Salif Sanogo a récemment été nommé coordinateur général de la Télévision de l’Alliance des États du Sahel (AES TV) Son adjoint est Sékou Tangara, l’une des figures bien connues de l’audiovisuel malien. Eléments de biographie
Par Oumar SANKARÉ
Bamako, 14 déc (AMAP) Ancien patron de l’ORTM, réformateur des médias publics maliens et formateur infatigable des sociétés civiles, Salif Sanogo a consacré sa carrière à faire de l’information un outil de dialogue et de cohésion dans un Mali en crise. Le 30 novembre 2025, lors d’une interview sur Advance TV, il accuse publiquement l’Agence France Presse (AFP) d’avoir diffusé une fausse information sur une prise imminente de Bamako par les djihadistes du JNIM, une affirmation démentie quelques jours plus tard par un fact-check de France 24. Portrait d’un homme de conviction, passeur de vérité dans un paysage médiatique tumultueux.
Imaginez un homme assis dans un studio de télévision à Bamako, face à une caméra, expliquant calmement pourquoi une information circulant sur les réseaux sociaux est fausse, tout en appelant au dialogue et à la vérification des faits. C’est là une scène typique de Salif Sanogo, ce journaliste chevronné qui, tout au long de sa carrière, a navigué entre les exigences de l’information publique et la nécessité de bâtir la confiance dans un pays marqué par les crises.
Salif Sanogo est né et a grandi au Mali, dans un environnement où l’information et la communication ont tôt fait partie de son quotidien. Dès les années 1990, il entame un parcours journalistique solide. De 1991 à 1994, il intègre le CESTI (Centre d’Études des Sciences et Techniques de l’Information) à Dakar, au Sénégal, où il se spécialise en télévision et sort major de sa promotion, décrochant un diplôme supérieur de journalisme avec les félicitations du jury. Une reconnaissance qui marque déjà son talent et son sérieux. Poursuivant sur cette lancée, il rejoint l’École Supérieure de Journalisme (ESJ) de Lille, en France, de 1997 à 1999, pour un troisième cycle en journalisme, toujours orienté télévision, qu’il achève avec mention Bien. Ces formations, complétées par des séminaires en Chine, aux États-Unis, en Afrique du Sud et en Éthiopie, lui forgent une expertise internationale et une maîtrise des outils audiovisuels.
Sa carrière débute vraiment sur le terrain malien. Dès 1995, il est reporter et présentateur du journal télévisé à l’Office de Radiodiffusion Télévision du Mali (ORTM), tout en étant correspondant permanent d’Africa n°1.
De 1999 à 2008, il devient chef de section Débats et Enquêtes à la télévision nationale, période où il anime aussi, de 2000 à 2011, l’émission CyberNTIC, dédiée à l’actualité des technologies de l’information et de la communication, un sujet visionnaire à l’époque au Mali. En parallèle, il collabore avec des médias internationaux : correspondant de BBC Afrique au Mali de 2004 à 2009, puis chroniqueur à « Médias d’Afrique » sur RFI jusqu’en 2010.
Les années 2010 marquent un tournant diplomatique et managérial. De 2011 à 2017, il est conseiller à la communication à l’ambassade du Mali à Washington DC, tout en restant correspondant ORTM. En 2018, il rejoint BBC Afrique à Dakar comme journaliste multimédia, présentant des journaux et animant des débats. Mais c’est en 2019 qu’il prend la direction générale de l’ORTM, un poste qu’il occupe jusqu’en 2021. Là, il mène une réforme ambitieuse : promotion de formats participatifs, développement de débats citoyens, ouverture aux préoccupations locales, et numérisation du réseau de diffusion à hauteur de 80 % sur le territoire national. Comme il aime le dire, « l’information doit être un pont entre les citoyens et les institutions, pas une barrière ».
Dans les périodes de transition, son expertise en communication stratégique est sollicitée au plus haut niveau. En mai 2021, il devient conseiller spécial et coordinateur de la cellule de communication de la Présidence de la Transition. Plus récemment, depuis 2024, il est membre du Comité indépendant de mise en oeuvre des recommandations des forums nationaux de la refondation (CINSERE-FNR), responsable thématique, et a agi comme rapporteur pour la Commission communication dans la rédaction de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale, ainsi que pour le Dialogue inter-maliens.
Parallèlement à ces fonctions officielles, Salif Sanogo s’investit profondément dans le renforcement des Organisations de la société civile (OSC). Depuis des années, il anime des formations sur la communication communautaire, la lutte contre la désinformation, la modération des contenus en ligne et le leadership associatif.
Parmi ses interventions notables : des sessions pour Search for Common Ground en janvier 2025, AJCAD en novembre 2024, AMEED en octobre 2024, TUWINDI en 2023-2024, Ségou Vert en février 2025, ou encore Mali Folkecenter en 2023 pour une stratégie sur les énergies renouvelables. Il collabore aussi avec la Direction de l’information et des relations publiques des armées (DIRPA) pour renforcer les liens entre forces de défense, médias et citoyens. Ces actions révèlent une personnalité pédagogue, rigoureuse et humaine, animée par des valeurs de dialogue, de transparence et de cohésion sociale.
Polyglotte, excellent en français, bon en anglais, et maîtrisant parfaitement le bambara parlé, Salif Sanogo excelle dans les environnements sensibles. Son engagement constant contre la désinformation culmine récemment dans une intervention publique : le 30 novembre 2025, lors d’une interview sur la chaîne Advance TV, il accuse l’Agence France Presse (AFP) d’avoir diffusé une information fausse sur une prise imminente de Bamako par des groupes djihadistes du JNIM, dans un contexte de tensions sécuritaires.
Cette dénonciation, relayée par des médias comme France 24 qui publie un fact-check le 3 décembre 2025 pour démentir l’accusation, illustre son rôle de défenseur d’une information fiable au service de la stabilité nationale.
Aujourd’hui, à travers Salsa Consulting et ses missions actuelles, Salif Sanogo continue d’accompagner les acteurs maliens vers une communication éthique et participative. Son parcours, du reporter de terrain au stratège institutionnel, trace le fil rouge d’un homme dévoué à l’information comme outil de paix et de développement. Dans un Mali en quête de refondation, il reste une figure de référence, alliant expérience et humanité pour éclairer les débats citoyens.
OS/MD (AMAP)


