Nioro, 28 février (AMAP) L’agriculture est le socle du développement. Des pays qui sont développés sont passés par là. Et le Mali, à travers plusieurs expériences à travers des experts plusieurs sommités dont Alfousseïni Berétodo qui s’est fait illustré par des merveilles dans son laboratoire ultra moderne à l’IPR de Katibougou, notamment des croisements de pomme de terre et de sorgho, à partir de la technologie avancée. Aujourd’hui, un nos expatrié, revenu au bercail fait aussi des merveilles. Il s’agit Mody Diawara que nous avons rencontré à Nioro. Un parcours atypique.
Après une vingtaine d’années à l’exode en Afrique centrale et en Espagne, Mody Diawara vient de montrer à travers son expérience et son savoir faire que le sahel peut bel et bien nourrir les sahéliens.
« J’ai quitté Nioro ma terre natale à l’âge de 18 ans. Je suis arrivé au Gabon où j’ai travaillé dure pendant cinq ans dans un jardin de 20 ha avec neuf (9) autres ouvriers.
Avec mon expérience en maraichage je me suis rendu en Espagne où ma réputation en jardinage m’a valu une place de chef d’équipe dans un potager qui emploi soixante-cinq (65) noirs appartenant à un Espagnole.
Je suis resté pendant dix (10) ans avec un salaire mensuel dépassant 750.000F CFA par mois. Ce qui m’a permis de faire beaucoup de réalisations chez moi à Nioro, dans ma commune Koréra Koré et même à Bamako.
Après quelques années de travail j’ai décidé de prendre ma retraite et de venir m’installer chez moi au Mali à Nioro du Sahel.
« L’argent de ma retraite et mon économie m’ont permis de payer plusieurs machines agricoles, deux Caterpillar, des véhicules de vidange, des batteuses, des camions benne, des moulins et d’autres machines de grands travaux. J’ai amené et expérimenté des variétés de cultures espagnoles comme la pomme de terre, de la goyave, des jujubes greffés, des dattes, de la papaye, de l’aubergine, entre autres, qui ont très bien donné. C’est d’ailleurs ce qui me différencie des autres paysans.
Mes champs, mon verger et mon périmètre maraicher font l’objet de visite depuis quelques années. Dieu merci, je travaille aujourd’hui avec plus de cent jeunes dont une trentaine dans mon jardin. Du mois de décembre au moment où je vous parle je gagne plus de 150.000FCFA par jour dans ce périmètre en plus de la consommation de la famille et des dons que je fais aux proches et amis »
Aidé par son épouse, ses frères, ses fils et ses ouvriers notre quinquagénaire, toujours souriant, exploite 10 ha de sorgho, 5ha d’arachide et un périmètre maraicher de 4ha entièrement entouré de grillage.
Monsieur Diawara emploie de gros morgons pour satisfaire la clientèle.
Il dispose d’une dizaine de machines pour labourer, défricher, sarcler et biner la terre . Il possède également deux véhicules de livraison de produits.
Les variétés de légumes cultivées dans son jardin sont des oignons, de la salade laitue, de la papaye, des aubergines, des tomates de la pomme de terre, des choux, de la betterave, du poivron et des piments.
Après les travaux champêtres, le quinquagénaire et ses ouvriers passent une grande partie de leur temps dans le verger.
Il utilise un système d’adduction d’eau alimenté par des panneaux solaires et un château d’eau de 6000m3/ heure.
Les produits sont destinés à la vente au marché.
Pour cela, une trentaine de femmes se rendent chaque matin au jardin pour payer les produits à des prix défiant toute concurrence.
Elles les revendent, à d’autres femmes au marché de Nioro qui tirent elles aussi leur épingle du jeu.
En ce mois de Ramadan, le marché de Nioro est bien approvisionné en produits de maraichage de toutes sortes. Plusieurs autres maraichers de la localité qui ont compris la fertilité et la rapidité de la terre du sahel font comme Monsieur Diawara.
En termes de rendement, exploitants, acheteurs et revendeurs se frottent les mains.
Cette opération permet à notre exploitant de gagner plus de 150.000f par jour soit plus de 1 3.000.000FCFA par saison uniquement dans le jardin .
Cette activité pratiquée par Monsieur Mody Diawara et beaucoup d’autres exploitants agricoles se présente aujourd’hui comme un ouf de soulagement pour les populations.
Auparavent, Les légumes consommées à Nioro avaient comme provenance, le nouveau marché de Médine de Bamako, le marché de Kati ou le marché de Yélékébougou.
Les conditions de voyage (à cause de la distance) rendaient plusieurs produits inconsommables.
Avec la famille Diawara, les populations de Nioro et environs ont compris que le sahel peut nourrir les sahéliens à condition qu’on s’y mette.
A Nioro de nos jours, un fruit de papaye se vent à 1000f, 1250 et même à 1500 F.
Le jardin de Diawara peut produire 60 fruits par jour, soit un montant moyen de 60.000F par jour dans la papaye.
Cette activité lui apporte de l’argent, couvre la consommation des populations et réduit considérablement le taux de chômage chez les jeunes.
Monsieur Diawara , travaille avec des agents de la Direction régionale de l’Agriculture et du service de lutte contre les oiseaux granivores et les maladies phytosanitaires qui lui servent d’appui- conseils.
Monsieur Emmanuel Traoré est Chef de Division Conseil et Vulgarisation à la Direction Régionale de l’Agriculture de Nioro.
Pour lui, Monsieur Mody Diawara a une réflexion extraordinaire. « Il n’a pas eu la chance d’étudier mais possède une pensée extraordinaire. Tout ce qu’il développe ou expérimente se fait avec des spécialistes. Il a vite compris que le travail de la terre ne se fait pas au hasard ; il mérite une technicité et des conseils ; C’est pour quoi mes camarades et moi visitent sa parcelle et son champ au moins deux fois par semaine ; C’est un entrepreneur hors pair ».
Notons que pendant la compagne agricole 2024-2025, les champs de sorgho et de Mas de M. Diawara ont faitl’ objet de visite des agents du ministère de l’Agriculture dans le cadre de la mission de la campagne nationale.
Il a récolté 120 tonnes de sorgho, 5 tonnes d’arachides et 20 tonnes de petit mil.
Ainsi, les exploitations de la famille Diawara concrétisent cet adage qui dit « la terre ne ment pas ».
MD/KM (AMAP)


