Réseaux sociaux : la dépravation des mœurs à l’ère de la création de contenus

Bamako, 13 mars (AMAP) Les réseaux sociaux ont profondément bouleversé la manière de communiquer, de s’informer et même de se divertir de la jeunesse Malienne. Mais derrière la créativité et la liberté d’expression  qu’ils promettent, une autre réalité s’impose progressivement : celle d’une quête effrénée de  visibilité où les limites morales semblent  parfois oubliées.  Aujourd’hui au Mali, à l’ère de la création de contenu, certains internautes n’hésitent plus à publier des vidéos ou des messages provocants pour capter l’attention sur la toile.

Selon le psychologue Daouda Guindo, les contenus diffusés sur les réseaux sociaux jouent un rôle déterminant dans la construction de la perception du bien et du mal chez les jeunes. Les influenceurs, devenus des modèles pour une grande partie de la jeunesse, influencent directement leurs attitudes et comportements. Ainsi, la responsabilité des créateurs de contenus est engagée, car des messages mal orientés peuvent avoir des effets négatifs durables. Pour le psychologue, au Mali, les décisions judiciaires prises contre certains artistes à la suite de leurs publications illustrent cette problématique et traduisent la volonté des autorités de préserver la morale publique.

En effet, dira-t-il l’usage des réseaux sociaux soulève également une responsabilité collective. Les parents doivent encadrer et orienter leurs enfants vers un usage responsable, tandis que les autorités sont appelées à renforcer les mécanismes de régulation. Les jeunes eux-mêmes doivent développer un esprit critique face aux contenus qu’ils consomment, estime Daouda Guindo.

Et au psychologue de poursuivre, l’exposition répétée à des contenus immoraux favorise la banalisation de comportements inappropriés et peut affaiblir les valeurs sociales et culturelles transmises par la famille et l’école. Les réseaux sociaux peuvent aussi être exploités par des réseaux criminels pour manipuler des jeunes vulnérables. Malgré tout, Daouda Guindo estime que les réseaux sociaux  demeurent des outils incontournables  de communication, nécessitant un encadrement responsable et une éducation numérique adaptée.

Pour l’imam Cheick Ahmed Tidiane Diallo, président de la jeunesse du groupement des leaders spirituels musulmans du Mali (J-GLSM)l Les réseaux sociaux ont pris, ces dernières années, une place centrale dans la vie des sociétés, y compris au Mali. On y observe cependant la diffusion croissante de contenus contraires aux valeurs morales et culturelles, tels que des vidéos indécentes, la diffamation, la propagation de rumeurs et la recherche de la célébrité au détriment de l’éthique.

Cette situation selon le président de la J-GLSM  a contribué à la déformation du concept de modèle moral auprès des jeunes, à l’affaiblissement de la pudeur, à la perte de temps et à la négligence des pratiques religieuses et des activités utiles, constituant ainsi une réelle menace pour l’identité religieuse et culturelle de la société. Toujours selon le prêcheur, l’islam insiste fortement sur la préservation des bonnes mœurs et la maîtrise du comportement. Allah le Très-Haut dit : « Dis aux croyants de baisser leurs regards » (Coran, 24:30), et il dit également :« Il ne prononce aucune parole sans qu’un observateur vigilant ne soit prêt à l’enregistrer » (Coran, 50:18). Le Prophète( PSL)  a aussi averti contre les dangers de la parole et du comportement en déclarant : « Que celui qui croit en Allah et au Jour dernier dise du bien ou qu’il se taise » (rapporté par Al-Boukhari et Mouslim) affirme l’imam Cheick Tidiane Diallo.

Pour sa part Abdoulaye Konaté, promoteur de l’agence de marketing digital Konatech, les réseaux sociaux occupent une place grandissante dans la vie quotidienne des jeunes et dans la dynamique de la communication moderne. L’expert en réseaux livre une analyse nuancée de leurs impacts sur les mœurs.   Selon lui, les réseaux sociaux ne sont ni totalement bénéfiques ni entièrement néfastes.

Ce sont avant tout des outils, explique-t-il, estimant que leur influence dépend essentiellement de l’usage qu’en font les utilisateurs. Toutefois, il reconnaît l’existence de dérives, notamment la normalisation de certains comportements et la diffusion de contenus peu compatibles avec les valeurs éducatives. Abdoulaye Konaté souligne également la mise en avant excessive de la richesse et du luxe sur certaines plateformes, un phénomène qui peut perturber les repères des jeunes.

Certains contenus ne sont pas favorables à l’éducation des jeunes affirme-t-il, évoquant les publications provocatrices ou choquantes largement relayées en ligne. Malgré ces risques, le promoteur de Konatech  met en avant les opportunités offertes par le numérique. Les réseaux sociaux permettent aujourd’hui à de nombreux jeunes de développer des activités génératrices de revenus, de promouvoir leurs projets et de sensibiliser sur des causes sociales.  Grâce au digital, il est désormais possible de travailler, de gagner de l’argent et de transmettre des messages utiles,  souligne-t-il.

Concernant l’attrait des contenus choquants ou provocateurs, Abdoulaye Konaté explique ce phénomène par la place centrale de l’émotion dans le comportement humain. La surprise, la colère et la curiosité suscitent davantage de réactions  Une information conflictuelle ou spectaculaire attire immédiatement l’attention et devient virale observe-t-il.

Enfin, il précise que les algorithmes des réseaux sociaux ne favorisent pas directement ce type de contenu, mais mettent en avant ce qui génère le plus d’interactions dont l’ objectif étant de capter les publications qui suscitent de fortes réactions émotionnelles. Ainsi, pour Abdoulaye Konaté, les réseaux sociaux constituent à la fois une opportunité économique et un défi éducatif. Leur influence sur les comportements dépend largement de la responsabilité des utilisateurs de la qualité des contenus diffusés.

Pour connaitre les dispositions règlementaires qui encadrent les comportements des usagers  sur les réseaux sociaux, nous avons  tenté  de joindre les experts en droit numériques au  niveau de l’APDP (Autorité de Protection  des Données à Caractères  Personnelles). Cependant nos efforts pour joindre cette organisation n’ont pas  porté fruit.

Toutefois, selon des témoignages, la responsabilité des  , des institutions éducatives et des leaders religieux est primordiale pour sensibiliser les jeunes à une utilisation responsable des réseaux sociaux. Ces derniers d’encourager les contenus éducatifs et constructifs, de renforcer les valeurs de pudeur, et de   conscience dans l’espace numérique. Les réseaux sociaux ne sont pas mauvais mais de leur avis, le véritable danger réside dans leur mauvaise utilisation.

MLD/KM (AMAP)