Bamako, 21 mai (AMAP) Dans l’histoire culturelle du Mali et de l’Afrique, certaines figures traversent les générations et les frontières grâce à la puissance de leur pensée et de leur héritage. Amadou Hampâté Bâ est de ceux-là. Écrivain, ethnologue et défenseur infatigable des traditions orales, il a su bâtir un pont entre passé et modernité. Son parcours, à la fois enraciné dans la culture africaine et ouvert sur le monde.
Né vers 1900 à Bandiagara, Amadou Hampâté Bâ grandit dans une famille noble peule. Très tôt orphelin de père, il est élevé par sa mère, Kadidja Diallo, une femme profondément attachée aux valeurs traditionnelles. Elle se remarie ensuite avec Tidjani Amadou Ali Thiam , qui devient son père adoptif. Dans cet environnement marqué par les récits oraux, les coutumes et la spiritualité, le jeune Amkoullel reçoit une éducation fondée sur le respect, la sagesse et la transmission. Confié à des maîtres religieux, il apprend le Coran et s’initie à la pensée soufie sous l’influence déterminante de Tierno Bokar qui devient son maître spirituel. Cette formation dépasse largement le cadre religieux : elle lui inculque une conduite basée sur la tolérance, la paix et une ouverture au monde qui marquera toute son œuvre.
Parallèlement, sous la pression de l’administration coloniale française, il intègre l’école occidentale. Il fréquente l’école des otages à Bandiagara puis à Djenné. Après la mort de son beau-père, il rejoint sa mère à Kati en 1915 pour poursuivre ses études. Ce double apprentissage, entre tradition africaine et école coloniale, lui forge une identité intellectuelle unique.
En 1921, il refuse d’intégrer l’École normale de Gorée, acte de résistance qui entraîne son affectation dans l’administration coloniale. Ce choix marque le début d’un parcours atypique où il devient observateur attentif des sociétés africaines.
Un parcours intellectuel au service de l’Afrique
Dans les années 1920, Amadou Hampâté Bâ travaille comme commis et interprète à Ouagadougou, puis à Bobo-Dioulasso et à Bamako. Cette immersion dans différents milieux lui permet de découvrir la diversité culturelle de l’Afrique de l’Ouest.
Sa vie prend un tournant décisif dans les années 1940 lorsqu’il rencontre Théodore Monod. Grâce à lui, il rejoint l’Institut Français d’Afrique Noire (IFAN) à Dakar comme chercheur en ethnologie. Il parcourt alors le Mali, la Guinée, le Niger et la Haute-Volta pour collecter contes, mythes et traditions orales. Après les indépendances africaines, il poursuit sa mission à l’international. Entre 1962 et 1970, il travaille au sein de l’UNESCO à Paris, où il défend avec conviction les cultures africaines. C’est dans ce cadre qu’il prononce sa célèbre phrase : « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. » Une formule devenue symbole de l’importance de la transmission orale.
Une œuvre riche entre sagesse et mémoire
Amadou Hampâté Bâ est l’auteur d’une œuvre abondante, nourrie de ses recherches et de son vécu. Parmi ses livres les plus célèbres figurent :
Kaidara (1969), un conte initiatique peulh ; L’Étrange destin de Wangrin (1973), couronné du Grand Prix Littéraire de l’Afrique Noire en 1975 ; Jésus vu par un musulman (1976), plaidoyer pour le dialogue interreligieux ; Vie et enseignement de Tierno Bokar (1980) ; L’Empire peulh du Macina (1984) ; Amkoullel, l’enfant peul (1991), autobiographie ; Oui mon commandant ! (1994), récit de la période coloniale.
À travers ces œuvres, il valorise la tradition orale comme source de savoir et outil de compréhension du monde africain. Il transmet également des leçons universelles, comme celle du caméléon, symbole d’adaptation et d’harmonie.
Reconnu de son vivant, Amadou Hampâté Bâ reçoit de nombreuses distinctions, dont le titre de Grand Officier de l’Ordre National du Mali. Son influence dépasse largement les frontières africaines. Aujourd’hui encore, ses écrits sont étudiés dans les universités et font l’objet de colloques internationaux. Au Mali, le Palais de la Culture Amadou Hampâté Bâ porte son nom, témoignant de l’importance de son héritage. De nombreuses écoles et institutions culturelles lui rendent également hommage.
Décédé le 15 mai 1991 à Abidjan, il laisse derrière lui un héritage inépuisable. Plus qu’un écrivain, il demeure un passeur de mémoire, un sage dont la pensée continue d’éclairer les générations. Comme il le disait lui-même : « La beauté d’un tapis provient de la diversité de ses couleurs. » Une métaphore puissante pour rappeler que la diversité culturelle est une richesse essentielle pour le Mali, pour l’Afrique et pour le monde entier.
Aboubacar DIALLO est un ingénieur en énergétique et un grand admirateur d’Amadou Hampaté Ba reconnait être très fasciné par la sagesse de ce dernier et l’adaptabilité de ses œuvres à toutes les réalités africaines. Il dit également être très émerveillé par la leçon sur l’école du caméléon
Ainsi, Amadou Hampâté Bâ ne disparaît pas : il vit à travers ses mots, ses enseignements et la mémoire collective qu’il a contribué à préserver.
MLHD/KM (AMAP)


