Diéma : Le Yogoro, un jeu de bouffon, exercé à partir du 10ème jour du mois de ramadan

Diéma, 04 mars (AMAP) A Diéma, s’il existe une tradition, loin de   tomber dans les oubliettes, il s’agit bien du Yogoro. Le Yogoro, comme son nom l’indique en  bamanankan, est un jeu bouffon,  qui consiste à porter des accoutrements confectionnés de façon artisanale avec des sacs en plastique, pour se rendre nuitamment , en petits groupes disparates, dans les maisons, à partir du dixième jour du mois de Ramadan,

Durant cette période,  de nombreux  garçons,  âgés de 8  à 12 ans, s’adonnent à cette pratique ancestrale, qui constitue une véritable distraction pour les tout-petits. Pour les filles,  c’est le  Salala walé, il est différent du Yogoro, dont les rôles sont répartis comme suit :  un garçon est  chargé de tapoter  sur un vieux bidon ou une vieille boîte, à l’aide d’une ballonnettte, pour émettre des sons endiablés. Au même moment,  un autre entre en transe,  se jette brutalement sur le sol en se roulant sur les côtés,  puis, subitement,  se calme, faisant semblant d’être mort. Alors, s’en suit un chant entonné, pour supplier la bonne mère à faire un geste, seule condition pour ramener en vie le défunt imaginaire « Siaka sara, a tolila, a sou dona, doromé kélé ta wili, doromé fila  ta wili, doromé dourou ta wili,  doromé tan ta wili… ». Littéralement traduit « Siaka est mort. Il est pourri.  Il est enterré.  5 F ne le ramène pas à la vie, encore moins 10 F, 25 F, 50 F…>>.

Concernant le Salala walé, il n’y a pas de changement notoire sur le plan vestimentaire, les filles portent généralement leurs habits ordinaires, sans aucun masque. Une fille tapote, de ses mains, une calebasse renversée dans une baignoire remplie d’eau, tandis que ses petites camarades chantent en cœur le Salala walé, une note d’espoir et d’imploration.

Dans ces conditions, rares sont ceux qui refusent de servir les enfants qui viennent vers eux, car ayant toujours à l’idée que tout ce que l’on donne en aumône, sera récompensée dans l’au-delà. Aussi, en glissant des jetons dans les moignons des enfants,  Lakami Coulibaly,  leur demande, à chaque fois,  de faire des bénédictions pour le retour de son fils parti en catimini avec ses compagnons vers les côtes de la méditerranée.

« Le monde subit de plein fouet des bouleversements.  Chacun se sent heureux chez soi », déclare le quinquagénaire . Adama Berthé, un allochtone, lui, craint surtout les bagarres, c’est pourquoi, depuis la nuit où son garçon est rentré avec des larmes aux yeux,  il  ne le laisse plus sortir pour, d’après lui, des futilités. C’est un plaisir pour Madame Tounko Diarra, vendeuse de galettes, de soumettre des enfants au récital consacré au Yogoro et au Salala walé, afin de  corriger  les imperfections. Interrogée sur la destination de leurs butins,  la petite Maïmouna, qui joue le rôle de trésorière au sein de son groupe, affirme que c’est pour préparer un festin.

 OB/KM (AMAP)