Forum Panafricain des Médias : L’expert Martin Faye se prononce sur le Forum et d’autres sujets

Bamako, 5 juin (AMAP) Dans une interview accordée à l’Agence Nationale de Presse du Mali, le journaliste sénégalais et expert des médias, Martin Faye se prononce  sur son engagement pour le Forum et partage sa vision pour refonder le journalisme africain, a constaté l’AMAP.

Agence Nationale de Presse du Mali : Qu’est-ce qui vous a motivé à quitter le Sénégal pour participer à ce forum à Bamako ?

Martin Faye : J’ai quitté le Mali il y a deux ans, après avoir dirigé le projet Studio Tamani de la Fondation Hirondelle. Cette expérience a élargi mon horizon et renforcé mon compagnonnage avec les médias maliens. J’ai participé à de nombreuses activités au sein des faîtières et associations de journalistes. Lorsque l’idée du forum est née, j’ai été contacté pour intégrer le comité scientifique et, de fil en aiguille, j’ai été désigné pour présenter la conférence inaugurale.

Agence Nationale de Presse du Mali : Selon vous, quels sont les principaux objectifs de ce Forum Panafricain des Médias ?

Martin Faye : Les principaux objectifs sont de réfléchir à la pratique journalistique en Afrique afin de retrouver une souveraineté et un contrôle de l’information, depuis sa conception jusqu’à sa diffusion. Trop souvent, nos populations apprennent ce qui se passe chez elles à travers les médias étrangers. Il faut changer la donne : parler de l’Afrique aux Africains, dans nos langues, selon nos cultures et nos contextes. Nous connaissons mieux le terrain africain que quiconque, mais la digitalisation et les plateformes numériques échappent à notre contrôle. C’est de cela qu’il s’agit de discuter à Bamako.

Agence Nationale de Presse du Mali : Quelles sont vos attentes personnelles et professionnelles de cette rencontre ?

Martin Faye : Mes attentes sont celles d’une refondation du journalisme africain. Nous revivons une situation similaire aux années 1970-1980, lorsque l’UNESCO portait le débat sur un nouvel ordre mondial de l’information. Aujourd’hui encore, l’Occident monopolise la circulation de l’information, avec des risques de manipulation, de propagande et de censure. Il est temps que les médias africains deviennent les narrateurs de leur propre récit

Agence Nationale de Presse du Mali :  Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels les médias africains font face aujourd’hui ?

Martin  Faye : Le premier défi est la formation. Depuis quarante ans, je suis engagé dans ce domaine. Or, une masse critique de personnes se disent journalistes sans avoir reçu une formation initiale solide. Il faut distinguer ceux qui travaillent dans les médias de ceux qui sont réellement journalistes. Les programmes doivent être adaptés à la réalité : former des journalistes polyvalents, capables de produire du son pour la radio, de l’image pour la télévision et du contenu écrit.

Agence Nationale de Presse du Mali : Comment les journalistes africains peuvent-ils mieux lutter contre la désinformation et les fake news ?

Martin Faye : Nous devons unir nos forces pour mettre fin à la désinformation et aux fake news. J’ai proposé la création d’une plateforme digitale panafricaine de lutte contre la désinformation. Chaque pays pourrait y contribuer : lorsqu’une rumeur circule, il faut la vérifier rapidement et la traiter avec responsabilité.

Agence Nationale de Presse du Mali : Pensez-vous que ce forum peut renforcer la coopération entre les médias africains ?

Martin Faye : Ce forum n’aurait pas de raison d’être s’il ne renforçait pas la coopération. Parmi les idées concrètes, il y a la création d’une agence de presse panafricaine et d’une union des radios de proximité. Cinq pays sont déjà membres fondateurs, avec un plan d’action immédiat : lancer une campagne d’adhésion pour que toutes les radios de proximité africaines puissent travailler ensemble au service des populations.

MMD/KM (AMAP)