Marchés gaziers en alerte : l’escalade au Moyen-Orient perturbe les flux de GNL

Bamako, 3 mars (AMAP) Les prix du gaz en Europe ont fortement augmenté lundi, avec le contrat benchmark TTF, atteignant environ 39 euros soit 25 582 Fcfa par mégawatt-heure le 2 mars, contre environ 32 euros soit 20 991 Fcfa la semaine précédente, suite à l’escalade des tensions au Moyen-Orient impliquant un blocage effectif du détroit d’Ormuz par l’Iran et l’arrêt de la production de Gaz Naturel Liquéfié au Qatar après des attaques, rapporte l’agence Anadolu.

Cet événement représente le choc le plus important sur les marchés depuis l’arrêt des exportations russes de gaz vers l’Europe en 2022, exposant particulièrement l’Asie de l’Est à une vulnérabilité accrue en raison de sa forte dépendance aux volumes qataris.

Tom Marzec-Manser, directeur Europe Gas & LNG chez Wood Mackenzie, a déclaré à Anadolu que le Qatar a exporté 81 millions de tonnes de GNL en 2025, les Émirats arabes unis en fournissant 5 millions supplémentaires, tandis que le Koweït en a importé 8 millions. “Le bilan mondial est donc effectivement déficitaire de 78 millions de tonnes en raison des événements récents”, a-t-il expliqué.

Il a ajouté que cette flambée des prix devrait freiner la demande en Asie du Sud, tandis que la consommation déjà faible de GNL en Chine contribuera à rééquilibrer le marché. “Wood Mackenzie prévoit 35 millions de tonnes de nouvelle production de GNL en 2026, ce qui aidera également à combler le déséquilibre actuel offre-demande. Mais il est raisonnable de supposer que plus le détroit d’Ormuz restera fermé longtemps, plus les prix du gaz augmenteront”, a souligné Marzec-Manser.

Mehdy Touil, spécialiste principal du GNL et actionnaire chez Calypso Commodities, a noté que le blocus iranien du détroit d’Ormuz a bloqué plus de 83 millions de tonnes de GNL. Il a souligné que la vulnérabilité se situe principalement en Asie, la Chine représentant la plus grande concentration d’exposition contractuelle. Il a également évoqué la question d’un possible report du projet de l’UE d’interdire le GNL russe.

Giovanni Bettinelli, consultant énergétique basé à Dubaï chez GFB Insight, a averti qu’une escalade supplémentaire entraînerait un resserrement rapide du marché spot, avec une demande accrue en Asie de la part de la Chine et de l’Inde pour remplacer les volumes perturbés. L’Europe resterait une destination premium pour les cargaisons spot, aggravée par les retraits importants des stocks ces derniers mois.

Alex Froley, analyste senior GNL chez ICIS à Londres, a rappelé qu’environ 20 % du GNL mondial transite à l’ouest du détroit d’Ormuz, principalement depuis le Qatar et les Émirats. Depuis samedi après-midi, les navires évitent le détroit, les tankers qataris se détournant et attendant au large d’Oman. La plupart des cargaisons qataries allant vers l’Asie, une concurrence accrue pour les volumes restants pousserait les prix à la hausse, y compris en Europe.

Les experts s’accordent à dire que la durée de la perturbation sera déterminante : les stocks peuvent absorber une interruption brève, mais une prolongation entraînerait des hausses plus marquées des prix, bien que ceux-ci restent loin des records de 2022.

OS/KM(AMAP)