Patrimoine culturel national à Gao : Le site archéologique de Gao-Saneye annexé par les spéculateurs fonciers

Gao, 26 février (AMAP) Le site archéologique de Saneye fait partie du patrimoine national. Aujourd’hui, il est annexé par les spéculateurs fonciers. Il est situé à 8 km de la ville actuelle de Gao sur un ancien bras du fleuve Niger (Vallée morte de Tilemsi. Et fut décrit au IXème siècle par les chroniqueurs arabes comme un important centre commercial où convergèrent les routes commerciales venant de tous les horizons.

« Certains chercheurs ou historiens évoquèrent les mouvements migratoires depuis l’Egypte antique vers l’Afrique occidentale liés à des facteurs comme les changements climatiques, les conflits ou la recherche des ressources. Des liens culturels et historiques entre l’Egypte et certaines régions d’Afrique de l’ouest sont étudiés », a retracé, le chercheur Mahamadou Moussa Maiga, professeur d’anglais.

Selon lui,  le mot Saneye (une habitation de sene ou les sages)  ou Sinaï en arabe est un lieu emblématique pour les trois religions abrahamiques et que la tradition biblique  évoquait  ce fut le lieu où Moïse  eût reçu la révélation divine. Et rappelle qu’à une époque de l’Egypte antique, il eût des mouvements migratoires de certains habitants  de Sinaï vers l’Afrique occidentale et ramenèrent avec eux culture et civilisation. En croire aux dires du chercheur avec l’évolution des temps et dans l’espace, le mot Sinaï (lieu des  maîtres du savoir) de l’Egypte antique a changé de prononciation et d’écriture pour donner  « Saneye » qui ,ensuite durant plusieurs dynasties va donner le mot « Songhoy ».

Pour lui, le premier Saneye fut Gounguya-Saneye qui veut dire en français (l’île) ensuite  qui donnera après 1500 ans durant plusieurs dynasties, le nom de Koukia, Bintia (dans l’actuelle cercle d’Ansongo)  et (2000 ans avant J-C) prendra le nom de Gao-Saneye. Cet endroit (Gao-Saneye), la référence fut une île qui servait de protection sécuritaire  et pour d’autres c’est à cause de la croyance.

Le chercheur Mahamadou Maiga a révélé que dans l’histoire de l’Egypte antique le peuple de « Saneye de Koukia » versa des impôts pour les pharaons en plus  pour lutter contre Moïse, les pharaons demandèrent de l’aide en sorcellerie au peuple de « Saneye » ou « Sinaï » qui habitèrent à « Koukia » en 1400 avant J-C voir les écrits de  Sekéné Mody Sissoko.

Le chef de la Mission culturelle de Gao, Mamadou Samaké souligne que Gao- Saneye est l’une des villes les plus anciennes de l’Afrique occidentale et fut fondée entre 670 et 690 par des pêcheurs Sorko originaires de Koukia (Ansongo).

« Aujourd’hui, le site archéologique de Gao-Saneye est constitué de deux butes : un immense tell de 7m de hauteur correspondant à la cité médiévale et une vaste nécropole (appelée cimetière royale) avec plusieurs pierres tombales  ou stèles souvent gravées d’inscriptions arabes. Le site de Gao-Saneye a été classé dans le patrimoine culturel national du Mali, le 29 avril 2016 .

 Actuellement, son état de conservation est dégradé par la présence d’un groupe armé occupant  la partie supérieure de la grande bute avec des installations et des véhicules pick-up, engins à deux roues .Cette présence de groupe armé avec son cortège d’équipements contribuent à détruire les artefacts à la surface et la stratigraphie du site, empêchant la reconstitution de l’histoire de cette période très importante de l’empire Songhoy. Les alentours immédiats du site sont occupés jusque  dans les limites de la zone tampon », a constaté le chef de la Mission culturelle de Gao.

Au cours d’une visite d’une délégation des services techniques régionaux conduite par le chef de la mission culturelle de Gao, il a été constaté qu’à l’est et au sud sont réalisés des maisons en ciment et des cases traditionnelles en plus des activités d’élevage et de jardinage qui se développent en plus des morcellements illicites et non autorisés qui sont visiblement indiqués par des bornages vers les côtés sud et sud-est. Auxquels s’ajoutent un grand jardin avec une installation d’un château d’eau, une maison d’habitation, une école et une mosquée vers les côtés nord et nord -est du site archéologique de Gao-Saneye.

« Le début de la dégradation du site archéologique de Gao-Saneye remonte vers les événements de 2012. A cette date, certains malfaiteurs ont pratiqué des activités de pillage sur le sur le site archéologique de Gao-Saneye » et au cours de cette activité illicite menée sur le site des objets précieux ont retrouvé et emporté par ces malfaiteurs, confie le président de l’association « Alanga », Abdoulaye Boncana Maiga. Récemment la même ladite association « Alanga » pour une visibilité des limites du site et de la zone tampon a implanté autour du site des bornes en béton de 12 m de hauteur.

« Le site de Gao-Saneye possède déjà une carte avec un tampon de 200m élaborée par la Direction régionale de l’institut géographique du Mali de Gao. Dans le cadre de la protection juridique du site,  la Mission culturelle a émis une demande de titre foncier à la Direction régionale des domaines de Gao en février 2026. Alors que la législation malienne prévoit que l’occupation d’une zone tampon est une violation de la Loi N°2022-032 du 28 juillet 2022 fixant le régime de protection et la promotion du patrimoine culturel national », a-t-il remarqué le chef de la mission culturelle de Gao, Mamadou Samaké.

AT/KM (AMAP)