Hausse des prix du pétrole : les banques centrales africaines face à un nouveau dilemme monétaire

Bamako, 14 mars (AMAP) Les responsables économiques africains avertissent que la forte hausse des prix du pétrole provoquée par le conflit en Iran risque de compliquer les décisions de politique monétaire et de peser sur des secteurs clés comme l’exploitation minière, menaçant ainsi la reprise économique en cours sur le continent a appris l’AMAP de Reuters.

Ces derniers mois, plusieurs banques centrales africaines – d’Accra à Luanda – avaient engagé des baisses du taux directeur, profitant du recul de l’inflation et d’une relative stabilité des taux de change afin de soutenir l’activité économique. Cette dynamique pourrait, toutefois, être interrompue en raison des tensions géopolitiques et de la volatilité des prix de l’énergie.

La banque centrale de l’Ouganda a souligné que l’environnement économique mondial devenait de plus en plus incertain. « Les périodes d’incertitude accrue sont devenues une caractéristique déterminante du paysage économique mondial, mettant les banques centrales du monde entier au défi d’une manière sans précédent », a-t-elle indiqué à Reuters, précisant qu’elle réévaluerait ses instruments et ses procédures afin d’en garantir l’efficacité dans ce contexte difficile.

En Angola, la banque centrale a décidé jeudi de maintenir ses taux d’intérêt après trois baisses consécutives. Son gouverneur, Manuel Tiago Dias, a évoqué la montée des risques liés à la situation internationale. Selon lui, ces risques découlent « principalement d’un possible prolongement de la guerre actuellement menée au Moyen-Orient, qui pourrait affecter les chaînes de distribution, notamment les intrants agricoles et les engrais ».

Des analystes estiment que d’autres institutions monétaires majeures du continent pourraient également suspendre leurs cycles d’assouplissement monétaire. Le Ghana, le Nigeria, la Zambie et le Kenya figurent parmi les pays susceptibles de revoir leur stratégie.

Pour Razia Khan, économiste en chef pour le Moyen-Orient et l’Afrique chez Standard Chartered, les autorités monétaires devront désormais évaluer les effets indirects de la hausse du pétrole. « Les banquiers centraux devront examiner le potentiel de transmission de ces hausses sur l’inflation et d’autres indicateurs économiques », a-t-elle déclaré.

Dans ce contexte, la banque d’investissement JPMorgan a revu à la baisse ses prévisions de réduction des taux pour le Nigeria, le Kenya, le Ghana et la Zambie, citant la crise actuelle. « À l’exception de l’Angola, nous avons réduit l’ampleur des baisses de taux initialement envisagées », a indiqué l’institution dans une note de recherche.

Sur les marchés internationaux, le Brent s’échangeait vendredi à un peu moins de 100 dollars le baril, après avoir atteint près de 120 dollars plus tôt dans la semaine. Selon Charlie Robertson, responsable de la stratégie macroéconomique chez FIM Partners, un maintien durable des prix autour de ce niveau pourrait peser sur les économies africaines. « Si le pétrole se maintient en moyenne à 100 dollars pendant un an, nous verrons les réserves de change diminuer dans la plupart des pays du continent et plusieurs monnaies se déprécier d’environ 5 % », a-t-il averti.

Les banques centrales du Kenya, du Nigeria, du Ghana et de la Zambie n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.

OS/KM (AMAP)