Du 2 au 3 avril 2026, l’Hôtel de l’Amitié de Bamako a abrité le Salon pour les Industries Extractives du Mali (SIEM), un rendez-vous majeur dédié à la structuration et à la dynamisation du secteur minier. À cette occasion, l’organisation Mali-Enjeu, à travers une communication présentée par Dr Moussa Sissoko, a mis en lumière les liens étroits entre développement minier et travail des enfants, tout en appelant à une responsabilité sociétale accrue des entreprises.
Dans son exposé, Dr Sissoko a rappelé que le secteur minier constitue un pilier essentiel des économies africaines, en particulier au Mali où l’or représente une part importante des exportations et des recettes publiques. L’essor de l’exploitation minière, qu’elle soit industrielle ou artisanale, contribue à la création d’emplois, à l’attraction d’investissements étrangers et à la dynamisation des économies locales.
Cependant, cette croissance reste contrastée. Si les grandes compagnies évoluent dans un cadre réglementé, l’exploitation minière artisanale et à petite échelle demeure largement informelle. C’est dans ces zones que se concentrent les problématiques sociales les plus préoccupantes, notamment le travail des enfants.
Les chiffres présentés sont alarmants. Au Mali, environ 2,5 millions d’enfants âgés de 5 à 17 ans travaillent, soit 35 % de cette tranche d’âge. Parmi eux, 2 millions sont engagés dans des formes de travail à abolir, et 1,2 million effectuent des travaux dangereux.
Sur les sites miniers artisanaux, de nombreux enfants participent à des activités à haut risque, telles que le concassage de pierres, le transport de charges lourdes ou encore la manipulation de produits toxiques comme le mercure. Cette situation s’explique notamment par la pauvreté des ménages, le manque d’accès à l’éducation, l’absence de régulation effective et les dynamiques migratoires.
Les conséquences sont lourdes : atteintes à la santé, déscolarisation, exposition à des risques physiques et psychologiques, et perpétuation du cycle de pauvreté.
L’intervention a également mis en évidence un paradoxe majeur : malgré les richesses générées par le sous-sol, les populations locales restent souvent en situation de vulnérabilité. La faible redistribution des revenus, l’insuffisance des infrastructures sociales et la marginalisation des communautés riveraines expliquent en partie cette situation.
Dans ce contexte, le travail des enfants apparaît davantage comme une stratégie de survie que comme un choix, révélant les limites d’un modèle de développement peu inclusif.
Face à ces défis, Mali-Enjeu préconise une intégration renforcée de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). Celle-ci implique le respect des droits humains, l’élimination du travail des enfants, l’investissement dans les communautés locales et la promotion de l’emploi décent.
Les entreprises minières sont ainsi appelées à jouer un rôle central, y compris dans leurs chaînes d’approvisionnement, en veillant au respect des normes sociales par leurs partenaires et sous-traitants.
Au niveau international, plusieurs instruments encadrent la lutte contre le travail des enfants, notamment les conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) et les principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme.
Au Mali, la législation interdit formellement le travail des enfants dans les activités minières artisanales, comme le stipule le Code minier adopté en 2023. Des sanctions allant jusqu’au retrait de permis et à des peines d’emprisonnement sont prévues en cas de non-respect de ces dispositions.
Toutefois, le principal défi reste l’application effective de ces textes, en particulier dans les zones d’exploitation artisanale.
Pour une lutte efficace contre le travail des enfants, Mali-Enjeu prône une approche multisectorielle impliquant l’État, les entreprises, les ONG et les partenaires techniques et financiers. Parmi les pistes évoquées figurent la formalisation de l’exploitation artisanale, la création d’écoles adaptées aux zones minières, la sensibilisation communautaire et le développement d’alternatives économiques pour les familles.
Les organisations de la société civile, à l’image de Mali-Enjeu et de la CONAFE, jouent un rôle déterminant dans ce combat. Elles interviennent dans la sensibilisation, le plaidoyer, l’accompagnement des enfants retirés des sites miniers et la promotion de l’éducation.
En conclusion, Mali-Enjeu a appelé à repenser le modèle de développement minier au Mali et en Afrique, en l’orientant vers plus d’équité et de durabilité. Cela passe par une meilleure redistribution des richesses, une intégration réelle du contenu local, une vigilance accrue sur les droits humains et une collaboration renforcée entre les différents acteurs.
Le SIEM 2026 aura ainsi servi de plateforme pour porter ce plaidoyer, avec un message clair faire du secteur minier un véritable levier de progrès social, au bénéfice des populations, et en particulier des enfants, garants de l’avenir.
GT/KM (AMAP)


