Mali : Flambée des prix pendant le Ramadan

Par Maïmouna SOW Fatoumata A KONÉ Bamako, 05 mai (AMAP)  Quelques jours avant le début du mois de Ramadan, le gouvernement a fixé les prix plafonds de certaines denrées alimentaires les plus consommées. Les produits concernés par cette mesure sont, entre autres, l’huile, le sucre, le lait et la viande. Des numéros verts ont même été mis à la disposition des consommateurs pour dénoncer les commerçants véreux et récalcitrants. Sur le terrain, le constat est tout autre. Le prix de la viande a presque doublé. Malgré les mesures édictées par les autorités, les consommateurs achètent plus chers certains produits de grande consommation. Les commerçants invoquent, comme d’habitude, la hausse des prix fournisseurs Ce mardi matin, au marché «Dibidani», les étals des bouchers sont bien achalandés : viande avec ou sans os, filet, foie, cœur, rognon, abats, pieds, etc. Dès 8 heures du matin, le marché est animé comme d’habitude. Clients et vendeurs s’activent. Les mines graves, la démarche rapide, très peu de clients discutent les prix. Ils passent directement leurs commandes. «Un kilo et demi de filet de bœuf», demande Amadou Maïga. «Ça fait 6.000 Fcfa», répond le vendeur qui sert aussitôt le client. En temps normal, avec cette somme, on a 2 kg de viande. Amadou ne semble pas surpris, car il sait que chaque mois de Ramadan, les prix montent en flèche. «Quand j’ai envie de manger quelque chose, je vais au marché moi-même. Je constate une flambée des prix de la viande et du poisson, mais que faire ?», grimace-t-il. L’ambiance et la réaction sont autres quand il s’agit des femmes. Mme Diallo Massan va de table à table, observant les différentes qualités de viande proposée. Les prix annoncés semblent hors de sa portée. Le kilo de viande sans os se vend à 3.000 Fcfa, contre 2.500 Fcfa il y a quelques mois. «Le cœur que l’on achetait à 2.500 est cédé à 4.000 Fcfa aujourd’hui», s’indigne-t-elle, tout en poursuivant sa ronde pour dégoter les meilleurs morceaux au meilleur prix. Elle s’arrête devant le vendeur de foie et de rognon. Celui-ci l’informe que le kilo du foie qui était vendu à 3.000 Fcfa, coûte aujourd’hui 4.000 Fcfa. Le rognon, lui, est passé de 1.000 à 1.500 Fcfa. La jeune maman tourne en rond. Elle achète finalement du rognon à 1.500 Fcfa. «Je m’en remets à Dieu. Que faire ? On ne va quand même pas rester sans rien manger à la rupture. Je suis obligée de faire avec», se lamente-t-elle, en confiant qu’elle n’a que 2.500 Fcfa comme argent de la popote. Aminata Haïdara, la trentaine, a sa stratégie pour éviter la hausse des prix durant le mois de Ramadan. « Puisque chaque année, c’est le même scénario : la flambée de prix. À l’approche du mois béni, j’achète certains condiments tels que le sac d’oignon, le bidon d’huile, un carton d’ail. C’est ce qui m’évite le stress du marché », confie-t-elle. Aujourd’hui tout ce qui est indispensable pour faire un bon repas : poisson, viande, huile est hors de prix.. De leur côté, les bouchers donnent une explication à la hausse du prix du kg de la viande. Bachaka Sangaré est vendeur de foie, de rognon et de cœur. « Quel que soit le prix auquel l’on nous vend les marchandises, on le revend avec un gain de 200 Fcfa. Nous ne pouvons pas nous priver de cela quand même», souligne-t-il. PAS INFORME – Le grand boucher Bourama Diarra abat chaque jour un bœuf. Il assure que, depuis des mois, ses pertes atteignent 50.000 à 60.000 Fcfa sur chaque bœuf. «Avant, on nous cédait les animaux entre 200.000 et 250.000 Fcfa. Maintenant, c’est dans les 400.000 Fcfa. Dans ces conditions, on est obligé d’augmenter le prix. Ce qui ne suffit pas pour combler l’écart», déplore-t-il, précisant que la hausse a commencé vers la fin du régime de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta. Quand en est-il des mesures prises par les autorités ? « Nous ne sommes pas au courant de cette mesure », réplique-t-il, en précisant que ce sont les syndicats qui les informent sur les décisions de réduction des prix. « Cette fois, ils ne nous ont rien dit », soutient-il. Comme la viande, d’autres produits comme la pomme de terre, l’oignon, le gingembre connaissent également une flambée des prix. Vendeuse de pomme de terre au marché d’Hamdallaye, Awa propose trois paniers remplis. « Nous avons celles de Sikasso, de Kati et d’autres nous viennent du Sénégal. Le prix a augmenté depuis trois semaines », explique la commerçante. Le prix du kg de la pomme de terre est passé de 200 Fcfa à 300 voire 350 Fcfa. «Je viens d’acheter la pomme de terre à 300 Fcfa le kg. Chez d’autres vendeurs, le kg coûte 350 Fcfa, alors que la dernière fois, je l’avais eu à 200 Fcfa. Le prix de l’oignon a aussi augmenté», déplore Salimata Sylla, une cliente venue s’approvisionner au marché d’Hamdallaye. Rokia Diarra vend des condiments au marché d’Hamdallaye. Elle tient depuis des années une table bien garnie d’épices, de poivre, de poissons séchés, de pate de tomate, etc. À côté d’elle, deux grands paniers remplis d’oignons. L’un contient de l’échalote, l’autre le gros oignon. Le petit oignon est cédé à 250 Fcfa contre 175 à 200 Fcfa pour le kg du gros oignon. Le prix du litre de l’huile ne fait pas exception à cette hausse. Avant le Ramadan, le bidon de 20 litres d’huile était cédé à 16.500 Fcfa contre 16.750 Fcfa présentement. Celui de 5 litres est toujours vendu à 5.000 Fcfa. Boutiquier à Hamdallaye, Moussa Koné, explique. «Cette année est différente des autres. Avant, on nous donnait les 20 litres à 16.500 Fcfa, maintenant on nous les donne à 16.750 Fcfa. Par contre, le prix du litre qui s’élève à 1.000 Fcfa n’a pas connu de changement», précise-t-il. Selon Souleymane Traoré, vendeur au Grand marché de Bamako, le gingembre se fait rare. Ce qui fait monter son prix puisqu’il est beaucoup consommé pendant ce mois. «En ce moment, le kg

Salif Sanogo nommé directeur de la Cellule Communication de la Présidence du Mali

Bamako, 04 mai (AMAP) L’ancien directeur général de l’Office de Radiodiffusion télévision du Mali (ORTM), Salif Sanogo, est désormais le nouveau patron de la Cellule de communication de la Présidence du Mali. Il remplace à ce poste un autre grand journaliste de renommée internationale .feu Adam Thiam, décédé il y a quelques mois. Journaliste- Réalisateur, Salif Sanogo a un parcours professionnel qui l’a conduit au poste de conseiller à la communication de l’ambassade du Mali aux Etats Unis pendant sept ans avant de devenir directeur du bureau BBC Afrique à Dakar, au Sénégal. Poste qu’il occupera jusqu’à sa nomination, en décembre, 2018 en qualité de directeur général de l’ORTM. La cinquantaine révolue, Salif Sanogo a une voix radiophonique imposante. Son passage à l’ORTM a été marquée par un vaste chantier de redynamisation du contenu des programmes de la télévision nationale, le tout sur fond de numérisation révolutionnaire. AT/MD (AMAP)

Mali : La réorganisation territoriale prend forme

Par Madiba KEITA avec les correspondants de l’AMAP Bamako, 04 mai (AMAP) La commission chargée du processus de réorganisation territoriale, au Mali, a organisé des ateliers régionaux de restitution de ses travaux, du 29 au 30 avril dernier, dans les chefs-lieux de Région et le District de Bamako. L’objectif de ces rencontres était d’expliquer les choix et orientations du gouvernement aux populations afin de recueillir leurs éventuelles recommandations. Le gouvernement malien veut, ainsi, recueillir des propositions à même d’améliorer les choix de réorganisation territoriale qui ont fait l’objet de débats houleux dans certaines localités et même de manifestations de rue par endroits. Le parachèvement du processus de réorganisation territoriale est l’un des axes majeurs de la feuille de route de la Transition. D’où l’adoption de la loi n° 2012-017 du 2 mars 2012 portant création de circonscriptions administratives en République du Mali. Ce texte a eu pour conséquence une augmentation du nombre de Régions, de 8 à 19. Donc la création de 11 nouvelles régions. Au niveau de Kayes (Ouest), les Cercles de Kita et de Nioro ont été érigés en Région. C’est le cas du Cercle de Kéniéba qui a surtout fait l’objet de débats houleux durant les travaux de la rencontre de Kayes. Dans le projet initial proposé aux concertations régionales de 2018, Kéniéba appartiendra à la Région de Kita. Et les délégués de cette circonscription administrative aux concertations ont purement et simplement demandé l’érection de leur cercle en région et ses arrondissements en cercles. À l’issue de débats houleux sur le rattachement de Kéniéba à Kita et l’appartenance de certains villages aux communes de leur choix, le gouverneur de Kayes, Moussa Soumaré, a demandé que les passages du rapport général relatif à l’érection des Cercles de Kéniéba et de Bafoulabé en région soient supprimés afin de respecter l’esprit de la loi. D’après le projet, la Région de Kayes sera composée de 8 cercles, 29 arrondissements et de 63 communes. Kita aura 5 cercles, 18 arrondissements et 45 communes. Nioro comptera 4 cercles, 12 arrondissements et 31 communes. Avec le nouveau découpage territorial, Koulikoro (Centre), la deuxième Région administrative du Mali, a été divisée en trois régions, à savoir les Régions de Koulikoro, Dioïla et Nara. San ne fait plus partie de la Région de Ségou (Centre) pour la simple raison qu’elle est devenue une région à part entière selon la loi n° 2012-017 du 2 mars 2012. Lors des travaux de restitution des conclusions de la commission chargée de la réorganisation territoriale dans a Ségou, des participants ont proposé que l’arrondissement de Markala soit érigé en cercle. La proposition n’ayant pas été prise en compte, la population de cette localité a manifesté son mécontentement. Les manifestants ont affronté les forces de l’ordre. Contrairement à Ségou, Sikasso (Sud) a connu des journées de consultations calmes même si les débats ont été parfois tendus. Selon les textes de la création des nouvelles circonscriptions territoriales administratives régionales, la Région de Sikasso a été divisée en 3 régions : Sikasso, Bougouni et Koutiala. Le projet de création des cercles et des arrondissements soumis aux participants de l’atelier prévoit, pour la nouvelle Région de Sikasso, 8 cercles et 21 arrondissements, la Région de Bougouni 6 cercles et 25 arrondissements et enfin la Région de Koutiala 4 cercles et 12 arrondissements. Des participants étaient contre le fait que la Région de Bougouni ait plus d’arrondissements que celle de Sikasso, la plus ancienne. Mais les autorités ont apporté des arguments qui ont convaincu les uns et les autres. Dans la nouvelle configuration du territoire, la Région de Mopti (Centre) est divisée en trois entités régionales : Mopti, Bandiagara et Douentza avec de nouveaux cercles et arrondissements. La Région de Mopti, qui reste toujours la 5ème région administrative, dispose de 8 cercles que sont Mopti, Djenné, Tenenkou, Youwarou, Sofara, Konna, Korientzé et Toguéré-Coumbé. Il compte 29 arrondissements et 49 communes. La Région de Bandiagara qui devient la 17ème région, compte 4 cercles (Bandiagara, Bankass, Koro et Kendié), 22 arrondissements et 49 communes. Douentza qui est la 19ème Région comprend 4 cercles (Douentza, Boré, Hombori et N’Gouma), 7 arrondissements et 15 communes. Au cours des deux jours de travaux, des voix se sont élevées pour déplorer la non prise en compte de certaines préoccupations évoquées, notamment l’érection de l’arrondissement de Mondoro, Dialassagou en cercle et le rattachement de la Commune de Madiama au Cercle de Djenné, au lieu de Sofara. Tandis que le sujet était en débat dans la salle, des jeunes battaient le pavé aux alentours avec des pancartes et banderoles pour demander l’érection de Mondoro en cercle. Des participants ont souhaité que Kouloko, Boulkéssi, Niangassadjou et Tiguila soient érigés en arrondissement pour une prise en charge efficiente des aspects sécuritaires. Les représentants du ministère ont joint leurs voix à celle du gouverneur Abass Dembélé pour expliquer à l’audience que l’atelier offrait la possibilité de proposer des modifications de rattachement des entités administratives de base quartier-village à une commune, les propositions de modification liée à l’orthographe y compris l’appellation authentique des circonscriptions administratives, des collectivités territoriales et des entités administratives de base. Le gouverneur a rassuré les participants que toutes les propositions seront consignées dans un rapport qui sera transmis “à qui de droit”. Gao (Nord) reste la 7è Région administrative du pays, avec 8 cercles, 17 arrondissements et 23 communes. Certains participants à la rencontre ont proposé d’ériger tous les anciens arrondissements des années 1959 à 60 en cercle (cas de Talataye et Tessit). D’autres ont souhaité que les cercles d’Almoustrat, Ansongo et Bourem soient érigés en région. Il y aurait eu des manifestations dans certaines de ces localités afin de mettre la pression sur les autorités. Selon le planning, le District de Bamako devrait avoir six arrondissements en lieu et place des communes et 99 quartiers. Ainsi, le premier arrondissement aura 22 quartiers, le deuxième 14, le troisième 20, le quatrième 10, le cinquième 17 et le sixième 16. Au ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, on tient à préciser

Moussa Sanogo : Un aîné bienveillant et discret nous a quitté

Par Youssouf DOUMBIA Bamako, 04 mai (AMAP) L’Agence malienne de presse et de publicité (AMAP) était fortement représentée à l’enterrement de notre collègue, Moussa Sanogo, qui a été porté en sa dernière demeure, lundi, au cimetière de Sotuba. Il a été brutalement arraché à l’affection des siens et de ses collègues éprouvés, samedi, dernier des suites d’une courte maladie. C’est une foule compacte de parents, amis, alliés et collègues qui a tenu à lui rendre ce dernier hommage. C’était à Boulkassoumbougou, en Commune I du District de Bamako. Ils ont éténombreux sont les collègues du défunt, dont le directeur général Bréhima Touré, qui ont tenu à prendre part à cette cérémonie funéraire. Moussa Sanogo était un homme certes discret, comme nous l’avons personnellement connu, en 1994, à notre arrivée à la rédaction du journal ‘L’Essor’, mais il était, aussi, dévoué pour les autres, surtout pour les nouveaux comme votre serviteur. Parmi la vingtaine d’aînés de la rédaction de l’époque, Moussa était certainement le moins loquace, mais a été celui qui nous a beaucoup appris. Cette façon de se réserver tranchait nettement avec sa disponibilité et sa propension à aider les plus jeunes comme nous. Il n’était pas avare en conseils tant sur le plan professionnel que moral ou intellectuel. Même quand il était «bousculé» par le temps, il acceptait d’arrêter d’écrire pour donner un coup de main. En ces moments critiques, Moussa Sanogo acceptait de parler et de «dépanner» un stagiaire ou même un titulaire qui le sollicitait. Le grand reporter qu’il était devenu à L’Essor, était régulièrement sur les sujets de reportage et autres enquêtes d’actualité. Ainsi, la direction générale de l’AMAP n’a pas hésité à le recruter après le changement de statut qui l’a érigé, en 1992, en Etablissement public à caractère administratif (EPA). Il faisait donc partie des premiers agents auxquels le nouvel EPA a accordé un contrat de travail à durée indéterminée. Dans sa carrière, Moussa Sanogo a d’abord été «Grand reporter» au Quotidien national ‘L’Essor’ de 1993 à 1997. Il est ensuite muté à l’Agence de presse. Il collabore avec l’Agence panafricaine d’information (Panapress), l’Agence France presse (AFP). L’Agence nationale de presse produisait des bulletins d’information «Mali presse info», qui publiait des dépêches sur l’actualité malienne et africaine et «éco-presse» qui traitait de l’actualité économique. Dors en paix, cher collègue. YD (AMAP)  

Diéma : Le pain de singe aux multiples vertus

Par Ouka BA AMAP-Diéma Diéma, 04 mai (AMAP) En milieu soninké, rares sont les habitations ou les champs qui n’ont pas, au moins, un baobab. Cet arbre historique et nourricier, constitue un patrimoine, un bien commun pour la famille. Lorsqu’une parcelle de terrain compte, même un seul baobab, le jour où son propriétaire décide de la vendre, l’arbre ne fera pas partie de la transaction. Il restera au compte du premier propriétaire du terrain, sauf s’il trouve un compromis pour le céder à l’acheteur. Le baobab, qui donne le pain de singe, est une essence précieuse qui peuple la quasi-totalité de la Bande sahélienne. Dans le Cercle de Diéma, dans l’Ouest du mali, on  en retrouve dans toutes les quinze communes, avec une présence plus accrue dans les localités de Dianguirdé, Madiga Sacko, Lakamané, Sansankidé, Diéoura et Doumara. Les Communes de Béma et Diéma, en comptent très peu. La cueillette et la commercialisation du pain de singe sont devenues une affaire de tous, aujourd’hui, dans le Cercle de Diéma. Ce ne sont plus les seuls Maures qui exercent cette activité lucrative. Dans la pure tradition maure, on accueille l’étranger avec du thé, naturellement, avant de lui donner à boire du « zirigui », une boisson traditionnelle à partir de poudre de pain de singe et de lait, avec une dose raisonnable de sucre. Pour mieux se rafraîchir, certains ajoutent de la glace au « zirigui ». Chez les Maures, le « zirigui ». est autant apprécié que le thé. Il facilite la digestion et « nettoierait » le ventre. D’autres trouvent que la consommation abusive du pain de singe provoque la constipation.. VERTUS ET QUALITES – Le baobab, qui peut vivre plusieurs siècles, occupe une place de choix dans l’économie familiale. Aucune partie du gigantesque arbre ne se jette. Ses écorces sont utilisées pour fabriquer des cordes, ses feuilles vertes entrent dans la préparation de la sauce de pâte d’arachide « Ziraboulou nan » et autres mets, la poudre de ses feuilles sèches « namougoufing » est associée au couscous pour le rendre plus gluant et facile à avaler. Le pain de singe entre dans la préparation de la bouillie de mil, à défaut du citron. Ce fruit sauvage est recommandé dans les cas de diarrhées, ainsi que l’ulcère gastrique Pour faire la sauce du « tô » (pâte de mil), certains préfèrent la poudre de feuilles de baobab au gombo. Aussi, pour donner du poids à leurs femmes et leurs filles, les Maures mettent-ils de la poudre de feuilles de baobab dans l’eau, mélangent minutieusement la mixture, et  leur font  boire constamment cette solution. La personne peut rendre ce qu’elle ingurgite, on lui fera quand même avaler toute la quantité préparée. Une pratique proche du gavage appelée « Ka Bellehé ». Selon certaines croyances, pour avoir le pouvoir, accéder à un poste de responsabilité ou même devenir « Mansa » (Chef), il faut bouillir la gousse vide du pain de singe et se laver avec la décoction, une fois par jour, pendant une semaine. Le résultat serait immédiat, à condition de n’avoir jamais entretenu de relations intimes avec la femme ou l’homme d’autrui. Pendant l’hivernage, au moment de cultiver, certains préparent le pain de singe pour donner à leurs enfants, afin d’atténuer les effets du soleil et étancher leur soif. « Enfant, je me souviens que de retour de la brousse, sous un soleil ardent, ma mère me donnait à boire du jus de pain de singe. Aussitôt, je me sentais soulagé », nous dit un homme. SAISON DES AFFAIRES – La traite du pain de singe a véritablement démarré dans le Cercle de Diéma. Des exploitants, aux  acheteurs, en passant par des revendeurs et des transporteurs, chacun y trouve son compte. Les Maures arrivent de la Mauritanie voisine pour charger leurs camions de pain de singe. Généralement, ils troquent leurs produits contre des céréales. Ils en vendent, aussi, pour se procurer du thé, du sucre, du tabac et pour régler d’autres petits problèmes. Le pain de singe est vendu dans les différentes foires hebdomadaires du Cercle de Diéma. Des stocks importants sont acheminés vers divers horizons, notamment, Kayes, Nioro du Sahel et Dakar, au Sénégal, où le produit, le plus souvent,  est transformé en jus, bonbons et autres pâtes alimentaires. Abdrahamane Konaté, notable à Fatao, indique que ce sont les Maures qui ravitaillent en  pain de singe leur commune et celle de Lambidou. Ils troquent leurs marchandises contre le mil et l’arachide. Rarement, sur ce marché, ils vendent pour de l’argent. « Nous, les Soninkés, on s’intéresse peu au pain de singe. Ce qui compte pour nous, c’est surtout le travail de la terre. Elle, qui, comme disait mon défunt grand-père, ne ment pas », dit-il, avec une pointe de fierté. Baye Sidibé, producteur agricole à Fangouné Bambara, entretient depuis une dizaine d’années, un périmètre de vingt baobabs qui produisent, chaque année, près 500 kg de pain de singe. Il  vend une partie de sa production, consomme une autre et en offre, volontiers, à des amis, voisins et proches. Dans ce village bambara, beaucoup de producteurs s’intéressent plus aux feuilles du baobab qu’à son fruit. M. Sidibé explique qu’il s’était rendu à Ségou, en voyage d’études, initié par une ONG internationale, à l’intention de certains producteurs, dans le cadre de la vulgarisation du sésame. Il en est revenu avec un pied de baobab greffé, âgé d’environ un an. Il l’a transplanté dans son périmètre. Mais Baye est confronté à la rareté de l’eau sur sa parcelle. Ce qui, souvent, l’oblige, lui et ses enfants, à la corvée d’eau. De tous ses arbres, il apprécie le plus le baobab qui résiste à la sècheresse et demande peu de soins pour vivre. En provenance de Fatao, Mme Hatouma Sylla, avoue avoir toujours détesté le pain de singe. « Depuis que je suis petite, quand ma mère me donnait à boire le jus de ce fruit, j’avais la nausée », déclare la dame. Mady Camara, ancien migrant, trouve que les conditions de conservation de ce produit laissent à désirer. D’où son refus d’en consommer. « Une fois qu’on extrait les grains de leurs enveloppes, on ne prend plus le soin de

Mali : le Béninois, Alain Noudéhou nommé représentant spécial adjoint de la MINUSMA

Bamako, 03 mai (AMAP) Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a annoncé, dans un communiqué, mercredi 28 avril, la nomination de Alain Noudéhou, du Bénin, comme son représentant spécial adjoint au sein de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA). Il remplira, également, les fonctions de Coordonnateur résident et de Coordonnateur de l’action humanitaire au Mali, précise le communiqué. Le Béninois Noudéhou succède à Mme Mbaranga Gasarabwe, du Rwanda, dont le mandat s’achève en mai 2021. Le Secrétaire général est reconnaissant envers Mme Gasarabwe pour sa gestion des efforts de développement et humanitaires au Mali depuis son entrée en fonctions en 2015. Alain Noudéhou apporte à ses nouvelles fonctions une vaste expérience dans les domaines du développement international et des affaires humanitaires, ayant récemment occupé les fonctions de Représentant spécial adjoint au sein de la Mission des Nations unies au Soudan du Sud (MINUSS), Coordonnateur résident et Coordonnateur de l’action humanitaire au Soudan du Sud. Il a occupé, au préalable, les postes de chef de cabinet et Directeur du Bureau exécutif du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) à New York, Coordonnateur résident de l’ONU et Représentant résident du PNUD en République populaire de Chine (2014-2016). Alain Noudéhou a, aussi, occupé le poste de Coordonnateur résident de l’ONU, Coordonnateur de l’action humanitaire et Représentant résident du PNUD au Zimbabwe (2010-2014). Avant de rejoindre l’ONU, il a occupé de 1996 à 2002, plusieurs postes de direction au sein de CHF International Inc., une Organisation non gouvernementale internationale qui a été rebaptisée depuis Global Communities, Partners for Good. Alain Noudéhou est détenteur d’une maîtrise en politique et gestion publique décernée par l’Université Carnegie Mellon, aux États-unis, ainsi que d’une licence en architecture de l’Université Tsinghua, en Chine. Il parle français, anglais et chinois. SS/MD (AMAP)

Décès de Moussa Sanogo : l’AMAP perd un travailleur sérieux et affable

Par Souleymane B. TOUNKARA Bamako, 03 mai (AMAP) Surprise, tristesse, émotion. Le samedi 1er mai, la famille de l’Agence malienne de presse et de publicité (Amap) s’est réveillée avec la triste nouvelle du décès de Moussa Sanogo, à l’âge de 64 ans, des suites d’une courte maladie. Vingt quatre heures avant, c’est-à-dire vendredi, Moussa Sanogo était venu travailler et ceux qui l’ont vu ce jour-là dans la cour de l’Amap, l’ont trouvé dans un état de santé plutôt normal. En tout cas, Sanogo, comme on l’appelait ici, affichait le même sourire qu’on lui connaissait et était à jeun. Pourtant, ce vendredi, il s’est produit un incident qui n’a pas échappé à l’un des gardiens du parking de l’Amap. Abdoulaye Bah, c’est son nom, raconte : «quand il (Moussa Sanogo) est venu le matin garer sa moto au parking (Sanogo avait une voiture, mais venait souvent au travail à moto, ndlr), nous lui avons remis son ticket. À la descente, il est venu nous dire que sa moto n’était pas dans le parking et qu’il l’a cherchée en vain. En réalité, la moto était bien là et nous étions tous surpris du fait que Sanogo n’ait pas pu identifier son engin». Selon les astrologues, l’homme ne meurt jamais sans montrer certains signes. Samedi matin, le décès de Sanogo a été constaté. Il avait rendu l’âme dans son lit durant la nuit. RIGOUREUX – Né en 1957 à Bamako, Moussa Sanogo a fait ses études primaires à l’école de la Mission catholique de Sikasso puis à Koutiala où il obtint son diplôme d’études fondamentales (DEF). Après le DEF, il fréquente le lycée de Sikasso et décroche son baccalauréat, avant de partir en ex-URSS pour des études de journalisme. Il revient au Mali en 1989 et commence sa carrière professionnelle, d’abord à la Rédaction du Quotidien national L’Essor en tant que journaliste reporter, puis à l’Agence de presse comme agencier. Sérieux dans le travail, Moussa Sanogo deviendra ensuite, chef de division, puis directeur de l’Agence. En 2019, il quitte l’Agence pour devenir le chef du Service Archives et Documentations, un poste qu’il occupera jusqu’à son décès. Ancien directeur général par intérim de l’Amap et ancien directeur de l’Agence de presse, Gaoussou Traoré a travaillé avec le défunt pendant plus d’une décennie et se souvient «d’un homme sans histoires, qui s’entendait avec tout le monde et faisait toujours correctement ce qu’on lui demandait de faire au travail». «Il était très consciencieux dans le travail et n’avait aucun problème avec ses collègues», témoigne Gaoussou Traoré. Autant Moussa Sanogo travaillait avec professionnalisme et abnégation, autant il faisait montre d’humilité et de simplicité dans la vie. Quand on le croisait dans la cour de l’Amap, il était toujours le premier à saluer et Sanogo ne se contentait jamais des salutations d’usage. En homme pieux profondément versé dans l’islam, il faisait toujours des bénédictions pour ses interlocuteurs. Aussi, il ne ménageait, ni son temps, ni son énergie pour être présent aux cérémonies sociales (mariages, baptêmes, décès…). Dès lors, on comprend la douleur, la tristesse et la vive émotion des travailleurs, après l’annonce brutale de la mort de Moussa Sanogo, le samedi 1er mai. Mais la vie est ainsi faite et chacun de nous retournera un jour à Dieu. Les obsèques de Moussa Sanogo sont prévues aujourd’hui à partir de 10 heures. Dors en paix, cher collègue ! Amine. SBT (AMAP)

Musique : Ballaké Sissoko, héros discret de la kora

Par Youssouf DOUMBIA Bamako, 30 avr (AMAP) L’une de nos virtuoses maliennes de la kora, Ballaké Sissoko, livre un nouvel album. Intitulé « Djourou » ou la corde en bamanankan, ce opus est le fruit de sa collaboration avec huit autres interprètes et instrumentistes. Il s’agit de Salif Keita, Oxmo Puccino (France-Mali), Sona Jobarteh (Gambie), Camille, Feu ! Chatterton, Patrick Messina et Vincent Segal de France. Avec ces deux derniers, il interprète la « Symphonie Fantastique » de Berlioz. Un exemple de la façon dont le joueur de kora connecte magiquement son instrument à vingt et une cordes avec d’autres instruments. Ballaké Sissoko et Vincent Segal ont fait se rencontrer la kora et le violoncelle depuis bien longtemps : leur amitié a donné lieu à deux albums, Chamber music (2009) et Musique de nuit (2015), enregistrés à Bamako où Vincent Segal rend régulièrement visite à Ballaké Sissoko. « Quand je veux jouer avec quelqu’un, confie le Malien, je dois d’abord comprendre son fonctionnement, construire une amitié : c’est mon premier repère. Et ça demande du temps. » Enregistré à Angoulême dans le studio du contrebassiste de jazz Kent Carter, At Peace rassemble de fait autour de lui des compagnons de longue date et de confiance. Outre Vincent Segal, on retrouve ainsi Aboubacar « Badian » Diabaté, dont le phrasé de guitare (principalement sur une 12 cordes) et la faconde sans esbroufe sont colorés par son expérience première de joueur de ngoni ; l’essentiel et discret Moussa Diabaté, son complément idéal à la guitare 6-cordes ; et Fasséry Diabaté, dont les subtils traits de balafon figuraient déjà sur les albums Tomora et Chamber Music. Réunis sur les titres Badjourou et Kalata Diata, les cinq hommes signent une musique qui s’illustre par la sophistication des motifs et des prises de parole. Un art du tissage et de la conversation, qui se poursuit jusque dans les morceaux aux configurations plus resserrées : les deux duos kora-guitare, Boubalaka et N’tomikorobougou, formidable échange de 10 minutes entre Badian et Ballaké, saisi à la volée dans la cour de la maison de ce dernier à Bamako ; le duo kora-violoncelle Kabou ; et la lumineuse reprise en trio d’Asa Branca, le standard du Brésilien Luiz Gonzaga, qui invite tendrement le baião nordestin en territoire mandingue. Dans les albums Chamber Music (2009) et Musique de nuit (2015), notamment, il a entamé un dialogue subtil avec le violoncelliste français Vincent Segal. Pour le projet 3MA, il a également conversé avec le oud arabe de Driss El Maloumi et la valiha malgache de Rajery. Le nouveau défi qu’il s’est lancé sur le label No Format est encore plus ambitieux : créer un disque, Djourou, qui convoque pas moins de huit invités, aux styles tous différents. « La kora est née en Afrique, mais elle peut voyager partout, résume Ballaké Sissoko dans les bureaux de son label parisien. Je voulais inviter des amis, partager des idées, sans pression. » « Je suis dans plusieurs collaborations », confie le fils du célèbre Djéli Mady Sissoko qui a débuté à l’Ensemble instrumental. Ce qui lui permet de jouer avec cinq groupes en France, deux en Italie, un en Grèce et un dernier aux États-Unis. Car dans le milieu professionnel, la kora est un instrument très sollicité. C’est donc une question de programmation. Son agenda est chargé jusqu’en 2021, avec des concerts, des ateliers, des enregistrements, des festivals, d’autres prestations. Depuis 2002, il participe, avec quelques-uns des plus grands professeurs de musique traditionnelle du monde entier, aux masters classes du célèbre musicien grec Ross Daly. En 2019, Ballaké Sissoko a été récompensé, en compagnie de Oumou Sangaré, par le Prix Aga Khan de Musique dans la catégorie « Contributions remarquables et durables en faveur de la musique ». Quelques années avant, son album «At Peace» a reçu en novembre 2012 le Grand Prix de l’Académie Charles Cros de France dans la catégorie « Musiques du Monde ». YD (AMAP)  

Pratiques coloniales/L’indigénat: entre brimades et infantilisation

Dr Ibrahim MAIGA Venue en Afrique au nom de la « Civilisation », la colonisation n’a été finalement que l’illustration d’une exploitation économique sur fond de ségrégation absolue. Tel était le fondement de l’indigénat, ce « droit spécial » uniquement applicable aux seuls sujets français. Les pratiques étaient si abjectes et loufoques qu’il faut bien se demander si la grande révolution de 1789 était universaliste dans ses aspirations. Mon ami Nouhoum Kéita est natif de Faléa dans le Cercle de Kéniéba. Il m’a raconté, au gré d’une conversation fortuite, comment son grand père et certains de ses amis « ont fait tomber », dans un marigot, le Blanc qui venait de réquisitionner les bras valides ; les plus vigoureux du village, pour son transport dans un hamac. Le déplacement était organisé à la chaîne. Le chef de village fournit les hommes ; les gardes entretiennent le sens de la marche à la cravache ; le Blanc n’avait qu’à se vautrer dans son « filet » pour une journée de 15 à 20 kilomètres. Les porteurs pouvaient être au nombre de quatre ou six. Ils ne portaient pas que le Blanc ; ils transportaient aussi leur nourriture pour la durée de la corvée. Alors, me dit Nouhoum, dans une gestuelle très rythmée, mon grand-père et son escouade qui avaient mûri leur stratagème, se sont mis à parler un malinké aussi dense que la pâte d’arachide. C’était la trame du complot auquel, bien sûr, le Blanc n’a rien compris. Les gardes qui assuraient sa sécurité aussi n’ont rien vu venir car les porteurs, pour les semer, avaient accéléré incidemment le pas. Sur le marigot qui était guéable, ils ont subitement lâché prise et voilà le « toubabou ké » dans l’eau avec tous ses attributs de souveraineté : sa tenue de commandement et son casque colonial, tous de couleur blanche. C’est quand l’infortuné commis a hurlé, croyant qu’il allait se noyer, que les gardes se sont rendu compte que de leur méprise. Leur forfait perpétré, les porteurs ont enjambé le fleuve Falémé pour se retrouver au Sénégal et pour longtemps. C’était-là une forme de résistance.L’historien Bakary Kamian rapporte une anecdote du même genre. Ici, il s’agit d’un administrateur basé à San. Il ne pouvait souffrir que son sommeil soit perturbé par le croassement des batraciens des mares environnantes. La solution qu’il trouva était d’armer les jeunes avec des bâtons. Ceux-ci passaient la nuit au bord des mares à faire du tapage pour contenir la musique des animaux aquatiques. Le supplice durait tout l’hivernage. Le sommeil de « Baba Commandant » était à ce prix. Les administrateurs coloniaux n’étaient pas les seuls dans ce vaudeville. Il y avait les gardes, les goumiers et les interprètes, des auxiliaires d’une grande servilité envers le colon. Chargés de la collecte de l’impôt, ils assuraient également la transmission des messages dans la chaîne de commandement. Almahadi Ag en était un dans le Cercle de Gao. L’homme était notoirement connu pour sa brutalité. Il avait aussi un penchant pour les belles femmes, au point que dans les chansons au clair de lune, il avait sa partition. C’était connu de tous que si Almahadi devait passer la nuit dans un village, il ne pouvait « dormir » seul. Lorsqu’il avait des villages à harceler pour le paiement de l’impôt et l’organisation des réquisitions, il les mettait en série de sorte à venir passer la nuit dans le village où il a prévu d’agrémenter sa nuit avec l’une des plus belles femmes repérées. Ce jour-là, il fit sa « tournée » et vint à camper dans un village. Il demanda du lait frais dans sa tanière. Ses hôtes se sont empressés de lui donner satisfaction en y ajoutant leur ‘arme de guerre’. Dans le lait fraichement obtenu, ils ont fait remuer la queue de la vache, de sorte à obtenir un liquide hautement purgatif. Dès que Almahadi a fini de boire son lait, il a fini aussi avec la paix ; contraint de prendre ses quartiers dans la broussaille du fait de la diarrhée soudaine qui s’est emparée de lui. Et honteux, il a fini par prendre son chameau et chercher illico sa route. Ne voulait-il pas passer la nuit en galante compagnie ? Ces anecdotes ne traduisent que le côté loufoque de l’entreprise coloniale. LES REQUISITIONS = L’indigénat devint dès lors l’instrument indispensable de l’économie politique coloniale. Les réquisitions, cette forme brutale d’accaparement de la force de travail des colonisés sur des chantiers qui n’étaient pas les leurs en étaient un des piliers. C’était la règle et s’y soustraire était passible d’une peine d’emprisonnement qui pouvait atteindre vingt-cinq jours. Les amendes pouvaient culminer à cent cinquante francs. Souleymane Traoré a mené des études socio-économiques lors de l’aménagement des terres agricoles pour le compte de l’Office du Niger, dans la nouvelle zone irriguée de Mbéwani. Il a particulièrement travaillé sur l’ancien canton de Pogo. Une partie de ses résultats est consignée dans l’ouvrage intitulé « L’État face à la décentralisation à l’Office du Niger : la dynamique foncière dans le Kala » (Point Sud, Bamako, 2004). Voici ce que lui a dit le chef de village de Pogo : « Autrefois, le départ pour le colonat se faisait par la force ; nous forçions les gens à partir. Les misérables partaient, en revanche ceux qui avaient les moyens nous donnaient quelque chose pour éviter le départ de leurs enfants. Chaque village devait fournir un nombre déterminé. Comme c’était à nous de rassembler les hommes, nous épargnions nos gens et nos protégés d’un départ dans le colonat ». Il ajoute : « à l’époque des travaux forcés, quand les Blancs exprimaient le besoin de mobiliser 20 hommes, le « Cesigui » ou l’intermédiaire entre l’administration et le chef de canton, en réclamait 30. Les 10 hommes supplémentaires étaient un moyen pour la Chefferie de rançonner les populations. » Il poursuit : « À Fièbougou, un jeune homme a été mobilisé à la veille de son mariage. Malgré toutes les imprécations,

Avec l’album «Kôrôlen»: Toumani Diabaté sur orbite pour un 3è Grammy

Par Moussa BOLLY Bamako, 30 avr (AMAP) Il en rêvait : partager un album sur lequel la kora communie aisément avec la musique classique ! Et Toumani Diabaté, la légende de la Kora, vient de concrétiser ce rêve avec son nouvel album réalisé avec l’orchestre symphonique de Londres (The London Symphony Orchestra/Royaume uni). «Kôrôlen» est une œuvre de six titres (Hainamady Town, Mama Souraka, Elyne Road, Cantelowes Dream, Moon Kaïra et Mamadou Kanda Kéita) disponible sur toutes les plateformes de téléchargement depuis le 23 avril 2021. Et ils sont nombreux les critiques qui pensent que cet opus peut se tailler un Grammy Awards. «Kôrôlen» (un clin d’œil au passé, aux traditions voire aux racines), selon le teaser de l’opus, a été commandé par le Barbican Centre de Londres (Angleterre) et produit par «World Circuit». En dehors de Toumani Diabaté, on y retrouve également des musiciens maliens bien connus, dont feu Kassé Mady Diabaté, dont la sublime voix résonne nostalgiquement sur «Mamadou Kanda Kéita», et Lassana Diabaté (balafon). Le titre générique, «Kôrôlen», résume bien cette œuvre de très belle facture avec d’anciennes mélodies africaines qui fusionnent avec des arrangements symphoniques occidentaux pour créer un son que des critiques classent comme «un magnifique afro-néo-classique». «Cet album est si frais et si original qu’il ne devrait avoir aucune difficulté à plaire à la fois aux amoureux de l’Afrique et sa musique traditionnelle, ainsi que de nouveaux classiques et de la musique d’ambiance…», a commenté un critique anglais. Le roi voire la légende de la mythique kora fait scintiller cet album par des gammes inédites naviguant entre tradition et modernité. Comme nous l’écrivions au début, cette expérience concrétise un vieux rêve de Toumani Diabaté dont la quête a toujours été d’ouvrir «une porte universelle à la kora afin que les gens n’écoutent plus ses sensationnelles sonorités comme celles d’une musique seulement traditionnelle». Sur «Kôrôlen», il relève brillamment ce défi d’honorer ce «passé qui croise le présent pour ouvrir la voie au futur». Cette quête explique sans doute ces nombreuses et brillantes collaborations avec des monstres sacrés ou sa participation à des projets de divers horizons comme Taj Mahal, Björk, Béla Fleck, Damon Albarn, Ketama, Roswell Rudd, Afrocubism (2010), Playing for Change, Silkroad Ensemble, Sing me home (2016) et récemment Lamomali (2017)… On n’oubliera pas surtout les deux superbes albums réalisés avec le regretté Ali Farka Touré. Il s’agit de «In the Heart of the Moon» (2005), et «Ali and Toumani» (sorti le 25 février 2010), deux chefs d’œuvre récompensés par le Grammy Awards du «Meilleur album traditionnel». Mais, avec «London Symphony Ochrestra», Toumani franchit certainement un cap plus audacieux dans sa volonté de toujours s’ouvrir aux musiques d’inspirations diverses. Et le résultat est visiblement à la hauteur des attentes puisque cette œuvre suscite déjà les éloges des premiers critiques qui l’ont entièrement écouté. «La musique est si merveilleusement belle ! J’ai déjà joué un morceau dans mon émission de radio et j’ai hâte d’entendre l’album complet afin d’en jouer davantage», confesse un animateur australien. Et selon les premières réactions, «Kôrôlen» met encore Toumani Diabaté sur orbite pour un 3e Grammy Awards de sa carrière. Considéré comme l’un des plus grands joueurs de kora de tous les temps, Toumani Diabaté est né en 1965 dans une famille de griots, il est le fils de Sidiki Diabaté, reconnu dans toute l’Afrique de l’Ouest pour être le roi de la kora. En digne héritier, Toumani s’est fait une réputation mondiale avec sa kora toujours avide d’expériences atypiques ! MB (AMAP)