Portrait : Dr Youssouf Tata Cissé, l’un des plus grands spécialistes des traditions orales africaines

‎Bamako, 8 juillet (AMAP) Le regard de l’Agence Nationale de Presse du Mali, en cette année dédiée à l’éducation et à la culture, se tourne vers une autre célébrité Malienne qui a marqué son temps et qui a apporté une touche particulière à la culture malienne, africaine et mondiale. Il s’agit de Dr Youssouf Tata Cissé, l’une des figures qui fait briller la culture et les valeurs du Mali à travers le monde. ‎Ethnologue, historien, sociologue et spécialiste des traditions orales africaines, il a consacré sa vie à la collecte, la sauvegarde et à la valorisation du patrimoine culturel du Mandé et de l’Afrique de l’Ouest. ‎Ses œuvres ont profondément contribué à faire reconnaître la tradition orale comme une source légitime de connaissance historique. ‎Ne le 04 mars 1935 à san au Mali. Il grandit dans un environnement profondément marqué par les traditions orales, les récits historiques transmis par les griots et les pratiques culturelles ancestrales. Dès son jeune âge, il manifeste une curiosité particulière pour les savoirs traditionnels et les récits historiques transmis oralement. Cette proximité avec la culture mandingue influencera durablement son orientation intellectuelle.‎ ‎Parcours scolaire et professionnel : ‎Après ses études primaires à l’école élémentaire de San, ancien cercle de la Région de Ségou avant de poursuivre à l’Ecole Normale de Katibougou. A la fin de ses études, Youssouf Tata Cissé a travaillé à la « Mission Haute Vallée du Niger » pour le compte d’un projet de  développement agricole (BDPA). Dans le cadre de ses activités professionnelles il a fait beaucoup de tournées dans le mandé où il rencontré en 1959 le célèbre griot Wa Kamissoko. Ce dernier devient par la suite son meilleur ami et son maître qui nourrit son intérêt pour l’histoire du Mandé. Après les indépendances, il a été affecté à l’Institut des Sciences Humaines où il servi comme enseignant chercheur jusqu’ en 1968. A la suite d’un grave accident de circulation, Youssouf Tata CISSE a été évacué en France pour des soins médicaux en 1968. En France, il bénéficia d’une bourse du Fonds d’Aide de la Coopération française. Ce qui lui a permis de s’inscrire à la Sorbonne et poursuivre ses études à l’Ecole des Hautes Etudes Techniques et Pratiques (EHETP). Il poursuit alors des études supérieures en ethnologie et en anthropologie à l’École pratique des hautes études. ‎En 1973, il soutient une thèse de doctorat sous la direction de la célèbre ethnologue Germaine Dieterlen. Son travail, intitulé Un récit initiatique de chasse Boli-Nyanan, porte sur les traditions initiatiques des chasseurs du Mandé. Cette recherche constitue déjà une illustration de ce qui deviendra la marque de toute son œuvre : l’étude scientifique des savoirs transmis oralement. Ses travaux universitaires l’amènent à développer une méthodologie originale associant enquêtes de terrain, collecte de récits traditionnels, analyse historique et interprétation anthropologique. Cette approche lui permettra de devenir l’un des plus grands spécialistes des traditions orales africaines. Il rejoint le Centre national de la recherche scientifique où il mène l’essentiel de sa carrière académique ‎Après ses premières expériences dans l’enseignement au Mali, Youssouf Tata Cissé s’oriente pleinement vers la recherche scientifique. Il rejoint le Centre national de la recherche scientifique où il mène l’essentiel de sa carrière académique. Ses recherches portent principalement sur les sociétés mandingues, les confréries de chasseurs, les mythes fondateurs et les systèmes de pensée africains. ‎Parallèlement à ses activités de chercheur, il enseigne à la Sorbonne. Son enseignement contribue à former plusieurs générations d’étudiants, de chercheurs et d’anthropologues intéressés par l’Afrique de l’Ouest. ‎Une partie importante de son travail repose sur sa collaboration avec Wa Kamissoko, considéré comme l’un des plus grands dépositaires de la mémoire du Mandé. Ensemble, ils parcourent de nombreuses régions du Mali afin d’enregistrer, transcrire et analyser les récits historiques transmis depuis des siècles. Cette collaboration exceptionnelle a permis de préserver un patrimoine culturel qui risquait de disparaître avec la disparition progressive des anciens détenteurs du savoir traditionnel. Membre de la confrérie des chasseurs depuis 1959, il connaît de l’intérieur les rites, les croyances et les systèmes de transmission des connaissances traditionnelles. Cette expérience personnelle enrichit considérablement ses recherches scientifiques. ‎Principales œuvres ‎Parmi ses ouvrages majeurs figurent : ‎Les Fondements de la société d’initiation du Komo (1972), écrit avec Germaine Dieterlen, qui analyse les structures initiatiques bambara. ‎La Grande Geste du Mali (1988), réalisée avec Wa Kamissoko, retrace les origines et la fondation de l’Empire du Mali à travers les traditions mandingues. ‎Soundjata ou la gloire du Mali (1991) constitue l’une des références les plus importantes sur l’épopée du fondateur de l’Empire du Mali. ‎La Confrérie des chasseurs malinké et bambara (1994) est considérée comme son œuvre majeure. Fruit de plus de trente années d’enquêtes, cet ouvrage étudie les mythes, rites et traditions initiatiques des chasseurs ouest-africains. ‎La Charte du Mandé et autres traditions du Mali (2003) contribue à faire connaître l’un des textes fondateurs les plus importants de l’histoire africaine. Disparution ‎Youssouf Tata Cissé s’éteint le 10 décembre 2013 à Paris à l’âge de 78 ans. Sa disparition suscite une vive émotion dans les milieux universitaires, culturels et intellectuels africains. Beaucoup le considèrent comme l’un des plus grands gardiens de la mémoire historiques. ‎En 2010, le Centre d’études linguistiques et historiques par tradition orale de l’Union africaine lui consacre plusieurs conférences-hommages à Bamako, Abidjan et Niamey. ‎En 2019, l’Institut des Sciences Humaines du Mali organise un colloque international intitulé « Youssouf Tata Cissé, un pionnier des sciences humaines et sociales : de l’oralité à l’écriture », afin de célébrer son héritage intellectuel. ‎Son héritage demeure immense. Grâce à ses recherches, des milliers de pages de traditions orales, d’épopées et de récits historiques ont été sauvegardées. Aujourd’hui encore, ses ouvrages constituent des références majeures pour l’étude du Mandé, de l’Empire du Mali et des civilisations africaines. ‎MLHD/KM (AMAP)