Mouton de la Tabaski : Hors de prix
Par Ahmadou . CISSE Bamako, 21 juillet (AMAP) Dans les rites et traditions musulmans, immoler un mouton lors de la fête de Tabaski est une recommandation pour chaque famille. Seulement le prix de la bête n’est pas à la portée de toutes les bourses. A quelques jours de la fête, le bélier est hors de prix surtout dans les grandes villes, dont Bamako, la capitale malienne. La crise actuelle dans le pays n’est pas pour arranger la situation. Au contraire, la précarité gagne les foyers, car l’argent devient rare. Le marché à bétail de Lafiabougou est l’un des plus animés en cette veille de fête de l’Aid El Kébir. Les peuls et les dogons ont, semble-t-il, monopolisé le marché du mouton. Plusieurs milliers de têtes sont proposées à la vente. Les prix vont de 70.000 à 150.000 Fcfa pour les plus ordinaires. Pour les plus nantis des clients, il y a également ce qu’il faut. Certains béliers bien nourris rivalisent de gabarit avec les veaux. Leur prix peut aller jusqu’à 500.000 Fcfa. « Cette catégorie de béliers est généralement acheté par les plus aisés », confie Aldjouma, commerçant de moutons, très respecté dans ce marché où humains et bêtes se marchent sur les pieds. «Nous dormons ici parce que c’est notre travail», dit fièrement un autre, le frère d’Aldjouma qui est arrivé la veille avec plusieurs dizaines de moutons de Koro, dans la Région de Mopti (Centre). A travers la ville de Bamako, les vendeurs ambulants ont déjà commencé à arpenter les rues. Avec deux ou trois moutons, ils vont à la recherche de clients. «Cette année, les moutons seront hors de prix. C’est du moins mon constat », confie un enseignant qui attend le virement de son salaire à la banque pour s’en offrir un. Avec ses maigres ressources attendues dans son compte, déjà à découvert, notre instituteur réfléchit déjà à un plan B. Il n’écarte pas l’hypothèse de se contenter d’un bouc ou d’une chèvre. « L’essentiel est de verser du sang d’une bête», se console-t-il. Abdoulaye Sidibé traine derrière lui trois béliers. Robes blanches, les animaux ont fière allure. Bien nourris, les ruminants mettent à rude épreuve les nerfs du berger qui présente, contrairement aux béliers, des signes visibles de malnutrition. Au Quartier du fleuve, non loin d’une station-service, il marque une pause, histoire de prendre quelques forces. « Hé petit peul, combien coûtent ces béliers ? », interroge un client, sous le formidable prétexte du cousinage à plaisanterie. Avec le sourire, le berger renseigne son «petit captif» : 175.000, 150.000 et 130.000 Fcfa pour le bélier sans cornes. Et il s’empresse d’ajouter quelques arguments commerciaux : «Regarde toi-même, ils sont biens nourris et relativement abordables par rapport au prix du marché». Un marchandage commence. Les deux hommes ont mis plus d’une demie heure à discuter sans pouvoir se mettre d’accord sur un prix. L’acheteur potentiel aura peut-être son bonheur ailleurs. Qui sait ? Les moutons continuent d’arriver à Bamako même si la clientèle n’est pas encore au rendez-vous dans les nombreux parcs à bétails de la capitale. Certainement, la semaine précédant la fête sera cruciale pour ces nombreux marchands de moutons qui ont effectué le déplacement dans la capitale dans l’espoir de faire un maximum de profits. AC/MD (AMAP)
Sur le vif : Responsabilité (de Bréhima Touré)
La mission de la Cedeao a quitté le Mali sous les imprécations de certains de nos compatriotes. Comme ce fut le cas en 2012, lors du coup d’Etat d’Amadou Haya Sanogo, lorsque l’organisation ouest-africaine a rappelé que son Protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance bannit toute prise du pouvoir par des voies anticonstitutionnelles. Ces respectables messieurs ne méritent pas nos quolibets. La bronca contre eux ne nous fait pas avancer d’un pouce. Bien au contraire. Si les voisins se précipitent pour essayer d’éteindre l’incendie qui couve sur les rives du Djoliba, ce n’est pas parce qu’il y a un risque de renversement d’un président élu, c’est bien parce que la situation du Mali inquiète profondément au-delà de nos frontières. Nous risquons de devenir le point de départ d’un incendie qui épargnerait peu de pays de la région ouest-africaine. Le Mali est un Etat pivot à partir duquel, on peut atteindre n’importe point de l’Afrique de l’Ouest. Ce serait une injure de dire que les autres mesurent plus que nous-mêmes l’importance de notre pays sur le plan géostratégique. Quoique notre comportement incite à le croire. Tout à leur élan révolutionnaire, certains compatriotes réclament rien de moins que la démolition de la maison commune pour la reconstruire après. Quand le gros temps menace, ce n’est pas très prudent de démolir son abri. Voilà pourquoi l’organisation intergouvernementale n’a pas l’intention de nous laisser courir à l’abîme. «La Cedeao mettra tout en œuvre pour la réalisation effective des mesures proposées et demeurera saisie de la question», préviennent ses émissaires dans leur communiqué final. La médiation de la Cedeao monte en gamme sur le dossier malien. Elle annonce l’arrivée, le 23 juillet prochain, pour une mission de médiation, des présidents Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire, Issoufou Mahamadou du Niger, Akufo-Ado du Ghana et Macky Sall du Sénégal. Si l’équipe de Goodluck Jonathan n’a pas fait droit à l’exigence de démission du président de la République, cela est parfaitement compréhensible. Avaliser un changement de pouvoir ne respectant pas ses principes, revient pour la Cedeao à encourager la possibilité d’un effet domino dans une région ouest-africaine déjà en proie au péril terroriste, dont notre pays est déjà l’un des foyers importants. A l’état actuel de la situation, difficile de nourrir un quelconque optimisme dans le sens d’un Mali apaisé et stable. Le pourrissement est l’hypothèse la plus plausible. Pouvoir et contestation ne sont pas parvenus, malgré les efforts louables de la mission de médiation de la Cedeao, à s’accorder sur l’essentiel. C’est dire que nous ne sommes pas encore arrivés à faire abstraction de nos égos, de nos querelles personnelles, de nos ambitions plus ou moins avouées, pour mettre en avant le Mali, contrairement à ce que nous clamons à cor et à cri. La responsabilité est une exigence aussi bien pour les gouvernants que pour ceux qui aspirent à gouverner. Il est plus sage de prendre le temps de mener patiemment des réformes pour asseoir des institutions qui tolèrent moins d’écart de conduite de la part des dirigeants. La pratique « ôtes-toi de là que je m’y mette » est contreproductive. L’histoire de notre pays nous l’enseigne abondamment. Presque tous nos dirigeants quittent le pouvoir sous les invectives pour ne pas dire plus. Moussa Traoré, Alpha Oumar Konaré, Amadou Toumani Touré… tous ont quitté le pouvoir sous nos propos sarcastiques, très souvent bien loin de la réalité. Même Modibo Keita, le père de l’indépendance, a eu son lot de sarcasmes, après sa chute. Et Ibrahim Boubacar Keïta ? Ironie du sort : dès qu’ils quittent le pouvoir, nous les regrettons parce que les promesses du changement sont rarement à la hauteur des espérances. A cause certainement de l’impréparation, de l’impatience à s’installer au pouvoir. Il serait salutaire de rompre avec ce cycle infernal qui ne fait qu’enfoncer le pays, de façon inexorable, dans une crise sans fin. Nous serions mieux inspirés d’éviter de créer une situation incontrôlable qui nous ferait regretter l’espace de liberté qui permet, aujourd’hui, à chacun de s’exprimer sans crainte. Les démons de la violence sont tapis dans l’ombre et piaffent d’impatience de mettre en lambeaux notre paix sociale, fragilisée déjà par la double crise sécuritaire et sanitaire. Évitons de libérer ces démons de leur chaîne. Les pertes en vies humaines de la semaine dernière nous en donnent un aperçu dramatique. La trêve de la Tabaski, si elle se confirme, donne une lueur d’espoir. L’arrivée de quatre chefs d’Etat ouest-africains pourrait transformer cette lueur d’espoir, espérons-le, en une lumière pour éclairer notre chemin vers la sortie de crise. B. TOURE
Kangaba : Validation du plan d’aménagement et de gestion de la forêt classée
Kangaba, 21 juillet (AMAP) Le Préfet de cercle, Mahamadou Maïga a présidé le 14 juillet dernier à Kangaba, les travaux de l’atelier de restitution et de validation du plan d’aménagement et de gestion (PAG) de la forêt classée, a constaté l’AMAP. Organisé par la Direction Nationale des Eaux et Forêts (DNEF), l’atelier sur la forêt classée de Kangaba située entre les communes de Minidian et de Kaniogo, visait la présentation des résultats de l’étude pour une compréhension de la méthodologie adoptée et de la connaissance du potentiel que renferme en terme de diversité biologique ladite forêt classée. Le chef de l’exécutif local a salué l’organisation de l’atelier dont la mise en œuvre du plan permettra de sécuriser la forêt classée de Kangaba qui connait, tout comme la majeure partie des forêts classées du pays, des empiètements humains. A l’issue de la rencontre, l’atelier a formulé des recommandations dont l’identification et la géo référenciation des sites touristiques à l’intérieur de la forêt, le renforcement des capacités humaines et logistiques du Cantonnement des Eaux et Forêts pour la mise en œuvre du Plan et une forte implication des Collectivités et des populations riveraines de la forêt classée. Le présent plan d’aménagement est un document qui doit permettre la réalisation des objectifs fixés à savoir, la préservation de la biodiversité, la satisfaction des besoins des populations locales et leur implication dans la gestion des ressources forestières. La rencontre s’est déroulée en présence du représentant du directeur national des Eaux et Forêts, du président du Conseil de cercle, du directeur régional des Eaux et Forêts, du représentant des maires des communes de Minidian et de Kaniogo et des représentants des villages de Kangaba, Kéla, Salamalé, Sakolenda. SD/KM (AMAP)
Covid-19 au Mali : Aucun cas enregistré, ni de décès lundi
Bamako, 20 juillet (AMAP) Les services sanitaires n’ont enregistré aucun cas positif à la Covid- 19, ni de décès lundi au Mali, a appris l’AMAP de source officielle. L’Institut de santé publique (ISP) précise par ailleurs, que 1851 patients sont guéris sur 2875 cas positifs décelés avec 121 décès enregistrés dans plusieurs localités du pays. Les services sanitaires qui invitent les populations au calme et à l’observation des mesures préventives, déclarent que 647 cas contact font l’objet d’un suivi quotidien. KM (AMAP)
Crise politique au Mali : Les recommandations de la CEDEAO
Bamako, 20 juillet (AMAP) La mission de médiation de la Communiqué économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dirigée par l’ancien président du Nigeria, Goodluck Jonathan, ont partagé, dimanche, leurs recommandions après quatre jours de pourparlers avec les différents acteurs de la crise sociopolitique que traverse le Mali. Face à la presse, Goodluck Jonathan accompagné par le ministre des Affaires étrangères du Niger, Kalla Ankourao, le président de la Commission de la CEDEAO, Jean-Claude Kassi Brou, et par le président de la Commission aux affaires politique, paix et sécurité de l’organisation, le général Francis Béhanzin, a indiqué que l’organisme sous régionale a décidé de s’engager pour trouver une solution idoine à la crise que traverse le Mali, précisant que cette démarche entre en droite ligne de la tradition de l’Union africaine (UA). Dans un communiqué lu par Jean-Claude Kassi Brou, la mission de médiation condamne toutes violences. Elle recommande aux autorités maliennes de finaliser toutes les enquêtes sur les décès survenus lors des manifestions des 10, 11, 12 juillet 2020. “Ces enquêtes, poursuit le communiqué, doivent s’étendre également à toutes les violences de destruction de biens publics et privés”. En outre, concernant la reconstitution de la Cour constitutionnelle, la CEDEAO propose que la Présidence et le Conseil supérieur de la magistrature nomment, chacun, trois membres, en attendant le règlement des différends sur les élections législatives. En précisant que “les nominations relevant du président de la République se feront sur une base consensuelle, en associant toutes les parties prenantes”. Ainsi, préconise l’organisation sous régionale, “les six membres de la Cour nommés devront délibérer et examiner les résultats des élections législatives concernant les 31 sièges faisant objet de contestation”. Dans ses recommandations, la mission note qu’après la résolution du litige sur les 31 sièges de l’Assemblée nationale, celle-ci reconstituée, sur une base consensuelle, nommera ses trois membres pour compléter la formation de la Cour constitutionnelle. La mission de la CEDEAO invite, également, à mettre en place de toute urgence un gouvernement d’union nationale. Elle préconise que 50% des membres du futur gouvernement provienne de la coalition au pouvoir, 30% de l’opposition et 20% de la société civile. Ce gouvernement devra accorder une priorité à l’amélioration de la gouvernance, aux reformes prévues dans les conclusions du Dialogue national inclusif et accélérer la mise en œuvre de l’accord d’Alger. La CEDEAO propose la date du 31 juillet 2020, au plus tard, pour la mise en œuvre effective des recommandations. Par ailleurs, la mission rappelle l’importance et la nécessité du respect des Institutions de la République, notamment les voies constitutionnelles pour l’accession au pouvoir. Aussi, rappelle-t-elle que “toute forme de changement non constitutionnel d’accession au pouvoir ne sera pas acceptée par la CEDEAO”. Elle annonce la mise en place immédiate d’un comité technique de suivi des recommandations. Ce comité sera composé des représentants des diverses sensibilités concernées. Enfin, les émissaires de la CEDEAO félicitent l’adhésion de toutes les délégations rencontrées au cours de la mission et réitèrent son invitation au gouvernement du Mali à intensifier les efforts pour obtenir la libération de Soumaïla Cissé, chef de file de l’opposition, enlevé en mars dernier. MT/MD (AMAP)
Covid-19 au Mali : Le nombre de contamination en baisse avec seulement 3 cas enregistrés samedi
Bamako, 20 juillet (AMAP) Le nombre de contamination à la Covid-19 a baissé samedi avec seulement 3 cas enregistrés samedi, portant le total à 2475 cas dont 1828 guéris et 121 décès, a appris l’AMAP de source officielle. L’Institut de santé publique (ISP) précise que sur les 3 nouveaux cas décelés samedi, 1 cas a été enregistré à Tombouctou, 1 cas à Diré (6ème région), et 1 cas en CVI du district de Bamako. Les services sanitaires déclarent que 785 cas contact font l’objet d’un suivi quotidien tout en invitant les populations au calme et à l’observation des mesures préventives, KM (AMAP)
Covid-19 au Mali : 27 nouveaux cas enregistrés vendredi
Bamako, 20 juillet (AMAP) Vingt sept (27) nouveaux cas positifs à la Covid-19 ont été enregistrés vendredi, portant le nombre total à 2467 au Mali dont 1791 guéris et 121 décès, a appris l’AMAP de source officielle. L’Institut de santé publique (ISP) précise que sur les 27 nouveaux cas décelés vendredi, 1 cas a été enregistré à Koulikoro (2ème région), 2 cas à Yanfolila (3ème région), 1 cas à Gao, 3 cas en CI, 3 cas en CII, 1 cas en CIII, 10 cas en CIV, 1 cas en CV et 5 cas en CVI du district de Bamako. Les services sanitaires déclarent que 853 cas contact font l’objet d’un suivi quotidien tout en invitant les populations au calme et à l’observation des mesures préventives, KM (AMAP)
Covid-19 au Mali : 27 nouveaux cas enregistrés vendredi
Bamako, 19 juillet (AMAP) Vingt sept (27) nouveaux cas positifs à la Covid-19 ont été enregistrés vendredi, portant le nombre total à 2467 au Mali dont 1791 guéris et 121 décès, a appris l’AMAP de source officielle. L’Institut de santé publique (ISP) précise que sur les 27 nouveaux cas décelés vendredi, 1 cas a été enregistré à Koulikoro (2ème région), 2 cas à Yanfolila (3ème région), 1 cas à Gao, 3 cas en CI, 3 cas en CII, 1 cas en CIII, 10 cas en CIV, 1 cas en CV et 5 cas en CVI du district de Bamako. Les services sanitaires déclarent que 853 cas contact font l’objet d’un suivi quotidien tout en invitant les populations au calme et à l’observation des mesures préventives, KM (AMAP)
Sortie de crise au Mali : « La recherche d’une paix durable au Mali est une tâche qui doit être accomplie », a déclaré Goodluck Jonathan
Bamako, 17 juillet (AMAP) Les médiateurs de la mission internationale conduite par l’ancien président nigérian, Goodluck Jonathan, ont multiplié les rencontres avec les acteurs maliens, dans la recherche d’une solution consensuelle de sortie de crise. Après une série rencontres avec plusieurs acteurs de la crise, les émissaires de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont rendu, vendredi, une visite de courtoisie au président Ibrahim Boubacar Keita. Goodluck Jonathan et son équipe ont, également, été reçus par l’ancien président de la transition, Pr Diouncounda Traoré, le même jour. « Nous avons poursuivi notre consultation avec une visite au président malien, Ibrahim Boubacar Keita, et l’ancien président de la transition, Diouncounda Traoré, à Bamako. Je suis encouragé par l’optimisme des aînés et des hommes d’État maliens et leur confiance explicite dans notre médiation. La recherche d’une paix durable au Mali est une tâche qui doit être accomplie », a écrit Goodluck Jonathan sur sa page Facebook vendredi. AT/MD (AMAP)
Cérémonies sociales à Bamako : Les bons comptes font les bonnes amies
Par Maimouna SOW Bamako, 17 juillet (AMAP) A Hamadallaye, un après-midi ensoleillé, dans une rue de ce vieux quartier de Bamako, la capitale malienne, une foule déchainée, avec à sa tête Kadia, poursuit deux jeunes dames. Les poursuivantes sont décidées à en découdre avec celles qu’elles pourchassent. Essoufflée par la course, encouragée par les cris de la foule, Kadia assiège ses adversaires. Les deux dames ont trouvé refuge devant la concession de la famille Traoré, dans la rue 105, près du lycée Prosper Kamara. Kadia jure de rester éternellement devant le portail, s’il le faut, pour faire payer leur insolence à celles qui l’ont déshonorée. Quel est l’objet du courroux de Kadia ? Elle n’est pas en mesure de répondre. Les yeux rouges de colère, elle continue de proférer des injures. Sa grande sœur Assan cherche à la raisonner et l’invite à laisser tomber. Assan témoigne : « Quand Kadia a accouché, il y a deux ans, son amie, devenue son ennemie, lui a apporté une soupe de poulet et Kadia a reçu de cette même amie, le jour du baptême de son enfant, une pièce de six pagnes ‘Hiterget’ et 10.000 Fcfa. Après l’accouchement de Mama, la partie adverse, Kadia lui a offert une soupe de tripes et un pagne «trois pièces », bas de gamme le jour du baptême ». Mama n’a pas attendu longtemps pour exprimer sa réprobation. Après le baptême, elle s’est rendue dans la famille de Kadia pour être remboursée. Le témoin, Assan, ajoute qu’elle a toujours participe aux cérémonies sociales de la famille de Mama. « Quand sa maman est décédée, dit-elle, j’ai fait le déplacement jusqu’à Sikasso pour assister aux obsèques. Nos deux familles se fréquentent depuis des années. Elle aurait dû se confier à moi, au lieu de tancer ainsi ma sœur ». Pourtant Assan comprend que Mama soit déçue en constatant que son amie Kadia n’a pas été à la hauteur de leur amitié, à travers des présents échangés, lors de cérémonies familiales. Elle a eu tort de retourner à Kadia le cadeau et d’exiger que celle-ci lui offre un de haut de gamme. Selon les explications de la sœur aînée, les deux dames en sont arrivées aux mains après des échanges vifs. La bataille visiblement a été remportée par Kadia appuyée par des éléments des familles voisines. Les habitants du quartier ont estimé que l’amie venue du Badialan II est coupable d’agression à domicile sur Kadia. Pour échapper à la furie, Mama et son accompagnatrice se sont sauvées pour se réfugier dans la famille Traoré. Aujourd’hui, les cérémonies de baptême ont reçu le sobriquet de « fadew kéné » en bambara. Ce qu’on pourrait traduire, approximativement, en français, par « champs d’honneur » où il faut être à la hauteur de la largesse dont on a, auparavant, bénéficiée : « Je te donne un beau cadeau. En retour, tu me donneras un beau cadeau ». Du donnant donnant. Et gare à celle qui ne s’exécute pas en temps et en heure. Au Mali, toutes les maîtresses de maison sont fières et très honorées de recevoir de nombreux invités à leur cérémonie familiale de baptême ou de mariage. Le nombre de présence traduit la place qu’occupe la famille dans l’échelle sociale. Mais la quantité et la qualité de cadeaux offerts aux nouveaux mariés ou au nouveau né, au cours de ces événements heureux, reflètent les capacités financières des hôtes et la reconnaissance sociale de la participation des parents à toutes les cérémonies sociales organisées dans le village ou le quartier. Offrir ou recevoir des cadeaux repose sur le principe de la réciprocité qui commande de savoir rendre plus que ce que l’on a reçu. Quand ce sujet est abordé dans un salon de tatouage, Sitan Kanté, toute remontée, témoigne qu’elle ne peut pas travailler pour honorer des amies qui, à leur tour, n’en fassent pas autant pour elle. « La grossesse compte neuf mois. Si elles ne sont pas de mauvaise foi, toutes celles qui veulent t’honorer ce jour-là, en auront eu largement le temps », vocifère-t-elle. En effet, Sitan Kanté a déjà réglé ses comptes avec des amies « incorrectes ». Le lendemain du baptême de son fils, elle a appelé une copine pour la sermonner, « Mah, je ne t’ai pas vue au baptême de mon enfant. C’est ton problème. Mais garde moi le pagne que je t’ai offert pour le baptême de ton fils. Je viens, de ce pas, reprendre mon cadeau ». D’un quartier à un autre, celle qui n’a pas accepté pas d’être traitée par dessus-la jambe est partie récupérer son pagne. Et elle le fait savoir, fièrement, à qui veut l’entendre. Au Mali, les grandes dames aiment se mettre en valeur. Elles portent de coûteux grands boubous, de clinquants bijoux en or ou en plaqués, des foulards soigneusement attachés. Elles son maquillées à vous couper le souffle. Et quel sourire ! Quand elles distribuent des billets de banque. Chacune a son secret pour être au centre des cérémonies sociales. Avant ces jours spéciaux, elles se soucient uniquement de collecter les parures pour paraitre sublimes le jour « J ». Elles se battent dans les marchés, les services publics et privés, le créneau des petits métiers, pour se donner les moyens financiers d’être autonomes, de se faire remarquer et donner l’illusion qu’elles sont riches comme Crésus. Elles n’hésitent point à liquider les économies de plusieurs mois de travail au cours de ces cérémonies sociales. Mme Fall Djénéba réside à Sébenikoro. Elle est la seconde femme de son époux. Elle a accouché pendant le mois de ramadan. Le moment n’était pas propice pour les cérémonies fastueuses. Le baptême a été reporté. Ce temps a permis à Mme Fall et à ses proches de se préparer pour en mettre plein la vue de sa coépouse. La vedette/star du prochain baptême a confectionné trois tenues différentes : une pour le matin et deux pour le soir. Toutes ses amies et proches ont cousu une tenue uniforme en basin pour l’accompagner dans ses moments de folie des grandeurs. MS/MD (AMAP)

