Face au poids de la dette : des experts plaident pour une réforme de l’architecture monétaire internationale

Bamako, 6 juin (AMAP)– Des économistes et responsables politiques sénégalais ont récemment appelé à une réforme profonde de l’architecture monétaire et du système de gestion de la dette, lors d’un échange consacré aux enjeux d’endettement et de souveraineté économique, a appris l’AMAP.

Selon Ndongo Samba Sylla, le principal défi réside dans l’accumulation de dettes dites «cachées», contractées sans l’aval du Parlement, mais aussi dans une trajectoire globale d’endettement jugée insoutenable. Il estime que la part élevée de la dette en devises étrangères constitue un risque majeur pour l’économie, en raison de sa dépendance aux capacités d’exportation.

L’économiste a aussi évoqué l’existence de «dettes pathologiques», liées selon lui à la structure du système financier international. Il a soutenu que certaines réformes monétaires auraient permis, en 2023, de mobiliser jusqu’à 4.500 milliards de FCFA correspondant à un déficit extérieur, soulignant la nécessité de repenser les mécanismes de création et de circulation de la richesse financière.

Dans la même dynamique, Marieme Touré, chargée de programmes à IDEAS, a insisté sur la souveraineté monétaire comme condition essentielle à la viabilité des politiques économiques, estimant que les réformes proposées ne peuvent produire d’effets durables sans un changement de l’architecture monétaire.

Sur le plan politique, Ayib Daffé, président du groupe parlementaire Pastef Les Patriotes, a plaidé pour un renforcement du contrôle parlementaire sur la dette publique. Il a notamment proposé des audits plus rigoureux, des commissions d’enquête et une meilleure application du principe de sincérité budgétaire dans les lois de finances.

Les intervenants ont également souligné que le service de la dette représente plus de 50% des recettes de l’État sénégalais, limitant fortement les marges budgétaires et alimentant le débat sur les alternatives aux politiques d’austérité.

Les discussions s’inscrivent dans un contexte de réflexion plus large sur la souveraineté économique et la soutenabilité de la dette dans les économies africaines.
KD/CMT (AMAP)