Bamako, 22 mars (AMAP) Nous enregistrons, ces derniers temps, tant à Bamako que dans certaines localités du pays, un nouvel effet de mode du lapin, un animal, de l’élevage est devenu un compagnon de l’homme.
Un léger frottement se fait entendre dans le salon. Dans un coin de la pièce, un petit lapin avance doucement, sa fourrure soigneusement peignée et brillante sous la lumière. Une petite robe portée avec une chaîne autour de son cou, comme pour marquer son statut particulier dans la maison. L’animal circule librement entre le canapé et la table basse, s’arrêtant parfois pour renifler un coussin ou observer les mouvements des enfants qui jouent près de lui.
Dans cette famille de Bamako, le lapin n’est pas seulement un animal d’élevage. Il est devenu un véritable compagnon du quotidien. Aïcha Sall, la maîtresse de maison, explique que l’idée d’en adopter un est venue presque par hasard. Au départ, il s’agissait simplement de faire plaisir aux enfants. Mais, avec le temps, l’animal a trouvé sa place dans la famille. Elle raconte que « Choupie se promène partout dans la maison » et semble désormais reconnaître les membres du foyer car elle ne fuit pas à l’approche des gens.
Approvisionnement difficile
Éleveuse passionnée, Fatoumata Bintou Samaké explique que l’approvisionnement en lapins reste parfois difficile. Selon elle, certains animaux sont achetés au Sénégal, ce qui comporte des risques pendant le transport. Plusieurs lapins peuvent mourir en cours de route, ce qui représente une perte importante pour les éleveurs puisqu’ils ne sont généralement pas remboursés.
Elle ajoute que même, après leur arrivée, certains animaux ont du mal à s’adapter au climat local. Toujours selon elle, une fois acclimatées, certaines races se révèlent cependant très intéressantes pour l’élevage. Fatoumata Bintou cite notamment le lapin « tête de lion », reconnaissable à sa ressemblance avec le lion et à sa fourrure très fournie. Elle ajoute que cette race est très reproductive et peut commencer à se reproduire dès l’âge de quatre mois, même si elle préfère attendre cinq mois afin que les animaux atteignent une meilleure maturité.
Ces lapins sont particulièrement appréciés des femmes et des enfants, car leur pelage abondant peut être peigné et leur apparence est jugée très mignonne. Parmi les autres races élevées, figurent également les races géantes. Leur reproduction commence généralement autour de cinq mois et elles sont surtout recherchées pour la production de viande.
Pour Fatoumata Samaké, on observe des signes annonçant la mise à bas. Les lapines arrachent leurs poils pour fabriquer un nid destiné à accueillir les petits. À la naissance, elles utilisent ces poils pour couvrir les lapereaux et leur apporter de la chaleur. Toutefois, les lapines primipares (celles qui mettent bas pour la première fois) ne développent pas toujours immédiatement cet instinct. Dans ces cas, on intervient parfois en ajoutant du coton pour aider à former le nid. Les primipares peuvent également rencontrer des difficultés pour allaiter leurs petits. Il faut aussi procéder alors à un allaitement assisté afin d’assurer la survie des lapereaux. Les jeunes lapins sont généralement vendus après le sevrage, entre un mois et demi et deux mois, même si les meilleurs sont souvent conservés pour la reproduction.
L’élevage de lapins attire aussi de nombreux particuliers. Pour certains, il s’agit avant tout d’une passion. Safoura Cissé explique qu’elle a toujours aimé ces animaux depuis son enfance. Il y a quelques mois, elle a acheté trois lapins nains dans l’espoir de développer un petit élevage. Mais l’expérience ne s’est pas déroulée comme prévu. Elle pensait acheter un mâle et deux femelles, mais s’est retrouvée avec deux mâles et une femelle pour avoir plus de lapins.
Les difficultés liées à l’élevage des lapins
Selon le vétérinaire consulté, les lapins ne provenaient pas du même parc, ce qui a compliqué leur reproduction. Les mâles ont même fini par blesser la femelle, obligeant cette dernière à les séparer. La jeune dame dira aussi qu’elle ne s’attendait pas aux dépenses liées à leur entretien. « Les lapins mangent beaucoup », explique-t-elle, soulignant que leur alimentation représente un coût important ainsi que leur entretien sanitaire.
Malgré ces difficultés, certains éleveurs tirent pleinement profit de cette activité. Dans certaines concessions disposant d’une grande cour, les lapins sont élevés aux côtés des poulets ou des moutons. Les éleveurs expliquent que ces animaux se reproduisent bien et peuvent constituer une source de revenus régulière.
L’intérêt croissant pour la viande de lapin
La popularité du lapin s’explique aussi par l’intérêt croissant pour sa viande dans la gastronomie locale. De plus en plus de consommateurs apprécient le lapin grillé ou fumé, souvent accompagné de sauces traditionnelles comme le tigadèguè ou la sauce aux oignons.
Dans certains services de restauration à domicile, cette viande est proposée sur commande. Aux « Délices de Mah », le lapin est préparé à partir de 3000 francs CFA, selon la quantité demandée. Il est servi avec des crudités et peut être proposé en grillade ou fumé. La version fumée nécessite généralement une commande au moins 24 heures à l’avance au prix de 7000Fcfa et même prix que la viande crue.
Le promoteur de Zozan So, observe que plusieurs propriétaires se plaignent de l’infertilité de leurs femelles. Selon lui, cela est souvent dû à une mauvaise alimentation. Un lapin trop nourri ou alimenté uniquement avec certains produits peut accumuler de la graisse au niveau des organes internes, ce qui peut empêcher la reproduction et parfois entraîner la mort de l’animal.
Pour le vétérinaire Dama Diawara, du cabinet vétérinaire Hawa S. Tounkara, la présence des lapins dans les domiciles ne pose généralement pas de problème particulier. Le fait qu’ils quittent leur environnement naturel pour vivre dans les maisons n’entraîne presque aucun inconvénient, ni pour les animaux ni pour les personnes. Il recommande toutefois de veiller à leur santé. Les lapins peuvent souffrir de certaines maladies comme la gale, des infections pulmonaires ou des maladies parasitaires. Pour prévenir ces problèmes, il est conseillé de leur administrer des vitamines, de les déparasiter régulièrement et de maintenir un environnement propre. L’alimentation reste également essentielle. Le lapin se nourrit principalement d’herbes fraîches, de feuilles et de granulés spéciaux. Les feuilles de patate, les carottes ou d’autres végétaux peuvent compléter leur régime. Il est aussi important de renouveler leur eau régulièrement, d’assainir leur cadre de vie et d’éviter de placer trop d’animaux dans une même cage.
Variation des prix selon les espèces
Les prix des lapins varient fortement selon la race et le vendeur. Certains animaux peuvent atteindre jusqu’à 250 000 francs CFA. Parmi les races présentes figurent notamment l’hyplus, la tête de lion, le géant de Flandre, le rex tricolore ou encore les papillons géants.
AC/KM (AMAP)


