Tabaski à Gao : Le secret de la grillade traditionnelle

Par Mohamed TOURÉ Gao, 05 aout (AMAP) La communauté musulmane a célébré, vendredi dernier, l’Aïd el Kébir ou la fête de la Tabaski. Cette célébration musulmane est marquée par l’immolation de certains animaux domestiques comme le mouton, la chèvre, le bœuf ou le chameau « pour les fidèles qui en ont les moyens », comme le précise le Saint Coran. La conservation de la grande quantité de viande accumulée lors de cette commémoration peut poser problème dans certains milieux. Mais à Gao, dans le nord du pays, les familles perpétuent une tradition séculaire: la grillade. Le jour de la Tabaski, la cité des Askia respire l’odeur des grillades de viande. Presque dans toutes les familles, des fours de grillade sont fabriqués avec tout ce qu’on peut avoir sous la main : un vieux lit métallique, des barriques renversées ou encore des barres de fer. Dans un coin de la cour familiale, Faiçal Ibrahim s’active, tel un chef d’orchestre. Entouré de ses trois neveux, l’apprenti rôtisseur de circonstance attise le feu sous cinq carcasses de béliers installées sur un lit métallique transformé en grillage. «Je m’occupe de la grillade des moutons de la famille depuis 2009. A l’enfance, j’ai appris cette pratique avec mes oncles. Je suis entouré par mes neveux pour leur transmettre la technique», explique le jeune homme. Selon les vrais connaisseurs, cette pratique très ancienne consiste à conserver la viande, tout en lui donnant un bon goût. Selon le cuistot amateur, cette grillade permet de rendre la chair moelleuse, donc facile à déguster. «Quand nous égorgeons les bêtes, certaines parties (le foie, le cœur, les reins) sont rôties sur le petit grillage et mangées directement», détaille-t-il. Ces parties enlevées, le reste de l’animal est étalé au soleil, environ une heure, avant la mise au feu. La chair est ensuite assaisonnée avec une mixture à base de vinaigre, d’huile, de sel. «Cette sauce accélère la cuisson de la viande et lui donne bon goût», commente Faiçal Ibrahim. La viande est conservée plusieurs mois. Les techniques qu’explique Faiçal relèvent d’un savoir-faire transmis à travers les générations. «La grillade de viande pendant la Tabaski est une ancienne pratique à Gao. Les parents le faisaient déjà avant notre naissance», témoigne Alassane Touré, un septuagénaire à la retraite. Le patriarche confirme que la pratique permet de conserver la viande tout en lui donnant un bon goût. Les mêmes raisons sont avancées par Salamata Maïga, une enseignante à la retraite. Pour cette grand-mère, certaines familles abattent plusieurs moutons, dont il faut conserver une partie avec la technique de grillage. «Avant, la pratique n’était pas très répandue. Mais, aujourd’hui, dans une même famille, il arrive que cinq à six moutons soient sacrifiés», argue la pédagogue, pour qui la conservation d’une telle quantité de viande pousse les familles à se tourner de plus en plus vers la rôtisserie domestique. Dans la pratique courante, la grillade est la première phase du processus de consommation de la viande dans de nombreuses familles. «Généralement à Gao, le premier jour de la fête est consacré à la grillade de la viande. Au deuxième jour, la viande grillée est dépecée et des parts sont envoyées aux voisins, parents et personnes en nécessité», explique Salamata. Cependant, une grande partie de la viande grillée sera découpée en petits morceaux qui seront frits à l’huile pour être conservés encore plus longtemps. «Ces petits morceaux sont alors partagés entre les membres de la famille. Et même ceux, qui vivent dans d’autres villes ou même à l’étranger, auront leur part», confie la vieille maman. MT/MD (AMAP)  

Bamako-Gao par la route : Avec la peur au ventre

Par Mohamed TOURÉ Bamako, 05 août (AMAP) La crise sécuritaire que traverse le pays frappe de plein fouet certains secteurs comme le transport. Auparavant, 20 heures suffisaient pour rallier Bamako à Gao via la Route nationale (RN 16). Aujourd’hui, il faut compter, en moyenne, trois à quatre jours pour le même trajet. Les attaques systémiques, les enlèvements ciblés, l’état dégradé de la route sont, entre autres, problèmes auxquels sont confrontés les candidats au voyage vers le Nord du Mali. Avec la dégradation de la route qui ralentit la progression des véhicules, les attaques contre les bus de transport ont augmenté d’une manière exponentielle. Un phénomène nouveau prend de l’ampleur : les enlèvements ciblés de travailleurs des services étatiques. Du coup, la peur et l’anxiété gagnent les candidats à ce périple de 1200 km. Sogoniko (plus grande gare routière de Bamako, la capitale mlaienne), 4 heures du matin, la pénombre réduit encore la visibilité sur la ville À l’autogare d’une compagnie de transport de la place, une cinquantaine de passagers attendent stoïquement devant un bus. Les voyageurs, qui s’apprêtent à embarquer pour Gao, sont à l’écoute de l’appel de la liste des passagers. Déjà, les histoires d’attaques quotidiennement perpétrées sur la route qui mène à leur destination animent les discussions. « Un de nos bus a été attaqué, hier soir, entre Gossi et Gao. Les bandits ont tiré sur les pneus du bus, mais heureusement personne n’a été touché », souffle un apprenti au cours d’une discussion avec un groupe de voyageurs. Les regards inquiets et la peur au ventre, ces derniers grimpent dans le bus pour le trajet séparant la capitale de la Cité des Askia. DE NOMBREUX CANDIDATS AU VOYAGE – Malgré l’état dégradé de la route et l’insécurité de plus en plus grandissante, les voyageurs sont au rendez-vous. Ibrahim Touré, la trentaine, professeur d’université a Bamako, se rend à Gao, chaque année, pour fêter la Tabaski en famille. Mais cette année, l’enseignant reconnait voyager le ventre noué par la peur, compte tenu de son profil de professeur d’université, une cible potentielle pour un enlèvement. « Avant de venir, j’avais eu échos des enlèvements de certaines personnes ciblées. Cette année, c’était compliqué de venir par avion. Mais je voulais aussi expérimenter et voir de visu tout ce que j’entendais sur l’état délabré de la route et l’insécurité », explique Touré. Bien que conscient du danger sur la route, il a pris le risque, avec femme et enfant, de faire le voyage. «Je suis bien sûr inquiet, mais je me suis, aussi, dit que personne ne pouvait m’enlever ma liberté de me déplacer, chez moi, au Mali », soutient l’enseignant. En plus des voyageurs qui partaient fêter à Gao, nombre de jeunes originaires de pays voisins (Guinée, Côte d’ivoire, Burkina Faso) étaient du voyage. Ils se ruent vers le nouvel Eldorado des sites d’orpaillage récemment ouverts dans le Nord du pays. Pour certains, l’objectif est de tenter leur chance pour l’Europe via le Sahara, en passant par le Niger ou l’Algérie. David, jeune Guinéen, est de cette catégorie. Il arbore des cheveux peroxydés et une coiffure avec de petits « dreadlocks ». Accompagné de son ami, guinéen lui aussi, il est en route pour Gao. «Mon objectif est clair dans ma tête. Gao ne sera qu’une étape, je compte aller jusqu’en Italie», se projette le jeune homme. Mais il ne souhaite pas en dire plus sur la manière dont il va procéder, laissant tout de même comprendre qu’il a de la famille dans le pays transalpin. Ne dit-on pas que tous les chemins mènent à Rome ? Quelques jours plus tard, il nous indiquera que son bus n’a pas subi d’attaque sur le trajet. ATTAQUES SYSTEMATIQUES – L’aventurier Guinéen a de la chance car les attaques et les braquages de bus sont devenus presque systématiques ces dernières semaines sur le trajet Bamako-Gao. « Notre bus a été attaqué à deux reprises, à l’entrée et à la sortie de Hombori. Ils étaient une dizaine d’hommes armés circulant à motos. Ils fouillent les passagers et les bagages les uns après les autres. Les gens qui nous ont arrêtés, n’ont rien pris avec personne, mais avaient horreur de voir les symboles de l’Etat sur les pièces d’identité ou autres documents des voyageurs », relate Issa Maïga, étudiant à la faculté de Droit, venu à Gao pour des vacances. Ce genre de témoignages est monnaie courante ces derniers temps. Plusieurs témoins confirment qu’il n’est pas rare que certaines personnes suspectées d’être des militaires ou des agents de l’Etat soient enlevées. « Dans les alentours de Hombori, le plus sûr est de se débarrasser de sa carte professionnelle ou de tout autre signe d’appartenance à une structure de l’État », témoigne l’étudiant. Cette situation préoccupe les organisations professionnelles de chauffeurs et transporteurs routiers de Gao. De leur côté, les routiers confient s’efforcer de faire leur travail en respectant les conditions qui leur sont imposées sur la route. « La solution au problème ne peut être trouvée que dans le cadre d’un dialogue avec les groupes auteurs des actes, évoque un responsable syndical », qui ajoute : « Après tout, nous sommes tous entre Maliens, seuls des pourparlers peuvent nous aider à résoudre nos problèmes ». En attendant un début de solution à la situation, l’angoisse continue d’être le compagnon de route des voyageurs, au moment de traverser les zones à risque. « Chaque fois qu’on aperçoit des conducteurs de motas et des véhicules s’approcher, un calme de cimetière s’installe dans le bus. Tout le monde a peur de voir des hommes armés surgir de derrière un buisson ou une dune », décrit l’étudiant Issa Maïga. MT/MD (AMAP)      

Carnet de voyage : de Bamako, la capitale malienne, à Gao (Nord), l’odyssée

Reportage de Mohamed TOURE Bamako, 04 août (AMAP) La route menant de la capitale, Bamako, à la Cité des Askia, Gao (dans le Nord du Mali) est distante de près de 1200 km. Elle traverse une grande partie du pays, à travers les Régions de Ségou, Mopti, Tombouctou. Un voyage chaotique mais enrichissant que font plusieurs ressortissants du Nord, notamment la veille de la fête de la Tabaski. Ils prennent la route pour aller fêter en famille. Nous avons décidé d’aller fêter auprès des parents à Gao. En route pour un trajet d’au moins 48 heures, notre autocar a fait une halte à Niamana, le poste de contrôle à la sortie de la « Cité des trois caïmans », Bamako. Certains voyageurs effectuent la prière de l’aube à la va-vite et nous reprenons la route. Les histoires d’attaques sur la route animent les discussions dans le véhicule. A peine le car s’est-il éloigné du poste de contrôle qu’une dame surgit dans l’allée. Elle s’adresse aux passagers à la cantonade. « J’ai un produit exceptionnel à vous présenter. Une pommade qui soigne 20 maladies », lance la bonne dame. Pendant plusieurs minutes, elle vante les bienfaits de son « baume magique ». Des passagers ne tardent pas à manifester leur intérêt pour le produit. Notre vendeuse fait une bonne affaire. La dame est imitée, un peu plus tard, par un homme qui évoque sans tabous, dans un discours bien rôdé, des maladies de la sexualité. Diarra, se fait-il appeler, se moque visiblement du malaise que son discours cru provoque chez certains voyageurs. Perspicace et avec des métaphores grivoises, il parvient à arracher un sourire à la plupart des gens. Il n’y a pas que les produits médicamenteux en vente. Dans les gares routières et les postes à l’entrée des villes, des vendeurs proposent des œufs, des fruits, des gâteaux. Ces jeunes filles, pour la plupart, peuvent faire preuve d’une témérité remarquable. N’hésitant pas à monter dans les cars. SEGOU ET SES BALANZANS – De part et d’autre du ruban noir du goudron, le paysage offre un tableau merveilleux de verdure à perte de vue, en cette période d’hivernage. La Région de Ségou est spécifique par sa végétation caractérisée par la multitude de balanzans et de baobabs. La légende dit que le dernier arbre a été planté à l’envers. Pendant la saison des pluies, même les baobabs arborent un feuillage de verdure. Au fur et à mesure que le véhicule s’enfonce dans le pays profond, le voyageur peut mesurer l’étendue du territoire national et les potentialités naturelles dont il regorge. Dans les Régions de Ségou et de Mopti, d’immenses étendues verdoyantes s’étendent à perte de vue. La vie au quotidien aussi : des femmes qui pilent en groupe, des enfants occupés à jouer au bord des marigots, des animaux (chevaux, ânes, moutons, beaufs) se délectant des générosités de la nature. Sur le plan architectural, les maisons sont majoritairement en banco. Extraordinaire illustration du génie et du savoir-faire du Mali en matière de construction traditionnelle, des maisons et des cases en banco tiennent debout tout près d’immenses mares remplies d’eau de pluie. Preuve que ces constructions, qui paraissent rudimentaires, résistent même aux plus fortes quantités de pluie ou autres intempéries. SEVARE, LE CARREFOUR – Après 10 heures de route, nous voilà à Sévaré (Centre). Cette ville apparait comme une frontière imaginaire entre le Nord et le Sud du Mali. Elle présente un visage plus développé en terme d’infrastructures par rapport aux autres villes plus au Nord. La position de carrefour de la ville est un atout non négligeable. Elle lui confère une riche diversité culturelle, linguistique et ethnique. A la gare routière de Sévaré, les vendeurs de produits en cuir ou de viande grillée ont l’habitude d’interpeller les clients dans au moins trois langues. Ne dit-t-on pas que le client est roi ? Ici, les conversations passent du bamanan au peulh puis au songhay voire au français entre les mêmes interlocuteurs. La gare routière de Sévaré est célèbre pour ses pickpockets, capables des plus subtils larcins. A la sortie de la gare, un mouvement de foule brusque se crée. « Il est mort ! Il est mort ! », s’écrient certains passagers. La foule s’est massée pour lyncher un homme. Le malheureux baignant dans son sang aurait essayé de subtiliser le téléphone d’un voyageur dans les toilettes. La victime est arrivée à se défendre et à attirer l’attention de la foule. Celle-ci ne se fait prier pour appliquer sa sentence dans ce genre de situation. Heureusement, les sapeurs-pompiers sont venus secourir le présumé voleur avant que la foule ne commette l’irréparable A Sévaré, les mesures sécuritaires sont beaucoup plus strictes. Au poste de contrôle, les passagers descendent du car pour se soumettre à la vérification des pièces d’identité. Quelques militaires sont positionnés, plus loin, armes au poing. Un jeune agent des services sanitaires fait timidement passer un test de température au thermo flash aux voyageurs. Dans le car, l’inquiétude monte d’un cran car on entame les zones dangereuses. Les discussions sont animées sur les attaques de la veille, vers Gossi, par des coupeurs de route. « Subirons-nous le même sort ? », se demandent les voyageurs, en priant pour que tout se passe bien. KONNA, LA VILLE MARTYR – Bonjour Konnam ! La ville célèbre dans l’imaginaire populaire. C’est ici qu’a été stoppée la progression djihadiste en 2013. Konna arbore une statue à l’image de Damien Boiteux, premier soldat français tombé au Mali en 2013. Une école, des enfants et d’autres édifices portent le nom du pilote d’hélicoptère français. Il est 21 heures quand nous arrivons aux portes de Douentza. Il faut passer la nuit à la belle étoile. Une mesure de sécurité interdit d’entrer nuitamment dans les villes. Même à quelques encablures des agglomérations, les voyageurs sont obligés de passer la nuit au poste jusqu’au lendemain. Cela ne semble pas déranger les voyageurs, visiblement habitués. Aussitôt, un village spontané se crée. Pas moins d’une centaine de passagers, venant de plusieurs bus, louent des nattes à 200 Fcfa. Dans cette nuit noire, sous les étoiles ornant le

Tabaski : Les tickets de voyage à prix d’or

Par Oumar DIAKITE Bamako, 03 août (AMAP) Les tickets de voyage, à veille de la fête de l’Eid El Kébir ou Tabaski, ont coûté des yeux de la tête à ceux qui ont voulu se rendre dans leur village ou ville de l’intérieur pour cette fête familiale des musulmans. La plupart des compagnies de transport, évoluant dans le secteur informel, ont fait leur loi. Elles ont augmenté leurs tarifs à leur guise, sous prétexte que le voyage ne serait pas rentable si la compagnie maintenait le prix normal. Selon un convoyeur à la gare de Sogoniko, (Ndlr, la plus grande de la capitale malienne) les véhicules partent déposer les voyageurs et retournent à Bamako vides. « Si on n’augmente pas le prix du ticket de départ, notre voyage n’aurait servi a rien économiquement », justifie-t-il. Pour se rendre de Bamako à Yanfolila, un trajet qui devrait en temps normal coûter 2500 Fcfa. il a fallu débourser entre 4000 et 5000 Fcfa. Il est fraîchement 06 heures. Le même convoyeur nous présente l’autocar qui amènera ses clients à destination. Un vieux véhicule à la carrosserie délabrée et abimée par la rouille, comme s’il sortait d’un garage, après une réparation tant bien que mal réussie. Devant l’engin, deux jeunes garçons, au look et au verbe empruntés aux rappeurs, grognent contre le prix du ticket. « Ce n’est pas normal. Il faut qu’on achète une caisse (voiture) », se plaignent-ils quand le convoyeur leur demande de payer 5000 au lieu de 3000 Fcfa pour aller à Gulala, dans le Cercle de Yanfolila (Sud). Un autre jeune en boubou blanc tâché de boue pense que le jeu en vaut la chandelle. « Même s’ils disent 5000 Fcfa, nous allons payer parce c’est la fête », dit-il signalant que seuls les voyageurs qui sont à leur premier voyage montrent leur mécontentement. A l’intérieur de l’autocar, il y a trois types de passagers en fonction de leur arrivée. Ceux qui occupent les sièges, la deuxième classe concerne ceux qui sont assis sur des tabourets et des bidons, dans l’allée centrale, et le troisième est constitué de ceux qui sont débout. Pour une compagnie sérieuse, il est interdit que l’allée soit occupée par les bagages. Des agents de sécurité au niveau du poste de Sénou, sur la Route nationale (RN7), qui ont la lourde responsabilité d’empêcher un acte aussi périlleux, préfèrent vendre leur âme au diable. Mohamed Ouédraogo est sur le point d’embarquer pour Sélingué. Ce voyage lui coûtera 2000 Fcfa au lieu de 1500 Fcfa, en temps normal. Selon lui, les policiers sont bien au courant mais ils ne s’intéressent qu’à leur rançon. Notre convoyeur ne dira pas le contraire. « Les agents de sécurité au poste nous prennent 10000 Fcfa, sans même s’intéresser aux documents relatifs au car. C’est pourquoi, nous prenons le maximum de passagers sans tenir compte du surcharge dans le but de rattraper les bénéfices perdus », dit-il sans gêne. Sur la route de Ségou, le problème est le même. Coumaré doit se rendre dans son village, dans la Commune de Tamani, cercle de Baraouli (Centre). Cette destination coûtera 3000 Fcfa en période normale. Pour la fête de Tabaski, il est obligé de s’acquitter de 5000 Fcfa pour rejoindre les siens et partager la viande du mouton immolé. OD/MD (AMAP)  

Fête de Tabaski : La frénésie malgré la conjoncture difficile

Par Maïmouna SOW et Anne-Marie KEITA Bamako, 30 juillet (AMAP) Circulation presque bloquée, marchandises exposées à même le sol le long des chaussées, salons de coiffures et parkings improvisés dans les rues… il faut forcer le passage pour se frayer un passage. à première vue, on a l’impression que tout va bien. Les gérants de parkings débordés peinent à trouver un endroit libre pour ranger motos et voitures. Du coup, ils font de la surenchère. Ceux qui refusent leurs services peinent à circuler, les piétons se bousculent, tandis que les vendeurs se disputent les clients. En cette veille de l’Aid El Kébir, les rues de la capitale grouillent de monde, le Grand marché de Bamako bouillonne. La crise sanitaire n’a pas eu raison de la frénésie des préparatifs. C’est cette atmosphère surchauffée que présente, depuis quelques jours, le Grand marché, communément appelé «Sougouba». En effet, ce marché ne ferme pas depuis une semaine et fourmille de monde, à n’importe quelle heure de la journée comme de la nuit. Aux sons des tambours et tam-tams, qui résonnent dans une cacophonie, des exposants dansent et annoncent, en chantant, des remises promotionnelles sur les prix de leurs articles. Ces marchandises diverses, bon marché, sont exposées partout pour alpaguer la clientèle. Pantalons, chemises, tee-shirts, robes, sous-vêtements, chaussures, lunettes et montres pour enfants et pour adultes, tout est là et pour toutes les bourses. Des attroupements se forment autour des étals. Hommes, femmes, jeunes se bousculent pour pouvoir acheter de quoi rendre la fête belle. Dans cette ambiance marquée par la crise sanitaire, certains se frottent les mains. C’est le cas de Hamadi Sylla, propriétaire et gérant d’une boutique de prêt-à-porter pour enfants. Certes, le commerçant reconnaît que la crise sanitaire a impacté les affaires avec la fermeture des frontières, mais il arrive quand même à tirer son épingle du jeu. Vendeur ambulant, Badoulaye Koné, pointe également les effets de la pandémie du coronavirus. «Les dépenses des ménages se multiplient à l’approche de chaque fête. Au même moment, on assiste à une hausse subite des prix des produits et denrées de première nécessité, à cause de la Covid-19», confie-t-il. FEMMES ET ENFANTS – Pour pouvoir se tirer d’affaires et combler les caprices de la famille, certains se voient obligés d’emprunter auprès des banques. «La fête rime avec endettement, car pour faire face aux dépenses de la famille (prix de condiments, habits pour les enfants, etc.) je m’endette, chaque année, auprès de ma banque. Mon revenu ne me permet pas de satisfaire tous les besoins de la famille», explique Adama Traoré. Pour certains, a période de la fête semble, pourtant, propice pour faire le plein. Arkayé Traoré est un habitué du marché. Pour lui, la période de la fête de la Tabaski permet de faire des achats à vil prix. A l’en croire, les prix des articles tels que les habits, les chaussures et autres accessoires sont considérablement revus à la baisse en cette occasion. Et généralement, les articles pour femmes et enfants sont les plus recherchés sur le marché. «J’ai presque tout vendu, je m’en réjouis, Dieu merci», témoigne Awa, sourire aux lèvres. Plus loin, une vendeuse de «brodé», un tissu prisé par les femmes, confirme. Elle trouve, également, son compte. Dans certaines boutiques, on choisit la «promo» pour attirer la clientèle. Dans la boutique de Bouba, les basins qui coûtent 10.000 Fcfa le mètre sont cédés à 7.500 Fcfa et ceux de 5000 à 3000 Fcfa. Le commerçant garde néanmoins un œil sur les aller et venue de la clientèle. « Car, indique-t-il, au moment où ses employés sont occupés à marchander, des voleurs peuvent se mêler à la foule ». Il y a quelques jours, une cliente de Bouba a échappé de justesse à un vol. «Une femme voilée a profité de l’inattention d’une autre qui essayait des chaussures pour dérober sa pochette. On l’a attrapée. Avec ses supplications, on a eu pitié d’elle, on l’a libérée. Et dans la même journée, elle s’est fait prendre encore la main dans le sac pour les mêmes faits», raconte le commerçant. Des propos confirmés par une cliente qui dira que la Maison des artisans (Artisanat) est l’endroit préféré des pickpockets. «Là-bas (artisanat, ndlr), les voleurs peuvent déchirer ton sac à ton insu. J’en sais quelque chose parce que j’y ai été victime de vol », confie une dame. Quid des mesures barrières ? C’est le cadet des soucis de la majorité des personnes rencontrées au Grand marché. Pas de masques, pas de kits sanitaires. Distanciation sociale ? N’en parlons pas. La seule chose qui préoccupe ce beau monde, c’est la préparation de la fête. Bonne fête à toutes et à tous ! MS/AMK/MD (AMAP)  

Veille de fête à Bamako : Bonjour les bouchons !

Par Ahmadou CISSE Bamako, 28 juillet (AMAP) La circulation routière à Bamako connaît un embouteillage hors du commun. Pour se frayer un chemin dans ce magma de tacots, il faut avoir les nerfs solides. Et un peu plus de carburant que d’ordinaire. Un jeune chauffeur de taxi a l’a appris à ses dépens. A la descente d’un des trois ponts de la capitale, vendredi après-midi, son vieux taxi s’éteint. Des passants le prirent en pitié et lui sont venus en aide. Ils ont beau poussé le véhicule, le moteur ne redémarre pas. Plutôt normal, c’était une panne sèche. Pas une goutte de gasoil dans le réservoir de cette bagnole de 1988. Les 2.000 Fcfa de carburant que le chauffeur avait pris à la station sont déjà sirotés par le moteur agonisant. Les usagers s’impatientent. Les coups klaxons ininterrompus ont vite attiré l’attention des policiers. Un gros souci supplémentaire pour notre taximan. Lui qui transpirait déjà à grosses gouttes. Les agents de la circulation routière ont réclamé et obtenu les papiers du véhicule de transport. Seul Dieu sait comment les policiers et le chauffeur régleront le contentieux ! Les deux compères n’ont pas de secret l’un pour l’autre. Un chauffeur de taxi et un policier sont des « presque-cousins », dit-on. Ils arrivent toujours, en effet, par la magie de leur flexibilité, à trouver un terrain d’entente, même au travers d’un échange de bons procédés. BOUCHON MONSTRE – Pourquoi ce bouchon monstre partout ? Les dépenses de la fête de Tabaski qui arrive expulsent les chefs de famille de leur maison. Ceux qui travaillent dans les bureaux ont aussi investi la ville. Pour certains, il faut chercher de l’argent. Pour d’autres, le défi est de trouver un bélier digne de ce nom avec un modeste budget. Qui ne tente rien n’a rien. Les plus prévoyants ont déjà acquis la bête. A prix d’or bien des fois. L’animal est probablement attaché devant la porte, dans la cour ou même dans l’arrière-cour, sous bonne garde. Pour tous ces cas de figure, le chef de famille se voit contraint de sortir pour arrondir les angles. La pression est plus forte lorsque, fièrement, le voisin expose son bélier devant sa porte. Les enfants ne se font pas de cadeau, si toutefois le père d’un d’entre eux ne parvient pas à acheter un mouton à immoler le jour de la fête. Il y a aussi ceux qui sortent pour le voyage. Jeunes en général, ils sont très nombreux à se jeter dans la circulation pour rejoindre une compagnie de transport. Fêter en famille, manger avec les parents un morceau de viande de mouton, est un rendez-vous annuel pour ceux dont les villes ou villages sont désenclavés. A cette forte affluence dans la circulation routière, il faut ajouter la dégradation des routes par les pluies diluviennes. «Nous avons l’impression que tous les usagers de la route sont sortis au même moment. Avec les pluies incessantes et le mauvais comportement des chauffeurs, on ne sait plus où donner de la tete», siffle un conducteur d’une berline japonaise. «Pour arriver au centre-ville, il m’a fallu plus de deux heures», ajoute l’usager qui travaille sur la rive droite de la capitale. «On a pas le choix», lance-t-il, fataliste. Heureusement, certains policiers assurent correctement le service. Des images réjouissantes ont circulé sur la toile montrant des agents réguler la circulation en dépit des averses. «La plupart des feux tricolores ont été cassés lors des manifestations. Nous sommes obligés de nous démener pour faciliter la circulation et limiter les accidents au niveau des carrefours», indique un policier posté à un carrefour sur l’Avenue de l’OUA.

Bandiagara : Les activités socio-économiques tournent au ralenti

Bandiagara, 22 juillet (AMAP) La crise sécuritaire, dans le Centre du Mali a ralenti voire freiné les activités socio-économiques qui tournent autour de l’agriculture, l’élevage, le tourisme, l’artisanat et le commerce. En dépit de cette crise, les populations s’adaptent au contexte et continuent leur petit bonhomme de chemin. C’est ainsi que les lundi et vendredi sont les jours de foire de la ville de Bandiagara, dont le baromètre est la fréquentation et le niveau d’affluence sur le marché de la ville. Les populations, tant bien que mal, essaient d’écouler leur produit pour subvenir à leurs besoins. Et cela malgré l’insécurité ambiante. Antandou Nantoumé est venu à la foire du lundi 20 juillet 2020, pour vendeur des petits ruminants. Pour lui, on ne doit pas s’asseoir et croiser les bras, sous le prétexte de l’insécurité. « Il faut garder son sang-froid pour mener ses activités », dit-il. « A l’approche de la fête de Tabaski, je viens à la foire pour proposer à la vente mes animaux, Dieu merci, tout va bien. Les clients sont satisfaits et je m’en sort », affirme-t-il. Pour Mme Ouologuem Aissa, vendeuse légumes, « contrairement aux mois précédents, à l’approche de la fête, nos produits s’écoulent plus vite. La difficulté que nous avons, c’est l’insécurité grandissante qui ne nous permet pas de circuler librement ». Au cours de notre promenade dans le marché de Bandiagara, nous avons fait un tour à la boucherie. Sur place, un jeune boucher pense qu’ « aujourd’hui, il est temps que l’Etat considère le cas du pays dogon dont les populations souffrent énormément à cause du conflit ». « Il est même difficile de trouver des animaux », en dépit des efforts des forces de sécurité et des groupes d’autodéfense. OG/MD (AMAP)

Diéma : Le « Larou »  ou « Kourouba » le plat pour malades en voie de disparition

Par Ouka BA Diéma, 22 juillet (AMAP) Dans la zone de Diéma, (Ouest), il existe, depuis la nuit des temps, un aliment devenu si rare qu’il est sur le point de disparaitre. « Larou »  ou « Kourouba », le nom varie selon les milieux. Avant, ce met était consommé dans différentes contrées. Le « Larou » est fait à base de brisures de mil alors que le  « Kourouba », se prépare avec du riz. Chez les peulhs, après le couscous sec mélangé au lait, un compagnon fidèle, c’est le « Larou » qui prévaut en matière d’alimentation. On donne le « Larou » ou « Kourouba » au malade atteint de fièvre engendrée par le rhume, pour  lui redonner de l’appétit, car la bouche du patient devient, en ce moment, fade et amer et repousse tous les plats même ceux préparés avec les meilleurs ingrédients du monde. C’est pourquoi le « Larou » ou « Kourouba » est considéré comme un aliment pour les malades. On n’a pas besoin de la mastiquer, tellement la substance est ramollie. De plus, sa préparation ne nécessite pas assez de condiments. Si de nombreuses femmes choisissent ce met, c’est parce que sa cuisson est rapide et fait gagner du temps à la ménagère. Le jour où la femme est trop occupée, soit par la lessive ou autres travaux domestiques ou même en cas de pluie, elle prépare vite son « Kourouba », vaque à ses occupations ou se repose avant l’heure du repas. Malheureusement de nos jours, beaucoup d’enfants détestent le « Larou » ou  « Kourouba » que certains qualifient même de nourriture des pauvres. GOUTS ET EDUCATION – – En réalité, personne ne connaît, véritablement, le goût de ces garnements, même leurs parents qui les ont mis au monde. Ils détestent tous les plats dont les anciens raffolent, comme le couscous, de la brisure de mil (Gnégnékini), le tô, le laga (qui consiste à trouiller le milieu du tô ou du « Gnégnékini » pour y verser du lait caillé avec du sucre), qui, comme laissent entendre certains, donnent  la « Baraka » à qui le consomme et lui garantit une bonne santé. « Mon garçon refuse le ‘Kourouba’ », s’indigne Ba Oumou. « Chaque fois qu’on en prépare à la maison, poursuit la dame,  je suis obligée de quémander du riz chez les voisins. Lorsque j’en reviens bredouille, mon fils se met à pleurnicher comme un hibou ». Mohamed, lui, est friand du « Kourouba ». Il disait un jour devant ses camarades, qu’il est capable de manger la ration de trois personnes, surtout si le « Kourouba » est malaxé avec du gombo. « Seuls des coups de fouet, dit-il, peuvent me faire lever du plat ». Si Boubacar amène ses amis à la maison, et trouve qu’on a préparé du « Kourouba »,  il use de tous les moyens pour les faire partir, avant l’heure du repas. Il développe un complexe devant cette « nourriture de pauvres ». Counady, la griotte, conseille sagement aux enfants de s’habituer à manger tout ce qu’ils trouvent, ainsi le jour où ils quitteront leurs parents, ils n’auront pas de problèmes. « Mais, renchérit-t-elle, tout est une question d’éducation. Si l’enfant est bien éduqué, c’est rare qu’il refuse une nourriture, même si c’est du son de mil ». Dembély, lui, soutient que le ventre ne refuse jamais un aliment et que seule la langue est difficile. Mody, aime le « Larou ». Ce vieil homme édenté, en mange quotidiennement. « Mes intestins sont devenus comme des chiffons, ils ne supportent plus des aliments lourds. C’est le « Larou » qui me fait du bien », dit-il. Mme Tounkara Ramata Kanté, loue les qualités du « Larou ». Selon notre interlocutrice, la consommation du « Larou » permet de redonner de l’appétit au malade atteint de fièvre liée au rhume. « Mais, déplore-t-elle, beaucoup d’enfants n’aiment par cet aliment, ce qui n’est pas le cas avec mes enfants. Tout ce qu’on prépare à la maison, ils le mangent. Pour la préparation du « Larou », Mme Tounkara conseille, surtout, l’utilisation du poisson fumé, « pour, dit-elle, donner au plat, un goût plus délicieux ». Même son de cloche chez Adama Diallo. Il déclare, fièrement, que le « Kourouba », est son met préféré. Chaque jour, en dehors du repas commun, on lui garde sa tasse de « Kourouba » à côté. RECETTE CULINAIRE – Pour préparer le « Larou », explique une femme sous couvert d’anonymat, on pose la marmite sur le feu. On y verse de l’eau. On met directement les condiments (soumbala, cube alimentaire, sel, feuilles d’oseille blanche broyées, avec une infime quantité d’huile ». Après ébullition, on y ajoute de l’oignon ou ses feuilles découpés, du poisson fumé réduit en morceaux, quelque fois de la viande. On met ensuite la poudre d’arachide et on referme la marmite. On lave proprement le riz, s’il s’agit de faire du « Kourouba » et on le verse dans le contenu. On utilise la brisure de mil pour le « Larou ». Au bout de quelques minutes, le repas est déjà prêt. « Pour la préparation de la brisure de mil, il n’y a pas trop de problèmes. Par contre, avec le riz, il faut le débarrasser de ses téguments, des petits grains de sable. Sinon, au moment du repas, on sent des grincements sous les dents », intervient Mariam. Ce contact grinçant faisait tressaillir cet homme, chaque fois qu’il retrouvait sous sa dent des grains de sable. Alors, il maudissait, plusieurs fois, la ménagère. OB/MD (AMAP)    

Manifestations à Bamako : paralysie dans des services du quartier du fleuve

Par Oumar DIAKITÉ Bamako, 21 juillet (AMAP) Des fonctionnaires ont jugé prudent de rester chez eux pour éviter d’être les victimes d’éventuels troubles, suite à la menace du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) d’ériger des barricades à tous les ronds-points de la ville de Bamako, lundi 20 juillet 202). Malgré la pluie matinale, les manifestants ont tenu à appliquer leur mot d’ordre d’empêcher les usagers de se rendre à leur lieu de travail. Dans plusieurs services à Bamako, au centre-ville, précisément au Quartier du Fleuve, si quelques travailleurs ont pu se rendre au travail, certains bureaux sont restés fermés dans d’autres structures. C’était le cas à l’Agence nationale de la sécurité sanitaire des aliments (ANSSA). A notre passage, aux environs de 9 heures, aucun travailleur n’était sur place. Silence radio ! « Personne n’est venu aujourd’hui », nous répond le vigile, à notre sortie des locaux de l’ANSSA. Ailleurs, certains travailleurs ont usé du système D pour avoir accès à leur service. Pour des responsables de services, c’était vraiment « comme on peut ». A la direction du Centre national des concours et de la fonction publique, le directeur, Dr Ousmane Magassy, nous a dit s’être défait de son véhicule pour arriver en sécurité à son service. « J’habite à Magnambougou. Ce matin vers 6h30 mn, en route pour le centre-ville, j’ai trouvé qu’il y avait des barricades au niveau du marché de Magnambougou. On avait commencé à mettre le feu à des ordures. Je suis retourné à la maison pour y laisser mon véhicule. J’ai pris la moto et je suis passé par le 3ème pont. Je suis arrivé au bureau, sans problème », explique M. Magassy. Parlant de son personnel, il avoue que certains sont venus et d’autres l’ont appelé (ceux qui se trouvent sur la rive droite) pour signaler qu’ils viendront au travail, au cours de la journée. Drissa Touré, employé à la direction du Centre national des concours et de la fonction publique, souligne qu’il est venu au travail à 6h00 du matin sans être inquiété. « Je suis là depuis 6h00. La voie était libre lorsque je sortais. J’habite à Djicoroni Para. On m’a appelé pour me dire que les manifestations ont repris et que les agents de maintien de l’ordre sont en position vers Sébénikoro », dit-il. Dans une structure près de la direction du Centre national des concours et de la fonction publique, le premier responsable affirme n’avoir pas été inquiété, en venant au service. Toutefois, il a précisé avoir pur joindre son bureau en moto. La standardiste de la structure, habitante de la rive gauche du fleuve, soutient, elle aussi, n’avoir pas eu de difficulté pour venir au travail. Car, à l’en croire, son mari l’a déposée en moto. Dehoumon Mariam Koné, journaliste réalisateur, communicatrice, chef de la cellule de communication de l’université de sciences sociales et de gestion de Bamako (USSGB), indique avoir atteint son bureau paisiblement. Elle habite à Samè, en Commune III du District de Bamako. « Ce matin, en venant, j’ai emprunté le Boulevard de l’Indépendance jusqu’à mon service sans aucun obstacle. Quand je suis arrivée, j’ai constaté beaucoup d’absences. J’étais un peu désemparée. Je vais travailler et rentrer à la maison, à partir de 14h30mn », dit-elle. OD/MD (AMAP)    

Mouton de la Tabaski : Hors de prix

Par Ahmadou . CISSE Bamako, 21 juillet (AMAP) Dans les rites et traditions musulmans, immoler un mouton lors de la fête de Tabaski est une recommandation pour chaque famille. Seulement le prix de la bête n’est pas à la portée de toutes les bourses. A quelques jours de la fête, le bélier est hors de prix surtout dans les grandes villes, dont Bamako, la capitale malienne. La crise actuelle dans le pays n’est pas pour arranger la situation. Au contraire, la précarité gagne les foyers, car l’argent devient rare. Le marché à bétail de Lafiabougou est l’un des plus animés en cette veille de fête de l’Aid El Kébir. Les peuls et les dogons ont, semble-t-il, monopolisé le marché du mouton. Plusieurs milliers de têtes sont proposées à la vente. Les prix vont de 70.000 à 150.000 Fcfa pour les plus ordinaires. Pour les plus nantis des clients, il y a également ce qu’il faut. Certains béliers bien nourris rivalisent de gabarit avec les veaux. Leur prix peut aller jusqu’à 500.000 Fcfa. « Cette catégorie de béliers est généralement acheté par les plus aisés », confie Aldjouma, commerçant de moutons, très respecté dans ce marché où humains et bêtes se marchent sur les pieds. «Nous dormons ici parce que c’est notre travail», dit fièrement un autre, le frère d’Aldjouma qui est arrivé la veille avec plusieurs dizaines de moutons de Koro, dans la Région de Mopti (Centre). A travers la ville de Bamako, les vendeurs ambulants ont déjà commencé à arpenter les rues. Avec deux ou trois moutons, ils vont à la recherche de clients. «Cette année, les moutons seront hors de prix. C’est du moins mon constat », confie un enseignant qui attend le virement de son salaire à la banque pour s’en offrir un. Avec ses maigres ressources attendues dans son compte, déjà à découvert, notre instituteur réfléchit déjà à un plan B. Il n’écarte pas l’hypothèse de se contenter d’un bouc ou d’une chèvre. « L’essentiel est de verser du sang d’une bête», se console-t-il. Abdoulaye Sidibé traine derrière lui trois béliers. Robes blanches, les animaux ont fière allure. Bien nourris, les ruminants mettent à rude épreuve les nerfs du berger qui présente, contrairement aux béliers, des signes visibles de malnutrition. Au Quartier du fleuve, non loin d’une station-service, il marque une pause, histoire de prendre quelques forces. « Hé petit peul, combien coûtent ces béliers ? », interroge un client, sous le formidable prétexte du cousinage à plaisanterie. Avec le sourire, le berger renseigne son «petit captif» : 175.000, 150.000 et 130.000 Fcfa pour le bélier sans cornes. Et il s’empresse d’ajouter quelques arguments commerciaux : «Regarde toi-même, ils sont biens nourris et relativement abordables par rapport au prix du marché». Un marchandage commence. Les deux hommes ont mis plus d’une demie heure à discuter sans pouvoir se mettre d’accord sur un prix. L’acheteur potentiel aura peut-être son bonheur ailleurs. Qui sait ? Les moutons continuent d’arriver à Bamako même si la clientèle n’est pas encore au rendez-vous dans les nombreux parcs à bétails de la capitale. Certainement, la semaine précédant la fête sera cruciale pour ces nombreux marchands de moutons qui ont effectué le déplacement dans la capitale dans l’espoir de faire un maximum de profits. AC/MD (AMAP)