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Mali : Eclosion des Centres de formation et académies de football

Par Boubacar KANTE

Bamako, 07 mai (AMAP) Si le football de catégorie d’âge du Mali est, aujourd’hui, l’un des plus enviés d’Afrique, c’est en grande partie le fruit du travail des écoles de foot qui existent, presque partout, dans le pays. Comment les enfants sont-ils recrutés et formés par les centres, quelles sont les difficultés auxquelles font face les encadreurs et quel avenir pour ces écoles ? à travers ce reportage, L’AMAP vous fait découvrir ces centres formateurs de joueurs qui font, aujourd’hui, la fierté du football national.

Double champion d’Afrique U17 (2015, 2017), vice-champion du monde de la catégorie 2015, demi-finaliste du Mondial U17 (2017), 3è au Mondial U20 (2015) et champion d’Afrique U20 (2019) : ces dernières années, le football de catégorie d’âge du Mali a été l’un des plus en vue du continent, voire du monde. Ces succès s’expliquent en grande partie par l’éclosion des centres de formation de football à travers le pays et l’organisation régulière des compétitions de jeunes.

Certes, les centres de football existent au Mali depuis plusieurs décennies et presque tous les grands clubs disposent d’équipes de catégories d’âge, mais ces dernières années, les centres et les académies de football ont pris une nouvelle dimension, devenant ainsi des partenaires stratégiques pour ne pas dire incontournables pour les sélections nationales de catégorie d’âge.

Aujourd’hui, les joueurs issus des centres de football ne se comptent plus au sein des équipes nationales et se distinguent par leurs caractéristiques communes, à savoir leur maîtrise des fondamentaux du football et leur technicité. Créé en 2019, le Centre espoir de Kambila (CEK), un village situé à une trentaine de km de Bamako fait partie des multiples écoles de foot du pays.

Le centre est bâti sur une superficie de 4 hectares et a été lancé par Mady Sy, contrôleur des impôts et grand passionné de football. Au total, 119 enfants, répartis en trois catégories (minimes, cadets et juniors) sont pensionnaires de cette école et les mômes s’entraînent trois fois par semaine : les mercredis, jeudis et samedis. Mais pendant les congés scolaires, les entrainements se déroulent tous les jours, sauf les dimanches.

Les jeunes joueurs intègrent par deux voies : le paiement des frais d’inscription et de la cotisation mensuelle fixés, respectivement à 10.000 Fcfa et 2.000 Fcfa. Le premier responsable du CEK indique que l’objectif du centre est de former les jeunes joueurs pour un futur meilleur. «Ce centre fait la fierté de tout le village de Kambila et ses environs », se réjouit le promoteur Mady Sy.

« Le centre permet aux enfants de se retrouver mais leur offre, également, l’opportunité d’exprimer leur talent et démontrer leur savoir-faire. Nous travaillons avec les moyens du bord, nous avons un mini bus pour nos déplacements. Pour réaliser nos rêves, nous avons besoin de l’aide de tout le monde, partenaires, instances sportives, autorités», dit notre interlocuteur.

Comme le CEK, le Centre Vamara Bamba de Lassa (CVB) est, également, basé à quelques km de la capitale. Il a été créé en 2013 et est dirigé par Vamara Bamba, avec comme entraîneur principal Seydou Coulibaly «Maestro». Ici, il y a 63 enfants répartis en trois catégories, les pupilles (23), les minimes A (20) et les minimes B (20).

«Nous faisons la partie la plus difficile du travail, c’est-à-dire, la formation à la base, mais les centres qui ont plus de moyens que nous et les académies viennent chercher nos produits finis », déplore Maestro. « Nous n’avons pas les moyens pour garder nos enfants. Même si on veut les garder, leurs parents s’y opposent sous la pression des centres plus huppés et des agents de joueurs. C’est le plus grand problème que nous avons», fulmine le technicien.

Au CVB, les frais d’inscription sont fixés à 1.000 Fcfa contre 500 Fcfa pour la cotisation mensuelle. «Cet argent est symbolique, c’est juste pour impliquer les parents dans le projet, sinon c’est le président seul qui prend le centre en charge. A travers ce centre, notre ambition est de permettre aux enfants de faire carrière dans le football, donc les aider à préparer leur avenir», indique Maestro.

Après le CVB, retour à Bamako et cap sur le Centre de football de Korofina Sud (CFKS). Cette école a été portée sur les fonts baptismaux en 1996, avant d’être affiliée à la Fédération malienne de football (Femafoot) en 2013. Le Centre est présidé par Adama Cissé et compte 150 enfants qui s’entraînent tous les jours sur le terrain Tata Bambo.

«Au début, les enfants ne payaient rien, mais par la suite, nous avons été rattrapés par les difficultés dues, en grande partie, au succès de l’école. C’est ainsi que nous avons instauré des frais d’inscription de 2.000 Fcfa et une cotisation mensuelle de 1.000 Fcfa pour chaque enfant. En début d’année, nous demandons aux enfants d’apporter un jeu de maillot sur lequel nous floquons le logo du club et un numéro», indique l’entraîneur Sidy Sy.

«Nous n’avons pas suffisamment de moyens pour l’encadrement des enfants dont le nombre augmente chaque année. Le premier problème, c’est le terrain qui est trop petit et en même accidenté. L’état du terrain n’est pas adéquat et empêche les enfants d’exprimer leur vrai talent. Le centre a aussi, besoin d’équipements», explique le technicien du CFKS.

Même constat au Centre olympique de Sirakaro Méguetana (COSM), en Commune VI. L’école a été créée en 2007 et compte aujourd’hui 122 enfants répartis en trois catégories : les poussins, les minimes et les pupilles. «Nous sommes dans un quartier où la population est majoritairement composée de familles démunies. Chez nous, il n’y a ni frais d’inscription, ni cotisation mensuelle. nous demandons simplement aux enfants d’apporter un maillot», confie l’entraîneur Youssouf S. B. Traoré. Comme beaucoup d’autres centres, le COSM est également confronté à de nombreuses difficultés qui entravent le bon fonctionnement de l’école. «Nous avons besoin d’aide, le président Madou Traoré ne peut continuer seul à prendre tout en charge. Comme dans les autres centres, nous allons bientôt instaurer les frais d’inscription et la cotisation mensuelle», annonce le technicien Baïchou.

CENTRES HUPPES – Dans d’autres centres, comme Afrique football élite (AFE) et Guidars, l’atmosphère est tout autre avec des conditions de travail nettement meilleures. AFE a été lancé en décembre 2015 par un groupe d’agents de joueurs, dont Seran Diabaté. Le centre est basé à N’Tomikorobougou, en Commune III, mais affilié au District V de football. «La formation à l’académie dure six à sept ans. Nous prenons les enfants de 10 à 11 ans qui intègrent l’équipe première à 18 ans ou qui sont envoyés en Europe», indique le directeur sportif du centre, l’Ivoirien Jean Yves AK Kouadio.

«Notre académie entretient de bonnes relations avec tous les centres de formation car on travaille de façon à mettre les pré-formateurs dans leurs droits », assure le technicien. « Si nous prenons un joueur d’un autre centre, nous payons une somme qui varie de 250.000 Fcfa à 500.000 Fcfa selon la potentialité de l’enfant. Il arrive, aussi, qu’on donne des équipements au centre partenaire au lieu de l’argent liquide», précise M. Kouadio, en indiquant que les pensionnaires d’AFE ne paient rien et poursuivent leurs études, parallèlement au football.

« Le problème d’AFE, pointe le technicien ivoirien, c’est l’ingratitude de certains joueurs formés au club». «AFE, rappelle-t-il, a été créée par un groupe d’agents de joueurs, mais quand certains formés au centre arrivent en Europe, ils changent d’agents. C’est quelque chose qui nuit à l’image du centre et même du football malien».

Le Complexe scolaire talent sportif-études et sports, sise à Niamakoro, est le fief de Guidars FC. Les installations du complexe comptent une vingtaine de salles de classe, des salles de restauration, des logements pour joueurs et un terrain d’entraînement. Plus de 500 élèves, âgés de 12 à 20 ans, sont sociétaires du centre qui travaille, en partenariat, avec la célèbre Académie Jean-Marc Guillou. «Grâce à ses partenaires, le centre donne des bourses aux meilleurs, alors que les autres sont soit, orientés vers les clubs locaux, soit envoyés à l’étranger. Guidars n’engage jamais les joueurs issus d’autres centres, nous prenons uniquement les enfants libres, c’est-à-dire, qui n’ont jamais été inscrits dans un centre», précise le promoteur Ousseini Guindo.

«L’objectif principal de Guidars est la formation, nous voulons relever le niveau du football au Mali et permettre aux enfants d’exploiter leur talent à travers le monde», insiste M. Guindo qui a encadré des joueurs comme El Hadj Salim Bah, Moussa Ballo, Diadié Samassékou, Amadou Haïdara, Souleymane Diarra.

Guidars qui signifie Guindo-Arsenal, évolue depuis quelques années en D2 du District de Bamako et a terminé deuxième du championnat l’année dernière.

A la date d’aujourd’hui, Yeelen olympique est le seul centre du pays qui évolue dans l’élite. Le centre a été créé en 2004 et a formé plusieurs joueurs dont Moussa Djénépo (Southampton, Angleterre), Ousmane Diakité (RB Salzbourg, Autriche), Hadji Dramé, (Paide Linnameeskond, Estonie). «On a commencé les premières détections en 2003 mais c’est un an plus tard (2004) que l’école a été portée sur les fonts baptismaux. L’idée est venue de Yacouba Sangaré, ancien joueur du Réal et ancien entraîneur», indique le président du centre Mohamed Sissoko.

Il précise que c’est pour cette raison que la direction de Yeelen olympique a décidé de baptiser le terrain d’entraînement de l’équipe du nom de Yacouba Sangaré.

L’effectif de Yeelen olympique tourne, actuellement, autour de 80 enfants, âgés de 10 à 18 ans. «A l’académie, nous avons une vie spécifique sur les études. Nous avons des écoles partenaires un peu partout avec lesquelles nous travaillons car c’est plus simple pour nous d’avoir des partenaires que d’investir dans une école», poursuit le premier responsable des Olympiens.

«Chez nous, il n y a qu’un seul critère d’intégration, c’est la détection de l’enfant par les responsables techniques du centre. En général, les joueurs arrivent au centre entre 11 et 13 ans et tous les frais sont pris en charge par le centre», détaille Mohamed Sissoko.

Les débuts ont été difficiles pour les Olympiens, avoue-t-il mais par la suite et avec la volonté affichée par l’équipe dirigeante, «nous avons réussi à surmonter ces difficultés et Yeelen olympique fait aujourd’hui partie des meilleurs formations du Mali».

Mohamed Sissoko dit que l’ambition du centre est de devenir une référence en Afrique, sous la supervision de son conseiller de renom, l’ancien international Frédéric Kanouté.

BK (AMAP)