Gourma Rharous, 7 septembre (AMAP)– Trois ans après l’attaque terroriste contre le bateau long-courrier «Tombouctou» de la Compagnie malienne de navigation fluviale (COMANAV), le souvenir de la tragédie reste vivace dans l’esprit des populations de la bande du fleuve, dans le cercle de Gourma Rharous, comme dans celui de nombreux Maliens.
Pour rappel, le bateau long-courrier «Tombouctou» de la COMANAV avait été victime d’une violente attaque terroriste, dans la matinée du jeudi 7 septembre 2023, sur le fleuve Niger, en face des localités de Harimouno Djindé, dans la commune de Banikane, et de Zorho, sur la rive nord du fleuve.
Depuis cette date fatidique, les populations de la commune de Banikane, où le drame s’est produit, et celles de Rharous, où les rescapés avaient été accueillis, continuent de se souvenir de cette journée avec douleur.
«J’ai encore dans les oreilles le vacarme assourdissant du crépitement des armes et, dans la tête, les cris de douleur des passagers retenus dans les flammes et de ceux emportés par le courant des flots», témoigne A.T., un rescapé quadragénaire.
Commerçant de son état, il revenait de Gao, où il était allé se ravitailler en marchandises. Son récit traduit l’horreur vécue par les passagers lors de l’attaque.
A.D., fils d’une victime, enseignant à la retraite et premier correspondant de l’AMAP dans le cercle de Gourma Rharous, témoigne également de la profondeur du traumatisme : «Cette tragédie marquera à jamais ma vie. Dans ma tête, je continue à imaginer l’image de mon père retenu dans les flammes, se débattant dans une ultime lutte contre la mort. Mes nuits continuent d’être hantées par cette image cauchemardesque.»

Ces deux témoignages illustrent l’ampleur du drame. Les stigmates physiques et psychologiques de cette journée, qui a fait plus d’une centaine de morts et une soixantaine de blessés, restent visibles chez certaines victimes, qui espèrent toujours bénéficier d’une assistance et d’un accompagnement de l’État.
Il faut toutefois rappeler qu’en application de la loi n°2016-058 du 27 décembre 2016 instituant les pupilles de la Nation et les pupilles de la République du Mali, le gouvernement de la Transition a accordé, lors du Conseil des ministres du mercredi 10 janvier 2024, le statut de pupilles de la Nation à 31 enfants dont les parents, fonctionnaires de l’État, ont été tués lors de cette attaque.
En outre, le gouvernement avait octroyé une somme de 250.000 francs CFA à chacun des survivants dans les jours ayant suivi le drame, ainsi que la prise en charge de leurs frais de déplacement pour rejoindre leurs destinations.
Au-delà de ces efforts de l’État, les populations continuent d’espérer l’érection d’un monument à la mémoire des victimes sur le lieu du drame. Le maire de la commune de Banikane, Ibrahim Haïdara, estime que cet édifice permettrait de perpétuer le souvenir de cette tragédie.
«Ce monument, au-delà de perpétuer le souvenir de cette journée, permettra aussi aux générations présentes et futures de se rappeler la cruauté du terrorisme et de symboliser le sacrifice du peuple dans sa lutte pour un Mali souverain et éternel», souligne l’édile.
Pendant ce temps, comme un fantôme d’acier, le mastodonte du fleuve Niger continue de tanguer au gré des vagues, les flancs ouverts aux quatre vents, comme pour rappeler au monde que la cruauté humaine n’a pas de frontières.
MG/CMT (AMAP)

