Sikasso, 16 septembre 2026 (AMAP)- Apprendre le Coran tout en travaillant pour subvenir à ses besoins. C’est le choix fait par les talibés du maître coranique Lassina Keita, au quartier Médine de Sikasso, qui refusent la mendicité et privilégient les travaux champêtres.
À longueur de journée, et parfois même la nuit, des talibés, seuls ou en groupes, sillonnent les quartiers pour demander de la nourriture ou de l’argent. Ceux qui ne parviennent pas à obtenir ce qu’ils recherchent peuvent se retrouver dans la délinquance, le vol, la consommation de stupéfiants ou les associations de malfaiteurs. Les disciples de Lassina Keita ont, eux, choisi une autre voie : apprendre le Coran, mais aussi travailler.
«Cela fait six ans que j’apprends le Coran chez Lassina Keita. Pendant l’hivernage, nous nous rendons chez les propriétaires de champs pour les aider dans les travaux champêtres. Nous faisons le désherbage, les semis, les récoltes, etc.», explique Mamadou Traoré. Âgé de 19 ans et originaire du village de Danka, dans le cercle de Kangaba, il estime que cette pratique lui permet de préserver sa dignité. «Je mange à ma faim sans mendier et j’ai mon argent de poche», confie-t-il, avant d’inviter ses camarades à l’imiter.
Comme Mamadou, Alpha Keita se dit fier de travailler et d’être indépendant. Originaire du village de Kambalé, dans l’arrondissement de Naréna, il affirme que le travail permet aux talibés de satisfaire leurs petits besoins, notamment l’achat de savon, de dentifrice et de vêtements de friperie. Aboubacar Diarra, un autre ressortissant de Danka, est talibé et marié. Il se réjouit de son travail qui lui permet de prendre en charge sa petite famille et de disposer d’un peu d’argent pour ses dépenses.
L’initiative vient de leur maître coranique, Lassina Keita. Originaire du cercle de Kangaba, précisément de l’arrondissement de Naréna, il estime qu’il est tout à fait normal d’apprendre le Coran, mais qu’il faut également travailler pour subvenir à ses besoins, être autonome et préserver sa dignité. Avec une cinquantaine de disciples, il dispose de deux concessions, l’une au quartier Médine et l’autre au quartier Babemba. Certains de ses disciples sont mariés, ont des enfants et vivent tous ensemble dans la famille. «Mes disciples font tous types de travaux champêtres pendant l’hivernage. Chez moi, l’apprentissage du Coran, oui, mais le travail également, car c’est cela qui garantit notre sécurité alimentaire», indique-t-il.
Les talibés apprennent le Coran de 6h à 8h, de 15h à 18h et de 20h à 22h. Ils consacrent la période de 8h à 14h aux travaux. «Ils sont payés à 1.500 FCFA par jour. Je leur donne 500 FCFA et je garde les 1.000 F CFA. Pendant la saison sèche, on s’approvisionne en céréales, riz et maïs, on gère la popote et on fait face aux autres dépenses», explique le maître coranique. Grâce à cette organisation, ils arrivent également à gérer leurs factures d’EDM, de la SOMAGEP et autres.
Lassina Keita invite les autres maîtres coraniques à lui emboîter le pas, estimant que l’avenir des talibés dépend aussi de leurs maîtres coraniques. «Nous devons leur inculquer une bonne éducation. On doit les considérer comme nos propres enfants. Ils doivent apprendre à subvenir aux besoins de leurs familles dans le futur», insiste-t-il. Il sollicite par ailleurs les bonnes volontés pour lui octroyer un champ dans lequel ses disciples pourront travailler afin de renforcer leur autonomie.
Cette pratique intervient dans le contexte de l’adoption, le 7 août dernier en Conseil des ministres, du projet de décret portant approbation de la Stratégie nationale de lutte contre la mendicité et de son plan d’actions 2026-2028. La stratégie vise à contribuer à la réduction durable de la mendicité, notamment celle impliquant les enfants, à travers une approche préventive, protectrice et inclusive centrée sur la dignité humaine, l’intérêt supérieur de l’enfant et la responsabilité des acteurs familiaux, communautaires et institutionnels.
MFD/CMT (AMAP)

