Deuxième pont de Kayes : Le rêve devient réalité
Par Bandé Moussa SISSOKO Kayes, 27 fév (AMAP) Le nouveau pont de Kayes, qui sera inauguré ce samedi 27 février 2021, par le Premier Ministre Moctar Ouane, est un joyau qui donne un nouveau visage à la Cité des rails. Le financement des travaux de construction du 2è pont sur le fleuve Sénégal et ses routes d’accès a été entièrement pris en charge par le budget national pour un coût global de 58.156.143.751 Fcfa. S’étendant sur une longueur de 541,30 mètres et une largueur de 26 mètres, ce nouveau pont est situé à Kamankolé, Commune de Hawa Dembaya. Le site de cet ouvrage avait été officiellement remis aux entreprises chargées respectivement des travaux de construction de l’ouvrage et de ses voies d’accès, le 19 janvier 2017. Le pont mixte acier-béton repose sur une fondation de 68 pieux forés de 10 à 20 mètres de profondeur. Il dispose d’une chaussée de 2X7,00 mètres de large, des pistes cyclables larges de 2X2,00 mètres et des trottoirs de 2X1,50 mètre de large. La construction de ces infrastructures s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre des actions prioritaires du plan d’actions 2015-2019 de la Politique nationale des transports, des infrastructures de transport et du désenclavement (PNTITD), adoptée par le Conseil des ministres du 28 octobre 2015. La réalisation du projet se justifie essentiellement par la nécessité de trouver une alternative durable à l’ancien pont de la ville qui, de par sa conception et son âge, ne répond plus aux sollicitations du trafic actuel sur le corridor Bamako-Dakar par le nord. Elle constitue également une réponse aux attentes des populations de la Région de Kayes. Cet ouvrage contribuera à l’atteinte des objectifs fixés dans le Cadre stratégique pour la relance économique et du développement durable (CREDD) 2019-2023 au niveau de l’axe stratégique n°3 «Croissance inclusive et transformation structurelle de l’économie». Qui vise spécifiquement à développer et améliorer l’efficacité des infrastructures de transport. L’objectif global du projet est de contribuer au désenclavement intérieur et extérieur de notre pays et de booster la croissance économique. Ainsi, le pont permettra d’assurer la continuité du trafic sur le corridor Bamako-Dakar par le nord ; de décongestionner le trafic à l’intérieur de la ville et de réduire le délai de parcours au niveau de la traversée de ladite ville. Il contribuera aussi à l’amélioration de la sécurité routière et au confort des usagers et du cadre de vie des populations. Ce pont, qui fait la fierté des populations de Kayes, va également favoriser le développement de la recherche et l’extraction des ressources minières dans la région, l’exécution des travaux d’assainissement urbain de la ville de Kayes et la création des activités pérennes génératrices d’emplois. Ces œuvres permettent à la Cité des rails, ancienne capitale du Soudan français, de retrouver sa coquetterie d’antan. L’éclairage public du pont, outre l’embellissement de la ville de Kayes, permet d’assurer la sécurité des usagers de la route et des riverains. La réalisation du pont a permis la réalisation des ouvrages de protection des berges sur les deux rives avec des matériaux locaux afin de lutter contre l’érosion régressive au droit du pont. On note, aussi, la construction de trois exutoires sur la voie n°3 pour diriger les eaux de pluies vers le fleuve Sénégal, une manière pour les initiateurs du projet de contribuer à l’assainissement du quartier de Kayes N’Di situé sur la rive droite du pont et à l’aménagement de la rivière Kamankolé sur 700 mètres qui a sauvé de nombreuses habitations contre l’érosion régressive. Les populations de Kayes sont fières de ce pont qui n’a rien à envier à ceux de Bamako. Même s’il ne débouche pas sur des échangeurs. Certains pensent qu’avec ces infrastructures, il y aura moins d’accident de circulation et l’espoir est permis pour une sécurisation de la ville. «Le rêve est devenu une réalité aujourd’hui. Nous devons montrer notre joie, notre reconnaissance aux autorités. Que l’évènement soit marqué dans l’histoire. Soyons unis pour que cet évènement soit à la hauteur des attentes», avait déclaré le gouverneur de la Région de Kayes, le colonel Moussa Soumaré lors d’une rencontre avec les chefs de services régionaux et les forces vives de Kayes. Le directeur régional des routes, Moustapha Sissoko, et ses agents ne se ménagent pas pour faire de la fête une réussite. Idem pour la mairie, dont les agents nettoient régulièrement les grandes rues de la ville. Les agents d’Énergie du Mali (EDM) s’activent, également, pour réparer les ampoules sur le premier pont, situé à côté de la chaussée submersible. Au-delà de son caractère festif, la mise en service de ce pont et de ses voies d’accès suscite des inquiétudes, notamment chez les transporteurs et chauffeurs. En effet, ces derniers se plaignent de l’étroitesse des quatre carrefours, dont trois sont situés sur la rive droite du fleuve. Les usagers sont exposés à des risques d’accidents et à des chutes de véhicules. Et, la voie réservée aux gros porteurs mérite un entretien permanent car, elle est souvent salie par des déchets d’animaux. Dans la note technique, le ministre des Transports et des Infrastructures invite les usagers de la route au respect strict du code de la route et du règlement 14/2005/CM/UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) relatif à l’harmonisation des normes et des procédures du contrôle du gabarit, du poids et de la surcharge à l’essieu des véhicules poids lourds de transport de marchandises dans les États de la communautaire BMS (AMAP)
Pratiques coloniales : l’Office du Niger, une longue histoire d’argent public
Par Dr Ibrahim MAIGA Bamako 27 fév (AMAP) L’entreprise, constituée sur la base de capitaux civils, a été, d’un bout à l’autre, en réalité un service militaire affublé d’une énorme bureaucratie parasitaire. La non prise en compte du facteur humain explique en partie les déboires de ce géant de notre système agricole. Est-on seulement sûr que les décideurs actuels ont tiré profit des leçons d’hier ? Pourtant, différentes et successives études ont très rapidement mis le doigt sur les graves insuffisances d’une entreprise qui ne va jamais pouvoir se passer de l’argent public : le budget de l’Afrique occidentale française, les fonds publics métropolitains, le budget du Soudan, les réparations allemandes et l’aide du plan Marshal. à l’indépendance, l’état malien va aussi y injecter des ressources. Dans ce financement, il ne faut jamais oublier la part inestimable du travail forcé imposé aux populations locales. Vittorio Morabito a posé le diagnostic très précis de ce gouffre financier. Dans « L’Office du Niger au Mali, d’hier à aujourd’hui », paru dans le « Journal des africanistes », (1977, pp. 53-82) il écrit que « … pour comprendre l’Office du Niger, il faut le considérer comme la dernière création bureaucratique de l’administration dans la catégorie des compagnies de concessions territoriales pour l’exploitation économique des colonies. Ce côté public explique les pressions politiques et les renseignements, filtrés, qu’on trouve dans les cinq cents publications sur l’Office. » Alors, pourquoi soutenir à bout de bras, une création moribonde devenue monstrueuse ? Contre tous les critères de rationalité, l’état français a, jusqu’en 1960, malgré tout, toujours gardé un œil condescendant sur cette structure. Les évaluateurs ont constamment attiré l’attention sur la gestion de l’Office. En 1975, Morabito a mis le doigt sur l’existence de deux comptabilités, une commerciale et une administrative. «Nonobstant les conseils de six commissions comptables spéciales en trente ans (1937, 1948, 1955, 1964, 1969, 1974), elle n’a pas bien démarré et également ne réussit pas à donner une vision des situations financières complexes des activités de l’Office», a-t-il observé. Il est encore plus incisif quand il soutient que « …depuis 1964, l’Office fonctionne sans bilan, ce qui conduit certains à dire qu’il est géré comme une « boutique libanaise »… de 2 milliards de francs de chiffre d’affaires par an [8 : 84]. (L’Office du Niger, d’hier à aujourd’hui). Vincent Joly (Schreyger (Emil) : L’Office du Niger au Mali. 1932 à 1982. La problématique d’une grande entreprise agricole dans la zone du Sahel, Année 1988) rapporte d’après Robequain (Problèmes de l’économie rurale en A.O.F. », Annales de Géographie, 1937, p. 159) que Bélime lui-même demandait un pas de temps de 50 ans pour juger de son entreprise. Le constat est la grande disproportion entre les efforts consentis et les résultats obtenus. Et, Joly ajoute : « …. quels que soient les temps et les régimes, les mêmes problèmes persistent, entre autres : le statut foncier des colons, leur endettement, leur accès au marché, la lourdeur de la bureaucratie, etc ». Quelques chiffres tirés du rapport de Amselle (1985) renseignent sur l’ampleur du trou béant. Les effectifs pléthoriques font partie du tableau. En 1955, l’Office comptait un total de 7 000 employés ; ce qui équivalait au ratio d’un employé pour quatre colons. Cette tendance ne va pas s’inverser. En 1984, l’entreprise comptait 4 000 employés fixes et 5 000 saisonniers pour 5 500 colons. En 1942, soit dix ans après son démarrage, l’entreprise n’avait pu emblaver que 5 000 hectares de coton, exploités par 6 000 paysans. En 1943, il a été produit 2 000 tonnes de coton et 10 000 tonnes de riz. De 1936 à 1960, les rendements ont oscillé entre 1,3 tonne et 1,9 tonne à l’hectare, toujours d’après l’évaluation de Amselle. Ce n’est donc pas une surprise, si en 1955, l’état français a réduit de moitié les subventions allouées. Un an après, l’Office connaissait ses premières initiatives de réajustement. En 1959, les pertes ont été maîtrisées mais non les dettes, les avances et les découverts bancaires. Résultats médiocres, gestion opaque – Plusieurs facteurs expliquent ces résultats médiocres. Paul Viguier, l’un des six Directeurs Généraux, a essayé de comprendre cette problématique. En plus de sa casquette d’administrateur, Viguier était surtout un Ingénieur d’une grande capacité. Dans « Situation des terres irriguées de l’Office du Niger », un article paru dans le «Journal d’agriculture traditionnelle et de botanique appliquée » (1947). Il constate, pour ce qui est de l’exploitation des terres aménagées que « les résultats obtenus jusqu’ici n’ont pas atteint le niveau que l’on était en droit d’espérer ». « Alors qu’il est techniquement prouvé que les rendements peuvent atteindre pour le cotonnier facilement 10 quintaux de coton-graine et pour le riz 20 quintaux de paddy à l’hectare les moyennes obtenues dans l’ensemble des centres de colonisation ne s’élèvent qu’à 6 à 7 quintaux pour le coton et 14 à 16 quintaux pour le paddy », rien de consistant n’a pu être fait. Ces résultats sont juste supérieurs à ce que les populations locales obtenaient sur leurs parcelles. En réalité, a compris Viguier, c’est la défaillance de « l’élément humain » qui est en cause. Les concepteurs, dans leur optimisme avaient parié sur les « facultés d’adaptation du paysan noir aux techniques nouvelles. ». Ce qui n’a pas été le cas, car « on ne passe pas ainsi brusquement d’une agriculture traditionnelle largement extensive à des méthodes d’agriculture intensive. » « En réalité, retient-il, le colon installé sur les terres irriguées conserve instinctivement ses conceptions agricoles primitives et ne se plie que difficilement aux méthodes d’agriculture rationnelle ». Cependant, tempère Viguier, les paysans ne sont pas seuls responsables de cet échec. Ils n’ont pas reçu les moyens nécessaires à l’exercice d’une « agriculture rationnelle ». Le colon indigène, fait-il constater, n’était pas outillé pour résoudre des problèmes réels comme la « préparation correcte du sol en temps voulu pour effectuer les semis à la date convenable ; le maintien de la fertilité du sol ; la production vivrière suffisante,
Danse de masque: Faraba conserve jalousement « Le Chinto »
Par Mohamed D. DIAWARA Bamako, 27 fév (AMAP) Sous le rythme du tam-tam, des créatures masquées se trémoussent tenant dans les deux mains des fines branches d’arbre. Ils font des petits sauts vifs et secouent les tiges. A Faraba, l’un des 25 villages de la Commune rurale du Mandé, toutes les pratiques ancestrales n’ont pas disparu. Les jeunes perpétuent la tradition du « Chinto » qui, selon les croyances locales, protège contre les sorciers et les esprits maléfiques. Les habitants de cette bourgade, les jeunes, gardent jalousement cette danse de masque. Les danseurs coiffés de masques en bois sont habillés d’une combinaison de tissu traditionnel aux couleurs ocres. Chacun tient deux longues et fines branches d’arbre débarrassées de leurs feuilles. Selon les initiés au Chinto, ces fines branches ne doivent pas toucher les gens. «Si ça te touche tu dois donner une chèvre ou un bœuf. C’est une tradition de nos ancêtres et nous continuons à la respecter», estime Modibo Diakité âgé de 35 ans accompagnant les danseurs masqués. Il nous livre quelques informations, mais ne rentre jamais en profondeur car il est interdit de parler aux personnes non initiées lorsqu’il porte le masque et la tenue du Chinto. Pour ce qui est des vêtements, il indique : «Le tissu traditionnel est régulièrement teinté dans une substance liquide à base d’écorces pour le colorer», puis il ajoute que le masque que portent les danseurs est appelé «Chinto guéré». Ces masques ont la forme de têtes d’animaux sauvages, notamment le buffle. Modibo Diakité révèle, aussi, que les danseurs portent sous leur combinaison des gris-gris de protection. Le Chinto est une danse très effrayante. À l’en croire, la sortie du Chinto protège le village contre les sorciers et les esprits maléfiques. Modibo Diakité indique, par ailleurs, que cette sortie se fait lors d’événements festifs comme les fêtes de Tabaski, de Ramadan et autres grandes cérémonies. Et de poursuivre que la jeunesse est en charge de l’organisation du Chinto. Quand il y a un événement, 4 à 5 personnes déléguées par la jeunesse se rendent dans la forêt pour commencer la partie mystique de la préparation. Modibo Diakité précise que ces initiés sont les gardiens des masques, des combinaisons et autres parures. Mais il n’en dira pas plus sur leur sanctuaire. Après leur prestation, les hommes ayant pris la forme de ces créatures rejoignent la brousse pour se débarrasser de leur accoutrement et ne retournent au village que la nuit. N’Goye Mamou Diakité, un quadragénaire, se souvient. «J’ai joué avec ce masque sur plusieurs scènes notamment au Palais de la culture Amadou Hampâte Ba de Bamako et à Yorobougoula, dans le Cercle de Yanfolila», s’enorgueillit-il. « Le Chinto nous a été légué par nos aînés et nos pères’, ajout-t-il. « À un certain âge, il faut céder la place à la jeune génération», explique-t-il. D’après lui, c’est une fierté de savoir que leur descendance conserve cette pratique de la danse du Chinto. Il ajoute que si un spectateur voit son camarade d’âge en train de suivre les danseurs du Chinto, il est obligatoire pour le spectateur d’applaudir la créature, faute de quoi son camarade d’âge le fouette rigoureusement. «Ni la victime ni ses parents n’ont le droit de s’opposer à la sanction. Si c’est le cas, ils payeront une amende», poursuit N’Goye Mamou Diakité avant de dire qu’une personne initiée au Chinto ne doit rien révéler des mystères de cette danse ni à sa femme, ni à son camarade d’âge, qui n’a pas été initié, encore moins à ses enfants. « Le manquement à ce devoir, avertit notre homme, peut lui valoir le payement d’une chèvre, une poule et des colas ». « Cependant, cette pratique traditionnelle n’est pas du goût de tous les jeunes hommes. C’est pourquoi, certaines personnes refusent de la faire », regrette le quadragénaire. « Pour le moment, se réjouit-il, il y a des jeunes qui s’intéressent à la pratique et avec eux, on fait beaucoup de prestations notamment à Bamako». Et d’ajouter que les ressortissants de leur village les invitent, souvent, dans la capitale pour célébrer les mariages. Le chef du village de Faraba, N’Goye Diakité, explique que le Chinto est également appelé «Toumbo ». Cette tradition, selon le quinquagénaire, est un divertissement phare du village. « Il est impensable d’organiser un événement festif chez nous sans cette danse. Moi-même, je l’ai pratiquée quand j’étais jeune. Je ne pense pas que ça disparaîtra un jour», affirme le chef coutumier. La plupart de nos villages ne gardent que les souvenirs de certaines de leurs traditions. Ces pratiques ancestrales se sont volatilisées, souvent, sans laisser de trace. Il est important de préserver, de protéger et de valoriser ce patrimoine qui est une partie de nos connaissances. MDD (AMAP)
SOS pour le Tata de Sikasso
Par Fousseyni DIABATE Sikasso, 26 fév (AMAP) Le Tata de Sikasso (Sud), une fortification d’antan destinée à protéger la ville contre les envahisseurs, est aujourd’hui en ruines. Plus grave, le site est sérieusement menacé par l’occupation anarchique. Champs de culture, kiosques des petits commerçants, marchés à bétail, panneaux publicitaires, dépôts d’ordures, ateliers de menuiserie… rien n’est épargné au célèbre mur d’enceinte. Pourtant, il s’agit d’une représentation matérielle de l’organisation militaire et du savoir-faire du royaume du Kénédougou. Le Tata renvoie au souvenir du temps de Tièba et de Babemba Traoré. Ces indomptables rois qui ont vécu à Sikasso entre 1877 et 1898. Le Tata ou encore « tarakoko » pour la population locale constitue un mur qui servait à protéger la ville contre les envahisseurs. La fortification, faite en banco, pierres et en gravions, était parsemée de petits trous par lesquels les sofas surveillaient ou tiraient sur l’ennemi. Juste après les tirs, les guerriers s’accroupissaient derrière le tata pour se protéger contre les tirs adverses. Certains historiens soulignent que le Tata comptait trois enceintes concentriques : l’enceinte intérieure qui entourait le « dionfoutou » ou encore la famille royale, le Tata intermédiaire qui était destiné à isoler les marchands, les soldats et les nobles et le Tata extérieur qui entourait toute la ville. De manière générale, l’ouvrage est reconnu comme une des plus célèbres fortifications militaires du Mali. En plus de son aspect défensif, la fortification était un moyen de contrôler les routes commerciales de la ville. Elle tire sa renommée du siège sans succès de Samory Touré, quinze mois durant, de mars 1887 à juin 1888, les guerriers de Samory Touré étaient bloqués sur les hauteurs du Nankafali « kuru » et du Samory « kuru », deux collines encore observables dans le paysage urbain de Sikasso. La forteresse est aujourd’hui matérialisée par des vestiges importants situés dans les quartiers de Mancourani, Médine, Wayerma, Bougoula ville et Foulasso. À ceux-ci, s’ajoutent les sept portes construites en matériaux modernes sur l’emplacement des passages d’antan par l’État à partir de 1995. De nos jours, ce patrimoine culturel est en train de fondre au fil du temps et se trouve gravement agresser par la population. Il suffit d’y faire un tour pour se rendre compte de la réalité. L’occupation anarchique, notamment les champs de culture, les passages forcés, les kiosques des petits commerçants, les toilettes et les marchés à bétail sont installés sur le Tata. Les plaques d’indication ou publicitaires, les ateliers de menuiserie, les vendeurs de bois de chauffe, les dépôts d’ordures s’y trouvent également. Zoumana Bamba est le chef de la mission culturelle de Sikasso qui assure la mise en œuvre de la politique nationale en matière de préservation du patrimoine culturel de la région. Il soutient que sur un total de neufs kilomètres de longueur que mesurait la forteresse, de nos jours, il en reste moins de quatre kilomètres. À l’en croire, la dégradation du patrimoine remonte à l’époque coloniale suivie par la construction des édifices publics, les particuliers et la pression urbaine. Se prononçant sur les valeurs de la fortification, Bamba dira qu’elle constitue un témoin matériel de l’organisation militaire et d’un savoir-faire séculaire du royaume du Kénédougou. En plus d’être porteur de nombreuses valeurs, ce mur constitue un véritable pan de l’histoire de notre pays. Il est aussi un symbole de grandeur et de courage des vaillants guerriers de l’époque. Évoquant les réalisations effectuées en matière de sauvegarde du Tata, le responsable de la mission culturelle affirme qu’en 2019, un financement de l’État a permis d’entamer les travaux de restauration et d’aménager l’espace tampon (les garde-fous métalliques, les parterres, les fleurs, les lampadaires solaires, les paillottes, le jet d’eau et les dalles en béton. En outre, Zoumana Bamba souhaite déguerpir les occupants illicites de la forteresse. Ce, avec la collaboration de la mairie afin de faire du patrimoine, un titre foncier. Il entend également procéder à la délimitation, au bornage et à l’immatriculation dudit mur. Il souhaite aussi élaborer un plan de conservation et de gestion du patrimoine. Ces actions sont d’autant plus nécessaires que les ruines du Tata sont inscrites à l’inventaire dans le cadre national et il figure aussi sur la liste indicative de l’UNESCO. De son côté, le directeur régional de la culture, Adama Niang réaffirme que c’est la population qui est à la base de la destruction de ce mur emblématique. « Elle s’approvisionnait en banco à partir de l’ouvrage pour construire leurs maisons », révèle-t-il, ajoutant que la population ne semble saisir à sa juste valeur l’importance à cette merveille culturelle façonnée par ses ancêtres. FD (AMAP)
Lutte contre les sachets plastiques : Le combat original d’un artiste malien
Par Aminata Dindi SISSOKO Bamako, 26 fév (AMAP) Alou Cissé dit Zol a fait de la lutte contre les sachets plastiques non biodégradables et la préservation de l’environnement son cheval de bataille. Objectif : Zéro plastique au Mali. Le trentenaire est connu par nombre de Bamakois pour sa couverture faite exclusivement de sachets plastiques noirs qu’il porte sur lui et qui enveloppe entièrement sa moto. Danseur chorégraphe de son état, Zol estime que les artistes doivent contribuer à l’éducation des populations pour aider les citoyens à comprendre, intégrer le besoin et l’urgence de changer nos modes de consommation des plastiques. « Les artistes, pense-t-il, peuvent inspirer les populations. Celles-ci peuvent, à leur tour, inspirer les gouvernements ou les gouvernants ». Comment est l’idée lui est venue de se couvrir de sachets plastiques de couleur noire ? «C’était en 2004. J’accompagnais des étrangers à l’Aéroport. Tout au long du chemin, nous voyions des sachets plastiques dans la nature. Ces étrangers ont commencé à se moquer de mon pays. A partir de cet instant, j’ai décidé de faire de la protection de la nature contre ces sachets plastiques non biodégradables une lutte personnelle. A mon retour, j’ai réfléchi à ce que je peux faire, concrètement, en tant qu’artiste pour sensibiliser mes concitoyens sur l’utilisation de ces sachets», explique-t-il. Pour joindre l’acte à la parole, Zol crée des pièces de sensibilisation qu’il présente dans les salles de spectacles. «Le message élaboré à cet effet n’atteignait pas un grand nombre de personnes comme je le voulais. Beaucoup de gens n’ont pas accès aux salles. Alors, cette idée m’est venue de porter des sachets malgré tous les dangers qu’ils représentent pour mon corps et d’orner ma moto afin d’attirer l’attention sur le fait que ces matériaux constituent un danger pour la nature. Pour ce faire, j’ai acheté des sachets neufs que j’ai pris soin de raccommoder comme parure», dit-il. Dans son habit en sachet noir, Zol fait des performances aux mariages, festivals et autres rencontres. «Mon objectif est de mettre fin à l’essor de ces plastiques qui ont un impact considérable sur les animaux, les êtres aquatiques et ralentissent la croissance normale des cultures’, dit-il. « Depuis 2012, le Mali s’est engagé à supprimer les plastiques non biodégradables. Cet engagement de l’Etat ne modifie en rien le paysage bamakois où les rues sont jonchés de plastiques en tous genres. Je compte aller partout au Mali pour sensibiliser les populations sur les dangers et les méfaits des sachets plastiques», ajoute notre interlocuteur. Pour ce faire, Alou Cissé dit avoir élaboré un projet dénommé : «Sauvons la nature» qui attend d’être financé. Il s’agit d’un appel à un réveil citoyen sur la question des déchets plastiques. Avec des activités artistiques, à travers son Association «Graines de danseur», il voudrait sensibiliser la population afin de mettre en place des alternatives à l’utilisation des plastiques à usage unique. «Nous voulons lancer une opération de ramassage des plastiques qui envahissent nos rues pour les valoriser, aller à la rencontre des habitants afin de leur exposer des solutions écologiques comme alternative à l’utilisation des sachets plastiques », indique Zol. « Nous ne voulons pas que nos animaux meurent davantage à cause de l’ingestion de sacs en plastique. Nous voudrions que nos pêcheurs continuent à pêcher du poisson, pas du plastique. Nous espérons que nos enfants pourront continuer à vivre correctement sur cette Terre», ajoute l’artiste. En attendant le financement de ce projet, Alou Cissé continue de faire tourner les regards sur son passage, alimentant la curiosité de nombreuses personnes. Comprennent-elles, seulement, le sens de son combat et le message qu’il véhicule ? Difficile de répondre par l’affirmative. Par contre, des initiatives de transformation ou de recyclage des sachets plastiques non biodégradables se multiplient à Bamako, la capitale malienne. Ces initiatives visent, globalement, à transformer le plastique, connu comme une source de dégradation de l’environnement en milieu urbain, en «opportunité économique sous la forme d’une entreprise sociale avec une stimulation de l’esprit entrepreneurial» chez les jeunes et les femmes. Il s’agit de fabriquer des pavés avec des sachets en plastique collectés dans nos quartiers par les femmes et les jeunes. La technique est moins coûteuse. Les déchets plastiques sont fondus dans un récipient. «La pâte obtenue est, ensuite, passée à travers un moule pour produire les pavés. Les mêmes déchets plastiques étant utilisés comme combustible, les coûts de production sont considérablement réduits», expliquent les experts. Des projets similaires ont commencé à pousser un peu partout à Bamako. L’ambassade de France au Mali a annoncé une enveloppe financière estimée à 350 millions de Fcfa pour financer 19 associations œuvrant pour la protection et la préservation de l’environnement. Des usines de transformation de déchets plastiques se sont implantées et font vivre des milliers de femmes et jeunes qui récupèrent la matière sur les dépôts et décharges d’ordures pour, ensuite, les revendre aux industriels. La gestion des déchets, notamment plastiques est l’un des défis majeurs auxquels sont confrontées les villes dans les pays en voie de développement comme Bamako, la capitale malienne. La croissance démographique et la diversité des activités socio-économiques ont conduit à cette situation. Conséquences : des tas d’immondices poussent au cœur de nos villes, des caniveaux sont transformés en dépotoirs d’ordures et des déchets brûlés dans les rues. Les eaux emportent ces déchets indestructibles dans les rivières, qui se déversent ensuite dans les fleuves Niger et Sénégal, souillant ainsi la source principale des eaux de consommation. Au Mali, une loi de 2014 interdit la production, l’importation et la commercialisation des sachets plastiques non biodégradables dans le pays. Malgré l’existence de cette disposition, ces matériaux indestructibles, nuisibles pour l’homme et à son environnement continuent de circuler à travers le pays. Ils sont utilisés à des fins multiples. ADS/MD (AMAP)
Abdoulaye dit Allaye : Les Confessions d’un jeune « djihadiste » repenti (2e et dernière partie)
Gao, 25 fév (AMAP) L’opération Barkhane a rencontré, en novembre dernier, au Mali, Abdoulaye dit Allaye, un jeune « djihadiste » repenti qui avait rejoint les groupes armés, dans l’espoir de gagner beaucoup d’argent. Les militaires français, qui ont rencontré le jeune « combattant », par l’intermédiaire des habitants d’un village, ont recueilli son histoire qu’il raconte, volontiers mais non sans remords, afin d’éviter à d’autres de tomber dans le même piège. L’AMAP avait publié la première partie de cette interview dont voici la deuxième et dernière partie. Barkhane : Que font les « djihadistes » de l’argent qu’ils extorquent aux populations comme « zakat » ? Vous le donnent-ils comme frais de transport pour vous rendre dans les villages ? Comment font ils? Abdoulaye dit Allaye : Malgré tout ce temps que j’ai passé avec eux, je n’ai jamais su ce qu’ils font de l’argent collecté. L’argent est pour nos chefs. Nous ne savons pas comment ils l’utilisent. Les chefs sont les seuls à savoir à quelle fin l’argent est utilisé. Nous, nous sommes des enfants. Mais, je sais aussi qu’ils ne donnent pas de l’argent aux gens parce que j’ai parlé avec un ancien. Il y a beaucoup d’enfants, comme moi, que j’ai côtoyés là-bas. De nouvelles recrues m’ont dit que les chefs ne donnent pas de l’argent aux enfants et que même pour manger à faim, c’est compliqué. Les chefs, eux, savent la destination de tout ce que nous collectons et comment il est utilisé. Vraiment, je ne sais pas. Par contre, je sais que ce travail n’est pas bon. Barkhane : Avec cet argent collecté comme « zakat », les « djihadistes » achètent-ils du matériel, des équipements (véhicules, armement et motos) ? A.A : Quand on est nouvellement enrôlé, on ne peut pas avoir d’informations. Parce que les chefs ne nous font pas confiance au début. En outre, ils estiment que nous sommes des enfants. Il y a des personnes qui ont des armes et des motos neuves. A moi-même, ils ont dit que j’aurai une arme. J’ai déserté avant d’obtenir cette arme. Chaque fois, les motos faisaient des allers et retours, de jour comme de nuit. Souvent, il y a de l’animation mais, je n’ai jamais vu de véhicules. Barkhane : Toi et les nouvelles recrues, ils (djihadistes) vous ont-ils donné de nouvelles affaires ou pas ? A.A : De notre arrivée jusqu’à ma fuite, nous n’avions que nos vieilles affaires (habits et objets) qu’on avait apportées avec nous. Nous n’avons jamais changé d’habit. Même pour manger, c’était un problème. Quand aux chefs, ils portent toujours de nouveaux et de beaux habits. Ils roulent sur des motos neuves et ont de nouvelles armes. Ils mangent bien et copieusement. Même s’ils veulent manger de la viande, c’est facile pour eux. Barkhane : Est-ce qu’ils prenaient soin de toi et de tes compagnons ? A.A: Mes compagnons et moi souffrons parce que nous ne mangions pas à notre faim. Pour boire de l’eau, ce n’était pas facile tandis que nos chefs ont de gros bidons d’eau, des téléphones portables pour appeler. Nous, les enfants, nous ne trouvions même pas de l’eau pour faire nos ablutions pour al prière. Nous sommes totalement différents des chefs parce qu’ils ont beaucoup de privilèges. Ils nous ont menti en nous disant que leur lutte a pour but de restaurer l’Islam et le travail pour Dieu. Barkhane : Regrettes-tu d’avoir rejoint leur groupe ? A.A: Aujourd’hui, c’est mon plus grand regret d’avoir intégré leur mouvement. Vous savez, ils ne m’ont pas dit la vérité, parce que le vieux qu’ils ont tué devant mes yeux est un musulman qui vit simplement avec ses troupeaux. Je le connais. Nous sommes du même village. Si je ne fais pas attention, ils vont s’attaquer, un jour, à toute ma famille. Barkhane : Toi qui avais pris les armes pour suivre ces gens-là et, après avoir compris maintenant que c’est un mauvais chemin, que penses-tu, aujourd’hui, dans ta tête ? A.A: Comme je vous le disais dans la première partie de l’interview, je pensais que c’était des pratiquants de l’islam. Lorsqu’ils m’ont donné l’arme, je me sentais fort comme un homme, prêt à aller sur le front pour la cause de l’Islam, dans la voie de Dieu. Mais, au fil du temps, j’ai compris que ces gens-là n’étaient pas de fidèles pratiquants de la religion musulmane. C’est pourquoi, un jour, comme je vous l’ai déjà raconté, au crépuscule, pendant que tout le groupe était profondément dans la prière, je me suis éclipsé. Je suis arrivé dans un village et j’ai demandé mon chemin aux habitants. C’est ainsi que j’ai pu retrouver ma famille. N’empêche, j’ai tué beaucoup de personnes. J’ai fait beaucoup de mal. Je remercie Dieu de m’avoir aidé à quitter ce groupe. Si j’ai un seul conseil à donner aux enfants et même aux autres, tentés par cette aventure, c’est de leur dire de ne pas suivre ces gens-là qui ne sont musulmans que de nom, parce qu’ils ne pratiquent pas l’Islam. Ce sont des mécréants. Interview réalisée par Barkhane
Ténenkou (Centre) frappé de plein fouet par la crise sécuritaire au Mali
Ténenkou, 25 fév (AMAP) Le cercle de Ténenkou (Centre) où des travailleurs humanitaires de l’ONG Médecins sans frontières (MSF-France) ont été enlevés, mardi, par des hommes armés non identifiés, est frappé de plein fouet par la crise sécuritaire qui touche le Mali depuis plusieurs années. Cette insécurité grandissante a eu comme grave conséquence l’absence de l’État sur la majeure partie du territoire du Cercle. Exceptés quelques endroits tenus par des positions des forces de défense et de sécurité, notamment à Ténenkou, Diafarabé, Diondiori et Dioura qui sont des chefs-lieux de commune. Les populations connaissent des fortunes diverses selon qu’elles vivent dans les zones qui échappent au contrôle de l’État ou pas. Dans les zones où les forces de défense et de sécurité ne sont pas présentes, les groupes armés règnent en maîtres. La vie quotidienne de ces populations est réglementée par ces groupes radicaux. Ils tranchent les litiges courants. Plusieurs décisions de justice rendues par les tribunaux antérieurement sont remises en question et rejugées, entraînant des frustrations de part et d’autres. Par ailleurs, les populations qui ne payaient plus d’impôt, notamment la Taxe de développement régional et local (TDRL), depuis le début de la crise, sont assujetties maintenant à la « Zakat ». Pour certains, ce sont les animaux et pour d’autres, c’est du riz et du mil qui leur sont prélevés. L’assujettissement de cette « Zakat » par les populations a même provoqué des remous dans la Commune de Diaka, il ya un mois, entraînant des représailles de la part des chasseurs traditionnels dozo qui avaient interdit aux populations d’obtempérer aux injonctions des groupes armés. En représailles au paiement, plusieurs chefs de villages, dans la Commune de Diaka, notamment de Thial, de Diakolo ont été enlevés par les dozos qui avaient demandé une rançon de plusieurs millions contre leur libération. Cet épisode illustre bien l’écartèlement et l’inconfort des populations qui se trouvent entre le marteau et l’enclume. Le voile noir est obligatoire pour toutes les femmes dans tous les villages du cercle. Le jour de foires à Ténenkou, on peut apercevoir dans tous les véhicules de transport de nombreuses femmes voilées. Ces femmes se débarrassent de leur voile, une fois à l’intérieur de la ville de Ténenkou. Les évènements sociaux comme les Mariages, les baptêmes et les décès sont très encadrés dans les villages. Plus de tapage, de beau monde pendant ces événements. Tout est limité au strict minimum. Trop peu d’invités sont admis à ces regroupements humains. En cette période traditionnelle de mariage, dans plusieurs localités, beaucoup de gens ne peuvent pas se déplacer pour participer aux cérémonies avec leurs parents. Par contre, les populations qui vivent dans les zones où se trouvent les Forces armées maliennes (FAMa) connaissent un certain répit. Les libertés individuelles sont respectées. Malgré tout, beaucoup connaissent des difficultés. Dans les zones où les FAMa sont présentes, les services sociaux de base comme l’école, la santé, l’hydraulique par exemple fonctionnement. Mais, il faut rappeler que les agents de l’État sur place souffrent énormément. Les déplacements sur le terrain ne sont pas possibles à l’intérieur des villages. Pour les agents publics, voyager relève du parcours du combattant et est synonyme, aussi, de risque de se faire enlever. Plusieurs d’entre eux en ont fait les frais depuis 2018, On est sans nouvelles d’eux, depuis lors. Les transporteurs refusent les documents administratifs par peur de représailles. Il faut user de ruses pour les acheminer à la capitale régionale. Le trajet Mopti-Ténenkou, qui fait 125 km, est délaissé par les agents de l’État et et les travailleurs des ONG. Il faut faire le grand tour par Ségou via Mopti. Ce qui fait près de 600km. Conséquence : aujourd’hui, il n’y a qu’un seul véhicule de transport sur la voie Ténenkou-Mopti, alors qu’il y en avait deux auparavant. Pour ceux qui ne sont pas fonctionnaires, les déplacements restent faciles. Par contre, les populations qui, font le sens inverse, pour se rendre dans les zones où les forces de défense sont en poste, connaissent aussi des soucis. Les jours de foires, les entrées des localités sont quadrillées et des fouilles sont opérées sur beaucoup de gens, des vérifications d’identité aussi qui peuvent souvent mal tourner. Des cas de suspicion, à tort ou à raison, sur certaines personnes sont fréquents. Des incidents qui ne favorisent pas la cohésion au sein des populations et n’instaurent pas un climat de confiance entre tous les acteurs sur le terrain. Les populations souffrent énormément de l’absence de l’État. La crise actuelle, qui sévit dans le Cercle risque tout simplement de plomber tous les efforts de développement de la zone qui regorge d’énormes potentialités mais qui est très en retard par rapport au reste du pays. AMAP
Femmes battues, drames familiaux
Par Maïmouna SOW Bamako, 24 fév (AMAP) Beaucoup endurent les coups et les injures, encouragées par la tradition à rester stoïques, afin de récolter les dividendes de la patience notamment au profit des enfants quand ceux-ci grandiront. De plus en plus, il y en a qui osent se confier aux associations de défense des femmes. A l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la femme, dans deux semaines, l’AMAP met en lumière les malheurs de femmes, très souvent, à huis clos dans les demeures. «Si je ne retrouve pas mes 500 francs, je te tue. Nous ne sommes que deux dans la chambre et c’est toi qui as pris cet argent !». Pour la énième fois, Yacou Tangara menace de mort son épouse Rokia. La scène se passe à Sébénicoro, un quartier populeux de Bamako, la capitale malienne. Les colocataires restent sourds aux éclats de voix. Ils ne se mêlent pas à la bagarre qui s’en est suivie. Tangara est passé des injures à l’agression physique contre sa femme qui endure au quotidien ses excès de colère. Badri, leur enfant unique, un garçon âgé seulement de cinq ans, ne pleure plus devant les violences faites à sa mère. Au fil du temps et des coups, la femme a appris à se défendre. Rokia est sortie indemne de cette dernière bagarre parce que son mari vient, à peine, de se relever d’une maladie de plusieurs semaines. Pendant cette période, elle a passé des nuits blanches à veiller sur lui. Elle a même emprunté de l’argent pour payer les ordonnances de son époux et le loyer de leur demeure. «Un jour, elle est venue me supplier de la conduire, avec son mari, chez un guérisseur traditionnel. Pour arriver là-bas, il fallait partir à 5 heures du matin. J’ai accepté parce que je connais l’histoire de Rokia», témoigne un voisin. Apparemment, notre interlocuteur a une dent contre Yacou qui est chauffeur de poids lourd et qui s’absente de la maison, parfois longuement. «Parfois, quand il voyage, sa famille n’a rien à manger. Mais dès qu’il est de retour, il se remet à frapper sa femme pour un rien. Si son portable sonne, il la frappe en l’accusant de recevoir des messages de ses amants et de le tromper en son absence», s’indigne un voisin. TEL PÈRE… – Le comportement violent de Yacou influe négativement sur son fils. Ce dernier se montre très agressif à l’égard de ses camarades d’âge, au point que dans le voisinage, très peu de parents laissent leurs enfants jouer avec lui. Tous se méfient de Badri qui a deux manières de s’en prendre aux enfants : soit il tente de les étrangler, soit il leur lance tout ce qui lui tombe sous la main. En fait, le garçon fait exactement comme son géniteur. Il n’épargne pas sa mère qu’il bombarde d’objets divers quand elle lui fait des remarques déplaisantes. « Le fruit ne tombe jamais loin de l’arbre. Je ne sais que faire de lui. Il va jusqu’à injurier mes parents. Il fait exactement comme son père», soupire Rokia chaque fois que ses voisins se plaignent de l’enfant. Malgré tout ce qu’elle endure, la jeune femme d’une trentaine d’années n’a jamais envisagé d’aller se plaindre à la police. «Je ne le ferai pas. C’est mon mari. Le jour où j’en aurai marre, je m’en irai», lance-t-elle. Quand Yacou n’est pas en voyage, un groupe de chauffeurs et d’apprentis viennent régulièrement chez lui à la maison. C’est là que son fils apprend les grossièretés. Rokia a finalement décidé de se battre pour sortir son foyer de la spirale de la violence. «J’ai connu mon mari il y a huit ans, et il n’était pas l’homme qu’il est devenu. Il n’était pas violent. Son nouveau comportement découle des difficultés financière et sanitaire qu’il endure», explique-t-elle. «La patience est une qualité, mais elle court beaucoup de dangers et subit trop d’humiliations en restant près de ce mari», déplore sa voisine, Awa. Toutefois, Rokia ne se voile pas la face. Il y a 3 mois, elle a commencé à vendre du charbon de bois. « Les choses vont un peu mieux parce que je constate une diminution des penchants violents de mon mari», confesse-t-elle. Même si elle garde toujours en mémoire certains épisodes désagréables de sa vie. «Un jour, mon mari m’a traitée de pétasse parce qu’un numéro inconnu m’avait appelée. Il m’accusait de le tromper parce qu’il était malade, qu’il ne pouvait pas travailler et ne gagnait plus d’argent», confie-t-elle. Mais Rokia ne désespère pas. Aujourd’hui, en dehors du commerce de charbon, elle mène d’autres activités. Son cadre de vie s’améliore et le mari devient moins violent. BARAKA – Chaque début de semaine, l’Association pour le progrès et la défense des femmes maliennes (APDF) reçoit les victimes des Violences basées sur le genre (VBG). Ce 17 janvier 2021, elles sont cinq à attendre la présidente de l’Association. Kandia, une charmante dame au teint noir, affirme que les VBG font partie de son quotidien depuis plus d’une décennie. Les injures versées sur elle et ses parents, les coups de poing n’étonnent plus le voisinage. «Mes enfants ont grandi dans cette atmosphère. Maintenant, c’est le tout dernier qui s’interpose entre nous, quand mon mari commence», regrette celle qui ne se plaint plus chez ses parents, car sa famille paternelle, très conservatrice, tient au respect de certaines coutumes et prône la patience sur les aspects négatifs au sein du ménage. «Supporte avec dignité les caprices de ton conjoint, c’est le prix à payer pour la baraka, la force qui fera que tes enfants réussissent », conseille la mère de la dame. Kandia, âgée de 34 ans, affirme que son mari a épousé cinq autres femmes qui ont, toutes, fini par divorcer. Sa belle-famille lui en veut pour cela, estimant qu’elle a envouté son mari. «C’est le caractère de l’homme qui fait fuir les femmes», soutient-elle. Après 18 ans de mariage, Kandia se souvient qu’au début de leur vie commune, tout allait bien. «Aujourd’hui, mon
Devant le CNT : Les précisions du Premier ministre sur les questions de Défense, Sécurité, Politique et Élections
Par Issa DEMBÉLÉ Bamako, 23 fév (AMAP) De la relecture de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale au dialogue avec les groupes terroristes, en passant par la dissolution des milices et le processus de Démobilisation, désarmement réinsertion (DDR)… la question sécuritaire a drainé un flot d’interrogations sur les actions annoncées dans le Plan d’action du gouvernement (PAG). Le sujet est d’autant plus une préoccupation générale que le Premier ministre y a consacré le premier axe du Plan, dans lequel il esquisse sa stratégie en termes d’actions prioritaires ayant notamment trait à l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. Jusque-là poussif dans son application, cet Accord devra être revu. Le principe de relecture est désormais acquis, il ne reste plus qu’à déterminer les dispositions à relire. À cet égard, le PAG, présenté par le chef du gouvernement, est moins explicite. Plusieurs membres du CNT, notamment Hamidou Traoré et Aboubacar Sidiki Fomba ont donc souhaité avoir plus de précisions. En réponse, Moctar Ouane a juste dit que les concertations à propos de cette relecture sont en cours, sous l’égide du ministère en charge de la Réconciliation. Signe positif : «Toutes les parties sont d’accord pour envisager cette relecture qui sera l’occasion de mettre sur la table toutes les difficultés et de trouver les solutions pour aller de l’avant», a-t-il souligné. Des débats, il est ressorti le besoin de communiquer davantage sur l’Accord pour une meilleure appropriation par les populations. Surtout qu’il mentionne des concepts dont nombre de Maliens n’arrivent pas à cerner les implications. En atteste la question posée par Dina Dolo sur la «différence entre l’Armée républicaine et l’Armée reconstituée, et entre la police territoriale et la police nationale ». Expliquant l’articulation entre ces polices, le Premier ministre a tenu à préciser que la police territoriale tire son fondement des textes de base de la décentralisation. Il s’agit d’une police qui, sans préjudice de la compétence générale de la police nationale et des autres forces de sécurité, sera chargée de l’exécution de mesures de police des organes délibérants des collectivités. Par ailleurs, en réponse à une question posée par Salif Doumbia sur le démarrage des patrouilles de l’Armée reconstituée au Nord, le Premier ministre a rappelé que les premières unités sont, depuis mars 2020, à Gao, Tombouctou, Kidal et Ménaka. Et de confier que le dernier réglage politique est en cours pour que ces unités puissent débuter incessamment les opérations. RECRUTEMENT MILITAIRE – Le chemin de la paix passera aussi par la résolution de l’équation des groupes d’autodéfense. Moctar Ouane se propose d’accélérer le processus de DDR et en procédant à une dissolution effective de toutes les milices. Une tâche qui s’annonce ardue. Pessimiste, Sidi Soumaoro a estimé que ce serait «utopique de penser pouvoir le faire en si peu de temps et avec peu de moyens». «Chaque village de Mopti en possède», a aussi fait remarquer Amadou Keïta. Pourtant, le Premier ministre croit en la capacité du gouvernement pour résoudre cette équation, de façon pédagogique et pragmatique. Pour y arriver, Moctar Ouane s’appuiera sur la stratégie de stabilisation des régions du Centre, envisagée par le cadre politique de gestion de la crise au Centre et le Programme de réduction de la violence communautaire. Son approche est axée sur le DDR. Selon le chef du gouvernement, une opération de DDR spécial a déjà permis de recenser 8.500 éléments des groupes d’autodéfense et des groupes signataires de l’Accord dans les Régions de Mopti et de Ségou. Aussi, a-t-il ajouté, les forces armées envisagent un recrutement massif spécial parmi les éléments des groupes armés et autres personnes détentrices d’armes de guerre. L’intégration des ex-combattants sera effectuée selon les règles connues en la matière. De façon globale, le gouvernement est résolument engagé sur le front de la sécurisation des personnes et de leurs biens. Il a, selon le Premier ministre, entrepris des démarches pour l’élaboration d’une politique de sécurité nationale, à l’instar du livre blanc sur la défense et la sécurité. Ce document sera présenté au CNT dans les meilleurs délais. Le chef du gouvernement a aussi annoncé le recrutement de 25.000 militaires pour renforcer la sécurité sur l’ensemble du territoire. Parallèlement à l’intensification de l’action militaire, les efforts continuent en vue d’identifier les voies et moyens susceptibles d’instaurer un dialogue fécond avec les groupes terroristes. Mais, prévient Moctar Ouane, le « dialogue à lui-même ne constitue pas une panacée». Il est surtout perçu comme une opportunité d’engager des discussions avec tous les «groupes de tous les espaces concernés afin que l’on puisse parvenir à un nouveau mode de gouvernance». C’est dire que ce dialogue sera engagé dans un cadre élargi. «Il ne s’agit pas d’engager des discussions avec tel ou tel leader, mais de faire en sorte qu’il y ait de vastes discussions impliquant toutes les communautés vivant dans ces localités pour que l’on puisse redéfinir le mode de gouvernance », a-t-il insisté. Et d’indiquer que c’est justement dans le prolongement de ce dialogue que le gouvernement envisage d’élaborer « une stratégie nationale de dialogue et de déradicalisation ». Il a, également, été question des reformes politiques et institutionnelles. Sur ce chapitre, le Premier ministre a assuré qu’elles seront menées en concertation étroite avec les partis politiques et la société civile. Un processus déjà en marche, car Moctar Ouane a lui-même récemment rencontré les acteurs politiques pour dessiner les contours d’un cadre formel de concertation. Et au sein de ce cadre, qui sera bientôt mis en place, tous les aspects des réformes seront abordés, y compris celui relatif à la création d’un organe unique de gestion des élections. Mais déjà, le chef du gouvernement a estimé, au regard du temps imparti, qu’il serait plus judicieux de perfectionner le dispositif actuel. ID (AMAP)
Mine d’or de Sadiola : Visite du ministre malien des Mines et son homologue d’Ethiopie
Envoyé spécial Babba B. COULIBALY Bamako, 22 fév (AMAP) «Le nombre d’expatriés dans l’organigramme de la direction générale tourne au tour de 30 à 35%. Ce chiffre me semble élevé. Nous n’accepterons pas que des mines en exploitation, depuis une trentaine d’années, continuent d’employer un nombre élevé de personnel non malien », a dit le ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau, Lamine Seydou Traoré, qui souhaite que la mine recrute plus de travailleurs nationaux. M. Traoré intervenait, mardi, à la Société d’exploitation des mines d’Or de Sadiola (Semos S.A) où il a accompagné la ministre d’Etat, ministre des Mines et du Pétrole d’Ethiopie, Mme Semegne Wube, venue visiter cette mine reprise en décembre 2020 par la société «Allied Gold» qui opère également en Ethiopie. « J’ose espérer que c’est juste en tant que nouveau repreneur que ces gens sont envoyés pour s’assurer que les travailleurs locaux, qui étaient là dans le temps, ont une maitrise parfaite de la situation. Si ce n’est pas le cas, en tant qu’actionnaire (l’Etat est propriétaire de 20% des actions), nous verrons avec eux comment mettre en place un pacte d’actionnaires qui régule tout cela», a déclaré le ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau. Le ministre Traoré a apprécié l’état de mise en œuvre des innovations induites par le Code minier de 2019 et s’est imprégnédu rythme d’implantation du nouvel acquéreur de la mine de Sadiola. Situé à 80 km de Kayes, la mine de Sadiola opère à ciel ouvert. La première étape de la visite a concerné la carrière principale. Elle contient 4 millions de m3 d’eau de pluie et souterraine. Leur pompage pourrait durer deux ans. La partie la plus profonde mesure 270 m en dessous du niveau zéro de la mer. Elle sera exploitée durant 12 ans pour atteindre une profondeur de 500 m depuis la surface de la terre. Selon Amadou Diarra, géologue à la mine de Sadiola qui guidait la visite, cette mine était en abandon depuis plus de 10 ans. Les raisons de cet arrêt étaient d’ordre économique et technique. «Les minerais à exploiter contiennent du sulfuré dont l’exploitation demande une technique spécifique de traitement. « La carrière sera rouverte, creusée, excavée pour accéder à l’or. Les études d’exploration réalisées ont montré qu’elle contient près 4 millions d’onces d’or. Pour atteindre le minerai, un autre projet a été mis en place. Il est en train de voir le jour», a expliqué le géologue. En attendant, les efforts étaient concentrés sur le traitement du minerai oxydé, «très facile à traiter et moins couteux en termes d’investissement», a précisé le spécialiste. «Nous avons maintenant atteint le sulfuré. Son traitement exige des techniques appropriées inexistantes à l’usine de Sadiola. Il fallait faire un autre projet pour construire une nouvelle usine pour pouvoir exploiter le minerai et l’acheminer à l’usine», a détaillé le géologue, interrogé sur le site. Ce préalable réalisé, la production reprendra. Car il était nécessaire de reprendre l’activité minière, a confirmé le directeur général de la Société d’exploitation de Semos-SA. André Straydom a rêvélé qu’il est prévu la production de 130.000 onces (environ 3,7 tonnes d’or) au titre de 2021. «Avec la construction de la nouvelle usine de traitement des minerais sulfurés, il est possible de produire plus de 300.000 onces (plus 8,5 tonnes d’or) par an», a ajouté l’administrateur général. La ministre d’Etat, ministre des Mines et du Pétrole de l’Ethiopie a dévoilé ses attentes au terme de ce périple. «Il n’y a pas de mines industrielles en Ethiopie. La production est artisanale. En plus du partage d’expériences, cette visite a consisté à faire en sorte qu’Allied Gold, qui est en phase d’exploration en Ethiopie, puisse arriver à construire une mine industrielle profitable à notre pays», a expliqué Mme Semegne Wube. La seconde phase de la visite a conduit la délégation ministérielle à l’usine de traitement des minerais où les hôtes ont visité la salle de contrôle. Avant de regagner Bamako, la mission a rendu une visite de courtoisie aux autorités traditionnelles de Sadiola. BBC/MD (AMAP)

