estimant que les médias africains ne reçoivent aujourd’hui que des «miettes» du marché publicitaire. Pour répondre à cette situation, il a recommandé la diversification des modèles économiques, notamment par la création de communautés directes via newsletters, SMS et applications mobiles. «Il faut convertir nos audiences en abonnés directs», a-t-il insisté.

Sur la question de l’innovation, Martin Faye a encouragé les médias africains à adopter des solutions adaptées aux réalités locales. «Innover ne signifie pas copier la Silicon Valley, mais adapter les technologies les plus pointues à nos réalités sociales et linguistiques», a-t-il déclaré. Il a mis en avant le potentiel de l’intelligence artificielle dans les rédactions africaines, citant la transcription automatique et la traduction multilingue comme leviers de productivité. «L’intelligence artificielle ne remplacera jamais le cœur du journalisme, mais elle nous donne des super-pouvoirs», a-t-il affirmé.

Sur le plan éditorial, il a insisté sur la nécessité pour les médias africains de reprendre le contrôle de leurs récits. «Un média souverain ne réagit pas à une actualité dictée par les agences internationales ; il définit sa propre hiérarchie de l’information», a-t-il soutenu. Il a conclu par une dénonciation de la dépendance des rédactions africaines aux contenus étrangers, estimant qu’il s’agit d’une forme de «sous-traitance de la souveraineté mentale», et appelant à renforcer la production locale de l’information.

Pour Martin Faye, la souveraineté numérique des médias africains repose sur trois piliers : la propriété des plateformes, la maîtrise des données et la formation des journalistes. «Le premier logiciel de souveraineté, c’est la formation», a-t-il conclu.
KD/CMT (AMAP)