Portrait : Ibrahim Souleymane Tounkara, un as de la restauration au Mali

En cette année décrétée par le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, année de la culture et de l’éducation, l’Agence Nationale de Presse du Mali, a décidé de faire le portrait des célébrités qui ont fait rayonnr notre pays un peu partout dans le monde. Aujourd’hui notre regard est fixé sur un as de la restauration, Ibrahim Souleymane Tounkara, promoteur du Célèbre restaurant « le Bafing » au quartier du Fleuve. Il a révolutionné nos plats traditionnels tout en conservant la modernité.

Né en 1960 à Gao, dans le nord-est du Mali, Ibrahim Souleymane Tounkara, ingénieux, d’un calme olympien et d’un sourire accueillant, appartient à cette génération d’hommes qui ont bâti leur destin à force de travail, de patience et de convictions. Très tôt, il grandit dans un environnement où la restauration, les salles de cinéma et les rencontres avec les touristes rythment le quotidien.

Ce contact précoce avec le monde des hôtels et des restaurants forge en lui une sensibilité particulière pour l’accueil et la cuisine.
En 1980, à seulement 20 ans, il rejoint Bamako avec l’espoir de poursuivre ses études. Mais la réalité le rattrape rapidement. Après un passage à l’usine Somapile, interrompu par un chômage technique, il décide de se tourner vers un domaine qu’il connaît déjà instinctivement : la restauration. Le 15 octobre 1983 marque un tournant décisif dans sa vie. Il fait ses premiers pas comme serveur à la pâtisserie « Phénicia », l’une des plus réputées de la capitale.
Travailleur acharné, il gravit progressivement les échelons.

De serveur à maître d’hôtel, il passe par plusieurs établissements emblématiques, dont le « Relax », « Les Arcades » ou encore des restaurants du quartier du Fleuve, où il côtoie notamment des professionnels italiens. Pendant près de dix ans, il perfectionne son savoir-faire, apprend la rigueur du métier et affine sa vision de la restauration.
Mais Ibrahim Souleymane Tounkara ne se contente pas d’une carrière confortable. En 2001, contre l’avis de sa famille, il décide de démissionner pour créer son propre restaurant : « Le Bafing », dans le quartier du Fleuve. Les débuts sont modestes, presque rudimentaires : un espace de 4 mètres sur 6, sans eau ni électricité, avec un simple réfrigérateur rempli de glace. À la carte, quelques brochettes et un plat du jour improvisé. Mais déjà, la clientèle est au rendez-vous.
Au fil des années, grâce à sa détermination et à sa créativité, « Le Bafing » se transforme en une adresse incontournable de Bamako, capable d’accueillir jusqu’à 70 couverts à midi et 30 le soir, avec une équipe d’une dizaine d’employés. Malgré ce succès, il reste fidèle à ses valeurs, n’hésitant jamais à « mettre la main à la pâte ».
Au-delà de la réussite entrepreneuriale, Ibrahim Souleymane Tounkara se distingue surtout par son engagement pour la valorisation des produits locaux. À une époque où les habitudes alimentaires tendent vers l’importation et les produits industriels, il fait le choix audacieux de promouvoir « le Mali de la terre à la table ». Une philosophie qu’il découvre grâce à l’association Tanima 2000 et au mouvement international Slow Food.

Sa participation en 2006 à la biennale mondiale Terra Madre à Turin, aux côtés de personnalités comme Aminata Dramane Traoré, marque une étape importante. Dès lors, il s’implique activement dans ce réseau mondial, participant régulièrement aux rencontres internationales et devenant président de Slow Food Mali.
Son combat : préserver la biodiversité alimentaire, encourager la consommation locale et sensibiliser les jeunes générations. Il multiplie les initiatives, organise des ateliers du goût, travaille avec des producteurs, des transformateurs et des associations comme l’ASCOMA, pour promouvoir le riz local, les condiments traditionnels et les produits du terroir.

Pour lui, la cuisine est bien plus qu’un métier : c’est un art, une identité et un levier de développement. « On n’invente pas les plats, on les crée », aime-t-il rappeler. À travers ses créations, comme le poulet à la mangue présenté à l’international, il démontre que la gastronomie malienne peut rayonner bien au-delà des frontières.
Aujourd’hui, Ibrahim Souleymane Tounkara incarne une figure inspirante : celle d’un homme parti de rien, devenu un ambassadeur de la cuisine malienne, engagé pour une alimentation saine, locale et durable. Un parcours où passion, résilience et engagement se conjuguent pour servir une même cause : la valorisation du patrimoine culinaire du Mali.

GT/KM (AMAP)