Burkina Faso : En dépit des vents contraires

Magasin de la CAMEG à Ouagadougou

Par Moussa DIARRA

Envoyé spécial

Bamako, 25 Oct (AMAP) Il n’y a pas que la distance qui rapproche le Burkina Faso et le Mali (moins d’une heure trente minutes par avion), ni la longue frontière de plus de 1000 km qui les séparent ou, plus précisément, réunit leurs populations, de part et d’autre. Il y a, fondamentalement, l’adversité que ces deux pays ont en commun : un défi de développement, plus souvent, contrarié par la nature et, aujourd’hui, fortement chahuté par une crise sécuritaire.

Pour ce qui est du Burkina Faso, la résilience, doublée d’une forte volonté, au service du développement, rencontre des bourrasques de vents contraires qui, malgré leur force, ne sont pas parvenues à remettre en cause les actions et leurs résultats

Ici, la promotion de la consommation des produits locaux reste une priorité pour le gouvernement. Cette option, mise en œuvre à travers le mot d’ordre du « Consommons burkinabè », se concrétise par la volonté du gouvernement qui a pris des mesures pour susciter la consommation des produits locaux, au sein de l’Administration publique.

Une circulaire du 13 janvier 2017 du Chef du gouvernement, a instruit “les structures publiques à consommer, prioritairement, les produits locaux dans le cadre de la commande publique”. Un arrêté du 31 janvier 2017, qui porte achat des produits alimentaires locaux par les structures étatiques, dans le cadre de leur approvisionnement, exige la priorisation des produits locaux dans la commande publique. Il a été révisé le 10 février 2020 pour élargir la liste des produits de 10 à 26.

“Nos pays, comme on le sait, sont riches en ressources naturelles et regorgent d’énormes potentialités pour la production agricole. Malheureusement, ces ressources sont peu transformées. Et même transformées, ils sont peu consommés par rapport aux produits exotiques et importés”, constate le ministre burkinabè du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Harouna Kaboré.

“Fort heureusement, nos gouvernements actuels, conscients de cette situation et de ses enjeux, ne tarissent pas d’initiatives. D’où l’institution de ce « mois du consommer local dans l’espace de l’Union monétaire et économique ouest africaine (UEMOA)», s’est réjoui M. Kaboré, s’exprimant lors de la célébration du “consommons local”, dans le cadre du mois dédié à cette initiative, dans l’espace UEMOA, le 15 octobre 2020, à Ouagadougou.

Au Burkina Faso, dans le but de disposer, à l’horizon 2023, d’un secteur industriel dynamique, compétitif et durable qui accroît sa contribution à la transformation structurelle de l’économie nationale, le pays s’est dote, en avril 2019, d’une Stratégie nationale d’industrialisation.

Dans cette même dynamique, un nouveau Code des investissements a été adopté en octobre 2018, pour promouvoir la transformation des matières premières du pays. De 2017 à 2020, c’est au moins 425.590.783.224 Fcfa qui ont été injectés dans l’achat des produits locaux par les structures publiques burkinabè. Les retombées de ces achats pour les Petites et moyennes entreprises (PME) ne se traduisent pas seulement en chiffres d’affaires, mais ce sont également des emplois qui sont créés.

A titre d’exemple, le gouvernement burkinabè, à travers le Plan national de développement économique et gocial (PNDES), s’est donné comme cible, d’atteindre un taux de transformation des produits agricoles de 25%, en 2020.

“Toutefois, il sied de reconnaitre que la consommation par nous-mêmes de notre production locale reste un défi à relever. Pourtant, la dynamique de la transformation structurelle et le contexte d’instabilité du marché international nous invitent à faire de la consommation de cette production locale une priorité”, a plaidé M. Kaboré.

En fait, les actions de développement au Burkina Faso sont suivies par le bien-nommé Bureau de suivi du programme présidentielle (BSPP), comme un aiguillon de l’Administration publique, « le moteur de l’action de développement, tout comme le capital humain qui sont autant de facteurs de développement de l’Economie pour créer des emplois », ainsi que le résume le directeur du BSPP, Dr Mathias Somé.

Comme pour, encore une fois, tester la résilience du pays, les tout débuts du mandat du président actuel, Roch Marc Christian Kaboré, ont été mis à rude épreuve par l’irruption inattendue du terrorisme, avec une première attaque d’envergure sur la capitale, Ouagadougou.

Au début des cinq dernières années, il faut aussi noter, outre l’insécurité, l’équilibre instable d’un budget plombe par les « engagements du gouvernement de transition » et dont a hérité le pouvoir démocratiquement élu, relève Dr Somé du BSPP. Si on ajoute au cocktail quasi-explosif le réveil du front social avec les revendications syndicales devenues plus impatientes et pressentes, avec l’insurrection qui a mis fin au pouvoir ancien, les couleurs des difficultés étaient annoncées.

Cinq ans après, Dr Somé énumère les résultats : un accès plus large aux soins de sante avec la gratuité des soins aux femmes en grossesse et aux enfants de moins de cinq ans, l’assurance maladie, des infrastructures, moins de classes sous paillotes et plus de salles en dur. « En somme, 85% de réussite dans tous les domaines », assure-t-il.

Si on note que le BSPP avait tablé sur 626 engagements dont il a fallu tirer 147 engagements traceurs qui ont conduit aux réalisations à impacts, dans une approche de « delivery », il est aisé de comprendre que les 6 domaines (Santé, Eau, Energie, Agriculture, Nutrition, Infrastructures) soit retenus comme ayant le plus atteint les populations, dans la vraie vie, au quotidien.

Il s’est agi, pour le BSPP, dans sa vision, de faire face à l’insécurité, qui a causé le déplacement de près du million de personnes et la fermeture des services sociaux de base, en œuvrant pour le retour des populations et de l’Administration, la cohésion sociale en péril, la réconciliation nationale, avec en toile de fonds la création des conditions du développement national.

« Ce qui ne va pas sans le renforcement de l’Etat et de l’Administration publique, à travers une réforme constitutionnelle, pour plus d’accessibilité des populations aux services publics et sociaux de base », selon Dr Mathias Somé. Le but ultime est, ainsi, un changement des mentalités afin de sortir « d’une Administration de procédures pour celle de résultats ».

Le très politique Simon Compaoré, Président du non moins parti présidentiel, Mouvement du peuple pour le progrès, (MPP), nous ramène aux contexte et dimensions politiques des discussions avec les medias sous régionaux, lors de cette mission de presse, du 18 au 23 oct9bre 2030, au Burkina Faso. Pour lui, « malgré l’adversité, les gouvernements successifs du président Roch Marc Christian Kaboré sont parvenus à dérouler plusieurs pans du Programme présidentiel dans le référentiel Plan national de développement économique et social (PNDES).

Il cite « les plus emblématiques » que sont la santé, l’éducation, l’énergie, l’enseignement supérieur, les infrastructures routières, l’eau et l’assainissement.   Sur le terrain, cela se traduit par la revitalisation d’une structure comme la Centrale d’achat des médicaments essentiels génériques et des consommables médicaux (CAMEG), qui assure une mission de service public à finalité sociale » Elle est chargée de rendre disponibles et accessibles des Médicaments essentiels génériques (MEG) de qualité aux populations », explique sa directrice générale, Dr Anne Maryse K’Haboré.

Dans la pratique, la CAMEG acquiert les MEG, les CM, le petit matériel médical et autres produits spécifiques de santé aux meilleures conditions. Elle assure, sur toute l’étendue du territoire burkinabè, leur disponibilité et leur accessibilité ainsi que celle du petit matériel médical, des réactifs de labo et des intrants stratégiques de santé pour le public, le privé, les structures communautaires, les ONG et les Partenaires techniques et financiers (PTF).

Elle contribue à l’opérationnalisation de la pharmacie centrale dans le cadre de la pharmacie hospitalière et, en lien avec l’Etat, à la mise en place d’un système de contrôle de qualité de tous ces produits sur l’ensemble de la chaîne d’achat et de distribution.

Résultats : 70 millions de prestations offertes gratuitement aux populations, 120 milliards de Fcfa, 3,08 contacts, par enfant, après 5 ans de la mise en œuvre de la Politique de gratuité des soins.

La CAMEG a consenti une baisse de prix de ventes de ses produits à hauteur de 1.541.033.434 Fcfa. Avec pour objectif de rendre les médicaments accessibles a toutes les couches sociales. « Par exemple le sérum antivenimeux acheté à près de 26.000 Fcfa la dose est cédé à 2000 Fcfa aux populations », indique Dr K’Haboré.

INFRASTRUCTURES ROUTIERES – La proportion de routes bitumées est passée de 24% en 2015 à 26,72% en 2019, dépassant la cible de 26,1% visée par le PNDES, alors que 86% des routes du réseau classé est en bon état. Près de 360 km de nouvelles routes ont été bitumées entre 2016 et 2019, alors que 280 Km ont été réhabilités. Plusieurs centaines de kilomètres de routes sont en cours de réalisation ou de réhabilitation. Les travaux sur le tronçon Gounghin-Fada N’Gourma-Pièga-Frontière du Niger (218 Km), sur la Route nationale (RN4) (réhabilitation), ont ainsi démarré en septembre dernier.

Suivant un engagement majeur du président du Faso, 2.033 km de pistes rurales ont été aménagées, entre 2016 et 2020, alors que 712 kilomètres sont en cours de réalisation. Ces pistes rurales permettent d’améliorer la connexion et les relations, notamment commerciales, entre les villages et les chefs-lieux de province.

Parmi les projets stratégiques lancées durant le quinquennat, la réalisation du contournement de Ouagadougou a été lancée, en octobre 2018. Les travaux de construction de l’autoroute de contournement de la ville, sur 125 km, sont réalisés dans le cadre d’un Partenariat public privé (PPP), pour un coût estimé à 181 milliards de Fcfa.

Le pont mixte de Boromo

Parmi les autres infrastructures routières notables, le pont de la Sirba, le plus long réalisé au Burkina Faso depuis l’indépendance, avec 309 mètres, a été inauguré le 25 septembre 2018. Le 28 septembre 2018, c’est le pont mixte de Boromo, sur le fleuve Mouhoun, situé sur la Route nationale (RN1), qui a été inauguré. (Voir encadré).

A noter que dans le secteur ferroviaire, l’achèvement des études de faisabilité et le démarrage des travaux du projet d’interconnexion Burkina-Ghana sont programmés, de même que le démarrage de travaux de réhabilitation de la voie ferrée Abidjan-Ouagadougou.

ENERGIE – Bien qu’en deçà des objectifs fixés, le gouvernement accroît les capacités nationales en termes de production, de transport et d’accès à l’énergie électrique, en mettant l’accent sur le solaire, dans le cadre d’investissements publics et privés. Depuis 2017, et avec l’adoption de la Loi portant règlementation générale du secteur de l’énergie, il s’est donné les moyens réglementaires pour moderniser le secteur.

Entre 2015 et 2020, la puissance installée est passée de 300 à 410 MW, grâce à la mise en service de plusieurs centrales thermiques et solaires. Effort significatif : la part des énergies renouvelables dans la production totale a atteint 18,36% en 2019, contre 6,4% quatre ans plus tôt. La centrale solaire de Zagtouli, près de Ouagadougou, la capitale, et ses 33 MW, inaugurée en novembre 2017, y est pour beaucoup.

Champs solaire de Zatgouli, près de Ouagadougou

L’ambition affichée est de porter rapidement la puissance installée à 497,6 MW et la part des énergies renouvelables dans la production totale à 30%. L’Agence nationale des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (ANEREE) a été créée en 2016 dans cette perspective. Déjà, l’année 2019 a été prolifique, avec six contrats PPP portant sur des projets de centrales solaires photovoltaïques paraphés pour un montant total de 140,8 milliards de Fcfa.

 

Au total, l’accroissement de l’offre d’électricité nationale atteint plus de 200 MW, grâce, également, à la coopération énergétique avec le Ghana et la Côte d’Ivoire, réduisant légèrement la fréquence des délestages.

Des progrès ont, aussi, été enregistrés dans le domaine de l’électrification, avec un taux de couverture électrique national passé de 33,32% en 2015 à 38,68% en 2019. Les indicateurs d’accès des ménages à l’électricité, eux aussi, affichent un accroissement continu sur les quatre dernières années. Le nombre de localités électrifiées est passé de 625, en 2016, à 1 049, à fin 2019.

EAU ET ASSAINISSEMENT – Le gouvernement a multiplié les efforts pour atteindre l’objectif présidentiel de « zéro corvée d’eau » et, d’une manière générale, pour garantir à tous l’accès à un cadre de vie décent, à l’eau et à un assainissement de qualité. La réalisation de nombreuses infrastructures d’adduction d’eau potable et d’assainissement a permis, depuis 2016, d’élargir l’accès à l’eau potable à plus de 2.470.000 nouveaux bénéficiaires et d’améliorer l’accès à l’assainissement, même si le taux d’accès national continue de demeurer à un niveau qui doit être amélioré.

Le taux national d’accès à l’eau potable est passé de 74% en 2018 à 75,4% en 2019, contre une cible de 74,6%. Le taux d’assainissement familial national, qui était de 22,6% en 2018, a été porté à 23,6% en 2019, pour une cible fixée à 24,1%.

Pour améliorer l’accès physique de la population à l’eau potable et à l’assainissement, des efforts de construction et de réhabilitation de forages et d’Adduction d’eau potable (AEP) ont été consentis depuis 2015. A titre d’exemple, 8.713 forages ont été construits sur 7.500 prévus, 3.328 autres ayant été réhabilités. De la même façon, près de 1.200 km de réseau ont été posés et 117.461 branchements particuliers réalisés.

En amont, ce ne sont pas moins de quatorze nouveaux barrages, dont celui de Samendéni, près de Bobo Dioulasso, stratégique avec ses capacités d’1 milliard 50 millions de m3, qui ont été construits, alors que 25 autres ont été réhabilités. Les études de réalisation des barrages de Ouessa, Banwaly et Bassieri sont achevées.

 TIC – D’importants résultats ont été engrangés après cinq années de mise en œuvre de l’action publique en matière de développement d’infrastructures du numérique. La capacité internationale de bande passante internet a été portée à 46,36 Gbps en juin 2020, contre 12 Gbps en 2016. Le taux de pénétration de l’Internet est, quant à lui, passé de 6% en 2015 à 36,81% à fin juin 2020.

Ces progrès s’expliquent notamment par la concurrence entre les opérateurs des réseaux mobiles, l’amélioration des capacités du Point d’atterrissement virtuel (PAV), le développement de l’internet mobile offert par les technologies 2G, 3G et 4G des trois opérateurs mobiles et l’accessibilité des terminaux compatibles à Internet.

Les efforts de maillage du territoire en fibre optique, dont 861,8 km déployés en 2019 et 3 408,8 km depuis 2016, grâce aux efforts conjugués de l’administration publique et des opérateurs de téléphonie, sont aussi en cause. 390 sites ont par ailleurs été raccordés au Réseau informatique national de l’administration (RESINA) dans le cadre du projet qui vise à mettre à disposition de l’administration l’infrastructure Cloud.

MD (AMAP)