Mopti, 12 mai (AMAP) L’orchestre national « le Kanaga de Mopti » fait partie des grandes formations musicales qui ont marqué la vitalité musicale du pays depuis les années d’indépendance au grand bonheur des mélomanes avec une contribution significative dans la promotion du patrimoine culturel, a constaté l’AMAP.
Si beaucoup d’orchestres nationaux ont disparus au fil des année, le Kanaga un des rescapés, fait face aujourd’hui à l’épreuve du temps. Pour nous imprégner davantage de son passé, le septuagénaire Mamadou Kébé, un des premiers membres de cet orchestre mythique depuis sa création nous donne ses éclairages.
Parcours de l’orchestre
Symbole de notre patrimoine culturel et artistique, le groupe selon lui, composé d’une dizaine de membres dirigé à sa création par le trompettiste, chanteur, Sory Bamba a connu plusieurs mutations. Il a, comme beaucoup de formations musicales vu le jour, au lendemain de l’accession de notre pays à sa souveraineté nationale et internationale et à la faveur de l’instauration des semaines de la jeunesse.
Tout est partie d’un groupe de « Goumbé » une danse traditionnelle de la Côte d’Ivoire dont Sory Bamba était le principal animateur à Mopti. A sa transformation en groupe de musique moderne, il
a d’abord été appelé Orchestre instrumental de Mopti, ensuite le « Bani-Jazz » en hommage au fleuve nourricière de la cité le Bani, puis en 1966, il sera baptisé orchestre régional de Mopti. C’est en 1970 que l’orchestre monte en scène avec un riche répertoire dont le morceau intitulé « Kanaga-yé » un hommage au masque le plus représentatif et le plus populaire des Dogons (le « Kanaga ») devient le plus captivant.
Le nom de ce titre d’une excellente composition à tout point de vue, qui a fait le bonheur du monde discographique et sur les antennes de la radio nationale restera collé au groupe et deviendra son nom (Orchestre Kanaga de Mopti), témoigne Mamadou Kébé. 
Le Kanaga, symbole de la renaissance culturelle
Après cette période glorieuse, suite à des difficultés, l’orchestre connaîtra une hibernation des activités. C’est en 1976 sous l’impulsion du gouverneur d’alors de la région, Diby Syllas Diarra, que l’orchestre fait sa renaissance. Symbole de la diversité culturelle, le Kanaga fait de son credo la promotion des rythmes et mélodies des peuples du delta du fleuve Niger entre autres, Dogons, Peuls, Bozo, Songhaï, Bambaras.
En plus de ses activités d’animation de la scène publique, dans un rôle d’ambassadeur pour le rayonnement de notre culture, le Kanaga a participé, à plusieurs concours de musique au niveau national et sous régional.
Lauréat des Biennales Artistiques et Culturelle de la Jeunesse du Mali : 1978, 1980 et 1982, ces prix lui ont permis d’accéder à la catégorie d’Orchestre National. En 1980, il est aussi lauréat du premier Festival de Musique Moderne de la Zone II organisé à Dakar. Cette compétition avait réuni les pays comme le Sénégal, le Mali, la Guinée, la Gambie, la Guinée-Bissau, la Mauritanie et la Sierra Leone.
Autres grands rendez-vous culturels :
En 1987, l’Orchestre Kanaga de Mopti a participé à l’animation de la Foire internationale de Rennes en France, le 4 août de la même année, aux festivités de l’Anniversaire de la Révolution du Burkina Faso à Ouahigouya, un pays avec qui la région de Mopti partage une importante bande frontalière.
En 1991, il participe à la 7ème Foire Régionale de Djibo (Burkina Faso), et représente la région au 15ème anniversaire de la coopération d’Ille-et-Vilaine (France) – Mopti, et animé des concerts dans plusieurs établissements scolaires français.
Lauréat en 2001 du concours d’orchestre de l’unique édition de la semaine nationale des arts et de la culture (SNAC), le Kanaga sillonnera le pays avec ce riche répertoire. En 2003, il fait partie des groupes qui ont représenté le Mali, pays invité au Folklife Festival organisé par Smithsonian Center à Washington, aux Etats-Unis.
La sortie de plusieurs albums éponymes au style moderne avec des titres dansants et qui continuent de séduire le public comme Gambari, Saré Mabo, Kulukutu et Ndo Ndo mettent en lumière l’écriture des plus belles pages de la musique malienne sur un fond d’arrangement tradi-moderne par le Kanaga.
Plusieurs fiertés de la musique africaine y sont passés par là notamment Kanté Mafila, Koko Dembélé, Fousseyni Maiga dit Jimmy batteur percussionniste.
L’orchestre Kanaga n’est pas resté en marge de la tempête des années 1980, marquant le début du déclin des orchestres modernes du Mali suite à l’exil de nombreux talents. Le groupe a enregistré le départ pour une carrière solo de Kanté Mafila et de Sory Bamba en Côte d’Ivoire devenue une plaque tournante musicale dans la sous-région. Du départ de Sory Bamba à nos jours plusieurs personnalités ont eu à diriger l’équipe comme chef d’orchestre notamment, Bamoye Daou, Kayamé Diarra dit Peza, Mamadou Zantiki Traoré, Papa Koné et actuellement Demba Koné.
De nos jours, l’orchestre est à la croisée des chemins avec de nombreux défis qui ont pour nom le manque de matériels, de musiciens avec en toile de fond la disparition de la section vent qui était une force tangible du Kanaga.
Au regard de la renaissance de la biennale artistique et culturelle de notre pays et la nostalgie des bals poussières, il est opportun de redonner vie à nos grands orchestres, symboles de souveraineté culturelle et artistique et assurer à leurs sociétaires un plan de carrière attractif.
DC/KM (AMAP)


