Bamako, 19 mai (AMAP) Le procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de la Commune IV du District de Bamako, Elhadj Idrissa Hamidou Touré, a plaidé, mardi, pour une justice plus efficace, respectueuse des droits de la défense et des victimes, lors de l’ouverture de la première session ordinaire de la Chambre criminelle de cette juridiction, a constaté l’AMAP.
Dans son intervention, le magistrat a estimé que la justice devait «corriger les inégalités, réparer les injustices et sanctionner lorsque cela est nécessaire», rappelant que la souveraineté nationale a confié au pouvoir judiciaire la mission de «tracer la frontière entre le juste et l’injuste».
Le procureur Touré a insisté sur le respect du principe du délai raisonnable dans le traitement des dossiers judiciaires. Il a évoqué la nécessité d’améliorer les enquêtes policières et de limiter les longues détentions provisoires.
Selon lui, la réforme judiciaire de 2022, ayant institué les chambres criminelles au sein des Tribunaux de Grande Instance, vise à rendre la justice pénale «plus efficace, plus accessible et plus sereine».
Le magistrat a également rappelé que le procès équitable impliquait à la fois «la protection des droits de la défense et le respect des droits des victimes». «La vérité judiciaire ne peut être construite sur les préjugés ou les soupçons», a-t-il déclaré, appelant les juges à confronter leurs convictions «à l’épreuve des faits et des preuves».
Au cours de son intervention, Elhadj Idrissa Hamidou Touré a dénoncé la dégradation des valeurs éducatives et sociales, qu’il considère comme l’une des causes de la montée de la délinquance. «Beaucoup ont démissionné de leur rôle éducatif et ont laissé à la justice seule la mission de corriger les comportements sociaux», a-t-il regretté.
Le procureur a aussi attiré l’attention sur les conditions de vie de certains détenus, affirmant que plusieurs d’entre eux sont abandonnés par leurs familles et vivent dans une grande précarité. A l’en croire, tous les six mois depuis plusieurs années, il achète des vêtements pour des détenus à hauteur d’ environ 600.000 FCFA.
S’agissant de la détention provisoire, il a estimé qu’elle devait être «mûrement réfléchie» et ne pas devenir «un automatisme». Le procureur Touré a, par ailleurs, dénoncé «la promotion de la médiocrité» dans l’administration publique, qu’il juge démotivante pour les cadres compétents.
Malgré ces difficultés, il a salué les efforts des magistrats maliens dans le traitement des affaires judiciaires au sein de sa juridiction. Il a indiqué qu’en 2024, 675 affaires avaient été jugées sur 788 enregistrées.
La première session de la Chambre criminelle du Tribunal de Grande Instance de la Commune IV se poursuivra jusqu’au 27 mai prochain avec plusieurs affaires inscrites au rôle, notamment pour assassinat, meurtre, viol, pédophilie, enlèvement, séquestration et vol qualifié.
KD/CMT (AMAP)


