Programme «Lab innova agrobusiness au Sahel» : Trente-huit entrepreneurs en formation virtuelle
Bamako, 08 mar (AMAP) Des chefs d’entreprises de l’agro-alimentaire du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont débuté, lundi, à Bamako, une formation en ligne dans le cadre du Programme intitulé «Lab innova agrobusiness au Sahel», a constaté l’AMAP. «Notre institut national de commerce, pour la première fois au Mali, lance ce projet qui vise la formation professionnelle, surtout dans le domaine de l’agriculture intensive qui peut créer des milieux de poste de travail pour les Maliens», a expliqué Stefano A. Dejak, l’ambassadeur d’Italie au Mali. Les entreprises qui achèveront la formation avec succès participeront à la Foire internationale Macfrut (partenaire du projet), en mai prochain, pour, approfondir leur connaissance du marché et des entreprises italiennes. Faisant partie du Projet «Lab innova for Africa», ce programme intégré d’assistance et de formation est promu par l’Agence italienne du commerce (ITA), pour le secteur agro-alimentaire, notamment les filières mangue et tomate. L’objectif recherché est de renforcer les techniques et capacités managériales afin de consolider la compétitivité sur les marchés européens, de promouvoir l’innovation et le transfert de technologie en s’inspirant du modèle agro-industriel italien. Au total, 10 Burkinabé, 11 Maliens et 17 Nigériens prennent part aux six cessions qui durent du 6 au 17 mars 2023. Les ambassadeurs italiens dans les trois pays concernés ont pris part à l’ouverture de cette rencontre virtuelle. Le Programme «Lab innova agrobusiness au Sahel» vise à favoriser les partenariats et échanges commerciaux gagnant-gagnant avec les entreprises italiennes et à booster les exportations et l’industrie locale. La formation en cours est dispensée par des experts d’ITA dans un cadre dynamique enrichi par des mises en situation des partages d’expériences et des jeux de rôle. «Il s’agit d’un projet très important pour l’Italie étant donné qu’on a ouvert notre ambassade au Mali à l’été 2021. Maintenant, on a travaillé pendant un an pour bâtir des relations commerciales ». a dit le diplomate italien. Il a ajouté que ce projet de formation professionnelle est développé avec la grande foire des fruits et épices, «Macfrut», à laquelle quinze entreprises maliennes ont pris part l’année dernière. Il a signalé que son pays est le plus grand exportateur de fruits et épices de l’Union européenne (UE) et vise 450 millions de consommateurs assez riches. Stefano A. Dejak a assuré que c’est un marché avec un potentiel pour les producteurs maliens, ajoutant que c’est, cependant, « un marché ouvert uniquement aux agriculteurs qui font une production organisée pour l’exportation avec des standards à un niveau assez élevé.» « Au Mali, nous avons des fruits comme la mangue et le gingembre de bonne qualité qui offrent une meilleure demande sur le marché. C’est une marge de profit qui est énorme», a relevé Stefano A. Dejak. Il s’agit, selon lui, de mettre l’accent sur la vulgarisation, surtout, sur les produits qui ont des potentiels énormes sur les marchés européens. Pour ce faire, les producteurs doivent être formés à produire, à organiser chaque cycle de production, en visant les marchés européens. « Lab innova est initié dans ce sens », a-t-il précisé. Selon une note d’information, les entreprises retenues pour la foire internationale Macfrut, bénéficieront d’un voyage d’études de cinq jours, organisé conjointement avec Macfrut, à Rimini (Région de l’Emilie-Romagne). Au programme, des visites guidées de l’exposition et des entreprises, des rencontres B2B, des ateliers de formation en matière de Business plan et d’accès au financement et une session de coaching dispensée par les experts d’ITA pour tisser des relations avec de potentiels partenaires italiens. BBC/MD (AMAP)
Office riz Ségou : Plus de 200 000 tonnes de céréales attendues
Ségou, 08 mar (AMAP) L’Office riz Ségou (ORS) table sur une production de plus de 203 532 tonnes, toutes céréales confondues, dont 115 721 tonnes de riz paddy, pour la campagne agricole 2023-2024, a annonce, mardi, le secrétaire général du ministère du Développement rural, Daniel Siméon Kelema, lors de la 31è session du Conseil d’administration de l’ORS. Selon m. Kelema, « l’atteinte de cet objectif de production dépendra largement de meilleures conditions pluviométriques, hydrologiques, sécuritaires et phytosanitaires. » Le secrétaire général du ministère du Développement rural a rappelé que la session se tient à une période où, le Mali traverse des moments difficiles, mais non insurmontables grâce aux efforts consentis par les autorités du pays. « Les conséquences de la guerre en Ukraine et de la Covid-19 continuent, a-t-il poursuivi, d’impacter négativement le secteur agricole, en affectant la disponibilité des intrants agricoles, particulièrement l’engrais minéral dont le prix est en hausse sur le marché. » S’y ajoute l’insécurité qui sévit encore dans toute la zone d’intervention de l’Office riz Ségou dans le Centre du Mali. À l’ordre du jour de cette session portait, notamment, sur l’adoption du procès-verbal de la 30è session, l’état d’exécution des recommandations issues de la précédente session, la présentation du rapport annuel de performance 2022 et du projet annuel de performance 2023. Le budget prévisionnel 2023 de l’ORS se chiffre à un peu plus de 2,6 milliards de Fcfa contre un peu plus de 3,2 milliards Fcfa en 2022, soit une diminution de 18,56%. Cette régression s’explique par la fin annoncée du Projet de développement intégré et de résilience climatique dans les plaines du delta 2 (Pdir-PD2) en avril 2023 et du Projet d’appui au développement rural de Soké 1 (Pader-S1). «Conformément à la vision du département, les actions de l’ORS se focalisent sur la promotion d’une agriculture durable, moderne et compétitive en vue de contribuer à la sécurité alimentaire et nutritionnelle du pays et améliorer les revenus des exploitants et exploitantes agricoles », a rappelé Daniel Siméon Kelema. « Pour y parvenir, la stratégie qui sous-tend cette vision s’appuie sur deux piliers à savoir la promotion des exploitations familiales pratiquant principalement une agriculture de subsistance et les entreprises agricoles connectées aux marchés», a-t-il ajouté. Par ailleurs, il a révélé que l’accompagnement du secteur agricole par l’État a permis aux acteurs du monde rural de bénéficier de plus de 2 386,7 tonnes d’engrais subventionnés au cours de la campagne agricole 2022 sur un besoin exprimé de 7.451 tonnes. « L’un des défis majeurs, aujourd’hui, est d’arriver à produire en quantité et en qualité tout en réduisant le coût de production ; a analysé M. Kelema qui a évoqué la nécessité, pour l’ORS, de rechercher des financements pour l’aménagement de 21 000 ha dans l’inter-fleuve, 4 650 ha de Soké II et Dioro I, la réhabilitation du réseau hydraulique de tous les complexes et des études de reconversion de 1 350 ha de Famana et d’aménagement de 2 000 ha de Mallé. La réunion s’est tenue dans les locaux de la structure, en présence du directeur de cabinet du gouverneur de la Région de Ségou, Afel B. Yattara, du directeur général de l’ORS, Salif Sangaré et des administrateurs. MS/MD (AMAP)
Maraîchage dans le Cercle de Diéma (Ouest) : Un tremplin pour les femmes
Diéma, 02 mar (AMAP) Le maraîchage est une culture de rente. Ces dernières années, il connaît de plus en plus un engouement dans le Cercle de Diéma. Il est surtout pratiqué par les femmes. Selon les estimations, plus de 60% des femmes pratiquent cette activité lucrative qui contribue à renforcer l’autosuffisance alimentaire dans cette bande sahélienne où la réussite de la campagne agricole est souvent tributaire des aléas climatiques. Après la période d’hivernage, ces braves femmes ne restent pas oisives, elles pratiquent le maraîchage. Avec les recettes générées, elles assurent leurs petits besoins et les charges de leurs enfants. D’autres encore constituent le trousseau de mariage de leurs filles. Celles qui participent aux tontines parviennent à honorer leurs engagements. Une partie de la production de légumes des femmes est aussi destinée à la préparation du repas familial, allégeant ainsi les frais. Dans la plupart des cas, chaque femme dispose de son petit lopin de jardin localisé dans la cour de sa maison, avec une source d’approvisionnement en eau. Parallèlement, nombreuses d’elles sont membres d’associations ou groupements de femmes et de jeunes qui exploitent des périmètres collectifs. Peu d’espaces familiaux sont décongestionnées, au point d’y trouver un espace libre pour pratiquer le maraîchage. Les parcelles, qui disposent de grands espaces, situées généralement au quartier Bamanaking, à l’Est de la ville, où le problème d’eau ne se pose pas, sont les plus verdoyantes. En cette période de l’année, les marchés sont fournis. On y trouve des légumes de tout genre : laitue, choux, carotte, échalote, tomate, betterave, pomme de terre, céleri, etc. À entendre les populations de Diéma, aujourd’hui, elles n’envient pas les produits maraîchers provenant d’ailleurs. Dans le Cercle de Diéma, les aides, en termes de renforcement de capacités, d’équipements, de semences, etc. émanant de l’État et de certaines ONG, n’atteignent pas toutes les femmes maraîchères. Certaines d’entre elles sont laissées pour compte. Plusieurs difficultés assaillent le secteur du maraîchage dans le Cercle de Diéma. La plus contraignante demeure le manque ou l’insuffisance d’eau. Les quelques mares qui existent sont complètement asséchées et les puits ne fournissent plus la quantité d’eau nécessaire. D’ailleurs, ils commencent déjà à tarir. Pour ne rien arranger, les bornes fontaines qui fonctionnent à l’électricité subissent le régime des délestages, à cause du mauvais état du seul groupe électrogène de seconde main qui alimente cette ville carrefour. Mme Assitan Diallo est maraîchère. Avec son puits à petit diamètre profond de quelques mètres, ses planches de légumes reçoivent quotidiennement de l’eau, par l’entremise d’un travailleur saisonnier qu’elle a engagé. Le céleri produit par Goundo Camara est très prisé par les consommatrices. Elle arrive, à cause de cet engouement pour sa production, à réaliser entre 5 000 et 7 500 Fcfa de recette par jour. En bonne épouse, Mme Maïmouna Samaké utilise régulièrement les légumes de son jardin pour sa propre consommation. Elle ambitionne, avec ses maigres économies, de se procurer une pompe solaire pour assurer l’approvisionnement en eau de ses planches. moyens – À Kasse-Kara, dans la Commune rurale de Groumera, une dame, qui a préféré garder l’anonymat, rapporte que le grillage qui clôturait le périmètre collectif des femmes, ne tient plus. Il a été fortement endommagé par la rouille, exposant ainsi le périmètre à la divagation des animaux. « Par méconnaissance, on a enfoncé le pourtour du grillage dans la terre. Le contact direct avec la terre a provoqué, au fil des ans, la rouille. Actuellement, chaque femme entretient sa petite parcelle », , poursuit la femme. Notre interlocutrice cultive surtout du gombo, une plante qui, selon elle, résiste mieux à la chaleur et n’a pas besoin d’assez d’eau pour croître. Depuis que son mari a refusé de lui acheter une motopompe, en représailles, elle a décidé de ne plus utiliser ses légumes dans la préparation des repas de la famille. Elle estime, pour expliquer sa grogne, que son mari ne manque pas de moyens pour lui acheter cet équipement agricole. Dans le jardin collectif d’un hectare et demi de l’association Benkady de Dioumara, dont Daly Cissé est la secrétaire administrative, sur les quatre puits existants, deux sont hors d’usage. Avec les recettes qu’elles engrangent avec la vente de légumes, ces femmes comptent refaire leurs puits et acheter du grillage pour réaménager la clôture de leur périmètre maraicher. Un conseiller communal de Gomitradougou, Kantara Magassa, se réjoui des réalisations de sa sœur qui fait du maraîchage dans sa maison, aidée par ses enfants. Comme plusieurs femmes, elle achemine ses produits à la foire hebdomadaire de Sébabougou, à 10 km. Ici, en milieu bambara, la culture du tabac est l’une des activités principales des femmes en cette période. Le premier adjoint au maire de la Commune, Modibo Sissoko, a regretté le manque de moyens de la collectivité qui ne peut pas aider les femmes maraîchères. L’État et ses partenaires ont consenti de nombreux efforts pour soutenir les femmes et les jeunes dans leurs projets mais, les résultats restent mitigés. Pour lutter efficacement contre la pauvreté et réduire le flux migratoire dans le Cercle de Diéma, il faut, selon le président de la Chambre locale d’agriculture, accroître davantage les soutiens aux femmes et aux jeunes, en finançant leur projet de développement. Boubou Traoré propose d’organiser les femmes maraîchères en coopératives, afin qu’elles puissent bénéficier de plus d’avantages. Il a invité les femmes à persévérer dans l’effort pour leur plein épanouissement. Les femmes maraîchères du Cercle de Diéma égrènent un chapelet de doléances. Elles ont besoin de forages, .’équipements, de semences et, surtout, de formation, pour plus de production, Pour cela, elles font appel à l’État, aux ONG, aux personnes de bonne volonté pour les aider à surmonter les difficultés auxquelles elles sont confrontées depuis belle lurette. OB/MD (AMAP)
Culture de la pomme de terre à Sikasso (Sud) : La semence et l’engrais chers douchent les espoirs des producteurs
Par Mariam F. DIABATÉ Sikasso, 02 mar (AMAP) Sikasso, la Cité verte du Kénédougou, dans le Sud du Mali, a bâti sa réputation autour de la culture de la pomme de terre, devenant ainsi un des plus importants bassins de production de ce tubercule très prisé par les consommateurs. De plus en plus de producteurs de la Région de Sikasso s’intéressent à cette culture qui leur procure un revenu assez conséquent. Cependant, cet engouement est douché par les difficultés que connaissent plusieurs producteurs. Ils se plaignent de la cherté du prix du sac de semence et d’engrais. «Cette année, tout est cher. Le prix du sac d’engrais minéral et de celui de semence a considérablement augmenté. De 23 000 Fcfa les années précédentes, le sac de semence est vendu à 25 000 Fcfa et celui d’engrais minéral NPK est passé de 15 000 Fcfa à 35 000 Fcfa», déplore Hamidou Ballo, producteur de pomme de terre. Il possède un champ de pomme de terre de trois hectares à Bamadougou et deux hectares à Zoumayéré (dans les faubourgs de Sikasso). Hamidou Ballo vend ses tubercules au marché de Médine, les samedis. «En plus de Sikasso et de Bamako, mes clients viennent du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire. Je cède le sac de 25 kg à 6 250 Fcfa, celui de 50 kg à 12.500 Fcfa et le kilo à 250 Fcfa», précise-t-il. Abondant dans le même sens, Madou Berthé, producteur à Zangaradougou, estime que la production de pomme de terre devient moins lucrative. «Faire face en même temps aux nombreuses dépenses engendrées par l’achat de l’engrais et de la semence et tirer le maximum de profit de sa production n’est pas du tout facile. On se contente du peu qu’on gagne», confie, désespéré, ce propriétaire de trois hectares de pomme de terre à Zianso. Il écoule ses tubercules au grand marché de Sikasso aux mêmes prix que Hamidou pendant les jours de foire (dimanche). CHAOTIQUE – « La campagne de cette année a été chaotique pour moi. À cause du coût trop élevé de l’engrais minéral, je me suis approvisionné en engrais mélangé localement. J’ignorais que ce n’était pas de la bonne qualité. Ma production a chuté», explique un producteur de N’Gorodougou, Oumar Diamouténé. Il entend changer de stratégie l’année prochaine afin d’éviter l’erreur de cette année. « Malgré la conjoncture actuelle, je sollicite de l’État qu’il prenne des mesures pour réduire les prix de l’engrais et de la semence pomme de terre afin de nous permettre d’exercer notre métier », souhaite Diamouténé. Un autre producteur signale son cas d’échec et de perte de récoltes dans la localité de Kafouziéla. Il aurait utilisé de l’engrais destiné à la culture de céréales en lieu et place du NPK conseillé pour la pomme de terre. Devant l’ampleur de la catastrophe, il dit avoir saisi la Direction régionale de l’agriculture (DRA) qui a prélevé des échantillons envoyés en laboratoire à Bamako pour analyses. Le résultat a révélé que l’engrais est de bonne qualité mais qu’il est inapproprié pour le tubercule. La pomme de terre a besoin, pour son cycle végétatif, de l’engrais NPK, alors que l’engrais destiné aux céréales contenait seulement de l’Azote (N), substance minérale qui ne convient pas aux tubercules. Pour éviter ces déconvenues, le chef du bureau statistique, suivi-évaluation et communication à la DRA, Moussa Dembélé, invite les producteurs à s’informer auprès des agents en charge du contrôle phytosanitaire ou d’encadrement avant de prendre des décisions aux conséquences fâcheuses. M. Dembélé exhorte les producteurs à privilégier l’utilisation de la fumure organique parce que l’engrais minéral détériore la terre, même s’il permet d’obtenir de très gros tubercules, mais qui se conservent mal. HAUSSE DES PRIX – De leur côté, les commerçants d’engrais minéraux (notamment le NPK) et de semences de pomme de terre soutiennent que la hausse des prix est due à la conjoncture actuelle et surtout à la crise ukrainienne. Ils affirment que cette flambée est survenue en 2021. «Auparavant, je cédais le sac de 50 kg du NPK à 25 000 Fcfa. Cette année, j’ai été obligé de le vendre entre 30 000 et 40 000 Fcfa pour pouvoir tirer mon épingle du jeu», se justifie Dramane Berthé, commerçant d’engrais au grand marché de Sikasso. Pour sa part, Youssouf Sanogo, commerçant de semences de pomme de terre, précise que de 24 000 Fcfa en 2021, le sac de 25 kg est actuellement cédé aux producteurs entre 27 500 Fcfa et 40 000 Fcfa voire 50 000 Fcfa. Pour cette année, les responsables de la DRA estime la production annuelle de la Région de Sikasso à plus de 135 000 tonnes. «Cette année, il est trop tôt de fournir des statistiques précises, car les récoltes sont en cours. Toutefois, les superficies réalisées sont de 6 823 hectares pour un objectif de 6 905 hectares, ce qui représente 98% de réalisations», révèle Moussa Dembélé. Le président de la filière pomme de terre, Abdoul Karim Sanogo, soutient que le tubercule est d’une importance capitale car il contribue à l’autosuffisance alimentaire et nutritionnelle du pays. Toutefois, M. Sanogo, déplore la faible capacité de stockage de la chambre froide qui est de 3 000 tonnes contre une production annuelle de 300 000 tonnes. La pomme de terre de Sikasso est vendue dans la sous-région, notamment en Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Togo, Ghana, Guinée, Niger, Mauritanie et Sénégal. Après les récoltes, les coopératives, les unions, les fédérations qui composent l’interprofession gardent de la pomme de terre dans la chambre froide afin de pouvoir l’écouler après la campagne. Les quantités produites dépassent de loin les capacités de stockage de la chambre froide. Pour le développement de la filière, Abdoul Karim Sanogo sollicite l’accompagnement de l’État et des partenaires techniques et financiers pour la construction d’autres chambres froides et la subvention de l’engrais et des semences destinés à la pomme de terre. MFD (AMAP)
Environnement : Des espèces végétales qu’il faut protéger à tout prix
Par Makan SISSOKO Bamako, 24 fév (AMAP) À Kalaban Coura, Karim Traoré produit des arbres et des fleurs au bord de la route menant à l’Aéroport international président Modibo Kéita-Senou. Samedi dernier, vers 16 heures, nous avons rencontré l’arboriste. Il venait de finir d’arroser ses plantes. Karim aime les espèces sauvages, singulièrement celles menacées de disparition dont le Karité, le Néré, le Tamarin, le Zaban et le Baobab. «Nous produisons plusieurs types de plantations sauvages. On cherche dans la forêt, les bonnes qualités de noix ou de graine pour ensuite les faire pousser dans des pots remplis de terre avec de l’engrais organique. Nous pratiquons également le système de greffage des arbres», explique-t-il. Le métier est pénible et moins lucratif. Mais l’arboriculteur, qui évolue dans le domaine depuis 1985, est porté par son engagement de contribuer à la restauration de la nature. Il a pris conscience des enjeux liés à la déforestation à travers les multiples conseils des agents des eaux et forêts. Et depuis, Karim Traoré «fait de son mieux dans l’entretien des plantations avec ses maigres moyens». Une façon pour lui d’accomplir un devoir civique, celui de protéger les arbres. Son courage lui vaut aujourd’hui l’estime des services des eaux et forêts. «En cas d’insuffisance de la quantité d’arbres dont ils disposent pour les campagnes de plantation, ils viennent très souvent chercher avec les producteurs des arbres sauvages», révèle Karim Traoré. Les arboriculteurs contribuent, ainsi, à la sauvegarde de la faune sauvage. A ce titre, plaide Ba Fanta, « ils doivent être encouragés, soutenus». Au marché de Kalaban Koro, cette septuagénaire est l’une des nombreuses vendeuses de plantes ayant des propriétés médicinales. Il y a quelques années, elle n’avait pas besoin de faire des kilomètres pour s’approvisionner en feuilles de Zaban et de Karité. Elle en trouvait en quantité dans les villages voisins comme Kabala et Kouralé. Le Karité était disséminé entre les zones cultivées. « Mais l’urbanisation a carrément changé la donne », déplore Ba Fanta. Ces arbres ont plusieurs vertus, souligne-t-elle, en donnant en exemple le beurre du Karité qui entre dans la composition des pommades traditionnelles pour soigner de multiples maux. PLUSIEURS HECTARES PERDUS PAR AN – Le Karité est constamment agressé par l’homme alors que sa reproduction est très lente. Jadis, le Mali disposait du plus important parc de Karité de l’Afrique occidentale. Pays sahélien, le pays possède des forêts assez denses. Mais, de plus en plus, l’écosystème perd se perd du fait des pressions anthropiques. Plusieurs espèces forestières ligneuses sont en effet menacées de disparition, comme le vitellaria paradoxa (karité), le parkia bigglobosa (néré), l’acacia albida (balanzan), zaban et le baobab. Cette richesse naturelle, qui fournit aux femmes rurales prix de condiments et argent liquide, est fortement menacée par des pratiques néfastes de l’homme. Tout comme le Néré dont les amendes sont transformées en «soumballa» (bouillon traditionnelle). « Il constitue une importante source de revenus pour les populations. D’où l’intérêt de sensibiliser sur la problématique », selon Adama Sylla qui apprécie les journées dédiées à la protection des forêts. Selon l’écologiste, les «arbres, de façon globale, sont extrêmement importants pour l’existence». Dans certaines localités du Mali, les populations, ayant compris les enjeux, se sont organisées pour protéger ces espèces et, plus généralement, la flore. Cependant, en plusieurs endroits du Mali, la situation globale préoccupe les forestiers. Selon Ali Poudiougo, point focal national biodiversité à la Direction nationale des eaux et forêts, les formations ligneuses ne couvrent plus que 17,4 millions d’hectares alors qu’elles occupaient environ 32 millions d’hectares en 1985. En cause : la surexploitation des forêts à des fins énergétiques, l’expansion agricole, l’activité minière et les feux de brousse, le changement climatique. Les pressions anthropiques sur les ressources forestières entrainent une perte de forêts estimée entre 100.000 et 500.000 hectares par an. «Le caractère saisonnier des revenus en milieu rural est crucial pour l’évolution des forêts. Lorsque la campagne agricole échoue, le commerce de bois et de charbon devient pour les populations rurales la source facile de revenus. A côté des marchés ruraux de bois officiellement créés, prolifèrent des circuits informels de commerce de bois et de charbon, signes de la surexploitation des formations forestières», fait savoir M. Poudiougo. Selon les Nations unies, des milliards de personnes, dans les pays développés et en développement, utilisent quotidiennement des espèces sauvages pour l’alimentation, l’énergie, les matériaux, la médecine et de nombreux autres usages vitaux au bien-être humain. L’accélération de la crise mondiale de la biodiversité, avec un million d’espèces de plantes et d’animaux en voie d’extinction, menace ces utilisations par aux populations. A ce titre, la Journée mondiale de la vie sauvage, célébrée le 3 mars, est l’occasion de mettre la lumière sur les nombreuses formes magnifiques et variées de la faune et de la flore sauvages. Mais, aussi. de sensibiliser aux nombreux avantages que leur conservation procure aux populations. «Des partenariats pour la conservation des espèces sauvages», est le thème retenu cette année. MS/MD (AMAP)
Le Mali, 2è producteur mondial de karité (Forum économique Mali-Canada)
Bamako, 23 fév (AMAP) Le Mali, qui a produit respectivement 19 855 000 tonnes en 2018, 20 883 000 tonnes en 2019 et 5 515 000 tonnes en 2020 est le 2ème producteur mondial de karité, après le Nigéria, indique le Forum économique Mali-Canada sur son site du Salon virtuel des produits et services du Mali (SVPSM). « La potentialité en amandes est de 250.000 tonnes dont 60 883 et 22 908 ont été exportées respectivement en 2019 et 2020. Celle du beurre est de 135 000 tonnes dont 97 000 réellement exploitées, 265 tonnes et 311 tonnes ont été exportées sur la même période », selon le Forum Ce qui prouve qu’en plus des quantités réellement exportées, le Mali est à mesure de fournir aux importateurs beaucoup plus de beurre, d’amandes et de produits à base de karité, eu égard au potentiel existant. Le karité est disponible dans tous les bassins de production qui sont situés à Kayes (Ouest), Koulikoro, Sikasso (Sud), Ségou et Mopti (Centre). Le Mali occupe une place de choix dans la production et l’exportation des amandes, du beurre et des produits dérivés du karité, selon la même source. « Une vingtaine d’exportateurs avérés, professionnels et expérimentés œuvrent dans le domaine de l’exportation de karité depuis plus d’une quarantaine d’années vers l’Asie, l’Amérique, l’Europe et les marchés sous régionaux. Les exportations maliennes de karité sont en croissance, puisque la demande internationale des produits de karité augmente de plus en plus », ajoute-t-elle. Pour améliorer l’accessibilité du marché mondial et rendre encore plus compétitifs les produits du karité malien, les autorités maliennes et leurs partenaires ont mis un accent particulier sur la promotion de la filière Karité et, surtout, sur la participation des femmes maliennes qui en tirent des revenus et comme source d’autonomisation pour elles. Le karité est produit dans 7 500 localités villageoises. Ce sont 500 000 concessions familiales et trois millions de femmes maliennes (environ 25%) de la population du Mali qui sont directement impliquées dans le secteur, de la collecte des noix, à la transformation en beurre et d’autres produits dérivés. Les acteurs sont regroupés en Fédération nationale de karité (FNK), constituée de coopératives, d’unions de coopératives de producteurs/trices, de pisteurs, de commerçants et d’exportateurs. Ils détiennent une expertise avérée et héréditaire dans la production des produits, à base de karité. « Les exportateurs sont expérimentés et dévoués et, surtout disposés à faire une prestation répondant à l’option d’affaires, pour fidéliser et consolider le partenariat commercial avec les clients afin de leur permettre d’atteindre l’objectif de leurs investissements dans le domaine de l’industrie cosmétique, pharmaceutiques et alimentaires (chocolat, margarine). Leur plaisir est également la satisfaction des besoins des acheteurs », selon le Forum économique Mali-Canada Le karité malien est naturellement biologique, puisqu’il pousse à l’état sauvage. Néanmoins, les coopératives, les unions des producteurs et des exportateurs de la filière karité optent, de plus en plus, pour le principe de la certification, afin d’être en phase avec les règles et les normes du commerce international et d’assurer le maintien du développement durable de leurs activités. Pour ce faire, ils adhèrent aux organisations de certification (FLO-CERT, ECOCERT) et d’accréditation comme bio partenaire (bio équitable, bio solidaire), Mouvement biologique malien pour la certification des produits (MOBIOM). Par ailleurs, des initiatives d’amélioration du parc, par le reboisement et la reforestation sont prises pour une meilleure protection des peuplements dans le but d’augmenter fondamentalement l’offre exportable et de satisfaire la demande des clients. MD (AMAP)
Poulets : Les prix prennent l’ascenseur
Par Anne-Marie KEITA Bamako, 22 fév (AMAP) Lorsqu’une femme accouche, il est de tradition de préparer de la soupe pour la nouvelle maman. Pour sacrifier à cette tradition, Mme Camara Fatoumata Touré s’est rendue au marché de volaille de Kati pour acheter deux poulets et préparer une soupe pour sa belle sœur qui venait d’accoucher. Avec un billet de 10 000 Fcfa, elle espérait avoir deux poulets locaux. Elle a été surprise par une augmentation des prix. En plus de la hausse, il est aussi difficile de trouver un poulet physiquement satisfaisant du fait de la mauvaise alimentation de la volaille. Mme Camara s’est donc tournée vers le poulet de chair dont elle croyait avoir le kg à 2 000 Fcfa comme d’habitude. Là aussi, une vendeuse lui fait savoir que le kg de cette race est passé à 2. 00 Fcfa. Au marché de Kati comme ailleurs, il est aujourd’hui difficile de se procurer un poulet local sans débourser entre 5 000 à 7 500 Fcfa. Les causes de la hausse du prix de la volaille sont liées, selon le président de la Commission développement partenariat et financement de la Coopérative de valorisation des races aviaires locales (Wasaso), Cheickna Dianka, au coût élevé des ingrédients indispensables à l’aliment-volaille, notamment le maïs, source de protéines et autres additifs. Selon lui, d’autres causes seraient l’insuffisance de l’offre de volaille, la prévalence de maladies aviaires à cycle répétitif à la base de fortes mortalités, la faible organisation des producteurs avicoles et l’insuffisance des capacités techniques, institutionnelles et organisationnelles des acteurs du sous-secteur avicole. Evoluant dans l’aviculture depuis 5 ans, Ladji Bouaré, est un jeune entrepreneur qui s’intéresse à l’élevage. Il dispose de sa propre ferme de volaille. À ses dires, il a commencé par les poulets locaux pour ensuite aller vers la race métisse ou «barama» et finir avec la race 3/4. Concernant la flambée des prix de la volaille, ce jeune entrepreneur dit que le coût du transport a rendu difficile l’élevage surtout pour les races importées comme les «barama». La flambée du prix du carburant a, aussi, eu un impact sur l’importation des produits, notamment l’aliment volaille. S’y ajoute l’avènement de la Covid-19 qui a beaucoup freiné la production de certaines races importées. Selon Ladji Bouaré, le prix du principal ingrédient de l’aliment volaille qui est le maïs a pris l’ascenseur. Au moment de la Covid-19, le sac de 100 kg de maïs était vendu à 35 000 Fcfa contre 14 000 avant cette pandémie. Aujourd’hui, le même sac varie entre 28 000 et 32 500 Fcfa, soit une baisse légère. Aussi, l’aliment chair qui était cédé à 13 500 Fcfa a grimpé à 18 000 Fcfa aujourd’hui. Un autre aliment indispensable dans la production est la vitamine concentrée dont le sac a aussi subi une petite augmentation, passant de 35 000 Fcfa à 40 000 Fcfa. Le représentant de la Coopérative des producteurs de poulets de chair, Thierno Sidibé, confirme la hausse du prix du poulet de chair et du poulet local. Il ajoute que le coût de production d’un kilo de poulet de chair a connu une augmentation de presque 35%. Pour lui, cette augmentation est tout à fait justifiée par le coût élevé des matières premières indispensable à l’élevage de la volaille, notamment le maïs qui intervient dans l’aliment volaille à hauteur de 60%. Cet ingrédient, beaucoup sollicité dans l’alimentation des volailles et cultivé chez nous, était une chance pour le Mali. « Malheureusement, déplore-t-il, ce produit est exporté malgré l’interdiction d’exportation des produits alimentaires par les autorités maliennes. » Le tourteau de coton, un autre ingrédient dans l’alimentation volaille, est une source de protéines d’origine végétale. La production du tourteau de coton devrait donner aux éleveurs beaucoup de facilités. Le tourteau, capital dans l’aliment volaille, est importé du Burkina Faso. Cet aliment utilisé dans l’aliment de volaille à 20% a aussi connu une augmentation passant de 11 500 Fcfa à 16 000 Fcfa le sac de 50 kg. Sans compter les ruptures qui ont fortement perturbé le marché. Il y a aussi le son de blé qui a connu une augmentation assez remarquable passant de 100 à 200 Fcfa le kilo. Le kilo d’aliment pour les poulets de chair est passé de 300 Fcfa à 450 Fcfa, soit une augmentation de 40%. Et le kilo d’aliment de pondeuse qui était 250 Fcfa est passé à 400 Fcfa, soit 45% d’augmentation. Dans l’alimentation volaille, en plus des aliments cités, il faut compter les ingrédients qui viennent de l’extérieur comme le complexe minéral vitaminé (CMV) qui n’est pas fabriqué au Mali, mais importé d’Europe et du Maghreb. Ce produit a aussi connu une augmentation de presque 35%. À en croire Thierno Sidibé, le marché des poussins a aussi connu beaucoup de difficultés non seulement en termes de prix et de disponibilité. La cherté de l’aliment volaille, le transport des sujets ont été durement ressenti par les éleveurs qui enregistrent d’énormes pertes. À ces difficultés, s’ajoute le manque de moyens de production des éleveurs. D’ou une baisse de production et l’absence des poulets sur le marché. «Les producteurs ont beaucoup perdu parce que nous ne sommes pas rentrés dans nos coûts de revient pour faire des marges qui peuvent nous permettre de continuer notre activité», a regretté Sidibé. Il note que l’aliment volaille occupe 80 % des dépenses de production et quand il devient cher, les prix grimpent. Absence de subvention – Pour Lamine Traoré, secrétaire à l’organisation de la Fédération des intervenants de la filière avicole au Mali (FIFAM), ces augmentations sont à la base de la raréfaction. Lamine Traoré évoque aussi le problème de la subvention que l’État accordait aux producteurs et éleveurs sur certains types d’intrants importés de l’extérieur qu’on appelle les concentrés d’aliments volaille. Ces produits sont composés de vitamine, de minéraux et de protéines. L’État les subventionnait à 30% de remise à l’éleveur. Si par exemple l’éleveur achetait le sac à 65 000 Fcfa, avec cette subvention, il va l’acheter à 50 000 Fcfa.
Comatex-SA : Bientôt la reprise, selon le ministre en charge de l’Industrie
Par Mamadou SY Ségou, 13 fév (AMAP) «Au plus tard, au mois d’avril, il faut que la Compagnie malienne des textiles (COMATEX-SA) commence à produire ses fibres et tissus», après trois années de fermeture, a déclaré le ministre de l’Industrie et du Commerce, Mahmoud Ould Mohamed lors d’une visite de travail qu’il a effectuée dans la Région de Ségou (Centre). Il a assuré que la reprise des activités de la COMATEX-SA, qui compte 1 300 travailleurs, permettra le maintien des emplois existants et même la création d’autres. Au cours de son séjour dans la capitale des Balanzans, le ministre Mahmoud Ould Mohamed a rencontré de nombreux interlocuteurs qu’il a informés des dispositions prises par le gouvernement et celles en cours pour la relance de cette unité industrielle. Ces mesures ont trait à l’élaboration d’un contrat de performance, à la relecture du statut de l’entreprise, à la désignation d’un syndic par le Tribunal de commerce, au paiement d’arriérés de salaire et à la mise en place d’un comité de suivi. Le ministre Mahmoud Ould Mohamed a, par exemple, fait savoir qu’après le procès devant le Tribunal de commerce, l’État détient désormais 100% des actions de l’entreprise, c’est-à-dire qu’elle redevient une société étatique. Première usine textile du Mali inaugurée en 1968, la COMATEX était une entreprise d’État, avant d’être transformée en entreprise privée avec une participation majoritaire chinoise. Sa relance et celle de l’Usine malienne de produits pharmaceutiques (UMPP) «sont des programmes spéciaux du président de la Transition, le colonel Assimi Goïta qui y tient fortement. La COMATEX participe à la valorisation de la production nationale de coton fibre dans le cadre de la mise en œuvre de la politique de développement industriel par la création de valeur ajoutée et des emplois», souligne le communiqué du Conseil des ministres du mercredi 23 novembre 2022. Lors de ce Conseil des ministres, le ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, a informé le Conseil du plan de relance de la COMATEX qui est confrontée actuellement à des difficultés de divers ordres. Pour l’aider à sortir de cette mauvaise passe, le gouvernement a peaufiné un plan de relance qui nécessite un apport financier de l’État d’environ 6 milliards de Fcfa. Le Mali et son partenaire chinois ont signé, le 21 novembre 2022, un protocole d’accord pour l’installation de deux unités de filature de coton, soit trois jours avant l’adoption de ce plan de relance en Conseil des ministres. Ces unités seront implantées à Bamako et à Koutiala. La réalisation de ce projet, confiée à la société chinoise «Qingdao», nécessite un investissement de 300 millions de dollars, soit environ 180 milliards de Fcfa. Elle permettra la création de 5 000 emplois directs et 50 000 autres indirects. Dénommée Société malienne de filature (SOMAFIL), son capital est détenu à 85% par l’État du Mali à travers la Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) et à 15% par le partenaire chinois. L’unité de Koutiala aura une capacité de 20.000 tonnes de coton fibre par an à transformer en filet. Celle de Bamako va, annuellement, transformer environ 25.000 tonnes de coton fibre. L’objectif étant d’amener le taux de transformation du coton de 2% aujourd’hui à près de 10% et la valorisation du «Made in Mali». Au sortir de la campagne cotonnière 2021-2022, le Mali a enregistré une production record de 795.000 tonnes de coton. «La suite était de transformer ce coton ici chez nous et de capter les 30% de la valeur ajoutée qui nous échappait», déclarait le ministre en charge des Finances, lors d’une interview sur les antennes de la télévision nationale. Dans ce processus, le Centre de recherche et de formation pour l’industrie textile (CERFITEX) est «un outil indispensable et constitue le bras technique du ministre de l’Industrie et du Commerce pour la réalisation effective, le suivi de ces projets et la mise à disposition de ressources humaines qualifiées». Cette structure d’excellence deviendra bientôt Centre de recherche et de formation pour les industries légères et textiles (CERFILTEX), destiné à former davantage de ressources humaines qualifiées pour adosser à la production du coton des unités de transformation dynamiques afin d’exploiter toutes les opportunités de croissance. Les textes nécessaires à cet effet ont été adoptés lors du Conseil des ministres du 28 décembre 2022. C’est en septembre dernier que le président de la Transition, dans son discours à la nation, avait annoncé la reprise en main de beaucoup de sociétés. La relance de la COMATEX s’inscrit dans ce cadre. Cette Compagnie a cessé de produire du fait de difficultés de trésorerie et d’approvisionnement en matières premières. Les équipements de production aussi sont obsolètes. MS/MD (AMAP)
Moumouni Traoré : génial inventeur !
Par Oumar SANKARE Bamako, 25 janv (AMAP) Le 24 novembre 2022, lors d’une cérémonie de remise de matériels à des femmes spécialisées dans l’agro-industrie à Bamako, le ministre du Développement rural, Modibo Kéita, et sa délégation vont à la rencontre d’un homme. Au centre de leur attention, un séchoir solaire «Made in Mali». Le ministre Kéita écoute religieusement l’exposé de Moumouni Traoré, le concepteur de la machine. Les performances de cet appareil sont impressionnantes. En effet, il est capable de sécher 350 kg de pulpe de mangue par jour et de leur faire atteindre une qualité de conservation d’au moins deux ans. Tako Sylla, représentante des unités industrielles, ne cache pas son étonnement. «Depuis des années, nous nous donnons du mal pour trouver des machines à l’étranger ainsi que des techniciens pour les réparer en cas de panne. C’est un grand évènement que de savoir qu’on a un spécialiste malien à portée de main et établi sur place », commente-t-elle. Une semaine après, nous avons rendez-vous avec notre innovateur-concepteur à son atelier métallurgique à Magnambougou (Bamako). Look à la texane (stetson et bottes), Moumouni Traoré nous fait visiter ses installations. Dans l’atelier règne un vacarme assourdissant. On martèle, on découpe, on scie, on soude. Des machines déjà achevées attendent d’être enlevées. D’autres sont en cours de fabrication. Le natif de Sikasso nous explique ce qui l’a amené dans un univers qui n’est pas celui de sa formation d’origine. « Dans notre pays, 40 à 60% des productions fruitières, maraichères ainsi que des produits issus de l’élevage (viande, lait) sont perdus chaque année pour plusieurs raisons. À commencer par l’étroitesse du marché intérieur. Tous les produits arrivent à maturité à la même période. Une fois les besoins de consommation satisfaits, l’absence de structures de conservation fait que le restant est jeté», fait-il remarquer. Sans oublier, ajoute le sexagénaire, « l’enclavement des zones de production, le mauvais état des routes, la faible disponibilité de moyens de transport pour acheminer les produits des zones de productions vers les zones de consommation. » « Tout ceci combiné entraine des pertes énormes pour les producteurs », déplore l’innovateur. Au moment où la mangue pourrit à Sikasso, le même fruit est vendu à Gao à 500 Fcfa l’unité. De même, à Baguinéda des tonnes de tomates entassées au bord de la route ne trouvent pas preneur, faute de technologie de transformation et de conservation. Face à ces anomalies, notre interlocuteur énonce un credo très simple : «En tant qu’innovateur, nous avons donc décidé d’apporter notre contribution en mettant en place au niveau local des équipements faciles à fabriquer, à entretenir, à réparer en cas de panne et aisés à utiliser par les producteurs et les transformateurs», dit-il avec fierté, la tête pleine de rêves. LONGUE EXPÉRIENCE – Ce credo, Moumouni Traoré l’a forgé pendant 40 ans d’expériences diverses. Economiste de profession, le thème de son mémoire a porté en 1984 sur «L’étude du marché des chauffe-eau solaires à Bamako». Ce qui l’amène à effectuer des enquêtes auprès des laboratoires. «C’est là que je me suis intéressé à la production des équipements», précise-t-il. Par la suite, il devient un diplômé plein de rêves, mais sans emploi et avec un intérêt poussé sur le solaire. C’est alors qu’il était encore au chômage qu’il monte une société de séchage solaire à Yirimadio (Bamako) sans le moindre financement. Sa voie actuelle, il commence à la trouver en travaillant dans le milieu des ONG. Moumouni fera deux ans à Mopti dans l’installation des pompes solaires, des systèmes d’irrigation solaire et des puits dans plusieurs villages. «Il n’est jamais à court d’inspiration. Il expose ses idées et moi, je me charge de leur donner une forme matérielle», nous dit Ousmane Cissé qui est le partenaire de Moumouni depuis dix ans. «Travailler avec lui, c’est relever en permanence des défis. Quand il débarque avec une nouvelle idée, on discute et souvent tu as même l’impression que c’est impossible, mais au final on y arrive », relate le métallurgiste. La pratique du séchage solaire a toujours existé dans notre pays. Malheureusement, menée de manière primaire, elle est fortement aléatoire et agit négativement sur la qualité des produits. Or, les Maliens sont devenus de plus en plus exigeants vis-à-vis de ce qu’ils consomment. «Aujourd’hui, les femmes veulent des poivrons emballés, des piments et autres condiments de meilleure qualité. Elles sont sensibles à la différence qui existe entre le produit transformé et celui issu de la conservation traditionnelle», constate Moumouni Traoré. L’homme dresse un autre constat. «Les Maliens, soutient-il, disent que les Maliens n’aiment pas que tout ce que les Maliens eux-mêmes produisent. Moi, je dis non. En réalité, le problème, c’est que tout ce que les Maliens produisent est trop cher pour les Maliens. Le sachet de mangue séchée coûte 500 Fcfa, voire plus, alors qu’il peut être vendu à 100 ou 150 Fcfa de Kayes à Kidal toute l’année. A condition que le séchage soit bien fait, et le coût de fabrication maîtrisé. Il faut encourager la consommation locale. Ce qui va se répercuter positivement sur la commande chez les équipementiers locaux et sur l’artisanat local qui se modernise à la longue», explique-t-il. ENGOUEMENT – Le fabriquant ne s’interdit pas de rêver grand pour le Mali. «Avec le bétail au Nord, le poisson et le bétail au Centre, les fruits et les légumes au Sud, il y a suffisamment de ressources pour transformer, conserver et vendre les différents produits des zones excédentaires vers les zones déficitaires», analyse-t-il. Ce qui renforce sa foi, c’est l’engouement de la jeunesse pour la technologie. «J’ai vu des jeunes produire des petits multiculteurs à partir de moteurs de moto Djakarta, d’autres qui fabriquent des drones et, récemment, des Maliens ont remporté le premier prix d’une compétition de robotique aux États-Unis» s’enthousiasme-t-il. Pour lui, « il y a juste, dans notre pays, un manque d’accompagnement des porteurs de projets. Nous avons des centres d’innovations et des services techniques qui malheureusement ne sont pas encore synchros avec les apprentis promoteurs ». Inutile de dire que Moumouni Traoré est, lui,
L’agro-industrie peine à tenir ses promesses au Mali
Par Oumar SANKARE Bamako, 25 janv (AMAP) Le Mali traverse une crise profonde depuis 2012, qui a impacté toute l’économie et réduit la capacité de l’État à accompagner le développement. Illustration : le cas de l’agro-industrie, un secteur prometteur qui peine à prendre son envol. «L’industrialisation traîne au Mali faute d’accompagnement de l’État, comparé au Ghana, à la Côte d’Ivoire et au Burkina Faso», estime la directrice générale de Sahel Industrie, Aminatou Touré. « À titre d’exemple, note-t-elle, en Egypte, l’État accompagne en matière de financement et d’appui logistique les entreprises qui font de l’exportation. » Dr Fatimata Cissé est la directrice du laboratoire de technologie alimentaire, à l’Institut d’économie rurale (IER). Elle coache un étudiant sur l’importance de la valeur nutritive et le goût d’un produit qu’il lui présente dans un bocal vert après l’avoir goûté. Ce laboratoire s’occupe de l’amélioration et de la mise au point des techniques de transformation et de conservation des produits agroalimentaires. Sa directrice préconise la création d’unités industrielles pivot dans tous les secteurs où le Mali a un avantage comparatif. «La filière est sous exploitée malgré l’énorme potentiel. Dans les années 1970, il y avait des champions industriels comme Huicoma à Koulikoro. Une telle unité peut être mise en place dans les zones de production de mangues, tomates, arachides, de coton … « pour le marché intérieur et pour l’exportation afin de faire rentrer des devises», analyse-t-elle. « Mais, s’empresse-t-elle d’ajouter, cette façon de faire ne peut réussir sans un système éducatif adapté aux besoins et aux réalités du pays et qui oriente les jeunes vers ces filières porteuses pour réduire le chômage endémique». Tako Sylla, directrice de USTako Sarl, partage cette analyse du Dr Fatimata Cissé. Son entreprise opère dans la transformation agro-alimentaire. Elle possède un séchoir de pulpe de mangue semi-industrielle. Elle soutient que les entreprises ne peuvent véritablement se développer sans l’implication de l’État qui doit leur accorder des facilités en termes d’accès aux financements à moindre coût et assurer la disponibilité de l’énergie à temps plein pour permettre aux machines de tourner. L’État doit aussi promouvoir des alternatives comme l’énergie solaire afin d’amoindrir les coûts. Il faut, par ailleurs, envisager le problème de mise sur le marché des produits agricoles transformés (distribution) et faire la promotion de nos produits locaux au niveau national, particulièrement au sein des ministères et autres structures. potentiel agricole – Faut-il alors compter sur les projets financés de l’extérieur pour apporter un appui ? Le Projet d’appui à la compétitivité agro-industrielle au Mali (PACAM), un vaste projet de la Banque mondiale dans la filière, entend contribuer à la levée des défis et au développement du potentiel du secteur agricole. Cela afin de réduire les pertes post-récoltes, d’améliorer la transformation des produits agricoles et de faciliter l’accès aux marchés des produits frais et transformés. Le projet a fourni un appui à la stratégie du gouvernement à travers 4 composantes : augmenter la transformation et l’exportation des mangues, améliorer l’accès aux zones de production de mangues, promouvoir la production d’alimentation animale et renforcer les capacités institutionnelles et de mise en œuvre. Fatoumata Ba Haïdara, coordinatrice du PACAM, explique que pour «faciliter la collecte et la commercialisation de la mangue dans les grands bassins de production, le projet a construit six centres de collecte et de commercialisation de la mangue à Yanfolila et à Sikasso, doté la jeunesse de dix sociétés coopératives en matériels et équipements d’entretien et de production des vergers de mangue». Autre volet : l’alimentation animale. En la matière, le projet a financé 48 sous-projets dans le cadre d’alliances productives entre le PACAM, la Banque nationale de développement agricole (BNDA), les emboucheurs et l’abattoir Laham industrie. Conscient du problème d’accès aux matières premières, le PACAM a aussi réhabilité 300 km de pistes rurales dans les Cercles de Sikasso et de Yanfolila. « Ces pistes rurales permettront l’évacuation de 35.000 tonnes de mangues supplémentaires », selon Fatoumata Ba Haïdara. DIFFICILE ACCÈS AU FINANCEMENT – «La principale contrainte au niveau du projet est comment pérenniser les acquis après le projet», explique la coordinatrice du PACAM. Ensuite, il faut parvenir à une extension des activités du projet dans d’autres zones de production. Il convient, également, de relever que les acteurs de certaines filières porteuses, non prises en compte par le projet, comme le karité, le sésame, la pomme de terre, l’horticulture l’ont sollicité à maintes reprises pour des appuis techniques et financiers. Au niveau des acteurs, le difficile accès au financement au niveau de tous les maillons reste une réalité. Le vieillissement des vergers est également un véritable challenge. Il faut donc moderniser les vergers par la reconversion et la plantation de nouveaux vergers. À cela, il faut ajouter l’insuffisance des équipements et matériels de production, de transformation et de post-récolte, l’insuffisance de logistique de transport adapté. Une autre difficulté, et pas des moindres, est le problème de certification des vergers et des produits transformés. Enfin, il y a le problème d’accès à certaines zones de production. Ahmadou Cissé a travaillé dans plusieurs projets de développement pendant 20 ans. Aujourd’hui, fonctionnaire international, basé au Ghana, il estime que beaucoup de projets n’apportent pas les résultats attendus «à cause du népotisme». « Très souvent, déplore-t-il, les bénéficiaires sont choisis par affinités, alors qu’on peut se demander s’ils répondent aux critères. Sans oublier le problème lié au suivi des bénéficiaires, qui permettrait de corriger les failles». Un autre problème est la capacité des bénéficiaires des projets. «Les bénéficiaires sont souvent incapables de monter des rapports techniques et financiers conformes, ils sont responsables de dépassements dans les dépenses, la fiabilité des justifications et la gestion administrative sont douteuses». Alors que si ces éléments ne sont pas conformes, les bailleurs plient bagages ou ne débloquent plus les fonds. Plusieurs projets ont ainsi été fermés sans que les fonds alloués n’aient été dépensés totalement. OS/MD (AMAP )

