Adaptation des cotonculteurs aux effets des changements climatiques: Le rôle incontournable des médias

Dans le cercle de M’pessoba, région de Koutiala, radios locales et ONG aident les producteurs à s’adapter aux dérèglements climatiques en diffusant

Bamako, le 29 Avril (AMAP) – A M’pessoba, dans la Région de Koutiala, les changements climatiques commençaient à impacter les rendements des cotonculteurs et autres producteurs de céréales. Ceux-ci peinaient à produire une tonne à l’hectare là où d’autres atteignaient 5 tonne. La tendance est en train d’être inversée. Cela grâce aux campagnes d’information et de sensibilisation diffusées par des médias notamment les radios de proximité qui sont appuyés pour ce faire par des ONG et les services techniques de l’Etat. Aujourd’hui, l’adaptation au dérèglement climatique est plus qu’une réalité dans la contrée.

En témoigne ces déclarations du paysan Aboubacar Dembélé qui illustrent une certaine prise de conscience. Agriculteur à Dempêla, village situé à environ une dizaine km de la ville de M’pessoba, il explique. «J’ai été convaincu de l’existence du changement climatique et de ses effets néfastes grâce aux émissions diffusées à la radio. Les stations locales, notamment celles proches de Koutiala, partagent régulièrement des messages d’information et de sensibilisation. J’ai alors commencé à observé ses manifestations: pluies rares et irrégulières, saison pluvieuse désordonnée… Cela perturbe fortement l’évolution de nos cultures», explique le paysan.

Le spécialiste du changement climatique Ahmed Sékou Diallo, directeur exécutif de l’ONG AFAD, lui, a une explication plus scientifique. L’expert définit le changement climatique comme une modification durable du climat, amplifiée depuis le XIXe siècle par les activités humaines. Il précise: <<Ses conséquences incluent sécheresses, inondations, tempêtes et canicules.>>

Toutes choses qui impactent indéniablement le rendement agricole à cause des effets sur les sols et les semences. Les terres sont de moins en moins fertiles, les pluies sont irrégulières voire rares, confirme Karim Dembélé. «Aujourd’hui, les rendements sont insuffisants. À cela s’ajoutent des difficultés liées aux intrants et aux herbicides dont la qualité et l’efficacité laissent à désirer», déplore le président des Coopératives de cotonculteurs de M’pessoba. Aussi constate-t-il une baisse drastique de la productivité. Par exemple, illustre le paysan, là où d’autres atteignent 5 tonnes par hectare, ici il est difficile d’atteindre une tonne.

Tiézié Malle, agriculteur à Zandiela, dans le cercle de M’pessoba, abonde dans le sens. <<Nos terres sont devenues moins fertiles. Sans engrais chimiques ou organiques, il est difficile d’obtenir de bons rendements. Les pluies ont diminué et durent moins, réduisant la disponibilité de l’eau pour nos cultures», révèle-t-il.

LE ROLE CENTRAL DES MEDIAS- Des solutions existent pourtant. Grâce à des émissions radiophoniques animées par des techniciens les producteurs sont de plus en plus informés, donc conscients des comportements nouveaux à adopter pour y faire face. Ces médias guident le choix des cultures ou des semences. Les informations reçues avant la période d’hivernage sont utilisées et appliquées à la règle à la grande satisfaction des cultivateurs.

C’est ce que rapporte Têzanga Sogoba, producteur à Songuela. «Lors de la dernière campagne, j’ai changé mon plan de culture après avoir écouté un bulletin météorologique annonçant de fortes pluies. J’ai réduit la surface réservée à la culture du coton pour augmenter celle du riz. Cette décision a été salvatrice. Aujourd’hui, nous savons que l’agriculture ne peut plus se faire au hasard. Il nous faut des formations et des semences adaptées», reconnaît le paysan.

En la matière, les radios locales jouent donc un rôle essentiel. Il s’agit de la diffusion d’informations sur les bonnes pratiques culturales, des programmes sur les prévisions météo visant à ajuster les dates de semis et le choix des variétés, des explications sur les prix d’achat du coton et le calendrier de paiement. S’y ajoutent la création par les radios de proximité d’espaces de dialogue permettant aux producteurs de partager leurs difficultés en vue de trouver les solutions appropriées.

Selon Djibril Diallo, directeur de programmes mes de la radio communautaire Uyesu de Koutiala, «les messages diffusés par les médias touchent des milliers d’agriculteurs». Ils les aident, selon lui, à choisir des variétés adaptées, à planifier les semis et l’utilisation des fertilisants. Cela renforce leur résilience climatique et améliore les rendements, insiste-t-il.

Pour sa part, l’ONG AFAD insiste sur la nécessité de réduire l’impact environnemental de la culture du coton, très consommatrice d’eau et génératrice de pollution. Elle propose des formations, l’introduction de semences améliorées, l’agro-écologie, l’agroforesterie et la lutte antiérosive. En la matière, <<les médias contribuent à diffuser la bonne information et à partager les bonnes pratiques jusque dans les zones les plus reculées».

La Compagnie malienne pour le développement des textiles (CMDT) joue également sa partition. Son chef de production coton à Koutiala, Ebé-Konon Somboro, explique les stratégies développées par son service pour affronter la situation. <<Nous organisons des formations sur les effets du changement climatique et les bonnes pratiques agricoles. «Mais pour toucher nos 41.605 producteurs, nous nous appuyons sur les radios de proximité», explique le technicien. Au début de l’hivernage, étaie-t-il, nous diffusons des programmes expliquant le choix des semences adaptées à chaque localité. Trois variétés sont disponibles: NTA 93-15, NTA MS 334 et G440. Grâce aux médias, nous renforçons les capacités des producteurs et les préparons aux défis climatiques, conclut-t-il.

MMD /CMT (AMAP)