Gao : L’âne, utile, précieux et rentable

Par Abdourhamane TOURE Gao, 08 Déc (AMAP) Si dans de nombreux pays industrialisés, où l’âne a pratiquement disparu comme moyen de transport, la traction animale est devenue anecdotique, cet animal a encore de beaux jours devant lui dans les pays en développement, comme le Mali, où il demeure un porteur sûr, fort et efficace, parfois pour la survie de familles entières. Ici, l’histoire de l’âne, comme le cheval, est intimement liée à la vie des populations de la contrée. L’animal a été, très tôt, utilisé pour le transport des individus et de leurs biens. Sa domestication a permis aux hommes de s’affranchir de la vie sédentaire et de favoriser les échanges et le commerce. Dans ces régions, chaque famille sédentaire ou nomade possède un à deux ânes qui jouent un rôle important pour le chef de famille. Abdou Assagaïdou est un vendeur d’ânes sur le marché de Wabaria. Depuis plus de 10 ans, il exerce ce métier. « Avant, quel que soit l’état de l’âne, son prix ne pouvait dépasser 35.000 Fcfa. Mais aujourd’hui, sur le marché de Wabaria, l’âne atteint facilement 75.000 Fcfa par tête. Parce que des étrangers viennent faire leur marché ici, pour ensuite revendre les animaux au Niger et au Burkina Faso. Souvent, je peux vendre 30 à 40 têtes, par jour, à raison de 75.000 Fcfa par bête », a déclaré Abdou Assagaïdou. Il est loin le temps où l’âne n’avait pas de valeur. De nos jours, son prix a grimpé par apport à d’autres animaux, notamment la chèvre. Sur le marché de Wabaria, les variations à la hausse  du prix d’un spécimen (50.000, 60.000, jusqu’à 75.000 Fcfa) expliquent cette évolution. Des acheteurs maliens, qui viennent au marché de Wabaria, utilisent l’âne pour plusieurs activités, par exemple les travaux champêtres. Dans le Sud du Mali, on travaille beaucoup plus avec les ânes que le Nord du pays. Cet état de fait entraine le prix de l’animal, à la hausse, parfois de façon subite. Moussa, que nous avons rencontré sur le marché à bétail de Wabaria, est propriétaire de deux ânes mais ce jour-là, il était venu au marché pour vendre ses deux bêtes. Il les a achetés, en 2004, à 80.000 Fcfa les deux soit 40.000 Fcfa chaque bête. Mais à l’approche de la crue, il revend ses ânes. Parce que, selon lui, son travail, c’est de transporter de l’argile dans les champs durant la décrue, pour 2.500 à 5.000 Fcfa par charrette et en fonction de la distance. Moussa est affirmatif : c’est grâce à l’effort de ses ânes qu’il a pu économiser pour se marier. Aboubacar Yoro est vendeur d’ânes au marché de Wabaria, depuis 15 ans. « Tous les animaux sont utiles mais l’âne l’est plus que les autres », dit-il. Parce que, selon Aboubacar, en brousse, l’éleveur qui n’a pas d’âne ne pourra pas faire abreuver son troupeau. Dans le cadre de l’élevage, l’utilité de l’âne est multiple. Parmi lesquels, on peut citer le transport des éleveurs d’un site à un autre, l’exhaure des puits très profonds. Ismaguel Ag Aljoumagat est un pionnier de la traction par l’âne dans la Région de Gao. Selon lui, depuis le temps du premier président, Modibo Keita, à l’époque de sa petite enfance, à aujourd’hui, il n’a connu aucun autre métier. Pour lui, l’âne est « le véhicule du pauvre ». Il a acheté son premier âne à 2.000 Francs maliens (FM). C’était au temps de Modibo Keita. C’est, d’ailleurs, sous ce régime que le prix de l’âne a grimpé de 2.000 pour atteindre 4.000 FM. « Avec le régime de Moussa Traoré, il y a eu un peu de variations sur le prix des ânes. L’âne était vendu de 10.000 à 15.000 Fcfa. Mais la valeur marchande de l’animal n’a véritablement connu une hausse que sous le régime de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keita. Le prix de l’âne, sur le marché de Gao, a alors varié de 45.000 à 50.000 Fcfa. En ce moment, pour avoir un âne bien portant, il faut débourser 75 000fcfa », raconte Ismaguel Ag Aljoumagat. Pour lui, l’âne est un équipement pour les pauvres parce qu’il permet de faire tout ce qui vous vient en tête. Sauf que, s’il meurt, on ne peut pas consommer sa viande. Le directeur régional de la production industrielle animale de Gao, Aboubacar Abba Maiga, indique qu’en 2020, ses services ont enregistré 220.746 ânes dans la Région de Gao. L’exportation de l’âne n’a pas atteint des proportions importantes mais, il y a un petit nombre qui va vers les pays côtiers. Dans certaines zones pastorales, on peut retrouver des ânes à l’état sauvage et qui se reproduisent en brousse. Au Mali, où elle opère depuis 1996, la Société pour la protection des animaux à l’étranger (Sapana-Mali) est une antenne de l’Ong britannique créée, en 1923, par Kate Hosali et sa fille Nina. Son but est de dispenser des soins vétérinaires aux équidés appartenant à des personnes démunies. AT/MD (AMAP)

Ousmane Sy : « Il faut une réforme de notre modèle démocratique »

Le président du Conseil de l’Alliance pour refonder la gouvernance en Afrique (ARGA), Ousmane Sy, se prononce sur la Transition et les défis que le Conseil national de la Transition (CNT) devra relever. L’ancien ministre estime que notre système de gouvernance, hérité de la colonisation, n’est pas adapté. Il préconise aussi des questionnements sur la démocratie malienne L’Essor : Quelle lecture faites-vous de la situation sociopolitique de notre pays ? Ousmane Sy : Comme tous les Maliens, je suis très préoccupé par l’évolution de la situation de notre pays. Parce que c’est une situation de crise qui s’aggrave de jour en jour. Cependant, je fais partie de ceux qui ne sont pas surpris par cette crise. Quand on analyse la trajectoire politique de notre pays, de son indépendance jusqu’à aujourd’hui, elle est caractérisée par une série de crises. Globalement, depuis la République soudanaise en 1958 jusqu’à aujourd’hui, pratiquement tous les dix ans, nous avons eu une crise dans ce pays. Ce sont de grosses crises, mais quand on regarde entre ces crises, il y a eu des petites crises. Donc, je ne suis pas surpris par cette crise ni par sa profondeur. Parce que nous n’avons pas réussi à apporter des réponses durables à ces crises répétitives. Nous avons surtout cherché à gagner du temps jusqu’à la prochaine crise. Je suis cependant peiné par la profondeur de cette crise. Et surtout, les difficultés que nous avons à nous mettre d’accord pour sortir de la crise. La crise en tant que telle fait partie de l’histoire de l’Humanité, de tous les pays du monde. Mais la crise offre aussi une opportunité de se mobiliser pour en sortir par le haut. En tout cas, si nous cherchons et nous comprenons les causes de ces crises, cela nous permettra de nous mobiliser pour sortir le pays de l’impasse actuelle. C’est ce qui tarde à venir. L’Essor : La liste du CNT a été rendue publique jeudi soir. Selon vous quels doivent être les défis à relever pour l’organe législatif de la Transition ? Ousmane Sy : Le Conseil national de la Transition (CNT) a de gros défis à relever. Une des raisons pour lesquelles nous avons du mal à trouver les causes profondes de la crise, c’est que nous avons toujours évité le vrai dialogue et le vrai débat de profondeur. Nous restons sur des questions superficielles, très souvent sur des questions de personnes. Ce qui fait que nous n’arrivons pas à aller en profondeur pour comprendre les problèmes de ce pays et essayer de trouver les causes profondes qui font qu’il est en instabilité chronique Pour moi, le CNT est l’organe législatif de la Transition qui est censé être la représentation de l’ensemble des Maliennes et des Maliens, de toutes catégories et de tous les territoires. Parce que nous sommes un pays qui est caractérisé par une diversité humaine et une diversité des territoires. Le grand défi du CNT est de pouvoir remplir cette fonction de représentation. Le CNT est censé accompagner la Transition, en tout cas, pour que tout ce qui concerne la législation, tout ce qui est décision importante à prendre aille dans le sens de l’intérêt de l’ensemble des Maliennes et des Maliens, de toutes les communautés et de tous les territoires (national et locaux). C’est le grand défi. Est-ce que le CNT pourra être cela ou le CNT va être encore une fois une juxtaposition de personnalités qui vont parler en leur nom propre ? Si le CNT se réduit à des gens qui ne parlent qu’en leur nom propre pour leurs intérêts personnels ou leurs intérêts de clan, de partis ou de groupes, je crois qu’on aura une fois encore tout raté. L’Essor : Sur quelles réformes devra travailler la Transition pour réussir la refondation de notre pays souhaitée par de nombreux Maliens après les événements du 18 août dernier ? Ousmane Sy : On est dans ce débat depuis un certain nombre d’années. Quand j’ai vu l’élection présidentielle de 2018 venir, j’ai écrit qu’au lieu d’aller tête baissée dans une élection incertaine, est-ce qu’il ne faudrait pas chercher une autre formule pour mettre les Maliens en dialogue et qu’on s’occupe véritablement de la refondation. Pour moi, la plus grande réforme qu’il faut faire dans ce pays, c’est celle de l’Etat. Depuis l’indépendance, le modèle d’état que nous avons bâti, plutôt hérité pose le plus de difficultés par rapport aux communautés humaines du pays. L’Etat que nous avons aujourd’hui est d’origine coloniale. C’est un modèle d’Etat que le colonisateur a conçu et organisé pour ses intérêts. Et à l’indépendance, il nous l’a transféré. L’indépendance a consisté simplement à remplacer les élites coloniales par les élites maliennes. Mais cet Etat t a toujours été rejeté par nos communautés, nos populations. Les communautés ont toujours cherché à se mettre à l’abri des exactions de cet Etat. L’étendue de la corruption, c’est que personne même les élites ne considèrent cet Etat comme son affaire. Pour nous tous, les biens de l’Etat, sont les biens d’autrui. On s’en sert pour soi-même, pour sa famille ou pour son clan. Les Maliennes et les Maliens doivent s’identifier à l’tat. Tant que cela ne sera pas fait, nous ne sortirons pas de cette crise. Nous pouvons faire des accommodations, des arrangements comme toujours, mais sans la refondation, les mêmes comportements vont rester. La plus grande réforme que nous devons chercher à faire et de façon durable, c’est celle de l’Etat. Nous, nous l’avons essayé, quand nous avons lancé la réforme de la décentralisation. Parce que le cœur de la réforme de la décentralisation consiste à retourner la gestion des affaires publiques des territoires, régions et locaux aux populations, à travers leurs élus. Pour que l’administration soit leur administration et non celle dont elles se méfient, qu’elles fuient d’ailleurs. Malheureusement, les vicissitudes de la politique, les alternances ont fait que nous n’avons pas pu aller au bout de cette réforme. Donc, nous sommes retombés dans l’ancien système où l’Etat est rejeté par les communautés. A la réforme

Sites de déplacés : Les femmes ne baissent pas les bras

Par Aminata Dindi SISSOKO Bamako, 07 Déc (AMAP) Nous sommes samedi. Sur le site des déplacés de Niamana, règne le calme. Devant les tentes de fortune, sur des nattes certains se reposent. D’autres, à l’intérieur, font la sieste. Ici, vivent 147 âmes dont 34 femmes toutes contraintes de fuir leur village pour rallier Bamako à cause des affrontements qui persistent dans certaines zones. La majorité vient des localités de Koro, Bandiagara, Bankass et Douentza, dans le Centre du Mali. Sur ce site, les habitants usent de débrouillardise pour survivre. S’il est vrai qu’ils reçoivent des dons en nature, il est aussi vrai qu’ils ont besoin d’argent pour subvenir à leurs multiples besoins. Puisque peu d’hommes travaillent, ce sont les femmes qui mènent des activités génératrices de revenus pour tenir toute la famille. Elles se battent au quotidien. Certaines vendent des beignets, d’autres sillonnent les différents dépotoirs d’ordures pour récupérer des objets usagers. D’autres travaillent comme lavandières, aide-ménagères… Ces dames font tout pour subvenir aux besoins des leurs dans la précarité Sous sa tente, Véloré Traoré faisait la sieste. Réveillée après notre arrivée, elle sort sa tête de sous son abri pour nous accueillir. La jeune dame de 25 ans, qui a fui son village, vit sur ce site depuis plus d’un an. Pour son indépendance économique, elle est devenue aide-ménagère. Valoré travaille à Attbougou pour une dame fonctionnaire. “Chaque jour, hormis le samedi et le dimanche, je vais chez elle, à partir de 8 heures jusqu’au petit soir. Je fais la cuisine et les autres travaux ménagers. A la fin du mois, elle me paye 10.000 Fcfa”, confie la veuve. Même si cet argent ne couvre pas ses dépenses, elle pense que c’est mieux que de rester à la maison. « Qui va prendre les enfants en charge ? J’en ai deux. Je suis désormais la seule responsable d’eux », souligne-t-elle. Trois vieilles femmes arrivnent et se mêlent à la conversation. Djouldé Diarra, Aïssata Traoré, Tedy Traoré soutiennent qu’elles ont décidé de ne pas baisser les bras, malgré leur âge. Elles sillonnent les dépotoirs d’ordures pour chercher des bidons ou bouteilles vides et de la ferraille. Certains revendeurs se déplacent vers elles pour acheter ce qu’elles trouvent. “Nous sortons depuis le premier appel à la prière de l’aube en groupe. Nous retournons jusqu’au petit soir. Ce n’est pas une tâche facile vu notre âge mais que faire ? On doit survivre. Chaque jour, nous revenons très épuisées », témoigne Aïssata. Sa collègue Tedy Traoré souhaite avoir une autre occupation. Elle demande à l’Etat et aux personnes de bonne volonté d’aider les déplacés en général et les femmes en particulier qui sont les piliers de nombreuses familles. « Nous avons besoin de cette assistance. Surtout que nous voulons travailler. Donner de l’argent, des vivres est bien mais si on nous appuie dans ce que nous faisons ou on nous apprend à faire quelque chose, c’est encore mieux » estime-t-elle. Si ces dames du 3ème âge ont opté pour le ramassage de bidons et de la ferraille sur les tas d’ordures, Awa Traoré, une ressortissante de Bankass, a choisi de faire la lavandière afin de joindre les deux bouts. « Certains clients viennent me donner leurs habits sales. Les jours où je n’en reçois pas, je sors pour en chercher. Je gagne souvent 750 Fcfa ou 1.000 Fcfa par jour », dit-elle. A plusieurs kilomètres de là, non loin du camp de Faladiè, les femmes ne baissent pas les bras. Ici, certaines passent leur journée sur les dépôts d’ordures à faire le tri des objets. D’autres font la lavandière. C’est le cas de Tata Yassana, une native de Bankass. « Je sors le matin pour chercher les habits. Si je n’en trouve pas, je rejoins les autres sur un dépotoir. On ramasse les bidons vides et les revendeurs viennent les acheter sur place. Avec le peu que je gagne, je cuisine pour ma famille », confie cette mère de deux enfants. Elle ajoute qu’elles ont reçu une formation en savonnerie sur le site. Mais beaucoup n’ont pas pu écouler leurs produits. Elles ont reçu aussi des équipements, mais il n’y a pas eu de suivi. Les kits sont stockés dans un magasin. Même cas sur le site de Sénou. « L’Association pour le Progrès et la Défense des Droits des Femmes (APDF) a, une fois, fait une formation en savonnerie, il y a environ sept mois. Un des objectifs était que les bénéficiaires continuent à produire et à vendre le savon en morceaux et le savon en liquide. Mais quand il n’y pas de suivi, ce n’est pas facile », se souvient Adja Diallo, une ressortissante de Douentza. « Beaucoup font des promesses mais ne les honorent pas. Certains sont venus nous promettre qu’ils nous initieront au jardinage pour que nous n’achetions plus ce que nous consommons. On les attend toujours », dit-elle. Pour subvenir à leurs besoins et, aussi, aider leur famille, certaines jeunes filles déplacées travaillent comme aide-ménagères. ADS (AMAP)

Présidence du CNT : Des forces sociopolitiques émettent des réserves

Par Massa SIDIBE Bamako, 07 Déc (AMAP) Le colonel Malick Diaw a été élu, samedi, président du Conseil national de la transition (CNT). Seul candidat en lice, celui qui était jusque-là le n°2 du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) a obtenu la confiance de la quasi-totalité des membres du CNT dont la liste a été dévoilée deux jours plus tôt. Si l’élection proprement dite du colonel Malick Diaw à la tête de l’organe législatif de la Transition s’est déroulée comme prévue, il n’en demeure pas moins vrai que la publication jeudi de la liste des 121 membres du CNT a suscité des réactions peu favorables voire des incompréhensions de plusieurs forces sociopolitiques du Mali. Dans un communiqué daté du four décembre, la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) a exprimé sa « grande surprise » et dénoncé « l’absurde idée du fait accompli et ceci en dépit des engagements consensuels pris entre events». La CMA a rappelé ensuite « les différentes rencontres de haut niveau qu’elle a eues avec les autorités en place afin d’aplanir tous les différends susceptibles de porter préjudice au lourd problème d’une transition réussie, porteuse d’attentes et d’espoirs pour un Mali nouveau, capable de relever les défis de l’heure et du futur ». C’est dans cet esprit que le mouvement des ex-rebelles avait décidé d’accompagner les autorités « pour mettre en place les jalons d’une paix et d’une stabilité durables ». La CMA a souligné par la même occasion que sa participation au gouvernement de mission s’inscrit comme l’un des signes forts de sa bonne volonté. Une bonne volonté déçue par les « jeux habituels de manœuvres dilatoires et de volte-face » des autorités en charge de la Transition. Partant de ce constat, la CMA a estimé ne point pouvoir évoluer dans un environnement animé par des acteurs «très peu respectueux de leurs engagements».
 En conséquence et au vu du quota insignifiant qui lui a été alloué au sein du CNT, malgré tous les gages précédemment obtenus, a décidé de surseoir purement et simplement à sa participation au processus de mise en place du CNT et ce jusqu’au rétablissement de la confiance et du compromis. La Convergence pour le développement du Mali (CODEM) a critiqué « le manque de transparence sur la représentativité des différentes couches sociales» du décret portant nomination des membres du CNT. Ce qui, a estimé la CODEM, entame fortement la légitimité du CNT. Le parti de la Quenouille rappelle qu’il n’a pas été consulté et qu’il n’a fourni aucun dossier pour le CNT. C’est avec beaucoup de réserves que le Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) a accueilli la publication de la liste des membres du CNT. Le M5-RFP a indiqué, dans un communiqué publié le four décembre, qu’il n’a fourni aucun dossier de candidature et que, par conséquent aucun membre du CNT ne saurait se réclamer du mouvement. Aussi, le M5-RFP a déploré les pratiques inquiétantes de «violations  systématiques des textes constitutionnels et légaux par les autorités de la Transition», à travers la désignation de membres du CNT à titre individuel ou par cooptation, en violation de la charte de la Transition et des décrets subséquents portant sur les  critères d’éligibilité et la clé de répartition des membres du CNT. «Le M5-RFP se réserve donc le droit d’attaquer devant les juridictions compétentes le décret de désignation des membres du CNT dont l’illégalité est évidente tant dans la forme que dans le fond», peut-on lire dans le communiqué. Le président de la Maison de la presse, Dramane Aliou Koné a, dans un communiqué en date du 3 décembre, exprimé sa surprise suite à l’attribution de deux membres aux faitières de la presse au sein du CNT. « C’est une violation flagrante du décret n° 2020-0143/PT-RM du 9 novembre 2020 fixant la clé de répartition du Conseil national de la Transition », a dénoncé le président de la Maison de la presse. Par conséquent, les responsables des faitières de la presse ont affirmé se donner le temps de la réflexion par rapport à leur participation au CNT. C’est ce qui explique certainement l’absence des représentants de la presse à la séance inaugurale, samedi dernier, de l’organe législatif de la Transition. MS(AMAP)

Produis grossissants : Attention au retour de flamme

Par Baya TRAORE Bamako, 04 Déc (AMAP) Ambiance d’un marché de Bamako. Soleil ardent, marchands et clientes qui se faufilent entre les étals garnis de toutes sortes de produits pour l’éclat de la beauté féminine. «Bobaraba», «vitago», «dynewell», «magamaba» sont des médicaments « esthétiques » qui raffermiraient certaines parties du corps de la femme. Des femmes utilisent ces médicaments pour avoir des rondeurs à des fins de séduction. Chaque jour, l’étal d’Abdou est assailli par une meute d’élégantes jeunes filles et femmes mariées. Le vendeur est heureux et ses propos le prouvent. « Les femmes utilisent ces produits pour séduire leurs époux ou leurs copains. Dès qu’elles les utilisent, elles se sentent plus femme », dit le commerçant. Vendus sous forme de crème, de sirop ou de comprimé, ces produits transforment la morphologie de la femme (poitrine et fesse) en les rendant généreuses. C’est pourquoi, sans coup férir, les femmes les raflent. » Ces médicaments produiraient des effets « magiques » qui subjuguent les partenaires. Les produits s’écoulent rapidement. L’unité coûte entre 1.000 et 4.000 Fcfa. Sur chaque boîte, s’affiche l’image d’une femme ronde. Certaines femmes se cachent pour les acheter et les glissent dans leurs sacs. D’autres les emballent dans un sachet noir pour être sûres de ne pas se faire remarquer par les voisines. Pour arborer leurs courbes, les Maliennes n’ont pas toutes recours à la chirurgie esthétique et aux injections de graisse. Fatou Diallo est convaincue que « Bobaraba » ou grosse fesse fait le bonheur des épouses. Moins cher et plus accessible, ce produit ne coûte que 1.000 Fcfa et il se présente sous forme de crème de différentes couleurs qu’elle applique sur les seins, les fesses, les hanches. « Et ça fonctionne bien», dit-elle. Cette épouse, aujourd’hui bien dans sa peau, précise qu’elle se méfie d’utiliser des sirops et des comprimés. La plupart de ces produits proviennent de la Côte d’Ivoire et du Ghana, selon la commerçante Maïmouna Diarra. « Les produits les plus vendus sont «bobaraba émergent» et «bobaraba sirop», car leurs effets sont immédiats », ajoute-t-elle. Malheureusement, ces produits sont néfastes pour la santé Ancienne utilisatrice de ces produits, Kadiatou Doumbia, est âgée aujourd’hui de 40 ans. Elle est venue faire des courses au grand marché. Elle nous a fait cet aveu : « J’ai une fois utilisé ces produits, quand j’étais plus jeune. Mais, à ma grande surprise mes fesses n’ont pas augmenté de volume. Ce qui était mon désir. Je me suis retrouvée avec le visage gonflé. Depuis, je déconseille à toutes les femmes l’utilisation de ces produits. Toute personne doit rester naturelle ». A quelques mètres d’elle, Oumou Sow, accompagnée de son amie. Elle réagit après le récit de la quadragénaire. « Les femmes qui utilisent ces produits ne sont pas mûres et jouent avec leur santé. Avant d’utiliser un produit, elles doivent, au moins, prendre l’avis d’un médecin. Et si elles veulent faire grossir certaines parties de leurs corps, il y’a la chirurgie esthétique », explique Oumou Sow. La restauratrice Fatoumata Traoré de Bamako Coura Bolibana avoue avoir fait un usage démesuré des produits qui font grossir. Elle avait opté pour cette solution pour arracher son époux des griffes d’une maîtresse audacieuse et sauver son couple. « J’étais en train de perdre mon conjoint. Il fallait faire quelque chose pour le garder. C’est ainsi qu’on m’a conseillée de chercher des produits qui peuvent me rendre plus belle », raconte-t-elle. « Cela a marché même si je ressens des brûlures sur le corps », indique notre interlocutrice. Elle commence à souffrir des conséquences de ces produits. Depuis cinq ans, elle attend d’avoir un bébé. Sa dernière maternité remonte à plus de 7 ans. Fatoumata continue de souffrir et ne veut plus revivre cette expérience. La frustration de la restauratrice est énorme, car elle se soigne, en ce moment, des brûlures à l’hôpital. BT/MD

Lignes à haute tension :  La mort au-dessus des têtes

Par Oumar SANKARE Bamako, 03 Déc (AMAP) Sur son lit d’hôpital, à Gabriel Touré, l’adolescente Fatoumata Témé avale difficilement une gorgée de bouillie que lui donne sa petite cousine âgée de 5 ans. Pendant ce temps, sa mère était aux toilettes. Sa fillette peine à trouver l’équilibre nécessaire pour boire. Âgée de 13 ans, elle se retrouve, aujourd’hui, avec les quatre membres amputés à la suite d’un accident qui aurait pu lui coûter la vie. On s’en souvient. Le 17 juillet dernier, Fatoumata Témé a reçu une décharge électrique foudroyante, provoquée par une ligne à haute tension suspendue non loin du toit d’une maison où elle travaillait comme domestique. « Avec une barre de fer, j’ai voulu décrocher un habit de la ligne haute tension. Puis, plus rien. Je me suis réveillée à la maison », marmonne la domestique. « Quand Fatoumata est arrivée ici, ses membres étaient déjà raides, Elle avait déjà passé quelques jours à la maison avant de venir à l’hôpital. Faute de soins appropriés à domicile, ses membres étaient déjà infectés. Après consultation de spécialistes, ici, au Mali, en France et aux Etats-Unis, la seule alternative pour sauver sa vie, c’était l’amputation des quatre membres », confesse Adam Telly, responsable du service social du CHU Gabriel Touré. Après son hospitalisation, elle aura toujours besoin d’un accompagnement approprié, surtout moral, pour réapprendre à vivre, selon son infirmière Anne Yéyé. Qui ajoute que le seul rêve de la fillette est de pouvoir retourner à l’école. La mésaventure de Fatoumata n’est malheureusement pas un cas isolé. D’autres accidents similaires ont été enregistrés à Bamako auparavant. Et la cause serait une urbanisation galopante, anarchique et incontrôlée. « Le taux d’urbanisation annuel du Mali, qui est de 4,9% par an, dépasse de loin le taux de croissance démographique global qui s’établit à 2,9% par an. Actuellement urbanisé à 41%, le pays devrait franchir la barre de 48% d’ici 2030 », analyse un rapport de la Banque mondiale intitulé : « Bamako : Un moteur de croissance et de prestation de services. Analyse du secteur urbain ». LE PIRE – À Tiébani, un quartier périphérique de la capitale, les chantiers poussent comme des champignons. Des lignes à haute tension sur plusieurs kilomètres, surplombent certaines maisons déjà habitées ou en cours de construction. Mohamed Barry dit avoir déménagé dans le quartier, il y a quatre mois. « Je suis surpris de voir des familles entières résider si près des lignes haute tension. Quand je fais la marche, le petit soir, et que je vois des enfants et des groupes de jeunes sous les lignes, je ne peux m’empêcher d’imaginer le pire», s’inquiète-t-il. Il y a moins d’un mois, un poteau électrique a provoqué un incendie vite maîtrisé. Seule désagrément :  une dizaine de maisons sont restées dans le noir. « Je n’ose pas imaginer les dégâts que pourraient provoquer les lignes à haute tension », renchérit Mohamed Barry. A quelques encablures de là, se trouve un garage de mécanique automobile, en dessous de la ligne haute tension. Siriki Diarra, un apprenti mécanicien, affirme être conscient du danger. Mais n’ayant pas d’autres choix, il est obligé de’ travailler là, faute de trouver un emploi ailleurs. Une opinion partagée par ses collègues. Au moins, cinq garages automobiles sont alignés. Plus loin, un petit jardin maraîcher appartenant à Assa Doumbia. La quinquagénaire, aussi, se dit consciente du danger mais n’a pas d’autre alternative pour survivre. « A deux reprises, j’ai dû abandonner mes cultures. Les propriétaires ont repris leur terrain. Ici, au moins le terrain n’appartient à personne. J’espère qu’on ne viendra pas me faire déguerpir un jour », dit-elle. Non loin de là, la ligne à haute tension passe au-dessus d’une maison. Un groupe de jeunes discute à côté. « Nous connaissons les risques encourus. Il nous arrive d’en parler avec le chef de famille, un pharmacien. Il dit disposer d’une autorisation de construire », répond le groupe. RÈGLEMENTATION – Le directeur national de l’urbanisme et de l’habitat, Almaimoune Ag Almoustaphe, est formel : « La marge latérale à observer le long des lignes à haute tension est de 25 à 50 mètres suivant l’intensité, conformément au décret n° 113 du 09 mars 2005 fixant les règles spécifiques applicables en matière d’urbanisme », précise Almaimoune Ag Almoustaphe. Selon lui, outre les risques de graves dangers d’électrocution et d’incendie auxquels s’exposent ceux qui vivent près des lignes à haute tension, « il est démontré qu’une longue exposition aux ondes électromagnétiques est cancérigène ». Autre lieu, autre scène. Nous sommes à Sirakoro, dans la Commune rurale de Kalaban-coro. Une station-service est construite sous une ligne à haute tension. Interpellés, des pompistes, plus occupés à servir leurs clients qu’à se soucier d’électrocution, soutiennent qu’ils ne font que leur boulot. « C’est ça ou le chômage », acquiescent d’un signe de tête, d’autres. Il est 16 h. Un groupe de jeunes s’affairent sur un terrain vague. Ils se préparent à jouer un match de football sous la ligne à haute tension. Leila Camara, une étudiante en colère peste contre les imprudents : « Cela m’énerve tellement de les voir jouer ici, sans se préoccuper des risques encourus ». Tout au long de la route, sur plusieurs kilomètres, lavages auto-motos, kiosques, boutiques, fleuristes, restauratrices et autres abris sont installés sous les lignes à haute tension. Quitteront-ils les lieux pour leur propre vie ? Ils soutiennent qu’à moins d’être expulsés, ils sont à demeure. Ils disent ne pas se plaindre et les activités marchent. En outre, Boubacar Coulibaly, gérant d’un lavage-auto, affirme avoir une autorisation de s’installer et s’acquitte régulièrement de ses taxes. Pour Ahmed Kanté, enseignant à la retraite, tout ceci est de la faute des autorités. « Tout le monde voit ce qui se passe ici à Sirakoro. De hauts responsables nationaux vivent ici : gouverneurs, ministres, directeurs de grandes institutions, chacun passe son chemin. Certains riverains ont interpellé la mairie. En vain », se plaint le retraité. Les conséquences sont pourtant réelles et connues de tout le monde. En la

Cérémonies des djinns : Toutes en transe !!!!

Par Baya TRAORE Bamako 03 Déc (AMAP) La scène ne relève pas d’une anecdote mais plutôt d’un phénomène, «le spectacle des djinns», qui a su franchir les âges, prend, aujourd’hui, des proportions burlesques au Mali. Le rituel d’invocation des êtres invisibles est une pratique ancienne mais, de nos jours, il a pris le chemin du dévoiement. Ses adeptes cherchent à se faire prédire l’avenir. Mais les comportements inavouables ne sont jamais loin. Il est environ 13h20, ce week-end, à Dialakorodji où se tient, au pied d’une colline, un spectacle ahurissant. Une cohorte de femmes chante en chœur et esquisse des pas de danse pour invoquer les djinns, ces êtres surnaturels qui auraient le pouvoir de régler, d’un coup de baguette magique, les problèmes des humains. En tout cas, c’est ce qu’on fait croire aux inconditionnels de la pratique. Quelques minutes plus tard, deux femmes, drapées dans des ensembles en bogolan avec des gris-gris sur tout le corps, entrent brusquement en transe avant de se laisser choir. L’une d’entre elles se prénomme Yaye et serait hantée par le «djinn bamanankè». Son acolyte Maïmouna, elle aussi serait possédée par le «djinn massasolomana». De temps en temps, les deux femmes possédées se relèvent et font le tour du cercle de leurs comparses, la démarche altière et la bouche remplie de bave, marmonnant des formules incantatoires. Parfois, elles se jettent dans la foule avec une certaine agressivité. La scène dure des heures. L’assistance scotchée sur place semble s’en délecter. Tout au long du rituel, les adeptes de la pratique (hommes et femmes) affluent. Certains débarquent de luxueuses voitures. Ceux qui ont des scrupules à être reconnus dissimulent leur visage. Au fur et à mesure qu’on s’achemine vers le crépuscule, les deux femmes, étonnamment, reprennent leurs esprits, dans un semblant de sérénité ! Et les choristes du jour arrêtent leur chant. On installe les deux dames « habitées par des djinns » dans une chambre. Le grand silence qui règne traduirait l’apparition des djinns qu’elles ont invoqués. Place maintenant aux consultations. Par petits groupes, quelques fois individuellement, mais par ordre d’arrivée, les adeptes cherchent à se faire lire l’avenir. Tous déposent auprès d’un assistant, posté à la porte de la chambre, un billet de 500 Fcfa comme frais de consultation. Ils sont aussi tenus de payer un lot de trois médicaments traditionnels à 150 Fcfa à offrir aux djinns afin qu’ils soient plus coopératifs. Selon Yaye, affectueusement appelée par ses adeptes «bamanankè ka Yaye», initiatrice du spectacle qui se passe tous les mercredis et les samedis, l’objectif est de porter assistance aux personnes qui en font la demande. «A travers ce rituel, je soigne les personnes qui me sollicitent. Je leur donne des solutions aux multiples préoccupations et soucis qui les assaillent. Parce que ces personnes, de différentes couches sociales, nous soumettent leurs problèmes à régler. A vrai dire, j’en règle énormément. Ceux qui sont satisfaits nous donnent des enveloppes et des présents», explique la «djinètigui» ou l’hôte des djinns. DÉMON – Fanta Touré et Rokia Traoré assistent, depuis des lustres, à ce spectacle. La première assure qu’elle a toujours trouvé les solutions à ses difficultés auprès de ces femmes possédées par le djinn. Elle pense devoir aux djinns la réponse positive à son désir de maternité : elle a aujourd’hui un garçon, après 15 ans de vie en couple. Difficile de la convaincre du contraire. Elle était encore venue consulter, cette fois-ci, pour mettre fin à des petits désaccords avec son époux et trouver l’harmonie dans son couple. Quant à Rokia, elle explique être hantée par le démon qui l’empêcherait de suivre des cours en classe et de s’épanouir. La jeune scolaire reconnaît avoir vécu un enfer parce qu’elle pouvait s’évanouir à tout moment et partout. Maintenant, elle se porterait de mieux en mieux, grâce à la médication de Yaye. Selon elle, il n’y a plus aucun doute, elle est plus tranquille maintenant et a retrouvé l’envie d’apprendre à l’école. Autre lieu, même scène.  Ce jeudi soir, à Samè Kokono, sur la route de Kati. A une heure indue de la nuit, des initiatrices du spectacle, toutes habillées de boubous blancs, assortis de petits foulards rouges, avec des cauris nattés sur la tête apparaissent au milieu de la scène. Sur des airs entonnés en chœur, des femmes s’évanouissent. Elles sont aussitôt transportées dans une chambre. Kadiatou, l’une d’elles, serait possédée par le «djinn batoukouné». Elle se roule plusieurs fois par terre, avant d’escalader un pan de mur l’air hébété et un sourire béat. Quelques minutes après, elle retrouve ses esprits et accepte de nous dire pourquoi elle se comporte ainsi. Pour toute réponse, elle incrimine «le djinn Batoukouné». A en croire la jeune dame, les personnes hantées par les djinns ont toujours un comportement d’enfant. BRUTALES ET AGRESSIVES– Sur ces entrefaites, une autre jeune dame, du nom de Oumou. entre également en transe. Elle a le «djinn n’komoni», chevillé au corps. Elle se blesse après des chutes consécutives sur un sol rocailleux. Elle ne se souvient de rien mais admet que chaque fois qu’elle entre en transe, elle ressent de la fatigue et tout son corps lui fait mal. Selon elle, si on est possédé par le «djinn n’komoni», à chaque crise, cet être surnaturel te fait faire des choses brutales et agressives parce que ce djinn est très violent. Maria aussi est habitée par le «djinn Maïmouna Haïdara». Après sa chute, le public s’est précipité pour la couvrir avec des foulards. Elle se relève et se dirige directement vers un homme dans l’assistance et lui conseille de faire des sacrifices mais, surtout, de se laver avec certaines décoctions pour voir résolus ses problèmes d’obtention de documents de voyage. Le quidam a confirmé avoir, effectivement, des problèmes de cette nature et jubile, déjà, à l’idée de trouver la solution à son souci. Après que Maria a retrouvé sa lucidité, elel nous a fait comprendre pourquoi elle a été couverte de foulards. Simplement parce que le «djinn Maïmouna Haïdara» aime la religion musulmane qui exige que la femme se

Insécurité à Bamako : Braquages en série

Par Tamba CAMARA Bamako, 02 Déc (AMAP) La ville de Bamako est-elle en passe de devenir un Far West où des individus armés s’attaquent aux citoyens en plein jour les dépossédant de leurs biens au vu et au su de tout le monde ? On serait tenté de répondre par l’affirmative au regard des cas d’attaques à main armée qui se multiplient en plein jour dans la capitale ces derniers temps. En voyant la liste des attaques à main armée s’allonger jour après jour, on ne peut s’empêcher de penser qu’un gang d’un nouveau genre écume la capitale. Les gangsters opèrent avec une audace incroyable. Un énorme défi pour la police. Selon nos sources, la première agression avec arme à feu s’est produite à Sogoniko, lund,i en Commune VI de la capitale Bamako. C’était aux environs de onze heures du matin au niveau de la gare d’une compagnie de transport, à quelques encablures d’une agence de la Banque de développement du Mali (BDM). Là même où, peu de temps avant, la victime venait de faire une opération de retrait d’argent. Tous les témoins de la scène sont fermes sur un fait. Les agresseurs ont minutieusement préparé leur coup. Ils ont juste attendu que leur future victime s’éloigne de l’agence pour l’attaquer. Une fois sorti de l’agence bancaire, la victime des malfrats s’est engouffrée dans son véhicule sans se douter de quelque chose. C’est en ce moment que les agresseurs qui l’attendaient, l’ont suivi à moto. Arrivés à son niveau, ils l’ont braqué avec une arme à feu et ont tiré à bout portant sur celui qui a été identifié plus tard comme un jeune entrepreneur de son état. Puis sans perdre la moindre seconde, les bandits armés ont pris le sac contenant selon certaines sources, plusieurs dizaines de millions de francs CFA. Cette scène digne d’un film western s’est produite en quelques minutes. Les témoins éberlués et impuissants n’ont pu que constater les dégâts. Les deux malfrats sont partis en trombe sur leur moto avec l’argent de leur victime. Grièvement blessé, celle-ci s’est quasiment vidée de tout son sang dans la rue. Le temps de faire appel aux secours pour l’amener vers un centre de santé pour des soins, elle a rendu l’âme sur place. Dans la même journée, un autre cas similaire s’est produit à l’ACI 2000 à Hamdallaye. Selon plusieurs sources concordantes, des individus armés ont usé du même modus operandi qu’à Sogoniko. Nous ne savons pas si cette autre victime de braquage revenait d’une opération de retrait d’argent dans une agence bancaire. Des inconnus armés l’ont braquée pour la déposséder de son argent devant des témoins qui n’en croyaient pas leurs yeux. Puis les agresseurs se sont évaporés dans la nature sans être inquiétés. La victime a reçu des balles aux cuisses. Elle a au moins eu la chance d’être secourue pour être transportée aux urgences du CHU Gabriel Touré afin y recevoir des soins. Hier, un point de vente de la BDM, à la Cité des 1008 logements de Yirimadio, dans la capitale malienne, a été attaqué par des bandits armés. Selon des témoins, quatre individus armés et cagoulés ont pris d’assaut le petit local et sont repartis avec une importante somme d’argent. Un passant aurait été blessé dans cette opération digne d’un film hollywoodien. En effet, pour pouvoir faire irruption dans l’établissement bancaire, les braqueurs, apparemment des jeunes, auraient d’abord immobilisé le vigile en faction avant de passer à l’action. Une caissière de l’agence bancaire ayant requis l’anonymat a témoigné avoir aperçu à travers la baie vitrée de l’établissement des individus cagoulés et armés se diriger vers elle et ses collègues. Prise de panique, elle a couru pour se réfugier dans les toilettes. Elle sera tirée de sa cachette par les malfrats surexcités. Sous la menace de leurs armes, ces derniers lui ont donné des coups de pied, avant de l’obliger à ouvrir la caisse. « Ils ont pris tout l’argent qui se trouvait dans la caisse », a confié la pauvre dame, ajoutant que les braqueurs voulaient aussi s’emparer du coffre-fort. Ayant échoué dans leur tentative, ils se sont enfuis avec ce qu’ils ont trouvé dans la caisse. Tout en se retirant, ils ont tiré des coups de feu en l’air pour dissuader d’éventuels poursuivants. Combien ont-ils emporté ? Les responsables de l’agence n’ont pas voulu divulguer le montant. Toutes ces opérations de banditisme sont réalisées avec une facilité qui laisse songeur. Et les malfrats courent toujours avec leurs butins. Un énorme défi est lancé à la police par des bandits qui opèrent en plein jour et réussissent à disparaître sans laisser de traces. TC (AMAP)

Lutte contre la corruption : Nécessaire application des principes de Bangalore sur la déontologie judiciaire

Par Bembablin DOUMBIA Bamako, 02 Déc (AMAP) Dans la lutte contre la corruption, de nombreux mécanismes ont été mis en place par les autorités au Mali, notamment la Cellule d’appui aux structures de contrôle de l’administration (CASCA), le Contrôle général des services publics, le Bureau du Vérificateur général (BVG). Malgré ces efforts consentis, le secteur de la justice est toujours indexé. Il fait l’objet de nombreuses récriminations de la part des citoyens. Comme le démontre une étude, réalisée par la Fondation Friedrich Ebert en 2017, selon laquelle « environ 78% de la population adulte pense que la justice malienne est corrompue ». Afin de nettoyer ce cliché moins reluisant, un atelier de formation est ouvert, depuis lundi à Bamako, à l’attention des acteurs de l’appareil judiciaire. L’événement est initié par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et la Mission intégrée multidimensionnelle des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), en partenariat avec le ministère de la Justice. L’ouverture de la rencontre était présidée par le représentant du ministre de la Justice, Boubacar Touré, en présence de la représentante de la MINUSMA, Pauline Baranes. D’autres personnalités ont participé par visio-conférence à l’ouverture de cet événement dont le thème est : « l’application au Mali des principes de Bangalore sur la déontologie judiciaire ». Cet atelier de formation, qui prend fin ce mercredi, vise à promouvoir l’intégrité judiciaire à travers une meilleure application de l’article 11 de la Convention des Nations unies contre la corruption (CNUCC) qui met l’accent sur le rôle crucial du système judiciaire dans la lutte contre la corruption. Il entend, également, initier une réflexion quant au potentiel renforcement du code de déontologie judiciaire au Mali. Dans son intervention, le représentant du ministre de la Justice a rappelé que la lutte contre la corruption est un défi cher aux « plus hautes autorités » de la Transition. Elle s’inscrit, selon Boubacar Touré, dans la droite ligne de la vision du chef de l’État, Bah Daw, qui dans son discours d’investiture, en septembre dernier, a promis une lutte implacable contre le phénomène, à travers l’objectif « zéro impunité ». « Cette vision, a-t-il poursuivi, s’est d’ailleurs traduite dans la feuille de route assignée au gouvernement dont l’axe 2 instruit en lettre impérative le renforcement et l’accentuation de la lutte contre la corruption ». Pour le représentant du ministre de la Justice, cette rencontre n’est pas qu’un atelier de formation, elle se veut un espace de communion pour un réarmement moral contre la corruption. À cet égard, il a invité les participants à développer et à affermir en eux la fibre intellectuelle et psychique, ainsi que l’élévation d’esprit et les caractères nécessaires pour résister et faire résister à toutes épreuves, à la tentation du phénomène. « Il s’agit de cette valeur supérieure que constitue l’intégrité judiciaire », a indiqué Boubacar Touré. Rappelant que le Mali fait partie de la CNUCC, il a souligné que la déontologie est un complément essentiel au statut des magistrats. Il ajoutera qu’elle est gage de succès pour la justice. « Sans elle, toute action de lutte contre la corruption et la délinquance financière serait vouée à l’échec », a-t-il estimé. « Votre appropriation de la déontologie et votre conscience de l’intégrité judiciaire permettront de bâtir un service public de la justice efficace, de qualité à même de restaurer la confiance des citoyens », a déclaré Boubacar Touré. BD/MD (AMAP)

Moto-taxi : La nouvelle vogue gagne Sikasso

Par Mariam F. DIABATE Sikasso, 1er Déc (AMAP) « Pour moi, l’arrivée des mototaxis a apporté un confort total. Je fais toutes mes courses facilement. Sans ce moyen de locomotion, j’allais marcher du quartier Bougoula-ville à Lafiabougou, sur une quinzaine de kilomètres, car il n’y a pas d’autres moyens de déplacement sur cette voie», lance une fidèle cliente des mototaxis à Sikasso. Les propos de cette cliente illustrent, ainsi, la nouvelle ère du transport urbain sikassois, avec l’arrivée de ces engins. Il est 11 heures à Sikasso. Sous un arbre, à l’intersection du boulevard de l’Union africaine (UA) et de la Route nationale (RN7), de grosses motos de couleurs jaunes, attirent l’attention des passants. «Où voulez-vous partir, madame ? Venez, nous allons partir…», demandent les conducteurs aux clients. Leurs cheveux, blousons, gants et cache-nez… sont couverts de poussière. Quand ils ne conduisent pas un client, les conducteurs discutent des comportements de clients, des frais de déplacement, de la distance entre les quartiers, des disputes avec les policiers et d’autres transporteurs. Adama Dembélé est le chef d’équipe des conducteurs de mototaxis. Il revendique 9 mois d’activités au compte de sa société à Sikasso. «Les jours de fête, de baptême et de mariage, nos motos sont très sollicitées par les femmes», affirme-t-il, souriant. « Durant ces rassemblements, poursuit-il, je peux gagner entre 5000 et 6000 Fcfa en une journée ». Se prononçant sur la tarification des mototaxis, M. Dembélé explique que de l’intersection du boulevard de l’UA à la route de Koutiala, il faut payer 200 Fcfa. Le même prix est retenu pour se rendre à Wayerma. «Nous demandons 300 Fcfa pour Hamdallaye et 500 Fcfa à 700 Fcfa pour Mamassoni, Sanoubougou et Sirakoro», détaille-t-il. Cependant, tout n’est pas rose dans ce métier. Malgré l’engouement de la population pour les mototaxis, notre interlocuteur précise que son activité rencontre des difficultés. Il s’agit, entre autres, de la mésentente persistante avec les conducteurs de transport en commun, notamment les « dourouni » et les taxis. Il pointe, aussi, la propension de certaines clientes à ne pas payer les tarifs convenus, en prétextant qu’elles sont veuves ou qu’elles sont pauvres. «On dirait que la mototaxi est venue uniquement pour me soulager. Je prépare les repas lors des cérémonies. Pour ce faire, je sors tôt et rentre tard. C’est avec les mototaxis que je fais mes courses», témoigne Mamou Traoré, une cliente régulière. Elle choisi ce moyen de transport car, selon elle, les conducteurs vous déposent jusqu’à la destination finale sans rechigner. «L’autre jour, la mototaxi a transportées mon amie et moi au quartier Sanoubougou II à 750 Fcfa. Si c’était le taxi, nous allions payer près de 2000 Fcfa», témoigne-t-elle, souhaitant l’expansion des lignes aux points d’arrêt, dans chaque quartier de la ville. Le coordinateur du projet de mototaxi, Yacouba Diarra, explique que cela s’inscrit dans le cadre de la collaboration avec l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE). En outre, il souhaite avoir l’appui des autorités régionales afin de pouvoir contribuer à réduire le taux de chômage des jeunes. Par ailleurs, le coordinateur souhaite bénéficier d’une exonération des impôts. Au commissariat du 1er arrondissement de Sikasso, le responsable en charge de la voie publique, le major Aliou Sidi Diallo, déplore le fait que, de façon générale, les Sikassois ne maîtrisent pas le Code de la route et, surtout, les conducteurs des mototaxis. « Ces derniers, relève-t-il, ne bénéficient pas de formation en circulation routière ». De plus, le major Diallo appelle les conducteurs de mototaxis à ne pas en faire un moyen de transport inter urbain. «En plus des déplacements urbains, très souvent ces conducteurs transportent les clients de Sikasso à Zégoua, de Sikasso à Niéna», déplore le policier qui pointe, aussi, certaines mauvaises pratiques des conducteurs comme l’excès de vitesse, la surcharge, le support à trois, le non-respect des feux de signalisation et même le dépassement dangereux. Le major Aliou Sidi Diallo invite les conducteurs de mototaxis à passer le permis de conduire. S’adressant aux autorités régionales et au promoteur, il conseille d’organiser des séries de formation à l’intention des conducteurs afin de minimiser les cas d’accidents. MFD/MD (AMAP)