FOPAME : Repenser le rôle des médias d’État, réécrire les fondements du journalisme

Bamako, 4 juin (AMAP) Le journaliste et expert des médias Martin Faye a plaidé, mercredi à Bamako, pour une transformation profonde du paysage médiatique africain, invitant les médias publics à devenir des acteurs de la refondation des États et appelant à une relecture africaine des grands textes fondateurs du journalisme, notamment la Déclaration de Munich de 1971, en marge de la cérémonie d’ouverture de la 1ère édition du Forum panafricain des Médias (FOPAME) au CICB de Bamako, a constaté l’AMAP. Sa leçon inaugurale du Forum panafricain des Médias (FOPAME) a été consacré, mercredi, à la souveraineté informationnelle à l’ère du numérique. Au cours de laquelle, Martin Faye a soutenu que les médias du continent ne peuvent plus se limiter à un rôle de diffusion de l’information, mais doivent contribuer à la construction des sociétés africaines dans un contexte marqué par les défis sécuritaires, politiques et informationnels. Prenant l’exemple du Mali, il est revenu sur une déclaration du ministre malien de la Communication affirmant que «la refondation du Mali commence par l’ORTM», une formule qu’il estime insuffisamment exploitée par les rédactions nationales. «Cette petite phrase choc est ce qu’il y avait à retenir. Elle fut ignorée. Pas un titre. Pas un papier pour expliquer, contextualiser et approfondir», a-t-il regretté devant les participants. Selon lui, cette affirmation traduit une nouvelle vision du média public, appelé à devenir «le socle symbolique et pédagogique de la transition» plutôt qu’un simple relais institutionnel. Martin Faye a ainsi préconisé une «refondation éditoriale» fondée sur le journalisme explicatif, permettant de rendre accessibles aux populations les grandes réformes en cours. «Au lieu de simplement lire des communiqués, l’ORTM doit décoder les réformes en langues nationales afin qu’elles soient appropriées par chaque Malien», a-t-il déclaré. Il a également invité les médias publics à investir pleinement les plateformes numériques fréquentées par les jeunes générations. «Si la refondation commence par l’ORTM, elle doit toucher la jeunesse qui ne regarde plus forcément la télévision classique», a-t-il souligné. Estimant que les contenus des médias d’État doivent être adaptés aux formats courts diffusés sur TikTok, Facebook ou WhatsApp afin de lutter plus efficacement contre la désinformation. Au-delà de la transformation des médias publics, l’intervenant a défendu le concept de «souveraineté narrative», qu’il définit comme la capacité des sociétés africaines à raconter elles-mêmes leur histoire et à puiser dans leurs références culturelles pour construire leur avenir. Évoquant l’histoire de l’Empire du Mali, il a appelé les médias à valoriser les mécanismes traditionnels de gouvernance, de médiation sociale et de cohésion nationale. «Les clés de notre unité nationale ne sont pas dans les manuels de droit constitutionnel, mais dans notre propre code génétique politique», a-t-il affirmé. Dans la dernière partie de son intervention, Martin Faye a invité les professionnels des médias à engager une réflexion sur l’actualisation des principes du journalisme à l’aune des réalités africaines contemporaines. S’appuyant sur la Déclaration de Munich, texte de référence définissant les droits et devoirs des journalistes, il a estimé qu’une adaptation était devenue nécessaire face aux nouveaux défis liés à la manipulation de l’information, aux algorithmes et à la dépendance technologique. «La Déclaration de Munich nous dit que le journaliste a le devoir de respecter la vérité. Nous ajoutons que, dans nos contextes, il a le devoir de protéger la vérité», a-t-il déclaré. Selon lui, la liberté de la presse ne peut être pleinement garantie sans souveraineté informationnelle. « Il ne peut y avoir de liberté de la presse si nos récits sont hébergés sur des serveurs qui ne nous appartiennent pas et si nos esprits sont colonisés par des schémas de pensée qui ignorent nos réalités socioculturelles », a-t-il soutenu. Appelant les participants à faire du Forum de Bamako un point de départ pour une nouvelle dynamique de coopération entre médias africains, Martin Faye a plaidé pour le développement d’infrastructures numériques propres au continent et pour la création d’outils médiatiques régionaux capables de renforcer l’autonomie informationnelle africaine. «Le panafricanisme des discours a assez duré. Passons au panafricanisme des serveurs et des rédactions», a-t-il lancé. KD/CMT (AMAP)
Lutte contre le trafic de stupéfiants au Mali : Saisie et incinération record de plus de 161 tonnes de drogues à Dio-Gare

Bamako, 4 juin 2026 (AMAP)– L’Office central de stupéfiants (OCS) a procédé ce jeudi à l’incinération historique de 161 tonnes et 227 kilogrammes de produits prohibés dans la commune de Dio-Gare, a cobstaté l’AMAP. Estimée à plusieurs dizaines de milliards de FCFA, cette saisie record, la plus importante depuis la création de l’OCS en 2010, est le fruit de six mois d’opérations menées par les antennes de Bamako (Rive Droite, Rive Gauche) et la Cellule aéroportuaire anti-trafic (CAAT). Le stock détruit comprenait notamment 5 kg de cocaïne, plus de 61 tonnes de médicaments contrefaits, 90 tonnes de charbon de chicha, 10.256 appareils de chicha et 9 tonnes d’autres drogues et produits chimiques. L’acheminement sécurisé de cette cargaison a nécessité un convoi exceptionnel de 13 camions, escorté par les Forces de défense et de sécurité (FDS), l’OCS et la Protection civile. Cette opération de destruction publique, encadrée par l’article 136 de la loi sur les stupéfiants et l’Arrêté de mars 2021, s’est déroulée en présence des autorités municipales, scientifiques et de la société civile. Pour le Directeur général adjoint de l’OCS, le Contrôleur général de Police Bassirou Bamba, cette action répond à un souci de transparence envers l’opinion publique tout en visant à préserver la santé des populations. En y associant les médias et la société civile, l’office entend en faire un levier de sensibilisation majeur pour susciter un changement de comportement au sein de la communauté. Cette démonstration de force intervient à un moment critique où le trafic et la culture locale du cannabis touchent de plein fouet la jeunesse malienne. Les statistiques de l’OCS révèlent en effet une réalité alarmante : les jeunes de 15 à 45 ans représentent désormais 80% des trafiquants au Mali, tandis que 78% des personnes interpellées par les services de sécurité sont de jeunes consommateurs. Avant la mise à feu, un protocole de vérification scientifique a été mené en direct par le responsable du laboratoire national de l’OCS, le Colonel sapeur-pompier Sékou Dramé. À l’aide de kits de détection de pointe, les tests ont confirmé l’authenticité de la cocaïne saisie. L’expert a également alerté sur la dangerosité extrême du charbon de chicha, qui constitue la majeure partie du stock brûlé. Lors de sa combustion, ce produit dégage du monoxyde de carbone (CO), un gaz hautement toxique qui bloque le système respiratoire humain en remplaçant l’oxygène, un effet nocif que la vaporisation ne peut en aucun cas empêcher. L’initiative a été fortement saluée par le maire de Dio-Gare, Daouda Kané, qui a souligné que la municipalité et sa jeunesse se devaient de soutenir un tel engagement de l’État afin de préserver les jeunes des ravages de la drogue. Enfin, pour le président du réseau «Mali sans drogue», Sidy Mohamed Samaké, cette destruction massive et transparente permet de faire taire les rumeurs et doutes de l’opinion publique. Tout en mesurant le danger sanitaire majeur qui a été écarté grâce à l’intervention de l’OCS, il invite la population à redoubler de vigilance et à accompagner activement les efforts de l’office. SS/CMT (AMAP)
Mali : le gouvernement met des primes sur la tête de terroristes recherchés

Bamako, 4 juin 2026 (Agence) Le gouvernement malien a annoncé, jeudi, l’octroi de récompenses financières à toute personne fournissant des informations jugées fiables et exploitables permettant l’arrestation ou la neutralisation d’individus recherchés pour leur implication présumée dans des actes terroristes, a appris l’AMAP. Dans un communiqué signé par le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le Général de Division Daoud Aly Mohammedine, les autorités précisent que cette mesure s’inscrit dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et de la préservation de la sécurité nationale. Parmi les personnes citées figure Iyad Ag Ghaly, pour lequel une récompense de 2 milliards de FCFA est annoncée. Le communiqué mentionne également Amadou Kouffa (Hamadoun Hassan Sangaré / Barry alias Amadou Kouffa alias Môbbô), avec une récompense fixée à 1,5 milliard de FCFA. Sont également concernés Abdoulaye Mamoudou Bakaye Diallo (alias Jouleybib de Nampala alias Sidi), pour lequel 1,5 milliard de FCFA sont annoncés, ainsi que Alghabass Ag Intalla, dont la récompense s’élève à un milliard de FCFA. Le document cite aussi Sedane Ag Hita (alias Outhman Al Ansari / Abdel Hakim Al Kidali / Al Qayrawani), avec une récompense de 500 millions de FCFA, ainsi que Bilal Ag Acherif, également concerné par une prime de 500 millions de FCFA. Enfin, Abderrahmane Al-Batna Al-Jazairi est cité avec une récompense de 500 millions de FCFA. Le gouvernement appelle les populations à faire preuve de vigilance et à collaborer avec les Forces armées et de sécurité en transmettant tout renseignement susceptible de contribuer à la localisation des suspects activement recherchés pour des attaques ayant porté atteinte à la sécurité des personnes et des biens sur le territoire national. Le gouvernement précise que ces mesures s’inscrivent dans le cadre du renforcement de la lutte contre le terrorisme et de la protection de la sécurité nationale. KD/CMT (AMAP)
Médias : l’Afrique appelée à accélérer sa transformation audiovisuelle pour renforcer sa souveraineté informationnelle

Bamako, 4 juin (AMAP) Le développement de nouveaux formats audiovisuels, l’adoption de narratifs centrés sur les réalités africaines et le renforcement des capacités de vérification de l’information constituent des leviers essentiels pour construire une souveraineté informationnelle africaine, a déclaré jeudi à Bamako la professeure de journalisme audiovisuel à l’Institut Supérieur de l’Information et de la Communication (ISIC) de Rabat, Dr Manal El Akhdari. Intervenant lors du sous-thème consacré au « Journalisme audiovisuel africain face aux défis actuels : nouveaux formats et narratifs », dans le cadre du panel sur la guerre informationnelle et la construction d’une narration africaine souveraine, l’universitaire marocaine a souligné que le paysage médiatique africain connaît une profonde mutation sous l’effet de la montée en puissance des plateformes numériques. S’appuyant sur les conclusions du rapport « Digital 2025 » du Reuters Institute for the Study of Journalism, elle a indiqué que les algorithmes des grandes plateformes privilégient désormais les contenus vidéo courts, transformant les modes de production et de diffusion de l’information. « Nous ne pouvons pas parler de la fin des médias audiovisuels traditionnels, mais plutôt d’une hybridation des modèles », a-t-elle affirmé. Selon elle, cette évolution se traduit par l’essor des vidéos verticales courtes, des podcasts vidéo, des web-reportages, des interviews express et du direct en ligne, dans un environnement marqué par une logique croissante de production multimédia, cross-média et transmédia. Dr El Akhdari a également relevé que l’usage des médias numériques progresse continuellement sur le continent, tandis que la télévision demeure le média le plus consommé dans de nombreux pays africains. Elle a toutefois observé des différences selon les contextes nationaux, citant notamment la prédominance de la télévision au Maroc et celle de la radio au Mali. L’intervenante a estimé que l’Afrique poursuit sa transition vers une plus grande autonomie médiatique après des décennies marquées par une dépendance technologique, économique et en matière de savoir-faire. Cette évolution, a-t-elle expliqué, favorise l’émergence de contenus davantage ancrés dans les réalités africaines. Elle a souligné que la bataille des récits africains constitue désormais un enjeu économique, stratégique et géopolitique majeur. À cet égard, elle a rappelé plusieurs conclusions du sommet « Shaping the Future of African Media », tenu à Accra en avril 2026, notamment la nécessité pour les médias africains d’accélérer leur transformation numérique, de développer des modèles économiques viables et de généraliser les outils de fact-checking. La vérification des images, des vidéos, des données et des contenus générés par l’intelligence artificielle représente, selon elle, un défi croissant pour les professionnels de l’information. Elle a également évoqué l’intérêt de développer des infrastructures africaines de données afin de renforcer l’autonomie du continent dans la production et l’exploitation de l’information. Pour la spécialiste marocaine, les nouveaux narratifs africains doivent davantage mettre en lumière les capacités d’innovation du continent, les initiatives portées par la jeunesse, les solutions africaines aux défis africains ainsi que la richesse des langues, cultures et patrimoines du continent. Évoquant l’expérience du Maroc, elle a indiqué que la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) a multiplié les partenariats avec plusieurs institutions homologues africaines dans le cadre du renforcement de la coopération continentale. Elle a également rappelé les différentes étapes de la transformation du secteur audiovisuel marocain, marquées notamment par la libéralisation progressive du paysage médiatique et la diversification de l’offre audiovisuelle. Selon Dr El Akhdari, le journalisme audiovisuel africain est aujourd’hui engagé dans une double transformation, celle des formats et celle des narratifs. « L’avenir du journalisme audiovisuel africain réside dans sa capacité à raconter l’Afrique avec ses propres voix, ses propres expériences et ses propres imaginaires », a-t-elle déclaré. OS/KM (AMAP)
Bandiagara : le parquet lance un appel à témoins après quatre assassinats enregistrés en un peu plus d’un mois

Bamako, 4 juin (AMAP)– Le Procureur de la République près le Tribunal d’instance de Bandiagara a lancé mardi un appel public à témoins à la suite de quatre assassinats commis entre le 24 avril et le 31 mai 2026 dans plusieurs localités du cercle de Bandiagara, a appris l’AMAP des sources judiciaires. Dans un communiqué de presse, le parquet indique que le premier cas concerne le chef du village de Dourou, Moussa Sagara, tué le 24 avril aux environs de 18 heures par des hommes armés non identifiés. Selon les autorités judiciaires, la victime a été abattue à son retour de la foire hebdomadaire sur l’axe reliant Bandiagara à Dourou. Le deuxième homicide a été enregistré dans la nuit du 28 au 29 avril à Irrigili, dans la Commune rurale de Kendié. Ousmane Nantoume, cultivateur, a été tué à son domicile par des individus armés qui l’auraient surpris dans son sommeil avant d’ouvrir le feu sur lui. Le parquet rapporte également que Habib Yalcoué, premier adjoint au maire de Kendié et conseiller au Centre d’animation pédagogique (CAP) de Bandiagara, a été assassiné le 30 mai vers 20 heures à son domicile par un homme armé non identifié. Le quatrième cas concerne Issi Aka Tapily, conseiller du chef de village de Banguel Toupé, tué le 31 mai aux environs de 20 heures devant son domicile par des individus armés non identifiés. Face à cette série d’assassinats, le Procureur de la République a annoncé l’ouverture d’enquêtes visant à «identifier, interpeller et traduire devant les autorités judiciaires compétentes les auteurs, co-auteurs et complices» de ces crimes. Dans un appel public à témoins daté du mardi 2 juin, le magistrat invite toute personne disposant d’informations utiles à l’enquête à se présenter au cabinet du Procureur de la République ou à la Brigade territoriale de la gendarmerie de Bandiagara. Les témoins pourront également fournir des renseignements sous couvert de l’anonymat ou contacter les enquêteurs via les numéros mis à disposition par les autorités judiciaires. Le Procureur de la République, Mamadou Bema Konaté, a présenté ses condoléances aux familles des victimes et assuré que «toutes les diligences nécessaires seront accomplies» afin de faire toute la lumière sur ces affaires. KD/CMT (AMAP)
Guerre informationnelle en Afrique : l’auto-régulation comme levier d’une information de qualité

BAMAKO, 4 juin (AMAP)– L’appropriation des codes de déontologie par les journalistes, la recherche d’un consensus autour des organes d’auto-régulation et le renforcement de la coopération avec les régulateurs officiels constituent des conditions essentielles pour produire une information de qualité en Afrique, a estimé jeudi à Bamako Seydou Sissouma, membre du Collège de la Haute Autorité de la Communication (HAC), a constaté l’AMAP. Intervenant lors du sous-thème consacré à «l’Autorégulation et la co-régulation, une solution pour une information responsable», dans le cadre du panel sur la guerre informationnelle et la construction d’une narration africaine souveraine, M. Sissouma a rappelé que le journalisme repose à la fois sur la maîtrise des normes professionnelles et sur le respect de l’éthique et de la déontologie. Selon lui, l’auto-régulation ne peut être efficace sans une large diffusion et une réelle appropriation des codes de déontologie par les professionnels des médias. «On ne peut pas faire de l’auto-régulation avec une profession dont l’écrasante majorité ignore ce que contiennent les codes de déontologie», a-t-il déclaré. Le paneliste a également plaidé pour un consensus fort autour des organes d’auto-régulation afin qu’ils soient reconnus par l’ensemble de la profession. Il a qualifié l’auto-régulation de «police par les pairs», estimant que l’évaluation professionnelle exercée par les journalistes eux-mêmes possède une forte valeur morale et contribue à améliorer les pratiques du secteur. Pour illustrer son propos, il a cité l’expérience de l’Observatoire de la liberté de la presse, de l’éthique et de la déontologie (OLPED) de Côte d’Ivoire, créé en 1995 dans un contexte de fortes tensions politiques. Selon lui, cet organisme a progressivement acquis une crédibilité qui en a fait un outil de référence pour l’évaluation du respect de l’éthique dans les médias ivoiriens et au-delà. M. Sissouma a également évoqué le Conseil pour le respect de l’éthique et de la déontologie (CORED) du Sénégal, qu’il a présenté comme un exemple d’organe ayant gagné la confiance des professionnels et du public au point de devenir un acteur majeur de la régulation du secteur médiatique. Abordant la question de la co-régulation, il a estimé qu’une collaboration entre régulateurs officiels et organes d’auto-régulation pouvait être envisagée lorsque ces derniers disposent d’une légitimité suffisante. Il a cité plusieurs mécanismes déjà appliqués dans certains pays africains, notamment en Guinée, au Togo et au Sénégal, où les décisions ou interventions des organes d’auto-régulation sont prises en compte par les autorités de régulation. Le membre du Collège de la HAC a enfin proposé l’organisation d’une rencontre réunissant régulateurs officiels et organes d’auto-régulation afin d’identifier les domaines de coopération possibles et de renforcer les mécanismes de gouvernance du secteur des médias. Cette intervention s’inscrit dans les travaux du panel consacré à «Guerre informationnelle : construire une narration africaine souveraine», organisé lors de la deuxième journée du forum. Les échanges ont porté sur les moyens de renforcer la qualité de l’information produite en Afrique dans un contexte marqué par la multiplication des défis informationnels et la nécessité pour les médias du continent de consolider leur crédibilité et leur indépendance professionnelle. OS/CMT (AMAP)
Formation des journalistes : Dr Fatoumata Fofana plaide pour des écoles au service d’un narratif africain souverain

Bamako, 4 juin (AMAP) La formation des journalistes africains doit être renforcée et adaptée aux nouveaux défis de la guerre informationnelle afin de permettre au continent de produire ses propres récits et de réduire sa dépendance aux narratifs extérieurs, a déclaré jeudi Dr Fatoumata Fofana, Maître de conférences à l’École supérieure de journalisme et des sciences de la communication (ESJSC). Intervenant lors du premier panel de la deuxième journée du Fomape consacré à «Guerre informationnelle : construire une narration africaine souveraine», au Centre international de conférences de Bamako, l’universitaire a estimé que la mondialisation de l’information et l’essor du numérique ont accentué la circulation de récits souvent élaborés hors du continent africain. Selon elle, «la plupart des narratifs concernant notre continent sont produits par des acteurs extérieurs, souvent stéréotypés, dégradants et caricaturaux», d’où la nécessité de former des journalistes capables de décrypter les enjeux géopolitiques, résister aux manipulations informationnelles et produire des contenus reflétant les réalités africaines. Dr Fofana a indiqué que l’Afrique compte environ 127 écoles et centres de formation en journalisme, principalement situés en Afrique subsaharienne. Elle a toutefois relevé que, malgré le nombre de professionnels formés, les médias africains consacrent encore une grande partie de leur activité à relayer ou commenter des récits produits ailleurs, notamment sur les conflits internationaux et les rivalités entre puissances. La conférencière a identifié plusieurs insuffisances dans les formations actuelles, notamment une faible adaptation aux contextes de crise informationnelle, des lacunes en déontologie, en investigation et en vérification des faits, ainsi qu’un déficit de recherche académique sur les questions de souveraineté narrative. Elle a néanmoins souligné plusieurs atouts, parmi lesquels la multiplication des écoles de journalisme, la connaissance approfondie des réalités locales par les journalistes africains et une prise de conscience croissante des enjeux informationnels chez les jeunes générations. Parmi les opportunités évoquées figurent le renforcement des partenariats entre écoles africaines, l’exploitation accrue des outils numériques et l’élaboration de programmes de formation mieux adaptés aux réalités contemporaines. Pour répondre à ces défis, Dr Fofana a recommandé une révision des curricula afin d’intégrer davantage la question des narratifs africains souverains, le développement de formations en géopolitique et en journalisme économique, ainsi que la création de programmes destinés à former des journalistes internationaux africains polyglottes. Elle a également appelé à diversifier les échanges académiques vers d’autres régions du monde, notamment l’Asie et l’Amérique latine, et à transformer les écoles de journalisme en «véritables laboratoires de fabrication de narratifs africains crédibles» s’appuyant sur les outils numériques. OS/CMT (AMAP)
Hadj 2026 : Retour à Bamako des premiers pèlerins maliens de la filière gouvernementale

Bamako, 4 juin (AMAP) Les premiers pèlerins maliens de la filière gouvernementale ont regagné le pays le mercredi 3 juin 2026, après l’accomplissement du cinquième pilier de l’Islam a constaté l’AMAP. Les pèlerins, à leur arrivée, ont été accueillis par le Chef de cabinet du ministre des Affaires religieuses, du Culte et des Coutumes, Cheick Oumar Traoré, venu leur souhaiter la bienvenue au nom des autorités. Ce premier retour marque le début de l’arrivée progressive des différents contingents maliens ayant participé au pèlerinage de cette année. Il est à noter que le Hadj demeure l’un des moments les plus importants de la vie d’un musulman et chaque année, des milliers de fidèles maliens se rendent à la Mecque pour accomplir ce devoir religieux. KM (AMAP)
Liberté de la presse et souveraineté narrative doivent être indissociables, selon Alexis Kalambry

Bamako, 4 juin (AMAP)– La construction d’une narration africaine souveraine ne peut être dissociée de la liberté de la presse, a affirmé jeudi Alexis Kalambry, Directeur général du Groupe de presse Mali-Tribune, appelant à renforcer l’indépendance des médias, la qualité de l’information et les capacités des journalistes face aux défis de la guerre informationnelle, a constaté l’AMAP. Intervenant lors du premier panel de la deuxième journée du Forum panafricain des médias (Fopame) 2026 consacrée à «Guerre informationnelle : construire une narration africaine souveraine», M. Kalambry a estimé que les sociétés contemporaines sont entrées dans une «compétition des récits» où l’influence sur les perceptions et les opinions est devenue un enjeu stratégique majeur. «Il n’y a pas de narratif crédible sans liberté, et pas de liberté complète sans souveraineté», a-t-il déclaré, soulignant que la liberté garantit l’accès à la vérité tandis que la souveraineté permet la maîtrise du point de vue et des priorités nationales. Le paneliste a rappelé que la liberté de la presse repose notamment sur la possibilité d’enquêter, d’accéder à l’information, de critiquer les pouvoirs, de protéger les sources et de garantir la sécurité des journalistes. À l’inverse, le narratif souverain consiste, selon lui, à produire des récits fondés sur les réalités locales, les expériences historiques et culturelles africaines, sans renoncer aux exigences de vérité. Selon Alexis Kalambry, plusieurs obstacles freinent aujourd’hui cette ambition en Afrique, notamment la précarité économique des médias, les pressions administratives et financières, les influences extérieures, la dépendance technologique, les insuffisances en matière de formation et de vérification des faits, ainsi que la confusion entre souveraineté et alignement idéologique. Face à ces défis, il a plaidé pour une presse à la fois libre, indépendante et enracinée dans les réalités locales. «La souveraineté narrative n’est ni la censure, ni les interdictions arbitraires, ni la fermeture du débat public», a-t-il insisté, estimant qu’elle exige au contraire des médias capables de produire leurs propres analyses et de préserver leur autonomie éditoriale. Le responsable de presse a proposé plusieurs orientations fondées sur la vérité, l’autonomie, le pluralisme, la compétence, la responsabilité et la coopération. À l’endroit des pouvoirs publics, il a recommandé de protéger juridiquement la liberté de la presse, de soutenir les médias de manière transparente et équitable, d’éviter toute instrumentalisation de la souveraineté et d’investir davantage dans le numérique ainsi que dans l’éducation aux médias. Il a également invité les rédactions à améliorer leur qualité éditoriale, à renforcer leur indépendance économique, à réinvestir les régions, à valoriser les langues locales et à développer des coopérations africaines permettant de mutualiser les moyens de production de l’information. Aux organisations professionnelles, Alexis Kalambry a suggéré la création d’un observatoire panafricain, le renforcement de la formation continue et la mise en place de mécanismes destinés à accroître la visibilité des narrations produites sur le continent. Selon lui, une narration souveraine doit être fondée sur des faits, refléter la diversité des réalités africaines et respecter les principes éthiques du journalisme. «Il n’y a pas de souveraineté durable fondée sur le mensonge», a-t-il conclu. Cette intervention s’inscrivait dans le cadre du Panel I de la deuxième journée des travaux consacrés à la guerre informationnelle et à la construction d’une narration africaine souveraine. Les échanges portent sur les moyens de permettre aux médias africains de produire des récits fondés sur leurs propres réalités tout en préservant les principes de liberté, d’indépendance et de crédibilité de l’information. OS/CMT (AMAP)
Kayes : Manque de liquidité au niveau des points d’Orange-money

Kayes, 4 juin (AMAP) Nos concitoyens de la ville de Kayes, depuis la veille de la fête, connaissent un véritable problème de liquidité au niveau des points de transfert mobile argent Orange-money, a constaté l’AMAP. De Kayes Ba à Kayes N’Di, en passant par Soutoukoulé, Commune rurale de Kouloum, de nombreux points de transfert mobile d’argent Orange-money et/ou des boutiquiers sont en panne sèche. Les clients sont contraints de faire de longs trajets, pour pouvoir effectuer une opération Orange-money. «Nous avons, ici à Kayes, de la peine à faire le retrait dans le compte Orange-money», au bout du fil, Mamahadou Touré, dépanneur de son état, communique avec un client habitant dans un village environnant de la ville de Kayes. Visiblement, triste, au milieu des matériels de dépannage dans son atelier à Kayes N’Di, il raconte avoir fait plus de dix points d’Orange-money, sans succès, pour le retrait de 25.000 Fcfa de frais de réparation qu’on lui a envoyé de Kaourou, un village situé non loin de la ville. « Ils disent tous qu’ils n’ont pas d’argent pour le retrait…Ce n’est plus intéressant de faire les envois par Orange-money», précise celui qui voulait utiliser cette somme pour compléter le prix de son mouton pour la fête de Tabaski. Tout comme lui, beaucoup de personnes se plaignent de ce problème. Les gens se renseignent sur les rares points de disponibilité. Habitante de Lafiabougou Sud, Bintou Koïta informe qu’elle ne trouve même plus des points d’Orange-money dans son secteur. De son côté, Ousmane Diakité révèle avoir fait, la nuit du lundi au mardi dernier, le long du goudron, de Soutoukoulé au premier pont de la ville, pour faire un dépôt Orange-money sans succès. Selon Adama Sissoko, boutiquier à Soutoukoulé, les propriétaires de points d’opération Orange-money sont méfiants dans leur secteur. « Ils ne prennent plus le risque d’accepter de faire des opérations pour des inconnus. Certains boutiquiers ont été victimes de braquage des bandits armés. Un d’entre ces commerçants a d’ailleurs été mortellement agressé et dépouillé de ses sous en cours de route pour son domicile», raconte-t-il. Comme pour dire combien le risque est énorme au niveau du secteur Attbougou. Cette service selon de nombreux boutiquiers, est due à la l’indisponibilité d’argent. Certains expliquent qu’ils sont obligés souvent de dire aux clients qu’ils n’ont pas d’argent pour les retraits. «Le problème est que parfois on donne tout notre argent aux clients qui viennent pour le retrait. Au même moment, nous pouvons rester avec plus de trois millions de Fcfa d’UV», explique Amadou Diallo, qui déclare qu’il faut des opérations de dépôt pour pouvoir écouler les UV, chose qui est rare. Pour sa part, Niamè Konaré, gros distributeur, service partenaire d’Orange-money, avoue qu’ils sont contraints, parfois, à racheter les UV des boutiquiers. Selon lui, c’est un problème de liquidité. «Auparavent, à notre niveau, on pouvait retirer à la banque plus de 30.000.000 Fcfa de Fcfa. Mais, actuellement, la banque n’est pas à mesure de nous permettre de faire le décaissement de telle somme…», souligne Niamè Konaré. Et d’informer qu’il leur arrive de créer des comptes pour les gros clients au niveau des banques pour pouvoir faciliter leurs opérations de retrait d’argent. «C’est ainsi qu’on effectue leurs opérations de retrait Orange-money, déposées directement dans leur compte bancaire…», précise-t-il. OD/KM (AMAP)

