Bamako, 26 février (AMAP) Le Niôgo est un ensemble d’instruments traditionnels de la communauté Minianka. Contrairement à certains instruments sacrés, il ne nécessite aucun sacrifice avant d’être joué. Il accompagne toutes les cérémonies du village : mariages, rassemblements de jeunes, fêtes et autres rencontres communautaires.
Origine du Niôgo : Son histoire est profondément enracinée dans la mémoire collective. Le Niôgo a été créé pour rendre hommage à une femme digne, qui accompagna son mari dans sa dernière demeure. Cette femme, restée fidèle à son époux toute sa vie, fut considérée comme une reine. En langue minianka, on l’appelait « Niô », ce qui signifie la deuxième fille de sa mère. C’est en son honneur que le Niôgo est né.
Transmission et pratique : Dans le village, aucune famille n’est exclusivement consacrée au Niôgo. Tout le monde peut l’apprendre et le jouer. Ngôlo Fasi Sogoba, joueur de Niôgo depuis plus de 40 ans, raconte : « J’ai appris à jouer le Niôgo auprès de mon père. À l’époque, on le jouait uniquement au village, pour créer de l’ambiance. Il n’y avait pas d’argent. Aujourd’hui, nous avons parcouru tout le pays». Le relai est assuré, car son fils maîtrise déjà l’instrument. L’équipe compte 11 musiciens, chacun avec un instrument différent : le N’bôlo, le Baara, le Djimé, le tam-tam, qui accompagnent le Niôgo. 
Ce sont les femmes qui chantent pour accompagner le Niôgo. Wassa Sogoba, chanteuse actuelle, explique : « Ce sont mes grands-frères qui ont sollicité mon mari pour que je devienne chanteuse de Niôgo ». Elle ajoute qu’il n’existe pas de chansons fixes : les paroles reflètent la situation actuelle de la localité. Le Niôgo est dédié aux femmes, et c’est pourquoi l’honneur de chanter leur revient.
Un instrument de cohésion sociale. Le Niôgo n’exclut personne. Hommes, femmes, jeunes et anciens dansent ensemble, car il n’est pas sacré. Yacouba Zana Sogoba, joueur de Baara, au sein de l’équipe affirme : « Le Niôgo est un instrument de cohésion sociale dans la communauté Mamaala, car il rassemble tout le monde. Sa particularité est de réunir un grand nombre de personnes et de créer une ambiance joyeuse. La danse est accessible à tous, plus facile que celle du balafon, qui demande davantage d’efforts».
Interrogés sur le rôle qu’occupe cet instrument de musique dans la localité minianka, tous sont unanimes que le niôgo occupe une place cruciale dans la cohésion et le vive-ensemble.
En tout cas, c’est ce qu’affirme Markatié Daou, journaliste, un défenseur de sa culture. « Une vive incompréhension avait éclaté dans mon village dans les années 1997 – 2001. Presque toutes les voies de médiation avaient été explorées sans succès. Appelée en médiatrice, la troupe de Niogo de Diaramana a pu éteindre le feu au terme de seulement une journée de prestation », se rappelle-t-il, avant d’ajouter que « le Niogo est un instrument unique en ce sens qu’il peut faire oublier les soucis et même les tensions intercommunautaires ».
Et de poursuivre : « Pour preuve, quand on joue le Niogo même devant une concession, à la fin de la soirée il sera difficile pour la maisonnée de ladite maison de regagner aisément chez elle. Ce qui n’est pas fortuit. Je ne sais pas la raison profonde mais ça m’est arrivé plusieurs fois à mon jeune frère comme c’est arrivé à beaucoup d’autres adultes du moment.
Pour la sauvegarde du Niôgo, M. Daou plaide. « Je ne souhaite pas que cet instrument perde sa valeur ou qu’il manque de joueurs un jour. Pour cela, je souhaite qu’il y ait un centre de formation où de jeunes amoureux vont reprendre le flambeau aux anciens qui ont fait connaître cet instrument ».
Quant à Kadidiatou Goïta, minianka, diplômée de la Faculté des Sciences Administratives et Politique (FSAP) , estime également que le Niôgo est l’un des seuls instruments de musique qui affiche l’identité de toute la communauté. « J’aime cet instrument car il n’exclut aucune couche sociale. Quand on joue le Niôgo, pratiquement on ne peut pas se retenir. Tout le monde peut danser facilement cet instrument », explique-t-elle.
MMD/KM (AMAP)


