Rharous : lettre à mon cousin, agaly, vendeur ambulant de cigarettes, allumettes, « woro » et bonbons, à Bamako

Imagine générée par Gemini

Rharous, 21 mai (AMAP) Jusqu’à l’avènement des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), notamment, l’internet, via les réseaux sociaux, la communication interpersonnelle se faisait par le biais d’échanges épistolaires. La lettre-papier ou le télégramme postal étaient les seules passerelles qui liaient les parents, amis et autres alliés qui se donnent des nouvelles. C’était aussi, l’âge d’or, des écrivains publics ou épistoliers, ces personnages discrets, confidents muets, détenteurs de mille secrets jamais éventés. Ils personnifient, sans exagération, « le secret professionnel ».

On les trouve devant les bureaux de poste et aux abords de certaines administrations publiques. Leur matériel de travail est composé d’une table, des chaises et bancs, une machine à écrire, une pile de papiers à lettres et une panoplie de stylos et crayons. Il existe encore de nos jours, des nostalgiques de ce proche passé qui continuent encore de conserver avec soin, ces lettres-papiers, comme de précieuses reliques. À l’heure de WhatsApp, Messenger et autres messageries électroniques, peut-on redonner à la lettre-papier son âme et au service postal, son lustre d’antan ?

Nouvelles de la famille et du village- Cher, cousin, je t’envoie cette lettre pour te donner les nouvelles de la famille et du village. Nous nous portons tous bien, en famille, malgré que nous sommes encore, sous le choc, des attaques terroristes dont le village a été victime le mercredi 29 avril et le 1er mai derniers. Comme l’adage le dit, chez nous : « raconter un fait est maigre ».

Que dois-je te dire pour narrer, la réalité de ces violentes attaques qui ont sèmé, une totale psychose, dans les esprits ? La première a débuté aux environs de 12 heures passées, quand, les premiers fracas d’armes lourdes et légères ont commencé a faire trembler les murs, trouvant la population entrain de vaquer tranquillement à ses occupations, sans douter un seul instant, qu’elle allait vivre une journée de cruelle angoisse.

Vecteurs aériens– Venus en surnombre sur des motos et dans des pick-up, les assaillants ont ciblé, simultanément, les deux compagnies des FAMAS (garde nationale) qui sécurisent la ville. Cette situation a tout de suite créée la panique. Chacun s’est réfugié, là, ou il peut. Pendant ce temps, l’intensité des combats croit. Les fracas d’armes lourdes et le staccato des kalachnikovs dechirent l’air sans interruption. Cette séquence d’enfer à duré plus d’une heure. Nos cœurs ne se sont apaisés que quand, le vrombissement des vecteurs aériens ont déchiré le ciel.

Dès cet instant, un calme à couper au couteau, s’est abattu sur la ville, comme une chappe de plomb. Cet intermède silencieux est juste coupé par des tirs intermittents et le mouvement de nos FAMAS, dans les rues. Ceci nous a mis du baume au cœur, car, nous avons compris à partir de nos cachettes que les nôtres ont pris le dessus.

Un véhicule terroriste détruit à Rharous, février 2025

Défaite cinglante– C’était le cas. Nos hommes se sont battus comme des lions et ont infligé une défaite cinglante a l’ennemi, malgré son nombre et ses équipements. Abou, le boute-en-train de notre « grin » de thé, jure qu’il a vu l’entrée de l’ennemi en ville, à travers un trou de sa cachette et qu’ils sont aussi nombreux que les sauterelles de l’invasion acridienne de 2004. Il exagére, mais, ses pitreries nous font toujours rire aux éclats.

Le seul point noir au tableau de ce jour, a été, la désertion du sergent-chef qui a trahi la troupe, en s’évadant avec une pick-up équipée d’une arme lourde. Tu te rappelles, quand nous étions petits, notre tante Hawoye, citait, souvent, ce proverbe de notre terroir : « nourris le serpent au sein et tu seras, la première personne qu’il mordra ». L’indigne comportement de cet élément en est la parfaite illustration. Pourtant, voici, un monsieur dont la bonhomie a trompé la vigilance de tous. Parfaitement intégré à la population, ce bougre a même pris une femme, ici.

Jour de foire– Au lendemain de cette attaque, jeudi, notre jour de foire, comme tu le sais, pendant que les gens vaquaient à leurs affaires au marché et se perdaient en commentaires sur la bravoure de nos FAMA, une folle rumeur commence à parcourir la ville. L’ennemi a encore été aperçu, à quelques encablures de la ville. Cette funeste nouvelle sème encore la panique. Toute la population regagne ses pénates, la peur au ventre. Nous allons encore vivre, sous cloche. L’appétit manquant, peu de personnes ont dîné. Le lendemain vendredi, peu de mouvements étaient perceptibles en ville. La psychose a pris ses quartiers, dans les esprits. L’ennemi n’a pas digéré sa défaite et n’a pas dit son dernier mot, non plus.

Qu’elle n’a été encore la surprise de la population d’entendre de violents tirs, après la prière de Asr, ce vendredi. Cher cousin, et voilà, un déluge de feu commence à s’abattre de nouveau sur la ville. Comme le mercredi, nous voilà encore terré, au fond de nos maisons, à reciter et à marmoner, prières et bénédictions. Le combat a duré, deux heures d’horloge, environ. Deux heures d’angoisse. Comme tout le monde, j’avais l’impression que mon cœur sortait de mes entrailles. Le fracas des armes résonnait jusque, dans le corps.

Courage et professionnalisme– Pour la deuxième fois, le courage et le professionnalisme des FAMAS ont eu raison de l’ennemi. Aux environs de 18 heures, vaincus, les assaillants s’estompent dans la nature, dans une débandade totale ; laissant derrière eux, d’énormes dégâts humains et matériels. Cher cousin, à ces chers héros (FAMAS), on doit jouer « Tamala ». À l’heure où je t’envoie ces nouvelles, nous ne nous sommes pas encore remis de notre frayeur.

Toutes les activités sont à l’arrêt. Songes à nous envoyer un peu d’argent par Orange Money, pour payer les médicaments de ta grand-mère Sohoye. Ces derniers temps, sa tension artérielle monte fréquemment. J’espère que tu seras là, pour les labours ? Cette année, nous risquons de manquer de main d’œuvre pour la saison agricole, car, la majorité des jeunes est allé vers les mines d’or de Intahaka, pour chercher fortune. Je m’arrête là, en espérant lire la réponse de cette lettre très vite. N’oublies pas de porter tes amulettes, le matin, quand tu sors, pour aller travailler.

J’ai failli oublier la commission de ton neveu Souley. Il veut que tu lui envoies un téléphone Android, dès que tu trouves une main sûre qui vient par là. Il travaille bien au lycée et dans le jardin de sa mère, ta sœur. Je te salue très bien. Toute la famille aussi. Si d’aventure tu croises, Hamma, rappelle lui, le prix du thé qu’il m’a promis depuis deux ans. Je t’écrirai très prochainement pour te raconter, comment nous vivons, en ce moment. Que Dieu apaise nos cœurs et rafraîchisse cette situation, avec de l’eau qui n’est ni, l’eau du fleuve, ni, l’eau d’une jarre. Par ton cousin, Aroubi.

MG/CMT (AMAP)