Bamako, 9 mars (AMAP) En ce 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, un frisson d’espoir et de détermination traverse le Mali. Cette année, le monde entier résonne autour du puissant appel : « Droits, Justice. Action pour Toutes les femmes et les filles ». Au Mali, ce cri retentit avec une force particulière dans le cœur des Maliennes en situation de handicap. Car l’égalité n’est pas une belle parole, si elle laisse sur le bord du chemin celles qui portent déjà le poids invisible de l’exclusion. Aujourd’hui, leurs voix, longtemps étouffées, s’élèvent, vibrantes, courageuses, irrésistibles.
Au premier rang de ce combat se tient une femme d’exception. Il s’agit de Mme Konaté Zeinabou Guissé, présidente de l’Union Malienne des Associations et Comités de Femmes Handicapées (UMAFH) et membre du Conseil National de Transition (CNT). Elle n’est pas seulement une dirigeante, elle est un symbole vivant, une flamme qui refuse de s’éteindre. Vivant en situation de handicap, elle-même, elle porte en elle les luttes de milliers de sœurs maliennes et, avec une énergie déterminante, elle nous rappelle que la refondation du Mali ne sera complète que lorsque toutes ses filles y auront leur place, dignes, libres et reconnues.
Ces dernières années, quelque chose de beau s’est éveillé au Mali. Le regard sur les personnes vivant avec handicap change, doucement mais sûrement. Grâce à l’engagement des organisations comme l’UMAFH et la Fédération Malienne des Associations de Personnes Handicapées (FEMAPH), les campagnes de sensibilisation portent leurs fruits. La société commence à voir au-delà du handicap, elle découvre des femmes, des mères, des entrepreneuses, des citoyennes pleines de talents et de rêves.
L’État malien a marqué un tournant historique en adoptant une loi de protection des personnes handicapées. Cette loi n’est pas un simple texte, elle ouvre des portes concrètes notamment l’accès à l’emploi, la facilitation des mariages, ainsi que la meilleure intégration familiale. C’est une victoire arrachée par la persévérance, et Mme Konaté en a été une actrice majeure. Aux Assises nationales de la refondation, elle a porté haut les droits et les devoirs des personnes en situation de handicap.
Au sein du CNT où plusieurs d’entre elles siègent enfin, elle travaille sans relâche à la commission du développement rural, scrutant chaque loi, faisant entendre sa voix forte et juste.
L’UMAFH célèbre chaque 8 mars avec ferveur, en harmonie avec le thème national, souvent main dans la main avec la FEMAPH et d’autres partenaires.
En 2026, le Ramadan décalant les festivités à avril, l’élan reste intact. L’organisation tisse aussi des liens fraternels avec le Burkina Faso et le Niger : la solidarité régionale devient une force vive.
Avec une grande tendresse, Mme Konaté s’adresse aux familles : « Traitez vos enfants en situation de handicap comme les autres, en tenant compte simplement de leurs spécificités ».
Elle salue les progrès de l’État car sa propre nomination au CNT en est la preuve éclatante, tout comme l’accès des personnes handicapées à des fonctions dans la fonction publique. Et quel parcours ! Entrepreneuse autodidacte au courage impressionnant, elle a construit son indépendance pierre par pierre : un cybercafé, l’élevage de volailles, la vente de viande séchée exportée jusqu’en Chine, l’agriculture (mangues, céréales), des forages pour l’eau en sachets, et aujourd’hui une boutique florissante à Bagadadji. Tout cela par son seul labeur, sans attendre de financements extérieurs. Une leçon de résilience qui touche au cœur.
Son message aux femmes en situation de handicap est un véritable appel d’amour et de confiance : « Ayez foi en vous-mêmes ! Regroupez-vous dans des associations solides, bannissez les divisions, faites confiance à vos responsables ».
Elle déplore les querelles stériles et la course à l’argent facile, convaincue que des financements bien gérés auraient pu transformer bien des associations en véritables entreprises prospères.
« Quand on dit ‘handicapée’, trop de gens ne voient que le handicap et oublient la personne. Pourtant, ce que les autres femmes accomplissent, nous aussi nous le pouvons ! », clame-t-elle avec force. Finie la mendicité imposée par le regard des autres, la sensibilisation libère, l’autonomie guérit.
Le combat de l’AMALDEME
Mais le combat est loin d’être gagné, surtout pour les femmes et filles vivant avec un déficit mental. À l’AMALDEM (Association Malienne de Lutte contre les Déficiences Mentales chez l’Enfant), Assitan Traoré, éducatrice spécialisée au grand cœur, se bat chaque jour pour leur dignité. Elle leur enseigne des formations dans la savonnerie, la teinture, la cuisine et les accompagne vers l’autonomie, rêve pour elles d’une vie sans dépendance constante.
Certaines y parviennent magnifiquement, elles s’épanouissent, gagnent leur vie, se marient, fondent des familles. D’autres, hélas, subissent des drames terribles notamment des divorces motivés par l’appât du gain, violences basées sur le genre, abus sexuels qui les exposent à des maladies graves.
Le cœur se serre devant tant de vulnérabilité. Assitan lance un appel vibrant et urgent aux autorités et à toutes les personnes de bonne volonté : « Aidez-nous à faire éclore ces femmes ! L’État fait déjà beaucoup, mais nous avons besoin d’un soutien renforcé pour que filles, femmes et enfants avec déficit mental puissent rayonner comme les autres».
Elle supplie pour des mesures fermes contre ceux qui exploitent ou abusent de ces êtres fragiles, car dans leur cas, les violences de genre blessent encore plus profondément.
À Sebenicoro, Kany Doumbia, 41 ans, vit avec un déficit mental survenu après une méningite dans l’enfance. Mariée deux fois, sans enfant, elle a enduré rejets et violences. Son premier mari la brutalisait chaque jour, l’insultait. Aujourd’hui, Kany travaille comme cuisinière à l’AMALDEME, gagne 15 000 FCFA par mois, un salaire modeste, mais un pas immense vers la liberté.
Sa mère, Mme Doumbia Djènèba Doumbia, médecin anesthésiste à la retraite, raconte avec émotion ces mariages toxiques. Dans le premier, le conjoint a profité des aides (logement, meubles, frais quotidiens), puis a réclamé un taxi avant de disparaître. Le second a suivi le même scénario cruel : moto tricycle achetée, puis envol.
« Ma fille est une battante, confie-t-elle, les larmes aux yeux. Elle se prépare seule, fait le ménage, traverse Bamako sans se perdre. » Elle s’est battue pour son éducation sans aide paternelle.
Ces récits nous rappellent cruellement que lois et sensibilisation, aussi précieuses soient-elles, ne suffisent pas encore. L’exclusion et les violences persistent, surtout pour les plus vulnérables. Le 8 mars doit devenir un véritable sursaut : application rigoureuse des recommandations, encadrement des associations, éducation inclusive, protection renforcée contre les abus.
Mme Konaté Zeinabou Guissé, présidente de l’Union Malienne des Associations et Comités de Femmes Handicapées conclut avec une conviction qui donne des frissons : « Ensemble, nous allons réussir avec l’appui résolu de l’État, la force unie des associations comme l’UMAFH et la FEMAPH, et l’élan de tous les Maliens y compris à travers des bénédictions collectives , le Mali nouveau pourra enfin embrasser pleinement ses citoyennes handicapées ».
Le 8 mars n’est pas qu’une date sur le calendrier. C’est un appel vibrant à briser, une fois pour toutes, les chaînes de l’exclusion. Pour que chaque femme malienne, sans exception, puisse contribuer à la refondation du pays dans la dignité, la fierté et l’égalité véritable.
BT/KM (AMAP)


