Bamako, 17 février (AMAP) À Bamako, comme dans plusieurs autres villes du Mali, de plus en plus de bébés âgés de trois mois à trois ans sont envoyés dans les crèches par leurs parents. Une réalité qui suscite débats, interrogations et parfois jugements. Pourtant, derrière cette décision souvent difficile, se cachent des mères confrontées aux contraintes du quotidien, entre obligations professionnelles, absence de soutien familial.
Ainsi, à six heures du matin au quartier Golf, Mme Aïssata Touré est déjà sur pied. Dans ses bras, son bébé de six mois pleure doucement. La jeune maman enchaîne les gestes avec précision. Changer la couche, nettoyer le visage encore endormi, préparer le biberon, glisser quelques vêtements de rechange dans le sac, tout en supervisant le petit déjeuner de la famille. Dans moins d’une heure, elle devra déposer son enfant d’un an à la crèche avant de rejoindre son lieu de travail, situé à une trentaine de minutes de son domicile « Je n’ai pas le choix. Je vis seule avec mon enfant et mon mari. Ma mère est au village et je ne peux pas arrêter de travailler. La crèche est devenue ma seule solution », confie-t-elle.
Dans le même esprit, Mariam Koné, maman de 3 enfants dont le plus petit à deux ans, vendeuse dans une pharmacie, résume le dilemme auquel font face de nombreuses femmes. « Quand tu n’as personne pour garder tes enfants, tu fais avec les moyens de bord. Soit tu travailles et tu confies ton bébé à une crèche, soit tu restes à la maison. »
Par ailleurs, dès les premiers mois, le bébé découvre à la crèche un environnement stimulant. Il est exposé à des sons, des voix différentes, des couleurs et des jeux de puériculture conçus pour éveiller ses sens. Progressivement, il apprend à reconnaître d’autres visages que celui de sa mère. « Mon enfant est plus éveillée car elle a commencé la crèche à trois mois », raconte Mme Traoré Hadja Fatoumata Sanankoua, mère d’Amina, âgée de 22 mois. « À la crèche, elle écoute des chansons, observe les autres enfants. Quand je la récupère le soir, je sens qu’elle est plus attentive, elle chantonne même en anglais et en français. »
Au-delà de l’éveil, la socialisation constitue également un atout. Le bébé s’habitue à la présence d’autres enfants, apprend à partager l’espace et à interagir, ce qui peut faciliter son adaptation future à l’école. Dans les crèches bien organisées, les nourrissons bénéficient de routines structurées : heures de repas, moments de repos, temps de jeux. Les éducatrices veillent à leur sécurité, stimulent leur motricité et respectent, autant que possible, le rythme de chaque enfant. « Ils apprennent même sans parler », explique une éducatrice. « Ils observent, ils écoutent, ils ressentent. Le cerveau se construit à ce moment-là. »
Cependant, cette réalité n’est pas sans risques ni inconvénients. Le premier, et sans doute le plus redouté par les parents, reste la santé. Les bébés et les petits enfants ont un système immunitaire encore fragile. En collectivité, ils sont davantage exposés aux maladies contagieuses telles que les rhumes, les infections respiratoires ou les diarrhées.
« Mon bébé tombe souvent malade avec souvent des traces de griffures », confie Aïssata, inquiète. « Une semaine à la crèche, une deux jours à la maison. Parfois, je me demande si je me demande si j’ai fait le bon choix. À cela s’ajoute la question du sommeil. En crèche, le nourrisson est régulièrement réveillé par le bruit, les pleurs ou les activités, ce qui peut perturber son repos, pourtant essentiel à son développement.
Face à ces contraintes, les routines matinales deviennent des épreuves quotidiennes. « Le matin, quand je le dépose, il pleure et mon cœur se serre », raconte Mariam Touré maman d’un garçon de 15 mois. « Mais je me dis que je le fais pour son avenir. Je préfère cela à le laisser dans la grande famille sans attention, car tous les enfants sont laissés à eux même sans aucune éducation. »
Cette situation est également vécue avec une certaine tristesse par de nombreuses grand-mères, autrefois piliers de la garde des enfants au sein de la famille élargie. Aujourd’hui, l’éloignement géographique et les nouvelles formes de vie urbaine les tiennent souvent à l’écart de ce rôle traditionnel. « Je suis une grand-mère de sept petits enfants et j’aimerais beaucoup garder mes petits-enfants », confie Mme S., la soixantaine. « Mais les jeunes vivent loin de la famille. Je ne les vois que les week-ends. Si nous habitions à côté, je les aurais gardés avec plaisir. Je passe la journée seule à la maison, je n’ai personne à qui parler. »
Promotrice du jardin d’enfants Demba Gnuma de Kalanban Coura ACI, Mme Awa Dagnogo. fait partie de cette nouvelle génération de professionnelles de la petite enfance qui accueillent, avec précaution, des bébés âgés de zéro à trois mois. « De plus en plus de parents n’ont pas de relais familial. Les crèches deviennent une nécessité, même pour les tout-petits », explique-t-elle. Consciente de la vulnérabilité des nouveaux nés, elle insiste sur le respect strict des règles : espaces séparés, hygiène rigoureuse, personnel formé, respect du rythme du bébé. Selon elle, l’accueil précoce peut présenter des bénéfices, à condition qu’il soit bien encadré. « Même très jeunes, les bébés s’habituent à une routine structurée. Cela ne remplace pas l’affection familiale, mais cela peut la compléter lorsque les parents sont contraints de travailler. »
La clé reste, selon elle, la confiance et la transparence avec les parents. « Accueillir un nouveau-né, c’est une responsabilité immense. C’est presque comme prolonger la maison à l’extérieur. »
AC/KM (AMAP)


