Femme et orpaillage à Kéniéba : Portaits croisés de deux amazones
Reportage d’Ahmadou CISSE Kéniéba, 21 février (AMAP) L’une est restauratrice, mariée et mère de deux enfants; l’autre orpailleur, veuve qui vit avec ses six enfants. Leur point commun : une détermination à toute épreuve dans un monde de mâles, une volonté de réussir. Deux femmes battantes que tout oppose ! Ou presque. Aoua Sy et Saiba Sissoko sont des amazones aux origine et parcours différents. Nos deux amazones contemporaines ne sont pas des filles d’Ares, fils de Zeus et de Era. Elles n’en sont moins des battantes, d’un courage olympien, refusant de porter la robe de la fatalité de femme au foyer. La première est issue d’une famille aisée, bien connue dans le Tambaoura. Aoua Sy est d’une famille aisée. A Kéniéba, les Sy ont réussi en affaires. Ils sont dans l’hôtellerie, la restauration, le commerce, l’immobilier pour ne citer que ces quelques activités. Saiba Sissoko est née griotte. Sa mère n’a vécu que de cette tradition qui consiste à assister les nobles et à faire leurs louanges, lors des cérémonies et vivre des récompenses et dons. Loin d’être oisive, elle a perpétué la tradition telle qu’elle lui a été apprise par ses parents. A priori, tout oppose Aoua Sy et Saiba Sissoko. Pour être plus fin, l’une a une peau claire et est ronde, l’autre noire et mince. La première est en couple, l’autre veuve. L’orpaillage traditionnel est, pour le commun des mortels, une activité exclusivement d’hommes. Pour se convaincre du contraire, il suffit de faire un tour dans la Région de Kayes. Chétive, cheveux courts exposés aux quatre vents, Saiba Sissoko est une femme qui ose. Le confort de la profession du statut de griotte, volant d’un mariage à un autre comme un papillon dans la prairie, ou attendant le prix de condiments d’un mari avare… Ce mode vie n’est pas le sien. Depuis sa tendre jeunesse, elle a décidé de descendre dans l’arène pour tirer son épingle du jeu. Aujourd’hui, du haut de ses 46 ans, cette dame s’impose dans le paysage aurifère de sa contrée. « Au temps du général Moussa Traoré, nous alternons les activités d’orpaillage avec les travaux champêtres. De nos jours, les champs sont désertés », raconte Saiba devant son immeuble. LE FLAIR DES AFFAIRES – Awa Sy, le cordon bleu de Kéniéba, a le flair des affaires. Dans sa famille, le business vient avant tout. Même l’école. Déjà en 5ème année fondamentale, la jeune fille déserta les cours primaires. Pour elle, c’est une perte de temps. Dehors, l’argent l’appelle. La tentation est si forte qu’elle n’eut pas la patience de décrocher le Certificat d’études primaires (CEP). L’avenir lui donnera t-elle raison ? Cela se saura. Dans la foulée, ses parents la donnent en mariage à un jeune prétendant. Elle avait à peine 15 ans. Son mari ne vit pas d’un bon œil les nombreux voyages de sa femme dans les pays limitrophes pour son commerce. Plutôt chanceuse. Si la restauratrice a bénéficié d’un désintéressé mais généreux coup de piston de la famille Sy, la griotte, elle, a dû avaler des couleuvres. Très pauvre, elle a perdu, très tôt, son père. Elle a vécu une enfance difficile dans une maison où elle a fini par être chassée comme un mal propre. Adulte, elle n’a pas mille solutions. Il faut se battre. D’accord pour le principe, mais avec quels moyens ? L’enfance perturbée devient la source d’énergie de la griotte qui prend la décision de chercher de l’aide. Il y a une dizaine d’années, une association a fait confiance à Saibo Sissoko en lui accordant un prêt remboursable de 10 millions. Elle a décidé de partir au Sénégal, à Karakina, pour développer ses activités d’orpaillage. Manque de chance, les Sénégalais les ont chassés sans ménagement du site. « A mon retour, j’ai décidé de voler de mes propres ailes chez moi. Je suis griotte mais je refuse de vivre au crochet des nobles. Je me suis donc engagée dans l’aventure de l’or en achetant une parcelle de 5 ha à Dabia », raconte-t-elle. Et toute sa vie changea. Sa parcelle est un don du ciel, un filon. La ruée des chercheurs d’or fera sa fortune. GORGÉE D’OR – En creusant un puits dans ma parcelle, je me suis rendu compte que la terre est gorgée d’or ». Après un long procès, la battante a consolidé sa propriété avec un titre foncier aux frais de 35 millions de Fcfa. « Je paye toutes les taxes en qualité d’exploitante minière. Elle a cherché des partenaires financiers (marchands d’or) et ensemble, nous avons pu encaisser des bénéfices. Mes chiffres d’affaires font plusieurs dizaines millions de Fcfa», explique-t-elle. Sur sa parcelle de 5 ha, la désormais patronne d’un site d’orpaillage dispose de pas moins de 13 équipes de 6 personnes. « Je suis femme. Donc, je ne peux pas résider sur place avec les orpailleurs. Avec les équipes, on a trouvé un consensus. Chaque mois, chaque équipe me verse 10 grammes d’or. Je ne cherche pas à savoir ce qu’elle gagne. Le plus important est de faire en sorte que tous les travailleurs trouvent leur compte ». « En 2016, une de mes équipes m’a fait une découverte de 7 kilogrammes d’or. Le gramme coûtait 10.000 Fcfa », raconte avec fierté l’exploitante qui précise qu’elle n’a reçu que 30 grammes sur les 7 kg d’or. La petite fortune de Saiba est profitable aux autres. Elle dit avoir réalisée trois forages au bénéfice des villages environnants. Elle a placé une partie de ses revenus dans l’immobilier. Aoua Sy, la patronne du restaurant qui fait dos à l’hôtel Falémé a pris le temps d’installer son empire, multiplie les activités. En plus du commerce, elle annexe le restaurant de l’hôtel de son grand frère. Aoua y injecta du capital et donne au restaurant « Falémé » ses lettres de noblesse. Depuis 2006, elle s’est installée en ce lieu stratégique pour vendre de la nourriture à une clientèle diverse: voyageurs affairistes, miniers, orpailleurs … « Je suis native de cette ville. J’ai abandonné l’école lorsque je passais ma 5 ème année à l’école fondamentale. Ma famille fait
Mopti : Lancement de la campagne d’information et de sensibilisation sur le DDR
Mopti, 21 février (AMAP) La cérémonie de lancement de la campagne d’information et de sensibilisation sur le processus de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR), couplée à la remise d’attestation au 1er contingent du volet réinsertion socio-économique, a été présidée jeudi à Soufouroulaye, dans la région de Mopti, par le ministre de la Cohésion sociale, de la Paix et de la Réconciliation nationale, Lassine Bouaré, a constaté l’AMAP. Le ministre Bouaré a remercié la mission Onusienne et le personnel d’encadrement avant de déclarer que le camp de Soufouroulaye sera renforcé avec la réalisation de 6 nouveaux ateliers bien équipés pour accueillir les autres sessions à venir. « La commission DDR reste ouverte à toute personne qui désire intégrer le processus pour les sessions à venir jusqu’à la pacification de la région » a déclaré le président de la Commission nationale de DDR, Zahabi Ould Sidi Mohamed. La remise des attestations aux 60 ex-combattants formés dans 13 corps de métiers et un concert géant ont mis fin aux activités de lancement de la campagne d’information et de sensibilisation sur le DDR à Soufouroulaye dans la commune rurale de Sio, cercle de Mopti. La première phase de ce DDR – spécial a concerné 352 ex-combattants dont 17 femmes dans la région de Mopti et sur les 352 ex-combattants, 292 ont opté pour le choix du métier des armes, les 60 autres se sont inscrits dans la dynamique de la réinsertion socio-économique. Ils ont à cet effet reçu le renforcement de capacités nécessaire et seront doter de kits d’installation d’une valeur numérique de 900.000 F CFA par personne. En rappel, pour le processus engagé en décembre 2018, plus de 8000 détenteurs d’armes et de munitions se sont déjà fait enregistrer pour cette opération spéciale et les jeunes ayant volontairement déposés les armes seront suivis pendant un temps d’observation et de test de trois mois. La cérémonie s’est déroulée en présence gouverneur de la région, Général Abdoulaye Cissé, du chef d’antenne DDR de Mopti, Capitaine Alhadji Oumar Dicko, du représentant de la MINUSMA, des élus et des habitants de la Commune rurale de Sio. DC/KM (AMAP)
Le PM lance la 6ème édition du salon de l´Habitat de Bamako
Bamako, 21 février (AMAP) Le lancement de la 6ème édition du Salon de l’Habitat de Bamako (Sahaba 2020) a été présidé jeudi à Bamako, par le Premier Ministre, Dr Boubou Cissé, sous le thème : « la politique urbaine est la première sécurité nationale», a constaté l’AMAP. Dr Boubou Cissé a saisi l’occasion pour insister sur la volonté du Gouvernement, d’offrir un toit à chaque famille malienne à travers la construction et la mise à disposition aux populations de 20.000 logements sociaux et de 10.000 logements économiques, conformément au Programme présidentiel 2018-2023. La cérémonie s’est déroulée en présence de l’artiste et ambassadeur du Sahaba 2020, ancien ministre sénégalais de la Culture, Youssou N’Dour, du ministre sénégalais de l’Urbanisme, du Logement et de l’Hygiène publique, Abdou Kader Fofana, du ministre burkinabé de l’Urbanisme et de l’Habitat, Bonanet Maurice Dieudonné, des membres du Gouvernement et des représentants des Institutions. KM (AMAP)
Kidal échange sur la paix et la cohésion sociale
Kidal, 21 Février (AMAP) La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) à travers sa division des affaires civiles (DAC) a organisé, des ateliers sur l’éducation à la culture de la paix et le vivre ensemble, jeudi et vendredi derniers, à l’intention des jeunes à Aguelock et à Tessalit, dans la région de Kidal, a appris l’AMAP de source proche de la mission onusienne. Les sessions de formation avaient pour but d’appuyer les jeunes à intégrer des valeurs, des notions, des comportements et des techniques en vue de s’approprier la culture et la démarche dans la gestion des conflits. Les participants composés d’une trentaine de jeunes, ont échangé sur entre autres, la notion de paix et de la culture de la paix, les outils d’analyse des conflits, les techniques de médiation et de gestion des conflits. Le chargé des Affaires civiles de la MINUSMA, Seid Gna-Guélé a déclaré que la culture de la paix devrait être de plus en plus considérée comme la pierre angulaire de la vie quotidienne de tous les individus, à la fois en termes de prévention et de réconciliation, en particulier dans le cadre du processus de paix au Mali. « Ces formations visent non seulement à aider les jeunes à maitriser les valeurs et notions relatives à la culture de la paix, mais aussi à développer avec eux des stratégies de promotion de la culture de la paix, en prenant en compte des apports des différents groupes sociaux », a-t-il conclu. KM (AMAP)
San : Le secrétaire général de l’UNTM échange avec ses militants
San, 21 février (AMAP) Le Secrétaire Général du Bureau Exécutif de l’Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM), Yacouba Katilé, accompagné de certains membres de son bureau, est arrivé, mercredi à San, a constaté l’AMAP. Yacouba Katilé a rendu une visite de courtoisie aux autorités administratives locales et aux chefferies traditionnelles avant de tenir une rencontre à la préfecture avec les travailleurs locaux des cercles de San et de Tominian, sous la présidence du préfet de Cercle, Amadou Dicko. Le Secrétaire général a abordé les questions de l’augmentation de la valeur du point d’indice, de la diminution de l’impôt sur le traitement des salaires (ITS), du relèvement du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG), de l’augmentation de l’âge de départ à la retraite, de la révision à la hausse de la grille indiciaire et de l’augmentation substantielle de plus de 100% du taux des allocations familiales. Yacouba Katilé a déclaré que ces différentes revendications étaient basées sur la convention de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) ratifiées par notre pays pour corriger les inégalités et les discriminations entre les travailleurs d’un même pays titulaires du même diplôme et appartenant à la même catégorie. Le Camarade Katilé a enfin abordé d’autres sujets notamment, la relecture des conventions collectives minières et l’extinction du dossier de l’Usine Malienne des Produits Pharmaceutiques (UMPP). Le Secrétaire général a précisé que la convention n° 100 de 1951 de l’OIT impose l’égalité de rémunération des hommes et des femmes pour un travail de valeur égale, une égalité entre les mains d’œuvres masculines et les mains d’œuvres féminines. « Il a été constaté dans la fonction publique d’État la disparité entre les grilles indiciaires surtout dans la catégorieA où les travailleurs qui ont les mêmes diplômes et qui sont engagés la même année dans les mêmes services d’État et certains ont une grille salariale fixée à 920 et admis à la retraite à seulement 62 ans, et d’autres, ont une grille salariale plafonnée à 1200 et vont à la retraite à 65 ans parce qu’ayant un statut dit particulier, avec la seule volonté de l’État et sans aucun support juridique universel. L’injustice avérée et intolérable est qu’ils sont sortis des mêmes écoles et ont fait les mêmes filières de formation », a souligné Katilé. Les participants ont posé des questions sur l’uniformisation des grilles salariales des travailleurs conformément à leurs catégories, les rapports entre l’union nationale des travailleurs et la synergie des Syndicats de l’Éducation Signataires du 15 Octobre 2016 et à la situation des enseignants des écoles communautaires qui ne sont pas toujours intégrés dans la fonction publique des collectivités territoriales. La délégation du Bureau Exécutif de l’UNTM a donné des éclaircissements avant d’inviter la Synergie et les enseignants communautaires à rejoindre la grande famille, l’UNTM. Le secrétaire général de l’union locale des travailleurs de San, Soussoro Aly Traoré, a profité de cette rencontre pour présenter aux visiteurs du jour, le rapport moral de son organisation. NC/KM (AMAP)
Vie en zone aurifère : L’envers du décor
Reportage : Ahmadou CISSE Bamako, 20 février (AMAP) Le soleil se lève sur la grosse bourgade de Kéniéba. Le vent frais du petit matin apporte les premières vagues de poussière de la journée. Les mines ne sont pas loin et la longue journée de travail commence bientôt. Ceux qui y sont employés savent que le retard n’est pas toléré. Comme à l’école des temps anciens, les chefs d’équipe font l’appel, avant de rappeler les objectifs de la journée. Avant le regroupement des miniers, les habitants du quartier de Lafiabougou et ceux du quartier I s’activent, après une courte nuit dans les mains de Morphée. Ils sortent un à un de leurs logements. On dirait que chaque habitant possède une moto. Les habits sont déjà couverts de poussière. Le travail est rude dans les mines. Si le salaire est attractif, il faut bien le mériter. Le temps passe vite. Il faut se hâter à avaler le petit déjeuner. Abdoul Aziz, moniteur d’engins lourds vient d’opter pour le pain à la mayonnaise, avec du café au lait. Dans le quartier, les uns cherchent de quoi réveiller l’estomac, les autres courent rejoindre leur poste de travail. Les bus et mini bus passent et repassent. Des hommes en tenue de chantier grimpent à chaque arrêt. « Mon car est arrivé, je dois y aller. Au revoir monsieur le journaliste » lâche Abdoul qui ferme derrière lui la porte coulissante du bus surmonté d’un gyrophare. Un morceau de tissus jaune flotte au bout d’une tige fixée sur le pare-choc avant du véhicule. Ce jeudi matin de janvier, il fait légèrement frais. Un vent de poussière continue à lessiver les visages. D’autres 4×4 activent les gyrophares. Avant 6 heures du matin, tous doivent être au poste. L’or n’attend pas. Les enjeux sont gros. Les sociétés minières mettent le paquet pour gagner le maximum. C’est la règle du jeu. Karamoko, lui, s’est dirigé tout droit chez un autre vendeur de café au lait. Comme tous les matins, il est au rendez-vous. Même heure, même menu. C’est son rituel. « On a pas le choix » lance le maintenancier avant de s’adresser au tenancier de la cafétéria du bord de la route. En peu de mots, il lance sa commande. Il honore quelques minutes, plus tard, sans ménagement, la miche de pain à la mayonnaise, avant de l’arroser d’un verre de café au lait bien chaud. La journée peut démarrer en toute sérénité avec un ventre en béton. Comme tous les camarades de sa génération, il possède une grosse moto de marque asiatique qu’il a achetée, quelques mois plutôt. Plus qu’un moyen de déplacement, la moto est un signe de réussite sociale et individuelle. Généralement, avec le revenu des premiers grammes d’or écoulés sur le marché noir, c’est la moto et le téléphone portable tactile qu’il faut acheter. Le reste peut bien attendre. Ceux à qui l’or a davantage souri vont jusqu’à l’Apache, une moto de tendance réputée robuste et « bling bling ». Son coût frôle le million. Le jeune homme enfourche sa bécane. Il grimpe l’engin d’un trait. Direction : la broussaille. Nous l’y avons accompagné pour comprendre les techniques d’exploitation des sites d’orpaillage traditionnel. Deux systèmes existent dans notre pays: le dragage fluvial et les puits. Le premier se pratique sur les cours d’eau et le second sur la terre ferme Karamoko est une célébrité locale étonnante. A chaque virage, son nom sonne dans la bouche d’un passant. Kara est en effet d’un commerce agréable. Philosophe, il aime répéter que la vie n’est rien. « An be gnogon bolo », cette phrase usée à l’ivresse dans le milieu juvénile est devenu son leitmotiv. La moto chinoise crache du feu. Kara la poussa à la lisière de ses capacités motrices. Derrières des buissons, se cache l’industrie locale d’extraction d’or. Les moyens sont rudimentaires certes mais leur efficacité ne souffre d’aucun doute. Rudimentaires ? C’est peut-être trop dire. En vérité, les sites orpaillage rivalisent d’ingéniosité pour aller plus vite et plus loin. Tout est pratiquement mécanisé. Ils utilisent des moteurs de type Mercedes pour remonter la boue qui sera traitée par une autre machine pour en extraire le métal jaune. COMME A LA LOTERIE – Karamoko est à la tête d’une petite équipe de jeunes prêts à tout donner pour extraire l’or des entrailles de la terre. Volontiers, il explique comment c’est fait. « Nous sommes très nombreux ici à venir d’ailleurs. Beaucoup d’entre nous sont venus depuis plus d’un mois. Il faut avoir deux éléments essentiels pour travailler: la machine de concassage et les produits chimiques. Certains possèdent des puits. Eux, ce sont les patrons. Ils font travailler des gens et ils sont payés au prorata des gains ». Interrogé sur ses gains, Kara se montre volontairement évasif. « Vous savez, dit-il, c’est Dieu qui donne. On peut gagner des centaines de grammes ou ne rien gagner du tout. C’est une question de chance ». En vérité, notre jeune orpailleur n’est pas à son coup d’essai. Depuis quelques années, il sillonne les sites sans jamais tomber sur un filon. Comme à la loterie, il creuse sans jamais pouvoir améliorer les conditions de vie de sa famille. Sa fiancée l’attend toujours dans son village. Les cérémonies du mariage n’attendent que l’or qu’il n’a pas encore trouvé. « Je continue à tout donner. C’est Dieu qui sait », confie Kara, fataliste. Sur l’utilisation des produits frappés de prohibition partielle (cyanure) ou cannabis (totale), il est également peu bavard. Pourtant, il est quasiment impossible de tirer profit de cette activité sans utiliser le cyanure pour extraire l’or de la boue et le cannabis pour motiver les jeunes à se surpasser. Le service des douanes installé sur la route, à Kita, s’est fait un nom dans la saisie de ces produits interdits. Le cannabis se transporte par paquets de 2 kg chacun. Sur le terrain, le paquet est décomposé en doses vendables à ces nouveaux accros. Quant au cyanure, les convoyeurs le met dans des sacs et bien cachés dans les soutes des bus. Selon un chimiste d’une mine croisé dans le célèbre restaurant d’un des deux hôtels
Orpaillage traditionnel : Péril sur l’environnement
Reportage : Ahmadou CISSE Kéniéba, 19 février (AMAP) A un jet de pierre de la piste d’atterrissage précaire des avions miniers qui font la navette, deux fois, toutes les semaines, il y a un gros site d’orpaillage. Ici, jeunes femmes et hommes travaillent côte à côte. Les uns concassent la pierre, les autres vendent des aliments ou tamisent la terre brute. Une centaine de puits sont alignés sur un filon découvert depuis peu. La grosse bourgade de Kéniéba est à moins d’un kilomètre, à vol d’oiseau. Les questions environnementales liées à l’exploitation de l’or ne préoccupent guère les orpailleurs. De l’or, de l’or et de l’or ! De gros tas de troncs d’arbres sont stockés çà et là. Les arbres sont coupés jusqu’à la racine pour sécuriser les parois de ces puits profonds de plus de 100 mètres pour certains. Les produits chimiques utilisés par les orpailleurs restent dans les eaux boueuses formant un marécage. «Nous payons de l’argent au service des eaux et forêts pour utiliser les troncs d’arbre et pour creuser nos puits», affirme un jeune orpailleur, se présentant comme le chef d’une équipe qui dispose d’une machine à broyer et quelques outils entretenus par un forgeron délocalisé sur le site. «Il fait de bonnes affaires ici. Les pelles, pioches et marteaux sont réparés chez lui», confie Seydou, un ressortissant guinéen. Les critiques les moins acerbes avancent que la rivière Falémé montre des signes de toxicité alarmants. C’est peu dire pour qui a déjà visité certaines zones aurifères dans notre pays. Les sites se sont multipliés à la faveur d’un laxisme dans le contrôle et la gestion des nuisances. Au fond, tous les orpailleurs le diront : les fonctionnaires de l’Etat en charge de l’application de la réglementation entretiennent un échange de bons procédés avec les chercheurs d’or, majoritairement, de pays voisins. «Quand la gendarmerie nous interpelle, nous payons et nous recommençons», chuchote un orpailleur. A la préfecture, on évoque le manque d’effectif et de moyens pour permettre aux forces de l’ordre d’arrêter les dérives aux orpailleurs. Sur le plan de la gestion de l’environnement, le préfet Idrissa Kané ne cache pas son inquiétude. Il sait que les arbres sont illégalement coupés. Il sait, aussi, que les terres sont polluées par les mines. Le chef de l’exécutif local dénonce, à demi mot, la complicité de certaines notabilités qui encouragent la coupe du bois et l’utilisation des produits dangereux pour la santé humaine. Pour l’administrateur, il est impératif que les populations comprennent que l’avenir de tous dépend de notre comportement d’aujourd’hui. Qu’elles sachent que « le fait de couvrir les activités illégales peut rendre riche mais grève l’avenir des jeunes générations ». Le préfet prend l’exemple des opérations ponctuelles de lutte contre le dragage sur les cours d’eau. «Il se trouve que les leaders communautaires, eux-mêmes, avertissent les contrevenants des missions», regrette-t-il. MANQUE DE MOYENS – Pour le capitaine Modibo Sountoura, chef de cantonnement des Eaux et Forêts, il n’y a pas de soucis majeurs. Les premiers ennemis de la forêt, de son point de vue, sont la coupe du bois, l’exploitation du charbon de chauffe et l’incendie. La chasse n’est pas très développée. « Or, poursuit-il, la coupe du bois et la vente de charbon n’intéressent personne dans cette zone où l’on roule sur l’or ». Cette structure de répression est, paradoxalement, dépourvue de moyens. Pas un seul véhicule de patrouille. Une épave de 4×4 est sur cale depuis belle lurette, après de très longues années de bons et loyaux services. Depuis, rien. Les agents des eaux et forêts ne s’alarment pas sur l’état de la faune et de la flore. « Dans la brousse, note le capitaine, on trouve encore beaucoup de singes dont une partie a été délocalisée par les mines, tout comme les phacochères, les antilopes et les hippopotames ». Dans la famille des reptiles, il cite les boas, les varans, les caïmans. Côté oiseaux, il note la présence de pintades sauvages, de perdrix, des outardes et des calaos. La plupart de ces animaux migrent entre le Mali et les pays voisins, comme le Sénégal et la Guinée. Contrairement au gardien de la forêt, le 3è adjoint au maire de la Commune de Kéniéba, Idrissa Bah, tire la sonnette d’alarme. Il explique qu’une bonne partie de la forêt est occupée par des sites d’orpaillage et qu’aucune mesure de préservation de l’environnement n’est respectée. Les arbres sont, quotidiennement, abattus pour la cuisine ou encore pour les besoins de fixation des parois des mines artisanales. «Les produits utilisés sont interdits mais les services de répression n’ont pas les moyens humains nécessaires pour faire appliquer la loi», regrette l’élu local. Du côté des mines régulières, on assure que la situation est sous contrôle. Elles ont des montagnes de déchets, stockées à ciel ouvert. Les mares artificielles d’eaux contaminées sont protégées par des barbelés. Les populations craignent que la nappe souterraine ne soit déjà contaminée. Mais à ce jour, aucune étude scientifique n’a prouvé le niveau de pollution des eaux. Les mines, qui font le défrichement, payent des taxes et compensent les dégâts en reboisant. Donc, rien de vraiment alarmant à ce niveau, selon le chef local des eaux et forêts. AC/MD (AMAP)
Développement en zone aurifère : L’or ne brille pas pour tous
Reportage : Ahmadou CISSE Bamako, 20 février (AMAP) « Tout ce qui brille n’est pas de l’or ». Cette expression, bien que galvaudée, de nos jours sied au Tambaoura, zone géographique riche en or où convergent des milliers de jeunes en quête de fortune. L’Eldorado tant miroité se trouve être, bien des fois, une aventure ambiguë. Le contraste est saisissant. Tous les villages sont quasiment assis sur le métal jaune. Les compagnies multinationales se bousculent à leurs portes, attirées comme des mouches sur le miel, par un sous-sol riche. Pas moins de cinq grandes mines opèrent dans cette partie du Mali. Autour de Kéniéba, mère Nature saigne de toute part. La terre prend l’apparence d’un corps humain criblé de balles. Avec des plaies béantes. Les grosses machines creusent frénétiquement à la recherche de filons. Des mastodontes dégagent, au même moment, des montagnes de remblais pour alimenter de gourmandes machines de traitement d pour en sortir le métal jaune tant convoité. Dans chaque mine, les compartiments sont distincts. La zone d’extraction est séparée de l’usine. La base vie est légèrement écartée de ces deux blocs. Ici, toutes les commodités sont réunies : électricité, supermarchés, stades de football et autres terrains de sport, réfectoire, centre de soins … et mêmes des établissements de loisir pour les miniers. Les aliments et les produits de consommation sont livrés par des avions qui font la navette. Certains produits sont commandés de l’extérieur du pays pour garantir une qualité de service sans reproche et un niveau de vie au standard européen. Le confort est presqu’insolent. Tels des oasis, au milieu du désert, ces bases vies regardent les villages environnants qui manquent de tout. Ou presque. Les plus aisés utilisent des panneaux solaires expédiés de Chine alimentant des ampoules qui éclairent à peine leur environnement immédiat. Les hangars se succèdent, quelques fois entrecoupés de quelques concessions en banco. Rien de vraiment glorieux. L’or ne brille pas pour tous dans cette contrée où la poussière impose son diktat. Pourtant, les dirigeants des différentes sociétés minières jurent, la main sur le cœur, que leurs entreprises sont citoyennes et profondément attachées au développement local. Des centaines de millions de nos francs seraient versés aux populations autochtones pour l’amélioration de leur cadre de vie. Cette manne financière serait confiée aux municipalités, sous la bonne garde des maires. Fort de ce renseignement, quoi de mieux que de toquer la porte de M. le maire ? Une porte en bois s’ouvre sur l’élu local. Idrissa Bah, 3emaire est confortablement installé derrière un bureau sur lequel sont posés un ordinateur portable, un calendrier et une pile de cachets. Le drapeau national flotte sur son bureau de travail, surplombé de la photo officielle du président de la République. Entre deux signatures de copies d’extrait d’acte de naissance, il précise que sa commune abrite trois mines d’or à savoir Endeavour, Goungoto et B2 Gold. « Nous avons deux types de relation avec ces mines : la patente rétrocédée aux collectivités par l’Etat et le développement communautaire directement piloté par le sous préfet. Le plan de développement est géré en bonne intelligence avec les villages. Nous sollicitons les sociétés minières sur des urgences de la localité. Nous avons initié les cartes d’orpaillage pour pouvoir les identifier. A ce jour, la mairie ne tire aucun bénéfice de l’orpaillage » défend l’élu. En 2019, la Commune a bénéficié d’une enveloppe d’un milliard 300 millions, au titre de la patente de deux mines industrielles. « Comme toutes les autres communes, nous intégrons ce fonds dans le budget de la commune. Budget constitué de deux éléments : fonctionnement et investissement. Nous construisons des salles de classe et les équipons, des Centres de santé communautaire (et évacuations de malades), des forages, aménageons des pistes et des périmètres maraîchers … », précise le maire. Il tient à ajouter que sa commune apporte un appui à tous les services de l’Etat. « Quand la tâche est immense, les citoyens pensent qu’on ne fait rien. L’an passé, nous avons réalisé 38 forages dans les 28 villages de la communes», insiste Idrissa Bah qui se dresse contre l’orpaillage. « J’ai peur pour l’avenir des miens. Les forêts sont détruites à la faveur de l’orpaillage traditionnel. Quand les mines fermeront, il faut que les procédures soient respectées », s’inquiète l’élu. Il se rappelle avoir participé à une formation au cours de laquelle il a été clairement indiqué que les mines doivent créer un compte approvisionné, chaque année, pour préparer la fermeture du site. « Hélas ! Cette disposition n’est pas observée », dit-il. Selon le maire, pas grand-chose n’est fait pour l’après mines. « Cela me désole beaucoup » ajoute-t-il. Il poursuit : « Kéniéba est envahi. Nous avons plus de 40 nationalités ici. Ceux qui gagnent réellement de l’argent, parce qu’ils maîtrisent mieux les techniques, sont les étrangers. Les autochtones sont en train de se retirer de l’or au profit de l’agriculture et le commerce ». Pour le moment, seuls quelques chanceux tirent leur épingle du jeu. « Globalement, nous sentons un ralentissement des activités dû en partie à la pression démographique », analyse le maire qui prédit une année difficile pour sa localité. Le préfet du cercle, Idrissa Kané, lui, est plus optimiste. Il donne quelques exemples en commençant par cherté de la vie. Malgré cela, les populations arrivent à acheter les produits sur le marché. De son point de vue, cela est un indicateur important. Il ajoute que chaque famille dispose d’au moins 4 motos. Un jeune travaillant dans les mines est payé à plus d’un demi million. D’autres dépassent le seuil du million, au grand bénéfice de leur famille. « Donc, l’or profite bel et bien aux populations locales d’ici qui ont un niveau de vie plus élevé que les autres localités de notre pays », conclue le préfet qui admet que le niveau de vie souhaité n’est pas atteint. Les mines, selon lui, contribuent au développement local en finançant des activités génératrices de revenus, des centres de santé, des écoles et mêmes des pistes rurales. M. Kané rappelle que certaines activités ne sont pas inscrites dans les conventions minières. C’est justement pourquoi, les
Kayes : Echanges sur le bilan des activités du projet BECEYA au Mali
Kayes, 20 février (AMAP) Une rencontre internationale faisant le bilan des activités du Projet « Amélioration de l’environnement sanitaire pour les mères et les enfants dans les centres de santé au Mali (BECEYA) » au Mali durant les 5 ans de sa mise en œuvre, a pris fin vendredi à Kayes, sous la présidence du représentant du ministre de la santé, Dr Adama Baradian Diakité, a constaté l’AMAP. Le projet intervient dans 128 Centres de Santé des régions de Kayes, Ségou et Sikasso, sans oublier Bamako, dans les domaines de l’eau-hygiène-assainissement et de l’électrification solaire Organisée par le ministère de la Santé et de l’Action Sociale, à travers la Direction générale de la Santé et de l’hygiène publique (DGSHP), le CCISD et l’Agence canadienne d’accompagnement, la rencontre avait pour objectif de réfléchir aux pistes de solutions envisageables pour assurer la pérennité des interventions au-delà du projet, dont la fin est prévue en 2020. Le représentant du ministre de la santé et de l’Action sociale a saisi l’occasion pour déclarer que « l’apport du projet dans l’amélioration de santé, n’est plus à démontrer ». Le projet est exécuté par le Centre de coopération internationale en santé (CCISD), grâce à la collaboration des autorités nationales et régionales concernées, le projet BECEYA est financé par Affaires mondiales Canada (AMC) à hauteur d’environ 9 milliards de Fcfa. Le Gouvernement du Mali et le Canada ont signé le 10 décembre 2015 la convention établissant BECEYA et le lancement dudit projet est intervenu en mars 2016. Dans le cadre du projet BECEYA, les entreprises chargées des travaux de construction des infrastructures ont recruté 1 774 personnes des communautés appuyées, dont 487 femmes (27%), appuyé plus de 125 coordinations d’associations de femmes et 3 Comités de femmes utilisatrices (CFU) dans les centres de santé (CS) couverts afin de contribuer à la mise en œuvre de microprojets et de plans de sensibilisation. La rencontre s’est déroulée en présence du gouverneur de région, Mahamadou Zoumana Sidibé, du maire de la commune urbaine de Kayes, Adama Guindo, du coordinateur national du Projet BECEYA, Abdoul Karim Makalou, des responsables des services techniques et des représentants de la société civile. BMS/KM (AMAP)
Bla : Les populations de Dougouolo financent les travaux d’entretien d’une piste sur fond propre
Bla, 20 février (AMAP) Les travaux d’entretien de la piste Soké-Dougouolo, estimé à plus de 10 millions de francs CFA, sur fond propre ont été lancés, lundi, sous la présidence du préfet de Bla, Boikary Traoré. Ce tronçon routier latéritique, qui sépare le village de Dougouolo de la Route nationale (RN), 6 d’une longueur de 9 km, est dégradé. Ce qui a amené le maire de la Commune rurale de Dougouolo, le chef de village, la jeunesse et les femmes à organiser une collecte de fonds, en vue de faire face aux travaux d’entretien de la voie et certaines pistes adjacentes. Après le mot de bienvenue du chef de village, le maire de la Commune rurale de Dougouolo, Salif Dao, a vivement remercié le préfet de Bla, pour son soutien à l’initiative de réfection de cette route. Il a, également, félicité les populations de Dougouolo pour le sacrifice financier consenti. Le maire a, aussi, demandé au préfet de plaider, auprès du gouvernement, la nécessite du bitumage de cette route. Avant de donner le premier coup de pioche a bord d’un gros engin de terrassement, Le préfet de Bla, a salué cette belle initiative du village de Dougouolo « qui doit servir d’exemple aux autres commues du Cercle de Bla ». « Ce sacrifice financier réalisé par les habitants du village est la preuve qu’ils vivent dans l’entente et dans une parfaite cohésion sociale », a dit M. Traoré. Le préfet a donné l’assurance au maire qu’il mettra tout en œuvre pour transmettre, à qui de droit, la sollicitation des populations. Les travaux seront exécutés par l’entreprise privée Issa Kansaye BTP Niono. Le village de Dougouolo, chef-lieu de la Commune du même nom, est situé au Sud–Est de Bla (Centre), à trois kilomètres de la Route nationale (RN) 8, à partir de Soké. Son économie repose, essentiellement, sur l’agriculture, l’élevage, le commerce et le transport. Chaque samedi, sa foire hebdomadaire, l’une des plus importantes de la Région de Ségou, accueille les forains en provenance de Ségou, Niono, San, Mopti, Koutiala, Sikasso. Souvent on y rencontre des forains venus du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire. BK/MD (AMAP)

