Société sénoufo : Plongée dans le tréfonds culturel et mystique
Par Fousseyni DIABATE Bamako, 07 Nov (AMAP) Les Sénoufos peuplent le Sud du Mali, le Nord de la Côte d’Ivoire et le Sud Ouest du Burkina Faso. Ils ont en partage avec d’autres ethnies des sociétés d’initiation qui préparent les jeunes à la vie d’adulte. Dans une société sans écriture et sans caste, il est très difficile de fixer avec précision les origines et l’analyse de certaines situations. Les enseignements sont transmis de générations en générations, de familles en familles. Les Sénoufos occupent le nord de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso et le sud du Mali. Ils ont en commun des valeurs culturelles et sociétales. Pour s’identifier, les premiers Sénoufos avaient tracé sur chacune de leurs tempes trois traits horizontaux ou scarifications appelés communément balafres. Tous les senoufos ont pour emblème le calao qui est le signe de la fécondité des hommes et de la terre, nous enseigne le traditionnaliste Tiémoko André Sanogo, le chef des Koreduga de la région. Les Sénoufos de Sikasso ont migré vers Kong et Korogho en Côte d’Ivoire, et vers Banfora au Burkina Faso. C’est une ethnie qui n’a pas connu la division sociale du travail et donc pas de système de classes sociales. Ce qui fait que l’on ne rencontre pas de caste chez eux. Ils ont en partage avec d’autres ethnies de notre pays des sociétés d’initiation comme : le Komo, le Konon, le Nya, le Namakoro, le Korè, le Ciwara et le Poro. Elles constituent de véritables écoles de la vie de 7 à 77 ans. Le Poro est une société traditionnelle sécrète d’initiation chez les senoufos. Il constitue une véritable école de formation et d’apprentissage, préparant le jeune senoufo à toutes les épreuves de la vie adulte. L’initiation, faite par ordre de classe d’âge, a lieu dans les bois sacrés. Au cours de cette initiation, nous révèle le directeur du musée régional de Sikasso Mando Goïta, on enseigne aux générations montantes, des connaissances scientifiques comme celles liées aux plantes, aux techniques de la chasse et de la guerre. Ils apprennent aussi l’éducation civique et la morale notamment le respect de la hiérarchie, l’honneur et l’amour de la patrie, le respect de la personne humaine, des ancêtres ABONDANCE ET FÉCONDITÉ– Au sortir de l’initiation du Poro dont le fondement ne doit jamais être divulgué aux non-initiés, le jeune senoufo intègre la génération des adultes et devient ainsi un homme accompli. La portée sociale de toutes ces sociétés est la culture de la paix, de l’entraide et de la cohésion. Quant à la société d’initiation Komo que plusieurs ethnies ont en partage, elle se caractérise par son masque appelé « tête de Komo » généralement effrayant qui apparaît lors des fêtes annuelles. Le scénario initiatique est mis en œuvre autour du masque et l’initiation consiste à tester l’état psychologique de l’individu qui doit acquérir les connaissances de l’univers. C’est un moule pour « fabriquer » la conscience psychologique de chaque membre de la société. Chaque société d’initiation en milieu senoufo marque une étape précise de la vie de l’individu. Ainsi, le Nya est également un culte communautaire, symbole de puissance, d’abondance et de fécondité, selon le directeur du musée régional de Sikasso. Le terme Nya désigne une puissance religieuse précise dont le pouvoir est lié à des objets fabriqués qui doivent être nourris par le sang des animaux sacrifiés. En milieu senoufo, plusieurs femmes en quête d’enfant, se confient au Nya, symbole de la fécondité et sont le plus souvent satisfaites. Selon Mando Goïta, cette dernière ne s’occupe pas de formation comme le Poro, mais plutôt de la sécurisation des personnes et de leurs biens et favorise la procréation et proscrit le vol. Le Korè est également une société d’initiation qu’on retrouve dans plusieurs sociétés de notre pays. Partout où le Korè existait, tous les garçons devaient être initiés selon un cycle septennal. Le Korè qui est animé par les Korèduga, est le stade ultime d’un véritable cursus éducatif qui visait à construire au niveau du sujet et du groupe, l’identité masculine. Pour le chef des Korèduga de la Région de Sikasso Tiémoko André Sanogo, il assurait la police dans le village, interdisait les mauvais comportements pouvant nuire à la cohésion et au bien-être et protégeaient les populations contre les envoûtements, la sorcellerie et la violence. Selon lui, il existe 6 divinités en milieu traditionnel qui contribuent chacune à la régulation et à la protection de la société et des populations. FD (AMAP)
Bambouck : Les mystères de Diakhaba
Par Bandé Moussa SISSOKO Bamako, 07 Nov (AMAP) L’inscription de Diakhaba (Commune de Bamafélé, Cercle de Bafoulabé) au patrimoine culturel national et mondial est une préoccupation majeure de ses habitants et des autorités administratives et politiques. Ce village aurait été fondé en 1059 par Salim Souaré, de retour de son dernier pèlerinage à La Mecque, pour servir de point de départ à la promotion de l’islam en Afrique de l’Ouest. Situé entre le village de Kala et le fleuve Bafing, en aval de Manantali, Diakhaba a joué un rôle de premier plan dans l’islamisation des peuples d’Afrique de l’Ouest. Jadis habité par les Dabo (cousins des Sissoko et des Souaré), cette localité est, pour les pays du Sud du Sahara, ce que représente la ville sainte de Tombouctou pour les Régions dans le Nord du Mali. Ces deux localités ont quelque chose d’insaisissable, de divin et doivent leur réputation à des grands marabouts qui ont inscrit leur nom dans les annales de la théologie. Salim Souaré, appelé affectueusement « Mbemba Laye » par les Malinkés des Cercles de Bafoulabé et de Kéniéba, a effectué sept fois le pèlerinage à La Mecque, en compagnie de milliers de fidèles. Formateur d’El Hadji Mahmoud Bagayogo, qui est le fondateur de l’Université Sankoré de Tombouctou, Mbemba Laye était de passage à Tombouctou. Lorsqu’il s’apprêtait à quitter cette ville sainte pour Diakhaba, un village qui n’existait pas à l’époque, les Tombouctiens lui auraient demandé d’attendre le retour des jeunes partis faire des courses afin de lui faire un cadeau digne de son rang. L’hôte leur aurait expliqué qu’ils pouvaient, le moment venu, jeter le paquet dans le fleuve, en formulant l’intention qu’il lui soit remis. Plus tard, vers 16 heures, devant la mosquée de Diakhaba, El Hadji Salim Souaré demanda à son cousin Mahamadou Dramé dit Draméba (grand Dramé) de l’accompagner au fleuve. Sur place, un poisson surgit de l’eau pour vomir un paquet contenant des objets de valeur et une correspondance venant de Tombouctou. D’après les notables et les griots du village, El hadji Salim Souaré est présenté comme l’un des descendants de Kaya Magan Cissé, empereur du Ghana, avant la prise de Koumbi Saleh par les Almoravides. Youssouf Cissé fut parmi les hommes qui ont enseigné l’islam dans l’ancien Wagadou. La mère de Youssouf est Fatoumata, une fille du roi Kaya Magan Cissé. Mbemba Laye, fils de Youssouf Cissé et d’Aïssatou Soudourou, a hérité du nom de famille Cissé de sa mère par le fait d’appartenir à la classe noble. Salim Souaré serait né vers l’an 172 de l’Hégire (794 du calendrier grégorien) à Djimbanladia dans l’actuel Macina. Il quitta ce village, à l’âge de 12 ans avec son père, pour le Diafounou où il a appris le Coran. Pour approfondir ses connaissances en islam, Mbemba Laye quitta le Diafounou pour l’égypte, puis l’Irak et l’Espagne, un voyage qui aurait duré 36 ans. De retour à Macina, Salim Souaré n’y retrouva que sa mère car son père était décédé quelques années auparavant. L’homme décida alors d’aller à Kingui, village d’origine de sa mère. Il y retrouva plusieurs cousins dont les mères étaient les trois sœurs de sa mère (Fatoumata, Aminata et Djénéba). Le fils de Youssouf Cissé s’est fait accompagner de certains de ses cousins, ainsi que des Fadiga, des Fofana, des Dramé pour rejoindre le Diafounou d’où il partira, plus tard, pour son premier pèlerinage à La Mecque, vers l’an 247 de l’Hégire, en compagnie de ses amis parmi lesquels El Hadji Mahamadou Diané de Manfara (Guinée), Mahmoud Bagayoko de Tombouctou, Boubacar Traoré de Diakhaba, Oumar Fofana de Mafourento (Mandé) et Yahya Tounkara de Samatiguila (Côte d’Ivoire). Après son 7e pèlerinage, une voix aurait retenti de la Kaaba ou d’Arafat ou de Koumbi Saleh pour annoncer que le pèlerinage de celui qui monte sur un cheval tacheté « si ware (en langue nationale Soninké) » a été accepté par le Seigneur. Il s’agissait de Salim Cissé de Djenné, qui par déformation deviendra El Hadji Salim Souaré de Bamboukhou Diakha. ARBRE PROTECTEUR- Ce pèlerin vit en songe le prophète Mahomet (PSL) qui lui ordonna de retourner dans son pays natal pour l’islamisation de sa contrée. Pour ce faire, il reçut des mains du Khalife de La Mecque trois choses dont un exemplaire complet du Coran écrit sur parchemin. Le second cadeau est une canne qui devait le conduire de son lieu de résidence habituelle (Djenné) à son site d’installation définitive. Cette canne devait lui parler et lui indiquer ce fameux lieu. Le prophète aurait, aussi, demandé à un arbre « souroudjouwo (en langue nationale Malinké) » d’accompagner Salim et de le protéger contre les intempéries, tout au long de son trajet. D’après les récits, il voyageait avec plus de 1.000 hommes et femmes dont les patronymes correspondaient à ceux des 70 grandes familles Diakhanké (habitant de Diakha). Après avoir parcouru 39 sites, le sage Souaré s’arrêta à Koléla, village à 45 km, en aval de Manantali, sur la rive droite du fleuve Bafing. C’est Koléla que la canne sacrée aurait désigné comme le lieu d’habitation de El Hadji Salim Souaré qui se serait exclamé: « diakha diakha ya nemou ! (c’est donc ici !) » C’est ainsi que Koléla est devenu, par la suite Diakhaba (mère de Diakha) et ses habitants s’appelèrent « Diakhango (les habitants de Diakha en Malinké) ». Koléla, alors habité par des animistes, sous la chefferie Sanoukegni, ancêtre des Dabo vivant d’agriculture, était touchée, chaque année, par des incendies, consumant l’essentiel de leurs récoltes, les exposant à une famine atroce. La chefferie du village demanda à Salim Souaré de faire des bénédictions pour le village. Ce qui fut fait, mais à condition que Koléla soit transféré de la rive droite à la rive gauche du fleuve. Car le pieu musulman ne voulait pas travailler dans un village animiste car l’adoration des fétiches allait à l’encontre de sa religion. Quand Dabo est parti, 33 de ses 40 enfants sont morts, de façon mystérieuse, et il n’a eu son salut qu’après
Baba Salah: Le guitare héros revient avec l’album « Maliba »
Par Youssouf DOUMBIA Bamako, 07 Nov (AMAP) Dans son sixième opus, l’ancien soliste d’Oumou Sangaré propose dix titres. Il a choisi de rendre l’album disponible, uniquement, en téléchargement sur les sites de streaming. Un procédé qui a été édicté par la situation de crise. C’est par un poste presque anodin, le 23 septembre dernier, sur les réseaux sociaux, qu’il a annoncé la sortie de son nouvel album. Intitulé Maliba, les dix titres de cet album sont disponibles uniquement en téléchargement sur différents sites de streaming. Sans donner de chiffres exacts, il affirme avoir déjà vendu plusieurs milliers d’exemplaires dans des pays comme la France, les États-Unis d’Amérique, le Ghana, le Gabon, la Côte d’Ivoire et un peu au Mali. L’auteur de cet exploit fait partie du Gotha de la musique malienne, il s’appelle Baba Salah. Il s’agit du sixième album de ce jeune artiste, auteur compositeur, interprète et instrumentiste. Il s’est fait connaître d’abord comme soliste de la grande vedette du Wassouloun Oumou Sangaré, avant de prendre son envol à travers un premier album à succès « Gao » en 2003. « C’est à cause des crises socio-politiques et de la pandémie du coronavirus que j’ai décidé de faire cette sortie », explique-t-il de manière laconique. En insistant, il lâche : « nous ne voulions pas laissé passer la date symbolique du 60ème anniversaire de l’indépendance de notre pays, le 22 septembre 2020, sinon les réalités du moment ne se prêtent à cela. » Des concerts et autres évènements médiatiques sont prévus quand le pays sera un peu plus calme, ajoute notre interlocuteur. Baba Salah est à la fois un guitariste de charme, une star de la musique malienne et un homme timide, mais surtout très épris de son de pays. Ce sixième album est donc la manifestation d’un travail acharné et entièrement dédié à la paix et à la cohésion du Mali. Ce songhoï bon teint a décidé de donner un nom en bamanan à son opus, car dit-il, « vous ne pouvez pas prêcher la solidarité, la paix et la cohésion dans un pays et continuer à vous exprime uniquement dans votre langue maternelle. Il faut que la majorité de vos compatriotes puisse recevoir votre message ». En fait, explique-t-il, il ne s’est pas levé un jour pour faire un album. Il a composé les différents morceaux au fil du temps et de son inspiration depuis 2015. Chacun des morceaux a été fait en solo. Ainsi, les dix titres sont : Allahidou ; Basse Terey ; Dangay ; Haïra ; Djiri Merdié ; Maliba ; Mimanda ; Naaba ; Tamala ; Wayaye. Le cinquième titre « Djiri Merdié » est sans doute le plus connu, car il fut chanté en solo en 1970 par la grande cantatrice Fissa Maïga de la troupe de Gao lors de la Biennale artistique et culturelle de la jeunesse du Mali. Il s’agit donc d’une reprise en featuring entre Baba Salah et Fissa Maïga, qui a gardé sa belle voix. Cette chanson évoque la grande sècheresse que notre pays a connue durant ces années. La rareté de la pluie, la désertification. Face à cette dure adversité climatique, Fissa encourageait les hommes à redoubler d’effort. Quant au rythme, Baba Salah utilise l’afrobeat qui est dansant afin d’attirer l’attention d’un public plus jeune. L’ORDRE ET LA DISCIPLINE- Le second titre qui est aussi plus connu est Taamala, une vieille chanson en hommage au roi de Gao Soni Ali Ber (1364 – 1492). Reconnu comme étant l’un des rois qui a beaucoup fait pour Gao, il faisait régner l’ordre et la discipline dans tout le royaume. Il faisait beaucoup de prisonniers. Les griots chantaient pour le supplier d’amnistier ses captifs. En sonrhaï, Taamala signifie pitié, en retour ces derniers s’engageaient à la discipline et au travail bien fait. Cette chanson est devenue au fil du temps, les louanges des familles Maïga qui sont les descendants de Soni Ali Ber. Là également, avec son orchestre, l’artiste a préféré un rythme plus dansant qu’est le funky. Gao représente ainsi un pan important de l’histoire de notre pays qui connaît depuis 2012 une des plus graves crises de son existence. Ce qui a conduit à la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation en 2015. Cet important événement a inspiré l’artiste à travers le titre Maliba. Ce titre éponyme de l’album est chanté en français. Un titre chanté aussi en featuring avec Haïra Arby, la grande voix de Tombouctou qui est décédée peu après. Baba Salah a invité la Tomboctienne, dit-il, afin de porter le message pour cette autre partie du Nord de notre pays. Cet Accord n’était pas scrupuleusement respecté par tous les groupes signataires. Pour lui, il ne suffisait pas seulement de signer, il faut avoir la paix dans son cœur afin qu’elle se matérialise. Allahidou, signifie l’engagement, la parole donnée. Dans ce morceau, Baba Salah dénonce les élus de notre pays et du continent africain en général qui ne respectent pas les promesses faites durant les campagnes électorales. Dans ces conditions, estime-t-il, la démocratie ne pourrait s’incruster durablement dans nos sociétés. Dans cette chanson, il dit: « nous avons plein de soleil, chez nous, mais nous restons dans l’obscurité, malgré les deux grands fleuves qui irriguent notre pays, il y a beaucoup de zones où les gens meurent de soif ». Comment comprendre qu’en plein 21ème siècle, les centres de santé et les écoles sont encore rares. « Nous avons décidé de dénoncer ces problèmes dans l’espoir d’être entendu par qui de droit », explique notre interlocuteur. Quant à Dangay, c’est le morceau qui lui permet de mettre le doigt sur les réalités de la rébellion. Dire que l’indépendance ou l’autonomie permet de régler les problèmes du Nord, c’est un leurre, car personne n’a intérêt au morcèlement du pays. Autant le Nord a besoin du Sud, autant toutes ces deux parties ont besoin du Centre et vice-versa. L’origine du cousinage à plaisanterie, un lien très fort, entre Dogon et Sonhraï est aussi mise en
Gao : Formation de maçons pour un Projet de réhabilitation du tombeau des Askia
Gao, 2 Nov (AMAP) Plus d’une quinzaine de maîtres maçons et chefs maçons traditionnels de la ville de Gao ont été formés, durant une semaine, sur les techniques de conservation de monument historique, dans le cadre d’un projet de réhabilitation du Tombeau des Askia et de la cour de ce patrimoine culturel bâti en terre L’objectif de la formation dont le thème est la « mise à jour des méthodes, savoirs et savoir-faire technique de la maçonnerie traditionnelle » était de former les maçons sur les techniques de réhabilitation et de restauration du monument historique et de s’inspirer du document illustré contenant les spécifications et dosages essentiels, élaboré dans le cadre du programme de reconstruction du patrimoine culturel bâti des régions du nord (Tombouctou et Gao). Durant la formation, les deux architectes et formateurs, Hamidou Diallo et Abdoulaye Cissé ont développé les bonnes pratiques dans le domaine de la maçonnerie traditionnelle. Il s’agit de la conservation physique des bâtiments, l’amélioration du confort d’usage, la restauration de l’intégrité des composantes du bien, la valorisation des savoirs et du savoir-faire et la promotion des valeurs du bien. Le lancement des travaux était présidé par le conseiller spécial du gouverneur de Gao, Diabri Abdoulaye, en présence du chef de la Mission culturelle de Gao, Mamadou Samaké, et du directeur régional de la Culture, Abdoulaye Bocoum. Le représentant de l’Exécutif régional, Diabri Abdoulaye Maiga, a salué l’initiative de la réhabilitation du tombeau des Askia qui, selon lui, est un symbole de la culture songhoy et un monument historique du Mali, voire mondial, qui est menacé par les intempéries. AT/MD (AMAP)
Violences basées sur le genre : Une série télévisée en cours de tournage
Bamako, 5 Oct (AMAP) Le premier coup de clap, pour l’étape de Bamako, au Mali, d’un vaste programme de sensibilisation, à travers le tournage d’une série télévisée sur les Violences basées sur le genre (VBG), a été donné, jeudi dernier, à Sénou, dans la capitale malienne. C’est sous une fine pluie que la 37è séquence de cette série télévisée a été lancée devant les acteurs et partenaires du programme d’élimination des VBG. La séquence a permis aux bailleurs de fonds de comprendre le contenu du film et son influence sur la population, notamment à travers le rôle d’une jeune fille, victime de violences au sein de son établissement, un petit moment plein de sens et d’émotion. Le tournage de la série télévisée concerne Koulikoro, Kayes Sikasso, Ségou et Bamako. Il a commencé le 18 juillet dernier, à Kolokani (Koulikoro), avant de se poursuivre dans les trois autres régions. Ce programme, intitulé «Initiative Spotlight, a été lancé en décembre, dans le cadre d’un partenariat mondial visant à éradiquer toutes les formes de violences envers les femmes et les filles, se déroule au Mali, en partenariat avec l’Union européenne (UE) et l’Organisation des Nations unies (ONU). Dans son intervention, le secrétaire général du ministère en charge de la Promotion de la Femme, Chiaka Magassa, qui a présidé la cérémonie, a réitéré l’engagement des autorités à lutter contre les VBG. Il a, surtout, apprécié les actions des partenaires techniques et financiers dans la mise en œuvre de ce programme. Il a invité tous à œuvrer pour gagner le pari de l’élimination des VBG. Pour sa part, le chef de coopération de la délégation de l’UE, Géza Ghammer, a salué l’initiative et l’engagement de tous pour la lutte contre ce fléau, avant d’inviter les femmes et les jeunes filles à s’impliquer dans cette démarche. Selon lui, malgré l’engagement de l’Etat et des partenaires, les violences contre les femmes et les jeunes filles restent un souci majeur. Le coordinateur par intérim du Système des Nations unies, Dr Jean Pierre Baptiste, a rendu un vibrant hommage à tous ceux qui sont impliqués dans la lutte contre les VBG. Citant les résultats de l’Enquête nationale démocratique et de santé du Mali (EDSM 2018), il a indiqué que la violence physique ou sexuelle touche une femme sur deux, soit 49% dans la tranche d’âge de 30-39 ans. Près de quatre femmes sur dix, soit 38%, ont subi des violences physiques depuis à l’âge de 15 ans. Parmi ces femmes victimes, 44% ont subi des violences physiques, sexuelles ou émotionnelles de la part de leur mari actuel ou le plus récent. Ces statistiques, qui font froid dans le dos, interpellent, surtout, la conscience collective à agir pour circonscrire le phénomène. Le directeur de l’Agence nationale de communication pour le développement (ANCD), Amadou Ombotimbé, a expliqué les différentes phases de la réalisation de la série télévisée et souligné les difficultés du tournage dans les capitales régionales, en cette période d’hivernage. « Parfois, il nous est arrivé de faire 5 jours sans tournage dans les régions », a-t-il relevé. Quant au maire de Sénou, il a exprimé sa satisfaction pour la réalisation de cette série qui sera un support de communication et de sensibilisation pour les populations. La réalisation de cette série télévisée sur le VBG a été confiée à l’ANCD et Torche communication. AS/MD (AMAP)
Affaire Sidiki Diabaté : Le buzz
Par Youssouf DOUMBIA Bamako, 1er oct (AMAP) D’abord des rumeurs et ensuite soupçons. L’affaire Sidiki Diabaté et Mariam Sow, dite Mamasita, n’en finit pas de défrayer la chronique depuis bientôt trois semaines. Interpellé par la police, le lundi 21 septembre, l’artiste a été présenté, jeudi 24 septembre, devant un juge d’instruction du Tribunal de Grande instance qui l’a, aussitôt, inculpé de violences, coups et blessures, entre autres… Il est assisté par un collectif d’avocats dont Me Seydou Badian Kéïta qui gère, habituellement, ses intérêts et Me Cheick Oumar Konaré commis par le Bureau malien des droits d’auteur (BUMDA). Cet organisme public représente les intérêts matériels et moraux des artistes et autres créateurs. Pour le moment, le tribunal se refuse à tout commentaire étant donné que l’affaire est en instruction. C’est sans doute l’affaire qui aura fait couler beaucoup d’encre et de salives, ces derniers temps. En effet, en plus des professionnels de la presse, de nombreux artistes connus moins connus, des parents et amis des deux parties ont pris d’assaut la toile pour s’exprimer sur cette affaire. De nombreuses femmes ou associations qui luttent contre les violences faites aux femmes sont vent debout. Une grande marche de soutien à «toutes les victimes de violences faites aux femmes» a réuni plusieurs dizaines de femmes et d’hommes, samedi dernier, à Bamako. La marche s’est déroulée sur le boulevard de l’indépendance, pour prendre fin au Centre Aoua Kéïta. De l’autre côté, les fans de Sidiki Diabaté se sont mobilisés en grand nombre, d’abord, devant le tribunal de la Commune III le jour de sa comparution. Ils demandaient la libération pure et simple de l’artiste. Ils sont restés jusqu’au petit soir, obligeant la police à faire usage de grenades lacrymogènes pour les disperser. Sur les réseaux sociaux, en plus des nombreuses vidéos de soutien, un collectif a déjà été mis en place, constitué notamment d’artistes, dans le but, disent les organisateurs, « d’aider Sidiki à s’en sortir ». Prudents, ils ne veulent pas mettre de l’huile le feu et appellent les uns et les autres à s’abstenir d’actions et de propos qui pourraient envenimer la situation. L’artiste a fait publier un texte dans le but d’appeler ses fans à la retenue. Tout est parti d’une publication sur Facebook, en début septembre, de photos énigmatiques de ce qui semblait être une jeune femme avec des traces horribles de coups et blessures. Petit à petit, il s’est révélé qu’il s’agissait de la concubine de l’artiste Sidiki Diabaté, fils du célèbre joueur de Kora, Toumani Diabaté. Mama Sow dite Mamasita aurait subi des violences conjugales de la part de Sidiki Diabaté dont elle est la compagne depuis près de 7 ans. L’expectative a vite laissé la place à une confirmation. Il s’agit bien d’une affaire de mœurs qui daterait d’une année environ. La jeune dame est présentée comme une victime de l’artiste qui lui aurait fait passer les pires sévices imaginables. De la cigarette éteinte sur sa peau, des coups de poing, un passage à tabac avec une scène horrible d’un véhicule qui lui aurait roulé sur le corps et même de la séquestration. Il n’en fallait pas plus pour réveiller une mobilisation et une grande indignation sur les réseaux sociaux. Certains organisateurs d’évènements culturels réfléchissent à la nature de leurs relations avec l’artiste. C’est ainsi que nous apprenions, dans la soirée du dimanche 20 septembre dernier, que Sidiki Diabaté a été retiré de la liste des nominés des Afrima Awards, une prestigieuse cérémonie de récompense des voix africaines. De son côté, Universal music Africa a annoncé, dans un communiqué, « suivre avec attention » cette affaire. Ce jeune artiste, que nous avons eu l’occasion d’interviewer récemment, du haut de ses 27 ans, fait la Une de la presse et enflamme les réseaux sociaux depuis quelques années. Il produit ses propres titres, arrange et compose pour d’autres artistes du Mali, d’Afrique et au-delà. Il se produit régulièrement sur toutes les grandes scènes du monde. Issue de la 71ème génération de joueur de kora dans sa famille, il a construit sa réputation sur des prestations vocales et est auteur de plus d’une centaine d’albums pour lui-même et pour d’autres artistes du Mali et d’ailleurs. Affaire à suivre… YD/MD (AMAP)
Palais de la culture de Bamako : Un monument dédié à Amadou Hampaté Ba
Bamako, 30 sept (AMAP) Le Palais de la culture Amadou Hampâté Ba de Bamako a inauguré, lundi, un monument dédié à l’illustre écrivain et homme de culture, au cours d’une cérémonie présidée par le secrétaire général du ministère de la Culture, Yamoussa Fané, en présence du directeur général du Palais de la culture, Abdoulaye Diombana, du sculpteur de la stèle Mamadou Koumaré et de nombreux invités. Le monument, à l’entrée principale de l’établissement de culture, mesure 5 mètres, dont un socle de 3 mètres et un motif de 2 mètres. C’est un imposant ouvrage en béton à l’effigie de Amadou Hampâté Ba, assis dans un fauteuil et drapé dans un grand boubou bleu, avec un bonnet blanc. L’écrivain détient un stylo à bille au dessus d une feuille blanche sur un tablier. Cette réalisation intervient quasiment trois décennies après de l’ouverture du palais de la culture qui porte son nom. La sculpture a été conçue et réalisée par Mamadou Koumaré, également auteur de plusieurs autres monuments de la capitale malienne. Yamoussa Fané a rendu un vibrant hommage à Amadou Hampâté Ba pour sa vision de l’identité culturelle à travers ses œuvres. Il a salué et encouragé l’engagement de la direction et du personnel du Palais de la culture mais aussi pour leur esprit d’innovation, avant de rappeler le combat et la vision de l’écrivain sur l’identité culturelle à travers la tradition orale. « Parler d’Amadou Hampâté Bâ, c’est faire ressurgir les hauts faits, les souvenirs d’un grand homme de culture, d’un ethnologue, d’un chercheur, d’un défenseur de la tradition orale, notamment peule et qui a consacré sa vie à collecter, à sauvegarder notre patrimoine culturel immatériel», a commenté le secrétaire général du département de la Culture. Il a, aussi, rappelé les nombreux ouvrages de l’écrivain, entre autres, «Oui mon Commandant», « Amkoulel, Khaïdara » et «L’étrange destin de Wangrin ». « Ses romans et ses citations continuent de nous servir de référence et nous permettent d’exprimer sur des pages nos joies et espérances », a dit M. Fané. Pour le directeur du Palais de la culture, Abdoulaye Diombana, la réalisation de ce monument permettra à la nouvelle génération de découvrir l’un des grands défenseurs de la tradition orale. L’initiative vise à perpétuer la mémoire de l’homme qui a marqué l’histoire culturelle de toute l’Afrique, à travers ses œuvres littéraires sur le continent noir. Il s’agit, également, d’inciter la jeune génération à lire les œuvres d’Amadou Hampâté Ba. Abdoulaye Diombana a présenté son établissement culturel qui dispose, aujourd’hui, d’une salle d’exposition d’arts plastiques, consacrée aux portraits de nos artistes qui ont contribué à la vulgarisation de la Culture malienne en Afrique et ailleurs. Il a invité tout le monde à venir découvrir le talent de nos sculpteurs. AS/MD (AMAP)
Djo Dama de Tata Pound: « Le RAP n’a de sens que s’il est engagé »
Propos recueillis par Youssouf DOUMBIA Bamako, 25 septembre (AMAP) Le célèbre groupe de rap, reconnu pour ses dénonciations fracassantes, et son patriotisme à fleur de peau, sort d’une hibernation prolongée pour célébrer son 20ème anniversaire. Comme par enchantement en cette période marquée par une crise socio-politique sans précédent dans notre pays, Tata Pound écrase du coup l’actualité culturelle. Il a animé le premier de la série de concerts lundi 21 septembre dernier à Bamako. L’un de ses membres Adama Mamadou Diarra dit Djo Dama explique dans cette interview les raisons de ce come-back, les difficultés rencontrées, la révolution qu’ils ont apportée à ce genre musical et surtout leur posture d’alerte et de veille sur la bonne gouvernance, les bonnes moeurs… L’Essor : Après plus de dix ans d’absence de la scène musicale, vous revenez pour célébrer le 20ème anniversaire de la création de Tata Pound. Quelles sont vos motivations ? Adama Mamadou Diarra dit Djo Dama : Les motivations sont connues. Cela fait bientôt une année que de nombreux Maliens et tous ceux qui ont l’esprit Tata Pound réclament notre retour. Beaucoup de fans n’arrêtent pas de nous demander de revenir sur la scène musicale. Donc c’est ainsi qu’une agence de communication dénommée la Comaf, a décidé de financer ce grand show pour le vingtième anniversaire de la création de notre groupe. Le groupe a été créé en 1995. Mais, c’est la date de la sortie de notre premier album qui est l’an 2000 qui est considérée comme le début de la carrière professionnelle. Encore une fois c’est à la demande de la population que nous revenons pour cette célébration. L’Essor : S’agit-il d’un nouveau départ pour relancer le groupe ? Voulez-vous faire juste un coup et repartir dans l’anonymat ? Djo Dama : Je pense que ce sera « Tata Pound 2ème round ». Après ces différents concerts de Bamako et à l’intérieur du pays, car on nous réclame partout. Nous devrons également faire des spectacles à l’extérieur du pays. Tata Pound va continuer, sans doute, la mission qu’il avait commencée. Actuellement notre pays est dans une phase très critique de son existence. L’Essor : Sur les affiches de ce 20ème anniversaire, vous n’êtes que deux à savoir Djo Dama et Ramsès Da Marifa. Entre vous il y a une silhouette marquée par un point d’interrogation qui remplace Dixon votre troisième artiste. Où est-il ? Pourquoi ne joue-t-il pas avec vous à ces célébrations ? Djo Dama : Comme on pouvait le remarquer assez facilement Tata Pound, c’est trois personnes, mais une seule idéologie. Dixon est actuellement aux Etats-Unis. Ramsès et moi assurons ces spectacles. Il ne peut donc pas participer à ces célébrations. Nous avons 20 morceaux pour symboliser ces 20 ans. Sur chaque morceau, un rappeur malien remplace Dixon. Il s’agit de : King Massasy, Yéli Fuso, Master Soumi, Iba Ouane, Gaspi, Yalco, Calibre 27, etc… L’Essor : Vous venez d’annoncer la participation de vingt rappeurs sur autant de titres pour ces célébrations. Quelle est la part de votre créativité ? Djo Dama : Pour les vingt ans de Tata Pound, nous avons décidé de faire cette célébration uniquement avec les anciens morceaux. Après, nous ferons d’autres créations en fonction de l’évolution de la situation socio-politique du pays. Une situation qui bouillonne actuellement. L’Essor : Ramsès Da Marifa s’est engagé au théâtre et dans la production, Djo Dama est devenu un exploitant agricole. Auriez-vous reçu des menaces pour vous contraindre à abandonner la musique ? Djo Dama : Quand nous arrêtions la production en 2012, ce n’était pas à cause de menaces. Il y a eu beaucoup de menaces contre nous. Certains appelaient même nos parents pour les intimider. Pourtant nous n’avons jamais insulté quelqu’un, nous n’avons fait que critiquer leur manière de gérer nos communes, nos départements ministériels ou notre pays. Nous ne faisions jamais référence à la vie privée de quelqu’un. C’est pourquoi on ne pouvait pas nous arrêter directement. Nos textes n’étaient pas écrits à la légère. Nous bénéficions de conseils d’avocats et de juristes bien avisés. Car nous savons qu’en démocratie, on ne peut pas se permettre de dire n’importe quoi. Tout ce que nous disions était des réalités et dans la limite de la loi. Mieux, notre éducation ne nous permet pas d’insulter les gens. Nous n’avons pas plié. Mais, par contre nous avions d’autres problèmes, comme les censures sur les télés et radios affiliées à l’État par rapport aux morceaux qui dénonçaient la mauvaise gouvernance. L’Essor : Quels étaient ces morceaux ? Djo Dama : C’était « Monsieur le maire », c’était « Révolution », c’était « Politicien », c’était « Policikè », bref il y a en beaucoup. Car les gens n’aiment pas la critique. Il y a eu un moment, de nombreux sponsors qui refusaient de nous accompagner. Certains acceptaient même de nous financer, mais ne voudraient pas de la publicité. C’est-à-dire ils ne voudraient pas que leurs noms ou logos figurent sur nos affiches car ils ne voulaient pas avoir de problèmes avec les autorités, disaient-ils. On vous donne ce dont vous avez besoin, mais ne parlez pas de nous ou de notre société, insistait-ils. Certaines sociétés ont été obligées de rompre leur contrat de collaboration avec nous car elles ont eu maille à partir avec des démembrements de l’État. Elles ont, parfois perdu beaucoup d’argents pour cela. L’Essor : Pouvez-vous nous donner des noms de ces sociétés ? Djo Dama : il y en a beaucoup. Il y a une grosse entreprise qui vient d’accepter de nous sponsoriser cette année alors qu’elle ne voulait pas le faire avant. Maintenant, l’entreprise en question se dit libre car il y a eu une rupture, donc elle ne craint plus. Il ne me sied donc pas de divulguer le nom de ce partenaire. À l’époque, Tata Pound a eu trois procès sur le dos. Il n’y avait pas encore les réseaux sociaux. Un promoteur fantôme nous avait invité pour un concert à Gao. À la dernière minute, sur la base de conseils très avisés, nous avions refusé d’y aller. Ce dernier a intenté un procès contre nous et il n’a pas gagné. L’Essor : Dans votre premier album en 2000, vous exhortiez les hommes politiques à s’unir pour éviter que
Culture : L’Institut français du Mali rouvre ses portes vendredi
Bamako, 16 sept (AMAP) L’Institut français du Mali (IFM) rouvre ses portes, vendredi, avec une nouvelle programmation culturelle « riche et variée », après quelques mois d’arrêt des activités artistiques et culturelles du fait de la pandémie du coronavirus, ont annoncé, mardi, les responsables de l’établissement. Dans une conférence de presse, organisée dans le patio de l’établissement, le directeur de l’IFM, Patrick Giraudo, la conseillère de coopération et d’action culturelle, Mme Nadège Chouat, et le metteur en scène, Jean Louis Sagot-Duvauroux, ont présenté cette programmation comme « alléchante » avec plusieurs activités culturelles, notamment une exposition sur la danse des «Korédugaw» et une pièce de théâtre. La particularité de la rentrée culturelle 2020 est la programmation d’artistes nationaux. Elle se justifie, selon les conférenciers, par la propagation de la Covid-19 qui a suffisamment perturbé les activités artistiques et culturelles en Afrique et dans le monde. «Nous étions impatients de vous retrouver», a dit Patrick Giraudo, visiblement content de renouer le contact avec les artistes. « Ces mois de fermeture nous ont permis d’achever les travaux du centre de langues, du patio mais aussi de sécurisation des lieux », a-t-il indiqué. Au menu, plusieurs activités artistiques et culturelles. Il y aura une porte ouverte, toute la journée, pour permettre aux usagers de découvrir l’architecture du centre de langues « doté d’équipements de dernière génération, puis une exposition du plasticien, Ibrahim Kébé, sur la danse des «Koréduga», une communauté de bouffons. Une pièce théâtrale, de Kalach Story de Kali Sidibé et de Jean Louis Sagot-Duvauroux, clôturera la soirée. Mme Nadège Chouat a exprimé sa satisfaction de venir servir au Mali, une semaine après sa prise de service. Elle a expliqué le cadre du Projet Africa 2020, une initiative du président français, Emmanuel Macron, qui commence à Paris en décembre prochain. Il est conçu autour des grands défis du 21è siècle. Il présente les points de vue de la société civile du continent africain et de sa diaspora. Les conférenciers ont, aussi, annoncé que deux événements artistiques seront présentés en France dans le cadre d’Africa 2020, en complicité avec la Friche de la Belle de mai, les Bancs publics à Marseille et le théâtre de l’Arlequin dans l’Essonne. Les derniers mois de 2020 et l’année 2021 offriront l’occasion de retrouver les événements sélectionnés par Africa 2020 en France. Patrick Giraudo a expliqué que dans les prochaines semaines, il y aura des concerts animés par des artistes maliens comme Kankou Kouyaté, Néba Solo, Cheick Siriman Sissoko, Songhoy Blues et l’humoriste «ATT Junior». Le directeur de l’Institut a dit que la crise sanitaire a permis de réaliser un projet de partenariat avec cinq médias pour combler le vide pendant la fermeture. Cette collaboration a permis de redynamiser les productions d’émissions, les rencontres littéraires, les diffusions de films et d’organiser des débats sur la toile, entre autres. Un des temps forts a été le témoignage de plusieurs artistes. Ceux-ci ont explicité leurs projets mais aussi témoigné leur reconnaissance à l’IFM pour son soutien constant dans la promotion des acteurs culturels. AS/MD (AMAP)
Cheick Oumar Ndiaye dit Paracétamol : Humoriste dans l’âme
Par Moussa BOLLY Bamako, 11 sept (AMAP) Qu’il soit devenu, aujourd’hui, un humoriste talentueux n’a, sans doute, pas surpris ses camarades d’enfance de Kadiolo. L’humour est un don inné chez ce peul bon teint capable de détendre l’atmosphère n’importe où par des imitations dans une dizaine de langues. « Je suis le goûteur international de l’Association mangeons et buvons ensemble gratuitement chez les gens ; la fraternité n’a pas de limite… » ! Telle est la philosophie de Cheick Oumar Ndiaye dit «Paracétamol». Son humour a autant d’effet sur l’humeur des gens et les maux de la société qu’un comprimé de paracétamol sur un mal de tête. Et un talent très précoce. De l’enfance, dans les rues de Kadiolo, au second cycle de la ville, en passant par le premier cycle «Dialakoro Danioko», il ne manquait pas d’attirer l’attention partout où il se trouvait. «Dans la cour de récréation, il y avait toujours un attroupement autour de moi. Mes camarades de classe et les autres élèves cherchaient toujours ma compagnie… Et de nombreux fans disaient que l’effet de mes blagues sur eux était comme celui d’un comprimé de paracétamol contre des maux de tête», nous raconte-t-il. Et petit-à-petit ce surnom a fait oublier «Ladji», comme on l’appelle en famille. Soucieux de se faire un avenir pour mieux s’occuper de sa regrettée maman (il a perdu très tôt le papa), Ladji se concentre sur ses études. Ainsi, après le Bac obtenu au Lycée public de Sikasso, il décroche un DEUG en anglais (unilingue) obtenu à la Faculté des lettres, des arts et des sciences humaines (FLASH) de l’Université de Bamako. Il aligne, ensuite, de petits boulots pour soutenir sa famille. Le jeune homme sera, tour à tour, agent de sécurité et réceptionniste téléphonique à la mine d’or de Syama, télé-conseiller pour diverses sociétés, employé de commerce. AU HASARD DU DESTIN – Il finira par retomber dans l’humour, de façon fortuite. «Il y a avait un balani show dans mon quartier, Sokorodji, et Dousey (Ndlr, Seydou Dembélé, le fils du Guimba National) était l’invité. Ce jour, il a imité les bwas (Ndlr, bobos). Mais, sa prestation ne m’a pas convaincu, car je savais que je pouvais faire mieux. J’ai demandé à des amis si les organisateurs pouvaient me donner le micro pour une petite prestation. J’ai imité les bwas et l’assistance était si émerveillée que les gens ne voulaient plus que j’arrête », se souvient-il. « A la fin du spectacle, Dousey est venu discuter avec moi et m’a proposé de collaborer sur certaines prestations », ajoute Cheick Oumar. C’est ainsi qu’il se retrouve à l’Acropole de Badalabougou pour l’animation d’une fête estudiantine avec Dousey, ATT Junior (Djely Moussa Kouyaté)… Il y a rencontré le même succès qui va lui ouvrir, en 2009, les portes de l’émission humoristique sur la chaîne nationale (ORTM), «Yélébougou», de Koman Diabaté avec Fanaday Entertainement. «L’expérience a tourné court à cause des promesses non tenues par Fanaday et Koman. Au début, nous ne recevions que 1000 Fcfa par prestation. Mais, avec le succès de l’émission et le soutien de nouveaux partenaires et mécènes, notre cachet a progressivement augmenté à 2000, 3000, 4000, 5000 et 10 000 Fcfa. Finalement, nous avons signé avec eux un contrat de 40 000 Fcfa par mois avec la promesse d’offrir une moto à tous les comédiens », se souvient le jeune humoriste. Et de poursuivre, «nous n’avons été payés que les trois premiers mois. Et je n’ai jamais vu la couleur de la moto. J’ai donc été le premier comédien à claquer la porte de Yèlèbougou. Je leur ai dit que j’ai une famille à nourrir». Le jeune talent sera ensuite très actif à «Bamako Comédie Club» de l’Espace Bouna puis à «Lafia Show» au Manège de Lafiabougou-Koda. Des collaborations généralement rompues à cause d’arnaques sur les cachets. OUVERTURE SUR LE MONDE – «Meilleur comédien de Maxi Vacances» (ORTM) en 2012, Paracétamol se produit, pour la première fois, en 2015 hors de nos frontières, précisément au Burkina Faso, à l’occasion de la 8è édition du Festival international du rire et de l’humour de Ouagadougou (FIRHO, du 29 au 31 mai 2015) avec Augusta Palanfo. Une première sortie réussie au point qu’il a été invité à se produire dans d’autres villes du Burkina. «A Ouagadougou, j’ai croisé la cantatrice-artiste Naïny Diabaté parce que nous étions logés au même hôtel. Elle n’a pas caché sa fierté parce qu’elle a eu les échos positifs de mes prestations. Et quand elle a su que j’étais venu par la route, elle s’est débrouillée avec le regretté Mahamadou Lah dit Madou Dakolo pour me trouver un billet d’avion. Elle m’a dit : ‘tu as rehaussé l’image du Mali ici et tu mérites tous les honneurs’», se rappelle Cheick Oumar. Ce succès lui ouvre d’autres portes en dehors du pays. L’humoriste va enchaîner des prestations à Abidjan (Côte d’Ivoire), à Conakry (en Guinée) , à Niamey (Niger) dans divers rendez-vous humoristiques. Sur la scène nationale, il est sollicité pour des événements d’envergure comme Africa Comedy sur Africable, Festival international de slam et humour (FISH Mali), Festival international Urban and Mode de Sélingué, Festival international la voix des femmes Bamako… Sans compter les nombreuses sollicitations d’ONG pour des campagnes de sensibilisation. COMEDIEN – En dehors de l’humour, Ladji a aussi joué dans des feuilletons et films comme «Les Rois de Ségou» (Fakrou), «Dougoubasigui» (Adama) et «Yèrèdonbougou» (Sambourou le Talibé) du réalisateur Boubacar Sidibé. Il joue aussi le rôle d’un vendeur de brodé dans «Tourbillon à Bamako» du réalisateur français Dominique Philipe… Ladji se veut un artiste engagé pour ses convictions, pour le cercle et la ville de Kadiolo, pour le Mali et la jeunesse… A noter que Ladji est également «Ambassadeur de la paix» de la Fédération universelle de la paix. N’empêche qu’il regrette que le rire éclipse souvent les vrais messages véhiculés dans les sketches et autres créations. «Dans au moins 80 % de nos œuvres, le public malien ne retient que le caractère comique. Le message n’est pas perçu. Et cela quels que

