Bamako, le 28 Octobre (AMAP) Lundi 26 octobre 2026. Au Centre des affaires et au Centre national de conférence de la capitale russe, le 3è sommet Russie-Afrique semble bien lancé. Il s’ouvre d’une manière différente, à un niveau plus spécifique, en attendant sa déclinaison politique et diplomatique. Avant le conclave des Chefs d’État et de gouvernement — auquel participe pour la deuxième fois le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, déjà présent sur les lieux —, ce sont les médias russes et africains qui se parlent le temps d’un forum. On peut y voir les petits plats mis dans les grands pour ce grand rendez-vous géopolitique de l’agenda diplomatique international : une rencontre entre le Nord- Est et le Sud. Mais qui mieux qu’un journaliste, un homme de média, pour débattre ? Et débattre de tout, car c’est là la vertu première du journalisme : tout regarder, en faire des récits et le rapporter à tous, selon les normes techniques et scientifiques qui fondent la profession.
Les principaux médias russes — les agences de presse TASS, Sputnik, Rossia Segodnia et la chaîne de télévision Russia Today (RT) —, avec la bénédiction de leur gouvernement, ont ainsi décidé d’organiser ce forum avec leurs partenaires africains. Toutes les régions d’Afrique y sont représentées, des médias traditionnels aux nouveaux supports numériques. La Fédération de Russie, puissance mondiale affirmée, fait face à une adversité farouche d’une grande partie de l’Occident.
Une confrontation qui a déjà coûté au monde bien des conflits dont il aurait pu se passer, notamment celui qui se déroule majoritairement sur le territoire ukrainien. Ancien empire des tsars, héritière principale de la grande URSS, la Fédération de Russie du Président Vladimir Poutine affiche la force nécessaire pour faire face aux crises tout en nouant de nouveaux partenariats.
Après Saint-Pétersbourg en 2023, la revoilà qui accueille l’Afrique pour la troisième fois, au bord de la Moskova, dans la ville de l’écrivain Alexandre Pouchkine. Avant les 28 et 29 octobre, jours du sommet des Chefs d’État et de gouvernement, médias russes et africains se sont accordés pour discuter de leur place dans la construction de ce partenariat. Car de part et d’autre, tous conviennent que les médias ne sont pas de simples témoins ou de modestes suiveurs d’acteurs multiformes, dont il faudrait simplement décrire les actes et décrypter le discours. Dans ce monde multipolaire et fragmenté qui se reconstruit sous nos yeux, les médias restent des acteurs incontournables au regard de la place que prend l’information dans le façonnement de nos États, de nos sociétés et dans le fonctionnement de la gouvernance.
L’information, longtemps considérée comme une simple denrée de consommation, est devenue un levier de développement social et de gouvernance démocratique. C’est précisément ce que le gouvernement russe a compris en accompagnant ses médias majeurs pour qu’ils prennent toute leur place dans la construction du partenariat avec le continent africain, et dans la réussite de ce 3e sommet Russie-Afrique qui se tient cette semaine à Moscou. Cette convergence entre le politique et le médiatique explique le bien-fondé de la première communication du forum, délivrée par Maxime Orechkine, chef adjoint de l’administration du président de la Fédération de Russie. Il est venu entretenir les journalistes, responsables de médias et directeurs d’instituts de formation du continent africain de l’approche russe du partenariat : co-création, management souverain, approche intégrée, formation des cadres des pays partenaires et solutions basées sur les besoins de chaque État.
Et cela, chiffres à l’appui, en détaillant l’écosystème des affaires de part et d’autre, le poids réel de la Russie et de l’Afrique dans le monde, ainsi qu’une analyse prospective de la part des investissements réservés aux générations futures. Par exemple, sur le plan énergétique, 560 millions de Subsahariens sont en nécessité d’accès à l’électricité et la Russie a une expertise pointue a mettre à disposition. Il en est de même pour l’Intelligence artificielle, véritable faisceau de changement de paradigmes technologiques, académiques, économiques et bien d’autres. Pour démontrer la place de choix réservée aux acteurs des médias dans ce forum, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Maria Zakharova, est également venue entretenir les participants sur la philosophie qui guide la diplomatie russe sur le continent.
Elle a choisi de mettre en avant la coopération entre la Russie et le Mali, deux pays qui ont décidé de marcher ensemble et de bâtir de grands projets au bénéfice de leurs États et de leurs peuples. Défense et sécurité, souveraineté alimentaire, éducation, formation professionnelle, énergie, aérospatial, agriculture, sport et culture : elle a dressé la cartographie exhaustive d’un champ de coopération russo-malien qui doit inspirer les autres États africains au sud du Sahara. Il s’agit aujourd’hui de casser de vieux monopoles infructueux pour aller dans un échange sincère, équilibré et gagnant-gagnant.
Entre partenaires que tout rapproche. C’est dire que la coopération russo-africaine entend avancer à son propre tempo médiatique, avec le blanc-seing du sommet des Chefs d’État, pour ancrer davantage les vertus de cette relation chez les peuples et au sein de la communauté des partenaires. Il faut se réjouir que la Confédération des États du Sahel (AES) s’inscrive déjà dans cette option de placer les médias au coeur de la gouvernance, sous le leadership de ses trois présidents. Déjà, sous la présidence du Général d’armée Assimi Goïta, une stratégie de communication a été élaborée.
Au début de ce mois d’octobre, sous la houlette du Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, un forum des médias publics de l’espace confédéral (agences de presse, radios, télévisions et éditeurs de la presse nationale) s’est tenu à Ouagadougou, avec à la clé une convention de partenariat entre les trois éditeurs de presse. Cela constitue un grand pas dans la construction de la Confédération. Dans ce même élan, le forum des médias russo-africains balise la voie pour le renforcement du partenariat entre les États, pour une meilleure compréhension, par les peuples de part et d’autre, des bienfaits d’une coopération sincère et mutuellement avantageuse entre la Russie et l’Afrique.
Alassane SOULEYMANE, à Moscou

