Kayes : La lutte contre le terrorisme, une question épineuse

Par Bandé Moussa SISSOKO Kayes, 06 août (AMAP) L’attaque perpétrée, mardi, contre le poste de contrôle de Sandaré, Cercle de Nioro, relance la problématique de la lutte contre l’insécurité et le terrorisme dans la Région de Kayes, dans l’Ouest du Mali. Cette région partage une frontière commune avec des zones du Centre du pays où sévissent le djihadisme et le terrorisme. Ce combat nécessite des efforts accrus dans les domaines de l’équipement et de la formation pour le renforcement des capacités d’opération de nos Forces armées et de sécurité et l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. La question de la sécurité de la Région de Kayes avait été posée par le gouverneur, l’inspecteur général de police Mahamadou Zoumana Sidibé, lors de sa prise de contact avec les forces vives de la région de Kayes en 2019. Puis, il est revenu sur la question lors d’une conférence de presse, le 26 février dernier, dans la salle de conférence du gouvernorat pour solliciter l’appui de toute la presse et des communicateurs pour accompagner l’administration et les Forces armées du Mali (FAMa) dans la lutte contre ce fléau qui sème la psychose dans nos villes et campagnes. « Faisons attention aux réseaux sociaux qui sont plus violents que les terroristes. Nous avons instruit aux Forces armées du Mali de prendre toutes les dispositions pour contrecarrer le terrorisme, pour empêcher les terroristes de s’organiser dans la région de Kayes. Des patrouilles sont en cours», avait déclaré le gouverneur Sidibé, faisant allusion à l’incident qui a eu lieu à Diéma, en février dernier. Lors de cette attaque contre le camp de gendarmerie, deux travailleurs d’une société de forage avaient trouvé la mort après le refus du chauffeur d’obéir aux forces de sécurité qui lui avait demandé de s’arrêter. L’intervention énergique de nos forces a pu mettre en déroute les assaillants qui, selon le gouverneur de la Région de Kayes, n’ont pas pu emporter leurs morts, comme d’habitude. Une autre attaque meurtrière avait été menée par des terroristes contre le poste de péage de Diéma et contre des agents des Eaux de Forêts. « Les gens doivent faire énormément attention. Ces bandits se cachent dans la brousse, surtout vers la frontière mauritanienne, avant de commettre leur forfait. Ils ne peuvent pas venir s’installer à Sandaré, de peur d’être démasqués par les habitants. Dans ce village qui a l’allure d’une ville, tout le monde se connaît. Après leur forfait, ils peuvent quitter Diéma ou Sandaré pour regagner la localité mauritanienne de Tenaha, via Diongaga et Yélimané, sans tomber dans les filets des Forces de sécurité », soutient T. S, un habitué de l’axe Kayes-Mauritanie qui a préféré garder l’anonymat. Les terroristes et autres bandits armés peuvent accéder à la région, en passant par Diabali (Centre) qui n’est pas loin de Nioro du Sahel. Pourtant, les questions liées à la sécurité dans notre sous-région ouest-africaine figurent parmi les principales préoccupations de nos autorités, comme l’atteste la tenue régulière des rencontres tripartites regroupant des éléments des Forces armées et de sécurité du Mali, du Sénégal et de la Mauritanie. L’idée de cette initiative procède de la volonté de nos Etats à œuvrer ensemble afin d’assurer la quiétude de nos populations respectives. Le but étant de prévenir, sinon réduire, l’insécurité dans le secteur de la tri-jonction à travers la mutualisation des efforts dans la lutte contre les menaces transfrontalières, le terrorisme et la grande criminalité. La commune de Sandaré est composée de 23 villages. Le chef-lieu de la commune, Sandaré, est situé à 140 kilomètres de Kayes sur la route nationale 1 (Rn1). Située dans le Kaarta, cette commune est essentiellement peuplée par les Bambara auxquels s’ajoutent les Sonikés et les Peulhs. L’activité principale est l’agriculture, le maraîchage et l’élevage. Les produits agricoles sont l’arachide, le mil, le sorgho, le maïs. Le maraîchage donne l’oignon et la pomme de terre. BMS/MD (AMAP)

Tabaski à Gao : Le secret de la grillade traditionnelle

Par Mohamed TOURÉ Gao, 05 aout (AMAP) La communauté musulmane a célébré, vendredi dernier, l’Aïd el Kébir ou la fête de la Tabaski. Cette célébration musulmane est marquée par l’immolation de certains animaux domestiques comme le mouton, la chèvre, le bœuf ou le chameau « pour les fidèles qui en ont les moyens », comme le précise le Saint Coran. La conservation de la grande quantité de viande accumulée lors de cette commémoration peut poser problème dans certains milieux. Mais à Gao, dans le nord du pays, les familles perpétuent une tradition séculaire: la grillade. Le jour de la Tabaski, la cité des Askia respire l’odeur des grillades de viande. Presque dans toutes les familles, des fours de grillade sont fabriqués avec tout ce qu’on peut avoir sous la main : un vieux lit métallique, des barriques renversées ou encore des barres de fer. Dans un coin de la cour familiale, Faiçal Ibrahim s’active, tel un chef d’orchestre. Entouré de ses trois neveux, l’apprenti rôtisseur de circonstance attise le feu sous cinq carcasses de béliers installées sur un lit métallique transformé en grillage. «Je m’occupe de la grillade des moutons de la famille depuis 2009. A l’enfance, j’ai appris cette pratique avec mes oncles. Je suis entouré par mes neveux pour leur transmettre la technique», explique le jeune homme. Selon les vrais connaisseurs, cette pratique très ancienne consiste à conserver la viande, tout en lui donnant un bon goût. Selon le cuistot amateur, cette grillade permet de rendre la chair moelleuse, donc facile à déguster. «Quand nous égorgeons les bêtes, certaines parties (le foie, le cœur, les reins) sont rôties sur le petit grillage et mangées directement», détaille-t-il. Ces parties enlevées, le reste de l’animal est étalé au soleil, environ une heure, avant la mise au feu. La chair est ensuite assaisonnée avec une mixture à base de vinaigre, d’huile, de sel. «Cette sauce accélère la cuisson de la viande et lui donne bon goût», commente Faiçal Ibrahim. La viande est conservée plusieurs mois. Les techniques qu’explique Faiçal relèvent d’un savoir-faire transmis à travers les générations. «La grillade de viande pendant la Tabaski est une ancienne pratique à Gao. Les parents le faisaient déjà avant notre naissance», témoigne Alassane Touré, un septuagénaire à la retraite. Le patriarche confirme que la pratique permet de conserver la viande tout en lui donnant un bon goût. Les mêmes raisons sont avancées par Salamata Maïga, une enseignante à la retraite. Pour cette grand-mère, certaines familles abattent plusieurs moutons, dont il faut conserver une partie avec la technique de grillage. «Avant, la pratique n’était pas très répandue. Mais, aujourd’hui, dans une même famille, il arrive que cinq à six moutons soient sacrifiés», argue la pédagogue, pour qui la conservation d’une telle quantité de viande pousse les familles à se tourner de plus en plus vers la rôtisserie domestique. Dans la pratique courante, la grillade est la première phase du processus de consommation de la viande dans de nombreuses familles. «Généralement à Gao, le premier jour de la fête est consacré à la grillade de la viande. Au deuxième jour, la viande grillée est dépecée et des parts sont envoyées aux voisins, parents et personnes en nécessité», explique Salamata. Cependant, une grande partie de la viande grillée sera découpée en petits morceaux qui seront frits à l’huile pour être conservés encore plus longtemps. «Ces petits morceaux sont alors partagés entre les membres de la famille. Et même ceux, qui vivent dans d’autres villes ou même à l’étranger, auront leur part», confie la vieille maman. MT/MD (AMAP)  

Services publics et privés : Retour progressif aux horaires habituels de travail

Bamako, 05 août (AMAP) Les horaires habituels de travail, qui avaient été modifiés par les autorités du Mali pour éviter la propagation de la Covid-19, ont été rétablis sur toute l’étendue du territoire national, depuis samedi dernier, a appris l’AMAP de source officielle. La baisse progressive du nombre de victimes du coronavirus, ces derniers temps, a amené nos autorités à rétablir le temps normal de travail, à travers le décret n° 2020-0324/PM-RM du 24 juillet 2020 portant réouverture des frontières et rétablissement des horaires de travail. Ainsi, comme pendant la période d’avant Covid-19, du lundi au jeudi, le travail commence à 7h30 pour finir à 16 h, avec une pause observée entre 12h30 et 13h. Et de 7h30 à 17h 30, le vendredi, avec une pause allant de 12h30 à 14h30. Depuis mars, les services publics au Mali, tournaient de 7h30 à 14h, du lundi au jeudi, sans pause. Vendredi, le temps de travail était compris entre 7h30 et 12h30, sans arrêt. Cependant, certains services privés avaient fait des aménagements, tout en se conformant à ce temps de travail. Il était environ 14h30 quand, pour constater le respect de cette mesure, notre équipe de reportage est arrivée, lundi dernier, à l’agence de l’Energie du Mali (EDM) du Quartier du fleuve. Ici, tous les agents étaient sur place. Les guichets de paiement de factures tournaient à plein régime. Visiblement heureux d’être servi, Ousmane Minta a confié avoir payé sa facture d’électricité sans aucune difficulté. Toutefois, il a affirmé n’avoir pas pu régler sa facture d’eau à la Somagep de Baco-Djicoroni ACI, arguant que certains disaient que ce service n’était pas fonctionnel à cause des manifestations consécutives à la désobéissance civile. Assurément, cette psychose a dû pousser nombre de travailleurs présents à la Cité administrative à anticiper le départ, aux environs de 15h00. A notre passage en ce haut lieu de l’administration malienne – précisément au ministère des Maliens de l’Extérieur- les travailleurs se donnaient des conseils pour rentrer à la maison. Ils craignaient de rencontrer sur la route des manifestants « coupeurs de route ». Autre lieu, autre atmosphère, à la direction de la police aux frontières, sise à Hamdallaye ACI 2000, les agents étaient présents à leurs postes. A l’accueil, deux porteurs d’uniforme orientaient les usagers. « Je suis venue pour prendre le laissez-passer », nous a confié une jeune dame, patientant dans la file. A Orabank, non loin du monument Kwamé Nkrumah à Hamdallaye ACI 2000, les agents rivalisaient d’ardeur dans l’après-midi pour donner satisfaction aux nombreux clients. A quelques encablures de là, se trouve la Banque nationale de développement agricole (BNDA) où les agents étaient également présents. Un travailleur de cette institution financière a révélé que la semaine dernière, une note de service de la direction générale a informé le personnel du retour effectif des horaires normaux. « Cela a commencé depuis ce lundi matin. Et ça se passe plutôt bien », a laissé entendre notre interlocuteur. Pour lui, en termes d’amélioration du travail, cette nouvelle a été bien accueillie par le personnel. « Parce qu’avec la restriction du temps, la gestion n’était pas aussi aisée, compte tenu du volume du travail», a-t-il relevé. BD/MD (AMAP)

Démission des députés dont l’élection est contestée: Le ministre Bah concerte la classe politique

Bamako, 05 août (AMAP) Le ministre malien de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Boubacar Alpha Bah, a eu une série de rencontres, du mercredi 29 au jeudi 30 juillet 2020, avec les présidents et représentants de partis politiques, pour échanger, notamment, sur la mise en œuvre diligente de la recommandation relative à la démission des députés, dont l’élection est contestée Ces discussions ont eu lieu dans le cadre de l’apaisement du climat socio-politique et conformément à la mise en œuvre des mesures prises par les chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) pour résoudre la crise malienne. Le ministre Bah a initié ces rencontres afin de partager avec tous les présidents des partis politiques et regroupements de partis politiques les voies et moyens pouvant conduire à des solutions de sortie de crise. Les présidents et représentants de partis politiques ont salué la démarche du ministre de consulter la classe politique sur toutes les questions qui touchent la paix et la stabilité du Mali. Ils ont assuré le ministre de leur disponibilité à trouver des solutions idoines pour une sortie de crise. En félicitant Boubacar Alpha Bah pour sa reconduction à la tête du département de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, les responsables politiques et de groupements de partis politiques lui ont promis de ne pas ménager leur effort pour trouver des solutions politiques partagées afin de sortir notre pays de cette situation. Ces rencontres entre le ministre Bah et les présidents des partis politiques et regroupements des partis politiques se poursuivront. MK/MD (AMAP)      

Bamako-Gao par la route : Avec la peur au ventre

Par Mohamed TOURÉ Bamako, 05 août (AMAP) La crise sécuritaire que traverse le pays frappe de plein fouet certains secteurs comme le transport. Auparavant, 20 heures suffisaient pour rallier Bamako à Gao via la Route nationale (RN 16). Aujourd’hui, il faut compter, en moyenne, trois à quatre jours pour le même trajet. Les attaques systémiques, les enlèvements ciblés, l’état dégradé de la route sont, entre autres, problèmes auxquels sont confrontés les candidats au voyage vers le Nord du Mali. Avec la dégradation de la route qui ralentit la progression des véhicules, les attaques contre les bus de transport ont augmenté d’une manière exponentielle. Un phénomène nouveau prend de l’ampleur : les enlèvements ciblés de travailleurs des services étatiques. Du coup, la peur et l’anxiété gagnent les candidats à ce périple de 1200 km. Sogoniko (plus grande gare routière de Bamako, la capitale mlaienne), 4 heures du matin, la pénombre réduit encore la visibilité sur la ville À l’autogare d’une compagnie de transport de la place, une cinquantaine de passagers attendent stoïquement devant un bus. Les voyageurs, qui s’apprêtent à embarquer pour Gao, sont à l’écoute de l’appel de la liste des passagers. Déjà, les histoires d’attaques quotidiennement perpétrées sur la route qui mène à leur destination animent les discussions. « Un de nos bus a été attaqué, hier soir, entre Gossi et Gao. Les bandits ont tiré sur les pneus du bus, mais heureusement personne n’a été touché », souffle un apprenti au cours d’une discussion avec un groupe de voyageurs. Les regards inquiets et la peur au ventre, ces derniers grimpent dans le bus pour le trajet séparant la capitale de la Cité des Askia. DE NOMBREUX CANDIDATS AU VOYAGE – Malgré l’état dégradé de la route et l’insécurité de plus en plus grandissante, les voyageurs sont au rendez-vous. Ibrahim Touré, la trentaine, professeur d’université a Bamako, se rend à Gao, chaque année, pour fêter la Tabaski en famille. Mais cette année, l’enseignant reconnait voyager le ventre noué par la peur, compte tenu de son profil de professeur d’université, une cible potentielle pour un enlèvement. « Avant de venir, j’avais eu échos des enlèvements de certaines personnes ciblées. Cette année, c’était compliqué de venir par avion. Mais je voulais aussi expérimenter et voir de visu tout ce que j’entendais sur l’état délabré de la route et l’insécurité », explique Touré. Bien que conscient du danger sur la route, il a pris le risque, avec femme et enfant, de faire le voyage. «Je suis bien sûr inquiet, mais je me suis, aussi, dit que personne ne pouvait m’enlever ma liberté de me déplacer, chez moi, au Mali », soutient l’enseignant. En plus des voyageurs qui partaient fêter à Gao, nombre de jeunes originaires de pays voisins (Guinée, Côte d’ivoire, Burkina Faso) étaient du voyage. Ils se ruent vers le nouvel Eldorado des sites d’orpaillage récemment ouverts dans le Nord du pays. Pour certains, l’objectif est de tenter leur chance pour l’Europe via le Sahara, en passant par le Niger ou l’Algérie. David, jeune Guinéen, est de cette catégorie. Il arbore des cheveux peroxydés et une coiffure avec de petits « dreadlocks ». Accompagné de son ami, guinéen lui aussi, il est en route pour Gao. «Mon objectif est clair dans ma tête. Gao ne sera qu’une étape, je compte aller jusqu’en Italie», se projette le jeune homme. Mais il ne souhaite pas en dire plus sur la manière dont il va procéder, laissant tout de même comprendre qu’il a de la famille dans le pays transalpin. Ne dit-on pas que tous les chemins mènent à Rome ? Quelques jours plus tard, il nous indiquera que son bus n’a pas subi d’attaque sur le trajet. ATTAQUES SYSTEMATIQUES – L’aventurier Guinéen a de la chance car les attaques et les braquages de bus sont devenus presque systématiques ces dernières semaines sur le trajet Bamako-Gao. « Notre bus a été attaqué à deux reprises, à l’entrée et à la sortie de Hombori. Ils étaient une dizaine d’hommes armés circulant à motos. Ils fouillent les passagers et les bagages les uns après les autres. Les gens qui nous ont arrêtés, n’ont rien pris avec personne, mais avaient horreur de voir les symboles de l’Etat sur les pièces d’identité ou autres documents des voyageurs », relate Issa Maïga, étudiant à la faculté de Droit, venu à Gao pour des vacances. Ce genre de témoignages est monnaie courante ces derniers temps. Plusieurs témoins confirment qu’il n’est pas rare que certaines personnes suspectées d’être des militaires ou des agents de l’Etat soient enlevées. « Dans les alentours de Hombori, le plus sûr est de se débarrasser de sa carte professionnelle ou de tout autre signe d’appartenance à une structure de l’État », témoigne l’étudiant. Cette situation préoccupe les organisations professionnelles de chauffeurs et transporteurs routiers de Gao. De leur côté, les routiers confient s’efforcer de faire leur travail en respectant les conditions qui leur sont imposées sur la route. « La solution au problème ne peut être trouvée que dans le cadre d’un dialogue avec les groupes auteurs des actes, évoque un responsable syndical », qui ajoute : « Après tout, nous sommes tous entre Maliens, seuls des pourparlers peuvent nous aider à résoudre nos problèmes ». En attendant un début de solution à la situation, l’angoisse continue d’être le compagnon de route des voyageurs, au moment de traverser les zones à risque. « Chaque fois qu’on aperçoit des conducteurs de motas et des véhicules s’approcher, un calme de cimetière s’installe dans le bus. Tout le monde a peur de voir des hommes armés surgir de derrière un buisson ou une dune », décrit l’étudiant Issa Maïga. MT/MD (AMAP)      

Carnet de voyage : de Bamako, la capitale malienne, à Gao (Nord), l’odyssée

Reportage de Mohamed TOURE Bamako, 04 août (AMAP) La route menant de la capitale, Bamako, à la Cité des Askia, Gao (dans le Nord du Mali) est distante de près de 1200 km. Elle traverse une grande partie du pays, à travers les Régions de Ségou, Mopti, Tombouctou. Un voyage chaotique mais enrichissant que font plusieurs ressortissants du Nord, notamment la veille de la fête de la Tabaski. Ils prennent la route pour aller fêter en famille. Nous avons décidé d’aller fêter auprès des parents à Gao. En route pour un trajet d’au moins 48 heures, notre autocar a fait une halte à Niamana, le poste de contrôle à la sortie de la « Cité des trois caïmans », Bamako. Certains voyageurs effectuent la prière de l’aube à la va-vite et nous reprenons la route. Les histoires d’attaques sur la route animent les discussions dans le véhicule. A peine le car s’est-il éloigné du poste de contrôle qu’une dame surgit dans l’allée. Elle s’adresse aux passagers à la cantonade. « J’ai un produit exceptionnel à vous présenter. Une pommade qui soigne 20 maladies », lance la bonne dame. Pendant plusieurs minutes, elle vante les bienfaits de son « baume magique ». Des passagers ne tardent pas à manifester leur intérêt pour le produit. Notre vendeuse fait une bonne affaire. La dame est imitée, un peu plus tard, par un homme qui évoque sans tabous, dans un discours bien rôdé, des maladies de la sexualité. Diarra, se fait-il appeler, se moque visiblement du malaise que son discours cru provoque chez certains voyageurs. Perspicace et avec des métaphores grivoises, il parvient à arracher un sourire à la plupart des gens. Il n’y a pas que les produits médicamenteux en vente. Dans les gares routières et les postes à l’entrée des villes, des vendeurs proposent des œufs, des fruits, des gâteaux. Ces jeunes filles, pour la plupart, peuvent faire preuve d’une témérité remarquable. N’hésitant pas à monter dans les cars. SEGOU ET SES BALANZANS – De part et d’autre du ruban noir du goudron, le paysage offre un tableau merveilleux de verdure à perte de vue, en cette période d’hivernage. La Région de Ségou est spécifique par sa végétation caractérisée par la multitude de balanzans et de baobabs. La légende dit que le dernier arbre a été planté à l’envers. Pendant la saison des pluies, même les baobabs arborent un feuillage de verdure. Au fur et à mesure que le véhicule s’enfonce dans le pays profond, le voyageur peut mesurer l’étendue du territoire national et les potentialités naturelles dont il regorge. Dans les Régions de Ségou et de Mopti, d’immenses étendues verdoyantes s’étendent à perte de vue. La vie au quotidien aussi : des femmes qui pilent en groupe, des enfants occupés à jouer au bord des marigots, des animaux (chevaux, ânes, moutons, beaufs) se délectant des générosités de la nature. Sur le plan architectural, les maisons sont majoritairement en banco. Extraordinaire illustration du génie et du savoir-faire du Mali en matière de construction traditionnelle, des maisons et des cases en banco tiennent debout tout près d’immenses mares remplies d’eau de pluie. Preuve que ces constructions, qui paraissent rudimentaires, résistent même aux plus fortes quantités de pluie ou autres intempéries. SEVARE, LE CARREFOUR – Après 10 heures de route, nous voilà à Sévaré (Centre). Cette ville apparait comme une frontière imaginaire entre le Nord et le Sud du Mali. Elle présente un visage plus développé en terme d’infrastructures par rapport aux autres villes plus au Nord. La position de carrefour de la ville est un atout non négligeable. Elle lui confère une riche diversité culturelle, linguistique et ethnique. A la gare routière de Sévaré, les vendeurs de produits en cuir ou de viande grillée ont l’habitude d’interpeller les clients dans au moins trois langues. Ne dit-t-on pas que le client est roi ? Ici, les conversations passent du bamanan au peulh puis au songhay voire au français entre les mêmes interlocuteurs. La gare routière de Sévaré est célèbre pour ses pickpockets, capables des plus subtils larcins. A la sortie de la gare, un mouvement de foule brusque se crée. « Il est mort ! Il est mort ! », s’écrient certains passagers. La foule s’est massée pour lyncher un homme. Le malheureux baignant dans son sang aurait essayé de subtiliser le téléphone d’un voyageur dans les toilettes. La victime est arrivée à se défendre et à attirer l’attention de la foule. Celle-ci ne se fait prier pour appliquer sa sentence dans ce genre de situation. Heureusement, les sapeurs-pompiers sont venus secourir le présumé voleur avant que la foule ne commette l’irréparable A Sévaré, les mesures sécuritaires sont beaucoup plus strictes. Au poste de contrôle, les passagers descendent du car pour se soumettre à la vérification des pièces d’identité. Quelques militaires sont positionnés, plus loin, armes au poing. Un jeune agent des services sanitaires fait timidement passer un test de température au thermo flash aux voyageurs. Dans le car, l’inquiétude monte d’un cran car on entame les zones dangereuses. Les discussions sont animées sur les attaques de la veille, vers Gossi, par des coupeurs de route. « Subirons-nous le même sort ? », se demandent les voyageurs, en priant pour que tout se passe bien. KONNA, LA VILLE MARTYR – Bonjour Konnam ! La ville célèbre dans l’imaginaire populaire. C’est ici qu’a été stoppée la progression djihadiste en 2013. Konna arbore une statue à l’image de Damien Boiteux, premier soldat français tombé au Mali en 2013. Une école, des enfants et d’autres édifices portent le nom du pilote d’hélicoptère français. Il est 21 heures quand nous arrivons aux portes de Douentza. Il faut passer la nuit à la belle étoile. Une mesure de sécurité interdit d’entrer nuitamment dans les villes. Même à quelques encablures des agglomérations, les voyageurs sont obligés de passer la nuit au poste jusqu’au lendemain. Cela ne semble pas déranger les voyageurs, visiblement habitués. Aussitôt, un village spontané se crée. Pas moins d’une centaine de passagers, venant de plusieurs bus, louent des nattes à 200 Fcfa. Dans cette nuit noire, sous les étoiles ornant le

Tabaski : Les tickets de voyage à prix d’or

Par Oumar DIAKITE Bamako, 03 août (AMAP) Les tickets de voyage, à veille de la fête de l’Eid El Kébir ou Tabaski, ont coûté des yeux de la tête à ceux qui ont voulu se rendre dans leur village ou ville de l’intérieur pour cette fête familiale des musulmans. La plupart des compagnies de transport, évoluant dans le secteur informel, ont fait leur loi. Elles ont augmenté leurs tarifs à leur guise, sous prétexte que le voyage ne serait pas rentable si la compagnie maintenait le prix normal. Selon un convoyeur à la gare de Sogoniko, (Ndlr, la plus grande de la capitale malienne) les véhicules partent déposer les voyageurs et retournent à Bamako vides. « Si on n’augmente pas le prix du ticket de départ, notre voyage n’aurait servi a rien économiquement », justifie-t-il. Pour se rendre de Bamako à Yanfolila, un trajet qui devrait en temps normal coûter 2500 Fcfa. il a fallu débourser entre 4000 et 5000 Fcfa. Il est fraîchement 06 heures. Le même convoyeur nous présente l’autocar qui amènera ses clients à destination. Un vieux véhicule à la carrosserie délabrée et abimée par la rouille, comme s’il sortait d’un garage, après une réparation tant bien que mal réussie. Devant l’engin, deux jeunes garçons, au look et au verbe empruntés aux rappeurs, grognent contre le prix du ticket. « Ce n’est pas normal. Il faut qu’on achète une caisse (voiture) », se plaignent-ils quand le convoyeur leur demande de payer 5000 au lieu de 3000 Fcfa pour aller à Gulala, dans le Cercle de Yanfolila (Sud). Un autre jeune en boubou blanc tâché de boue pense que le jeu en vaut la chandelle. « Même s’ils disent 5000 Fcfa, nous allons payer parce c’est la fête », dit-il signalant que seuls les voyageurs qui sont à leur premier voyage montrent leur mécontentement. A l’intérieur de l’autocar, il y a trois types de passagers en fonction de leur arrivée. Ceux qui occupent les sièges, la deuxième classe concerne ceux qui sont assis sur des tabourets et des bidons, dans l’allée centrale, et le troisième est constitué de ceux qui sont débout. Pour une compagnie sérieuse, il est interdit que l’allée soit occupée par les bagages. Des agents de sécurité au niveau du poste de Sénou, sur la Route nationale (RN7), qui ont la lourde responsabilité d’empêcher un acte aussi périlleux, préfèrent vendre leur âme au diable. Mohamed Ouédraogo est sur le point d’embarquer pour Sélingué. Ce voyage lui coûtera 2000 Fcfa au lieu de 1500 Fcfa, en temps normal. Selon lui, les policiers sont bien au courant mais ils ne s’intéressent qu’à leur rançon. Notre convoyeur ne dira pas le contraire. « Les agents de sécurité au poste nous prennent 10000 Fcfa, sans même s’intéresser aux documents relatifs au car. C’est pourquoi, nous prenons le maximum de passagers sans tenir compte du surcharge dans le but de rattraper les bénéfices perdus », dit-il sans gêne. Sur la route de Ségou, le problème est le même. Coumaré doit se rendre dans son village, dans la Commune de Tamani, cercle de Baraouli (Centre). Cette destination coûtera 3000 Fcfa en période normale. Pour la fête de Tabaski, il est obligé de s’acquitter de 5000 Fcfa pour rejoindre les siens et partager la viande du mouton immolé. OD/MD (AMAP)  

Reprise de la désobéissance civile : Des perturbations clairsemées à Bamako malgré un dispositif de sécurité robuste 

Bamako, 03 août (AMAP) Les leaders du mouvement politique M5 CFP ont ordonné à leurs militants de reprendre les actions de désobéissance civile à partir de ce lundi, après une trêve pour cause de fête de Tabaski. Lors de leur rassemblement dimanche, les ténors de l’opposition ont demandé aux jeunes d’investir la rue, en paralysant la circulation routière et empêcher les services publics de travailler. Pour se rendre compte de l’état de la ville de Bamako, dans la matinée de ce lundi, une visite de terrain de notre équipe de reportage a fait le constat général est que la mobilité des populations est moins perturbée que le début de la contestation, la semaine dernière. De Kati, près de Bamako, jusqu’au monument de l’Indépendance, la route est praticable. Les agents de maintien d’ordre sont visibles aux différents carrefours. De quoi dissuader les manifestants qui ont conjugué leurs efforts dans le secteur du centre-ville (Rail-da) et le quartier Magnambougou où se trouve le siège de la CMAS de l’imam Dicko. Dans la matinée, les deux premiers ponts étaient bloqués. Seul le troisième (Missabougou) était opérationnel. En milieu de journée, la circulation a repris. Tout au long de l’avenue de l’OUA, la circulation est normale.  Sur la route de Sébéninkoro, après quelques heures de perturbation, la voie a été dégagée. Des déchets ménagers sont jetés sur le bitume sans entraver la circulation des voitures et des motos. Selon un observateur, la forte présence policière avec des blindés et autres équipements anti-émeute a pesé dans la balance. À Djicoroni, en Commune IV, le long de la route, les forces de l’ordre sont également déployées. Le dispositif sécuritaire en place se compose d’un groupement de la police et de la garde nationale. Non loin de là, devant la Mairie de cette commune, une troupe de la garde nationale est campée. A Sébénikoro, avant d’arriver au marché, des manifestants ont barricadé la voie à partir de l’agence de la Banque of Africa (BOA). Au même moment, un véhicule de police est posté à ce niveau. Des tas d’ordures sont jetés au virage Ifabaco. Au niveau de la Cité administrative de Bamako, les agents de sécurité, tous masqués, ont redoublé de vigilance avec un contrôle strict à l’entrée. Au quartier de Badalabougou, tout juste à la montée du pont de la rive droite, la Gendarmerie appuyée par la Police et la Garde nationale monte la garde. TC/AC/MD (AMAP)

Niono : Cinq militaires maliens tués, 5 autres blessés et des véhicules détruits dans une attaque à Gomacoura

Niono, 2 août  (AMAP) Cinq militaires maliens ont été tués, 5 autres blessés et d’importants dégâts matériels dans une attaque perpétrée samedi,  par des hommes armés non identifiés à l’arme lourde contre le camp de Gomacoura,  dans le Cercle de Niono, région de Ségou, a appris l’AMAP de source sécuritaire. Des hommes armés non identifiés ont attaqué le camp de Gomacoura après un accrochage avec une mission des Fama dans la mi- journée entre Gomacoura et Diabaly (dans le Cercle de Niono) selon notre source. Notre source qui ne déclare pas un bilan du côté des assaillants, précise que des renforts ont été dépêchés pour traquer les terroristes auteurs de ces attaques. KM (AMAP)

Accident sur la RN6, près de Bamako : Six morts

Bamako, 02 août (AMAP) Un accident de la circulation entre deux voitures a fait six morts et trois blessés graves, dimanche, sur la Route nationale (RN6), à Kasséla, non loin de Bamako, a appris l’AMAP. Les blessés, des élèves officiers de services de sécurité, ont été évacués à l’hôpital Gabriel Touré de Bamako, pour leur prise en charge. L’excès de vitesse serait à la base de cet accident. AC/MD (AMAP)